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DE LA NAUSÉE

La nausée est une sensation de forme spéciale, siégeant dans barrière-bouche et le pharynx, sensation pénible, débutant par le dégoût et se transformant promptement en mal au cœur et envie de vomir.

Le siège de cette sensation est limité à la base de la langue, aux

amygdales, au voile du palais et au pharynx, cest-à-dire aux parties dans lesquelles se termine le nerf glossopharyngien (1). Elle se perd déjà dans la partie supérieure de l’œsophage.

Quoiqu’elle soit intimement rattachée au sens du goût, la nausée en diffère néanmoins par sa nature et, comme on vient de le voir, par son siège. Elle est plus que le dégoût, et moins que la vomiturition ; mais elle accompagne cette dernière et le vomissement.

Suivant E. H. Weber et la plupart des physiologistes modernes, la nausée est une sensation musculaire, c’est-à-dire la perception d’un état abnorme des muscles du pharynx et du voile du palais, état consistant plutôt dans une tendance au mouvement ou dans des contractions désordonnées que dans de véritables mouvements antipéristaltiques tels qu’ils appartiennent à la vomiturition. Ces derniers, loin de l’exalter, la soulagent au contraire pendant le temps qu’ils durent. En un mot, la nausée est une sensation du même genre que les sensations qui accompagnent l’acte de pleurer et de rire, que celle qui est propre à l’érection du pénis, et que les sensations de chair de poule et du frisson (2).

Effets consécutifs. — La nausée provoque un malaise général, de l’inquiétude, du bâillement, une gêne de respiration, la salivation et le crachottement, une sensation de gonflement, de plénitude et de pression à l’estomac, des éructations fréquentes et l’envie de vomir. Elle précède et accompagne presque toujours le vomissement et est surtout prononcée après cet acte quand l’estomac vide n’a plus de matières à rendre.

Son action constante aussi est d’affaiblir le pouls et de le rendre plus petit, de faire venir des sueurs froides, du frisson et du tremblement. En général, elle exerce une action déprimante très-manifeste sur l’économie, témoins les effets hyposthénisants du tartre stibié et des remèdes nauséeux en général. Lorsqu’elle est très-intense elle peut conduire jusqu’aux défaillances.

(1) Romberg dans Müller’s Archiv f. Physiol. 1838, p. 305. Avant lui Marshall- Hall avait à tort placé le siège de la nausée dans le nerf trijumeau ( Mem . on the nervous System , p. 94). Quant à la nature de la nausée, Romberg s’est trompé à son tour, en considérant cette sensation simplement comme l’énergie spécifique du nerf glossopharyngien,

(2) Voyez surtout Stich dans les Annalcn der Charité , T. VIII; et Schmidls Jahrbuechcr. T. G, p, 9.

1° Nausée sensorielle.

A lelat de santé la nausée est excitée par des impressions et des idées dites nauséabondes. Ce sont principalement des impressions olfactives et gustatives. On sait qu’en dehors des objets et des aliments positivement dégoûtants, l’ingestion de substances simplement fades, ou de boissons insipides tièdes suffît pour affecter désagréablement le goût et l’odorat et pour faire naître de l’aversion.

Pour ce qui concerne la nausée succédant parfois à des impressions visuelles, elle n’est sans doute produite, la plupart du temps, que par l’intermédiaire de l’idée que la vue d’un objet dégoûtant aura fait naître. Une forme particulière de nausée conduisant promptement au vomissement est cependant due à des impressions visuelles pures. C’est celle qui dépend de l’aspect prolongé de mouvements uniformes ou d’images quelconques se balançant continuellement, par exemple quand on se trouve sur une balançoire ou sur un navire près des côtes de la mer.

Des sensations tactiles, le simple attouchement de la base de la langue ou des replis épiglo.ttiques, la titillation du voile du palais provoquent également la nausée. Ces mêmes titillations pratiquées à la pointe, aux bords ou au dos de la langue, c’est-à-dire ailleurs qu’aux points où se termine le nerf glossopharyngien, ne donnent lieu qu’à des sensations tactiles pures. De même la nausée manque quand l’excitation est portée sur les parties inférieures du pharynx ou sur un point quelconque de l’œsophage.

11 est, néanmoins, une partie des gencives internes, au niveau des dents molaires supérieures qui, chez beaucoup de personnes, ne souffre pas le contact de la brosse à dents sans provoquer des nausées et des vomituritions.

Et à propos des effets de l’attouchement des différents points de l’arrière-bouche nous devons rappeler particulièrement le fait signalé par Marshall-Hall (i), à savoir que l’excitation tactile du pharynx proprement dit provoque, au lieu de nausée et de vomiturition, des mouvements irrésistibles de déglutition. Ce physiologiste raconte que des malades, voulant exciter le vomissement à l’aide des barbes d’une plume, et ayant par mégarde touché les parois du pharynx même, fu-

(i) Lectures on the nervous System, p. 25. Voyez aussi Romberg, Lehrhuch der Nervenkrankhciten. T. I, p. 595.

rent surpris singulièrement; la plume leur échappa soudainement, saisie qu’elle fut par le pharynx, et elle fut avalée malgré eux.

La présence d’un crachat épais à l’ouverture supérieure du larynx excite une nausée qui disparaît avec l’expuition. Les nausées matinales de beaucoup de personnes « à poitrine grasse » semblent devoir être expliquées par cette cause.

L’habitude peut émousser et même amortir entièrement la disposition à la nausée. On finit par supporter sans désagrément les odeurs et les saveurs les plus nauséeuses.

2° Nausée gastrique.

L’anorexie, la dyspepsie, le simple embarras gastrique et toute altération fonctionnelle de la muqueuse de l’estomac créent non-seulement line disposition extraordinaire à la nausée sensorielle, mais si elles sont intenses, elles provoquent le symptôme directement et d’une manière permanente.

On se rappelle aussi que la nausée se déclare en général comme phénomène précurseur du vomissement, et quelle persiste souvent d’une manière très-pénible après cet acte.

Enfin elle est parfois la conséquence du simple état de replétion de l'estomac par des aliments ou des boissons fades au goût.

3° Nausée sympathique .

La nausée est un des accidents les plus pénibles de la grossesse. Elle y disparaît cependant à partir du quatrième mois.

On l’observe souvent à l’approche de la fièvre et dans l’épilepsie, avant et après les attaques. Enfin, la nausée des hystériques et des hypochondriaques nous paraît devoir également prendre place ici, car souvent l’estomac n’est nullement affecté en même temps dans ces deux catégories de malades.

4° Nausée cérébrale.

Les idées nauséabondes sont, à proprement parler, le souvenir d’objets qui, antérieurement, ont excité le dégoût et la nausée. La nausée cérébrale qui se déclare en l’absence de ces souvenirs, c’est-à-dire sans l’intermédiaire des idées, surtout dans le cours d’une fièvre grave, est de mauvais auguré.

Le mal de mer a été expliqué, avec Wollaston, par une pression plus forte que le sang exercerait sur le cerveau; avec Larrey, par une corn-

motion des centres nerveux; avec Pellarin, par un état anémique de l’encéphale. Il semble se rattacher cependant essentiellement au vertige visuel et tactile. Budge l’explique par l’excitation que le cerveau éprouverait en recevant continuellement des impressions visuelles et tactiles oscillantes.

ARTICLE II

DE LA VOMITURITION.

Intimement rattachée d’une part à la nausée , et de l’autre au vomissement, la vomiturition mérite cependant d’être considérée à part, tant pour son mécanisme que pour sa signification symptomatologique.

Elle consiste dans des efforts réitérés, mais stériles, de vomissement. Elle s’accompagne de nausée et de salivation ; son siège est dans le pharynx et dans l’œsophage. On pourrait l’appeler un vomissement supérieur ou, avec Romberg, un spasme antipéristaltique de l’œsophage.

Les muscles du pharynx se contractent violemment dans la direction de bas en haut, et entraînent dans leurs mouvements d’autres muscles concourant au vomissement ordinaire, notamment le diaphragme, tandis que l'orifice cardiaque de V estomac reste fermé . L’existence de mouvements antipéristaltiqnes de l’œsophage est démontrée par les expériences de Magendie, de Legallois, de Béclard et de J.-W. Arnold.

La vomiturition succède à la nausée et précède le vomissement. Toutes les causes qui produisent ces deux autres symptômes pourraient donc être signalées comme ses causes à elle. Les mouvements antipéristaltiques de l’œsophage et du pharynx ne se propagent pas jusqu’à l’estomac, au diaphragme et aux muscles abdominaux dans l’ordre du vomissement, soit parce qu’ils manquent d’énergie, soit parce que l’estomac est vide. C’est par cette dernière raison que des vomituritions pénibles persistent pendant plus ou moins longtemps après le vomissement ordinaire lorsqu’il n’est pas simplement saburral.

Il y a même des individus qui ne savent en général pas vomir; les vomitifs les plus violents n’aboutissent chez eux qu’à des vomituritions. Bamberger attribue cette impuissance à des causes de structure, telles qu’un développement extraordinaire des fibres musculaires du cardia,

à l’insertion oblique de l’œsophage, ou à un développement considérable du grand cul-de-sac de l’estomac.

La vomiturition est particulièrement fréquente chez les buveurs et chez les personnes atteintes de pharyngite catarrhale chronique.

ARTICLE III

de l’éructation.

Il a été dit plus haut que l’orifice cardiaque est habituellement fermé avec une force qui est évidemment supérieure à celle que les parois de l’estomac exercent pendant la digestion sur leur contenu. Dans le cas de paralysie ou d’atonie, passagère ou permanente, du sphinctère du cardia les gaz peuvent remonter sans secousse et sans bruit, mais ce sont de simples renvois , accompagnant ordinairement la régurgitation.

Le mot éructation doit être réservé à l’expulsion brusque et forcée du contenu gazeux de l’estomac. Dans la production des rots (i ructus ), le cardia résiste, mais il est vaincu momentanément par la pression sous laquelle le gaz se trouve. Ce dernier s’échappe avec un bruit produit par les vibrations des parois contractées du pharynx.

Quand le rot se prépare, l’estomac se gonfle davantage, et le diaphragme, unissant son action à celle des muscles abdominaux, lui communique un choc sec propre à vaincre la résistance du cardia. Une pression exercée extérieurement sur l’épigastre facilite donc l’éructation.

Le gaz qui s’échappe est tantôt inodore, tantôt nidoreux, c’est-àdire qu’il a l’odeur d’œufs ou de choux pourris.

Les rots sont abondants pendant la digestion d’un repas copieux et surtout d’un repas de composition très-variée. Us sont le signe ordinaire de la pneumatose gastrique et soulagent momentanément les souffrances quelle occasionne.

Souvent aussi ils sont volontaires et se produisent d’après le mécanisme suivant : on contracte le pharynx de manière à pousser de l’air dans l’œsophage; ce volume d’air ouvre le cardia et son arrivée dans l’estomac excite une contraction du diaphragme qu’on sent distinctement ; le nouveau volume de gaz qui arrive opère le déplacement de l’ancien et l’expulsion d’un volume correspondant. Voilà pourquoi les

rots volontaires lie soulagent pas et peuvent se succéder pour ainsi dire à l’infini.

Des exemples remarquables d’éructation, observés chez des femmes hystériques et plus rarement chez l’homme, ou les rots se succédaient sans relâche et étaient provoqués par l’attouchement d’un point quelconque du corps, ont été racontés par J. P. Frank (1).

ARTICLE IV

DE l’hYDROÉMÈSE.

Nous proposons ce terme général pour désigner un symptôme qui porte communément les noms de pyrosis , soda, fer chaud, cardialgia sputatoria. Ces autres noms s’appuient sur la douleur dont, en effet, les malades se préoccupent le plus ; mais l’analyse approfondie de l’accident démontre quelle manque dans un grand nombre de cas, tandis que la régurgitation de liquides est constante.

L'hydroémie consiste donc pour nous dans la régurgitation d’une humeur aqueuse, tantôt aigre, tantôt insipide, dont la quantité peut s’élever à plusieurs hectogrammes. Quand l’humeur est aigre, elle occasionne une chaleur vive, une douleur brûlante à l'épigastre qui remonte le long de l’œsophage et y est ressentie comme un fer chaud (2). Souvent, cependant, elle remonte d’une manière insensible et n’est aperçue qu’au goût, lorsqu’elle atteint le pharynx et la base de la langue.

Nasse et Frerichs en ont fait l’analyse. C’est un liquide trouble, filant, contenant très-peu de matières solides : des cellules d’épithélium, des gouttelettes de graisse, de la salivine, du cyanure de soufre et des traces d’albumine.

L’hydroémèse acide, le soda, est l’effet d’une altération des sécrétions stomacales ou de la digestion insuffisante de certains aliments ; le liquide régurgité est donc du suc gastrique corrompu ou il est constitué par des produits dyspeptiques. Cependant, selon Frerichs, il ne serait

(1) Epitomc VIII. Art. Pneumatosis. Ils sont reproduits par Henoch avec addition d’une observation propre : Klinikder Unterleihskrankheiten. T. III, p. 350.

(2) Le terme pyrosis est assez moderne dans l’acception qu’il a maintenant. Gorræus ne l’a pas, et chez Blanchard (1754) il ne signifie que chaleur au visage ; l’ardeur d’estomac s’y nomme soda. C’est Sauvages qui semble avoir donné le premier au mot pyrosis le sens qu’il a actuellement.

souvent aussi que de la salive qui, à la suite d’une excitation sympathique des glandes salivaires, s’accumulerait dans l’estomac à jeûn. Ce serait notamment le cas dans la gastrite chronique des buveurs, dans le cancer et dans l’ulcère de l’estomac. Il est certain cependant que l’hydroémèse, dans ces cas, est rarement insipide ; le liquide quelle amène contient les acides lactique, butyrique et acétique, qui ne peuvent se former que par la fermentation de matières amylacées et sucrées restées dans l’estomac après le temps de la digestion (1).

L’hydroémèse acide et insipide est donc un accident du jeûne chez les dyspeptiques, les gastralgiques, les hypochondres et chez les femmes grosses. Elle est fréquente aussi chez les personnes qui ingèrent beaucoup d’aliments gras et farineux, chez les amateurs de spiritueux, chez ceux qui prennent du thé ou du café à l’excès, chez ceux qui boivent habituellement des vins acides ou usent de beaucoup de vinaigre dans leurs mets, enGn chez les hommes qui fument du tabac très-fort.

Il a été dit déjà que le soda est propre aux principales maladies de l’estomac, notamment au catarrhe chronique, à l’ulcère simple et au cancer. Enfin, la régurgitation abondante d’un liquide aqueux, insipide ou acide, visqueux, spumeux, suivie plus tard de l’évacuation par le bas d’un liquide semblable a été donnée, nous ne savons si c’est avec raison, comme le signe caractéristique des lésions aiguës et chroniques du pancréas.

ARTICLE V

DE LA RÉGURGITATION.

On applique le nom de régurgitation au cas où des matières solides et liquides avalées reviennent à la bouche sans nausée et sans le moindre effort de vomissement, par une espèce de débordement, suite du tropplein.

Il y a à distinguer deux espèces de régurgitation : le cas où les matières reviennent seulement de l’œsophage, et celui où elles remontent de l’estomac.

1° Régurgitation œsophagienne .

Lorsque les liquides ou les aliments solides sont empêchés de des-

(1) Voyez une observation publiée par Hartman, Handbuch der allgemcinen Pathologie. Erlangen 1861 , p. 25.

cendre jusque dans l’estomac, ils s’accumulent dans l’œsophage et reviennent à la bouche au bout d’un temps plus ou moins long.

Dans l’œsophagite simple les aliments régurgités sont enveloppés d’un mucus tenace, incolore ou puriforme ; dans l’œsophagite couenneuse ils sont parfois accompagnés de fausses membranes, et dans î’œsophagite ulcéreuse ils contiennent du pus et du sang en même temps que du mucus.

Dans la sténose simple de l’œsophage, qu’elle soit spasmodique ou organique, les aliments et les liquides reviennent au bout de quelques minutes après l’ingestion. Mais lorsqu’il y a dilatation ou diverticuîum, poche œsophagienne, les aliments peuvent s’y accumuler et séjourner pendant une journée entière. Ils reviennent ensuite à l’état de décomposition et répandent une odeur fétide repoussante.

2° Régurgitation stomacale.

Dans le cas si fréquent d’atonie habituelle. des fibres circulaires de l’orifice cardiaque, propre d’ailleurs à la dyspepsie dans tous ses degrés, il suffit d’une secousse communiquée à l’estomac par le rire, par la toux, par l’action de sauter ou de danser, pour qu’une partie de son contenu remonte sans nausée, sans vomiturition, sans effort d’aucune espèce.

Chez d’autres individus la régurgitation se fait chaque fois qu’ils mangent trop vite ou qu’ils ingèrent des aliments réfractaires à la digestion. Ceci doit s’expliquer par l’existence d’une trop grande excitabilité des fibres musculaires longitudinales et obliques.

Souvent aussi les aliments et les liquides sont entraînés par les gaz; la régurgitation est un accident de l’éructation, et c’est ainsi quelle devient un des tourments ordinaires des hypochondres et des gourmands. Enfin, dans la sténose du pylore la régurgitation peut tenir lieu de vomissement.

L’affaiblissement du sphincter cardiaque et la trop grande irritabilité des fibres longitudinales et obliques , voilà donc les conditions générales de la régurgitation stomacale. Budge, il est vrai, un des physiologistes qui se sont le plus occupé des mouvements de l’estomac, n’attribue qu’une influence très-secondaire aux mouvements péristaltiques des parois. Il dit même que ce genre de mouvements ne se produit qu’exceptionnellement pendant la vie (1), et cherche à expliquer

(1) Allgemeine Pathologie, p. 247.

la régurgitation exclusivement par le boursouflement gazeux. Cette assertion est contredite par des expériences auxquelles nous nous sommes livré de notre côté avec assez de suite pour oser soutenir le contraire.

S’il est vrai que dans le vomissement la pression latérale exercée par les parois propres de l’estomac disparait devant la pression beaucoup plus puissante des muscles abdominaux et du diaphragme, il est certain aussi que ces derniers muscles restent étrangers au mécanisme de la régurgitation, et que, même dans le vomissement, ils ne pourraient rien à eux seuls et sans le relâchement du sphincter du cardia. Il y a plus, la pression extérieure, la plus forte même, telle quelle s’exerce, par exemple, pendant les actes de la défécation et de la parturition, ne parvient pas à évacuer l’estomac par le haut. « On a beau faire peser sur l’abdomen en se penchant en avant, dit Marshall Hall (1), tout le haut du corps, rien ne sortira de l’estomac, tant que l’action du cardia est énergique. Mais si dans cette position, on touche l’arrièrebouche, ce sphincter se relâche de suite et le vomissement a lieu. »

Régurgitation chez les enfants. — Ce qu’on appelle communément le vomissement chez l’enfant à la mamelle, n’est, à proprement parler qu’une régurgitation. Le lait revient plus ou moins parfaitement coagulé, sans efforts et simplement parce que l’estomac en est trop plein.

La forme et la disposition propres à cet organe chez l’enfant nouveauné expliquent cette facilité de régurgitation. L’estomac à cet âge ressemble plutôt à celui des animaux carnivores (2), tandis que celui de l’adulte se rapproche davantage de la forme et de la disposition propres à l’estomac des herbivores. Le premier a une forme conique allongée, et l’œsophage s’insère comme au sommet du cône, à l’extrémité gauche du sac; en d’autres termes : ni le grand, ni le petit cubde-sac n’existent pour ainsi dire chez l’enfant. Lorsque les aliments se trouvent sous la pression des fibres musculaires circulaires, ils remontent vers l’œsophage comme dans un entonnoir, au lieu de s’engager d’abord, comme chez l’adulte, dans le grand cul-de-sac. En un mot, si les enfants vomissent si aisément, c’est par la même raison que les chiens et les chats.

(1) Aperçu du système spinal , p. 88.

(2) Voyez C. -II. Sehultz dans H ufeland Journal f.prakt. Heilkunde, 1835, n°5; Henoch, Klinik der Untcrlcibs-Krankheiten. Berlin, 1854, t. II, p. 504; Salbach, De divcrsa ventriculi forma in infante alquc in adulto. Berol 1855.

On rencontre parfois des individus adultes qui, en dehors de causes plus ou moins passagères et morbides, conservent pendant toute leur vie une disposition particulière à la régurgitation , sans doute parce que leur estomac a conservé ou repris une forme semblable à celle de l’enfance. En général, la position horizontale, surtout sur le côté gauche, facilite particulièrement la régurgitation, parce que dans ce cas les aliments et les liquides sont portés vers le cardia et que le grand cul-de-sac s’efface sous la compression qu’il éprouve.

Rumination , mérycisme. — Chez beaucoup de personnes, bien portantes du reste, la régurgitation est devenue une habitude et même un acte volontaire. Après chaque repas, des portions d’aliments non digérés, des portions de légumes, de salades, des fragments de tendons ou de membranes remontent dans la bouche au bout d’un temps plus ou moins long, sans efforts et même avec un sentiment de bienêtre. D’habitude, ces personnes les y soumettent à une mastication supplémentaire et les avalent ensuite de nouveau. C’est ce qu’on a appelé la rumination ou le mérycisme habituel (1).

On appelle rumination volontaire , la facilité qu’ont quelques autres personnes de faire revenir les aliments dans la bouche par un mécanisme intentionnel. Elles commencent par faire une profonde inspiration et contractent ensuite les muscles abdominaux ou appuient même la main sur la région épigastrique, évidemment pour pousser les gaz dehors; ces gaz entraînent avec eux une partie des liquides et solides contenus dans l’estomac et la bouche s’en remplit au bout de quelques efforts réitérés (2). Les traités de physiologie citent le docteur Gosse, de Genève, qui savait ainsi faire remonter le suc gastrique et qui se servait de cette faculté pour étudier les propriétés de ce liquide (5).

En dehors de cet exemple que l’intérêt scientifique légitime, la rumination n’est, à proprement parler, qu’une mauvaise habitude, née

(1) Voyez A. Daumer, De la paralysie du cardia ou mérycisme. Diss. inaug., Lausanne, 1859.

(2) Voyez Magendie, Précis élém ., t. Iï, p. 137 ; Burdach, Traité de Physiologie ; trad. par Jourdan, t. IX, p. 218; Longet, Traité de Physiologie, 2e éd., t. I, part. II, 1857, p. 155.

(3) D’autres exemples de rumination volontaire ont été donnés par J. -P. Frank, De curand. homin. morbis epilome , lib. V, part. II, p. 552; Blumenbach, Handb. d. vergleich. Anat. Gôttingen, 1805, p. 157; Ëschke dans Hufeland’s Journal f. prakt. Heilkunde, 4810, oct., p. 27; Heiling, Ucber das Wiederkauen beim Menschen. Nuernberg, 1823, p. 13; Wilson, The Lancet, 1840, aug. — Voyez Hartmann, Allgem. Pathol., p. 27.

d’une aberration du goût, c’est-à-dire du plaisir de mâcher et de goûter une seconde fois les aliments. On l’observe parfois chez les aliénés et les hypochondres.

Selon Arnold (1), cette faculté ou mauvaise habitude se lierait cependant à une conformation particulière de l’estomac et de l’œsophage. Ce dernier canal formerait à son extrémité inférieure une espèce de jabot, et ses couches musculaires, ainsi que celles de l’estomac, seraient hypertrophiées. Le même physiologiste a trouvé aussi plus gros que d’habitude le rameau externe du nerf spinal qui s’anastomose avec le nerf pneumogastrique, et cette observation a été confirmée dans un cas analysé par le professeur Patruban (2).

ARTICLE VI

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