DE LA DOULEUR ŒSOPHAGIENNE
Cette douleur est sourde ou gravative, rarement lancinante ou brûlante. Elle est ressentie tantôt dans la fosse jugulaire ou au-dessous du sternum, tantôt entre les omoplates ou dans la partie supérieure de l’épigastre, c’est-à-dire dans le point où ce canal musculeux pénètre dans le thorax et un peu au-dessus de l’orifice cardiaque de l’estomac.
La douleur œsophagienne s’exaspère pendant l’acte de la déglutition et un certain temps après. Souvent son intensité provoque un véritable spasme du canal qui se communique aux organes respiratoires et provoque ainsi la suffocation.
Dans l’intervalle des déglutitions il reste la sensation d’un obstacle, comme si un corps étranger était engagé dans l’œsophage. Le malade est ainsi sollicité à réitérer les mouvements de déglutition comme pour pousser plus en avant ce corps étranger illusoire. D’autres fois la sensation est suivie de mouvements de régurgitation.
On observe la véritable douleur œsophagienne dans l’œsophagite aiguë et chronique, dans l’œsophagite ulcéreuse et dans la stricture du canal en question.
ARTICLE IV
DU TENESME PHARYNGIEN.
La nausée, la salivation et certains états dyspeptiques s’accompagnent d’un besoin continuel d’avaler, même à vide. Le même besoin existe dans les polypes pharyngiens et dans les polypes des fosses nasales lorsqu’ils proéminent dans le pharynx.
Des mouvements de déglutition forcée ( lenesmus faucium ), vides, fréquents et douloureux sont propres aussi au catarrhe aigu de la bouche, à l’angine tonsillaire, mais surtout à la tuméfaction inflammatoire de la luette et de l’épiglotte, ainsi qu’à l’abcès rétropharyngien.
On signale une déglutition continuelle durant le sommeil parmi les signes de la présence dans l’estomac de vers, notamment des vers tæ~ nias. Enfin, la luxation de l’os hyoïde entretient un besoin extrêmement douloureux d’avaler constamment, alors que la disposition des parties empêche ce mouvement d’aboutir.
ARTICLE V
DU PHARYNGISME.
Ce symptôme est tellement commun dans l’hystérie que, généralement, on le considère comme le signe pathognomonique de cette maladie en lui donnant le nom de globe ou boule hystérique. Il est positif, cependant, qu’il peut manquer et que , par contre , il peut exister aussi dans d’autres affections.
Il consiste essentiellement dans un sentiment de strangulation ou de constriction de la gorge, précédé, la plupart du temps, de celui d’une boule remontant de l’utérus ou de l’estomac, le long de l’œsophage et s’engageant dans la gorge comme un corps étranger. La malade fait alors des efforts, soit pour cracher, soit pour avaler ce corps, mais inutilement.
A un degré supérieur il s’y joint de la dysphagie et la sensation ressemble alors à celle que la malade éprouverait si le cou était serré par une main étrangère ou par une corde. C’est ce que les pathologistes modernes appellent plus particulièrement le pharyngisme.
Enfin, au degré le plus élevé, les muscles du cou, notamment le sterno-mastoïdien, sont réellement et visiblement contractés, tendus et douloureux; les veines de la même région sont gonflées; la dysphagie est complète et il s’y joint un léger degré de suffocation. C’est l’état auquel Marshall-Hall a donné le nom de trachélisme (4).
La strangulation, à ses trois degrés, peut ne durer que quelques instants, tandis que d’autres fois elle persiste pendant plusieurs jours.
Pathogénie. — Quelle est la nature du pharyngisme? C’est à titre de simple curiosité que nous rappelons d’abord l’opinion étrange que le père de la médecine s’en était formé, que Fernel a ravivée au xvie siècle, malgré la protestation de Galien, et qui s’est maintenue dans la croyance du peuple jusqu’à nos jours, tellement les apparences l’emportent souvent sur le raisonnement.
Hippocrate avait réellement cru que la boule était la matrice même qui quittait le bassin pour remonter jusqu’à la gorge et y opérer la suffocation. « Cela ne doit pas sembler plus étrange, disait Fernel, que quand on la voit descendre si bas qu’elle tombe presque toute. »
Mason Good définit le globe une dysphagie provenant de la présence
(I) Aperçu du système spinal. Paris. 1851), p. 127.
de gaz dans l’estomac qui, spasmodiquement contracte', « donnerait la sensation comme si une boule dure remontait dans l’œsophage et opérait l’étranglement. » M. Monneret aussi n’y voit qu’une constriction de l’estomac avec rayonnement des sensations jusqu’au pharynx (4). Heberden l’avait appelée angine nerveuse.
Il ne nous semble cependant pas permis de douter que le sentiment de strangulation siège réellement dans l’œsophage et le pharynx. Aussi, de nos jours, la plupart des pathologistes l’attribuent simplement à un spasme tonique du pharynx. D’autres, parmi lesquels nous citerons Romberg (2), préfèrent y voir un simple trouble de la sensibilité siégeant dans les fibres gastriques du nerf pneumogastrique.
Nous aussi, nous croyons que le globe n’est essentiellement qu’une sensation ; mais nous plaçons son siège plutôt dans les muscles. C’est une sensation débutant à l’orifice cardiaque de l’estomac, remontant ensuite le long de la tunique musculaire de l’œsophage et se fixant à la fin dans les muscles du pharynx.
En effet, à son degré ordinaire, il n’empêche nullement la déglutition. On voit même des femmes hystériques se procurer du soulagement en avalant par petites gorgées de grandes quantités d’eau froide. D’un autrecôté, le véritable spasme du pharynx, tel qu’il se présente dans d’autres circonstances, n’affecte nullement la forme du globe hystérique.
Mais il arrive ce que nous aurons à signaler aussi pour les autres troubles de la sensation musculaire et pour les autres spasmes du tube digestif, à savoir : que la sensation, par son intensité, entraîne à sa suite le spasme. Aussi,, dans les degrés supérieurs du globe y a-t-il réellement contraction du pharynx et même contraction spasmodique des muscles du larynx et du cou. En un mot, le globe est au spasme du pharynx ce que la nausée est à la vomiturition.
4° Pharyngisme non hystérique.
Il est des personnes qui, à chaque émotion, sont prises d’un serrement de la gorge. Ce sont les hypochondriaques et en général les personnes à système nerveux mobile ou excitable. Les émotions déprimantes agissent ainsi même sur des tempéraments normaux. Une
(\) Traité de 'pathologie générale. T. III, p. 588.
(2) Lehrbuch der Nervenkrankheiten. T. I, p. 402.
tristesse profonde amène, outre la constriction de la gorge, un besoin continuel de déglutition à vide.
Mason Good raconte le cas d’un ecclésiastique qui, ayant été arrêté ainsi un jour à certain passage des prières publiques qu’il récitait, en fut tellement préoccupé que le dimanche suivant le globe l’étrangla de nouveau au moment où se présenta le même passage.
On observe le même symptôme chez les femmes grosses, et là il ne serait pas exact de le faire passer pour hystérique.
En outre, la simple sécheresse de la gorge, telle qu’elle existe par exemple au début des affections catarrhales, peut le produire. Puis il est mentionné parmi les accidents précurseurs du trismus et du tétanos. On l’a signalé fréquemment comme conséquence de certaines tumeurs de l’encéphale et plus particulièrement du fongus de la duremère.
Une sensation de constriction du cou avec tension de la trachée-artère, ayant beaucoup de ressemblance avec le globe hystérique, s’observe aussi au début de certaines maladies du cœur.
Enfin, dans les affections gastralgiques ou atoniques de l’estomac, ainsi que dans les cas d’éréthisme du système ganglionnaire que les anciens ont désignés sous le nom d’hypochondrie et qu’il ne faut pas confondre avec l’hypochondrie des modernes qui n’est autre chose que la nosomanie, une véritable sensation de boule ascendante précède la strangulation, comme dans l’hystérie. C’est là ce qui a donné lieu à cette fable de l’hystérie de l’homme, qui entretient en pathologie une confusion aussi inutile quelle est en désaccord avec les règles de l’étymologie.
2° Pharyngisme hystérique.
La boule est un des meilleurs signes de l'hystérie lorsqu’elle précède ou accompagne des convulsions chez la femme.
Dans l’immense majorité des cas, le malaise hystérique commence à l’épigastre. Après quelques minutes de gêne dans cette région, la malade éprouve la sensation d’un corps qu’elle compare à une boule plus ou moins volumineuse, remontant vers le creux jugulaire ou plus haut, au larynx, et même au-dessus de cet organe. Elle semble s’engager à ces niveaux divers et y séjourner plus ou moins longtemps. Son ascension est accompagnée de palpitations du cœur.
Dans les attaques hystériques complètes, la boule, en arrivant au
larynx, y provoque le cri qu’on appelle initial , puis le laryngisme et le degré supérieur du pharyngisme. La sensation d’étranglement et de suffocation persiste pendant une partie de l’attaque ; la malade porte les mains à son cou comme pour en écarter un lien qui la gênerait ; elle fait entendre un bruit de la gorge comme si elle se livrait à des efforts violents; enfin, elle fait des essais continuels et violents de déglutition. La perte de connaissance succède très-promptement à la strangulation; elle est cependant rarement complète. Souvent la sensation de boule persiste encore après l’attaque, et même pendant plusieurs jours.
Dans les cas légers il n’y a ni laryngisme ni pharyngisme véritable. Le tout se borne à la sensation de boule, à ce qu’on appelait autrefois les vapeurs.
ARTICLE VI
DE LA GLOSSODYSPHAGÏE.
Que l’impulsion à la déglutition procède de la volonté libre ou de sensations de l’arrière-bouche et du pharynx, toujours faut-il le concours de la langue et des muscles styloglosse, mylo-hyoïdien etglossopalatin. La glossite, l’amygdalite, la stomatite lorsqu’elle occupe l’arrière-bouche, les lésions des muscles qui viennent d etre cités, la paralysie du voile du palais et même la simple douleur buccale sont donc autant d’obstacles à l’accomplissement régulier du premier temps de la déglutition.
Dans l’hémiplégie avec paralysie de la langue, les aliments solides sont retenus dans la bouche, tandis que les liquides passent plus facilement. Par la même raison, la dysphagie buccale est un des signes de la paralysie du nerf facial qui fournit le nerf grand pétreux superficiel au voile du palais et un rameau spécial au muscle stylo-hyoïdien.
ARTICLE VIL