CHAPITRE IV
SYMPTOMES ANACATHARTIQUES.
Nous comprenons sous cette dénomination générale les actes divers qui ont pour effet de faire remonter dans la bouche les matières galeuses, liquides et solides, contenues dans l’œsophage ou dans l’estomac. Le mot anacatharsis , usité déjà en matière médicale, vient de oa taxccScüpu, per superiora pur go.
Les aliments introduits dans l’estomac y séjournent pendant le temps nécessaire à la chymification. L’organe distendu par eux refoule le diaphragme et oppose ainsi une gêne aux mouvements respiratoires ; il presse aussi sur les intestins et provoque souvent un besoin de défécation. Les parois stomacales se resserrent autour des matières contenues, les pétrissent, les imprègnent de suc gastrique et leur impriment un mouvement de rotation qui s’avance en spirale, le long de la grande courbure, depuis l’orifice cardiaque jusqu’à l’orifice pylorique pour en revenir ensuite, le long de la petite courbure, au point de départ. Dans les expériences de Beaumont (1) il fallait une, deux ou trois minutes pour achever chaque fois le cercle, et cette vitesse allait en augmentant vers la fin de la chymification. Sous l’influence de cette pression rotatoire, qui est automatique et placée sous l’action du nerf grand sympathique, les matières contenues dans l’estomac tendent à s’échapper par les deux orifices qui, cependant, sont hermétiquement fermés.
L’ orifice pylorique, dans les premiers temps de la digestion, ne laisse pas même passer une goutte de liquide ; plus tard il s’ouvre de temps à autre pour livrer passage au chyme. En vue des phénomènes patho-
(1) Case of Alexis St-Martin, with observations and experiments , by Dr Beaumont. Cet important ouvrage a été réédité en Angleterre par le Dr Andrew Combe. La traduction allemande a pour titre : Neue Versuchc und Beobachtungen über don Magensaft und die Physiologie der Verdauung , von Dr Wilhelm Beaumont; a. d. Engl, von Dr Bernh. Luden, Leipzig, 1834. 8°.
logiques il importe cependant de remarquer que la résistance de cet orifice est de beaucoup inférieure à l’égard des matières qui tendent à remonter de l’intestin qu’à l’égard de celles qui tendent à y descendre. Les gaz intestinaux et la bile notamment pénètrent dans l’estomac au moindre trouble.
L'orifice cardiaque est également pourvu d’une espèce de sphinctère. Il s’ouvre facilement sous la pression exercée de haut en bas dans l’acte de la déglutition, mais cet acte est immédiatement suivi d’un resserrement plus fort, pendant lequel on a même remarqué que la muqueuse de l’œsophage faisait hernie dans l’estomac comme celle du rectum le fait par l’anus lors de la défécation. Le tiers inférieur de l’œsophage persiste aussi, pendant quelque temps après le passage du bol alimentaire, dans un état de contraction plus forte qui s’oppose à ce que les causes ordinaires de l’éructation et de la régurgitation produisent leurs effets.
On se rappelle, en outre, que pendant toute la durée de la digestion stomacale la partie inférieure de l’œsophage exécute des contractions rythmiques régulières qui sont indépendantes de l’acte de déglutition. Chaque contraction commence en haut et descend vers le cardia; elle se répète parfois dans l’espace d’une demi-minute; mais, lorsque l’estomac est entièrement rempli, les intervalles peuvent durer jusqu a dix minutes, selon Magendie.
Les contractions péristaltiques de l’œsophage sont suivies chaque fois d’une période de relaxation pendant laquelle il est plus facile aux gaz, aux liquides et même aux solides de l’estomac de remonter à la bouche.
L’occlusion de l’orifice cardiaque est sous l’influence du nerf pneumogastrique; lorsqu’on pratique la section de ce nerf sur un animal, il y a régurgitation des aliments, tandis que les mouvements propres de l’estomac continuent de s’exécuter régulièrement.
ARTICLE PREMIER