SYMPTOMES DYSPEPTIQUES
En pensant aux actes nombreux et compliqués qui concourent à l’élaboration des aliments et à l’absorption de leurs produits utiles, on s’attend peut-être à trouver dans ce chapitre l’étude d’un grand nombre d’accidents divers. On nous demandera, entre autres choses, d’examiner au point de vue de ces accidents la part qui revient aux aliments d’après leur nature et leurs conditions propres ; d’exposer en détail les altérations des sucs gastrique, pancréatique et entérique, ainsi que de la salive et de la bile; de distinguer les troubles de la digestion selon les différents niveaux du canal alimentaire où ils se produisent; enfin, de mettre à part les cas où l’anomalie consiste dans un défaut d’absorption plutôt que dans un vice d’élaboration.
A ces exigences, fort légitimes en principe, nous sommes obligé de répondre que l’observation pathologique est encore loin de pouvoir y satisfaire. Tout ce qu’il nous est permis de tenter, c’est de préparer des matériaux pour une théorie future. En attendant, nous suivrons l’usage des praticiens , en comprenant tous ces troubles dans les deux seuls symptômes de dyspepsie accidentelle et habituelle.
Le premier de ces symptômes porte communément le nom indigestion ou embarras gastrique , tandis que le terme dyspepsie proprement dite est réservé à l’autre.
ARTICLE I
DE L’iNDIGESTION.
Nous venons de dire que l’usage emploie ce mot pour désigner la digestion accidentellement troublée. Afin d’en compléter le sens, nous ajouterons qu’elle doit être troublée manifestement, chez un individu bien portant ou dont la maladie ne produit pas par elle-même cet effet.
On distingue trois degrés d’indigestion :
I. La digestion laborieuse. Voici comment elle est décrite par Chomet (1) : « Les troubles se bornent à un sentiment de gêne et de pesanteur qui suit le repas, persiste souvent pendant plusieurs heures, et rend l’individu moins apte, physiquement et moralement, aux actes ordinaires de la vie. 11 s’y joint souvent de la somnolence, de la fatigue, de la soif, un peu d’accélération dans le pouls. La bouche devient pâteuse ou sèche, et l’appétit moindre ou nul au repas suivant; l’évacuation alvine qui suit ces malaises diffère ordinairement de celles qui appartiennent à l’état de santé du sujet, par sa consistance, sa quantité, son odeur. »
Nous ajouterons que déjà la simple digestion laborieuse apporte aussi du trouble dans la sécrétion urinaire. La quantité de l’urine est diminuée, et le liquide dépose, en refroidissant, des sédiments plus ou moins épais formés par des urates (us ines jumenteuses).
II. L 'indigestion ordinaire se caractérise, en sus, par une douleur à l’épigastre, par des nausées et des vomituritions. La douleur descend aux intestins et s’accompagne d’un refroidissement général, de sueurs froides et de demi-défaillances. A la fin les aliments sont rejetés par le haut et par le bas, mal élaborés ou même à l’état cru.
III. Dans l 'indigestion grave , les douleurs gastrique et abdominale sont violentes, les évacuations copieuses et répétées; le malaise va jusqu a la défaillance, et l’état général prend la forme du choléra ou se complique d’accidents cérébraux.
L’indigestion, n’importe à quel degré, dépend ou des aliments ingérés, ou de l’état des organes digestifs. Au point de vue clinique, nous pouvons nous borner à ces deux différences.
1° Indigestion saburrale.
Les aliments la produisent tantôt par leur quantité, tantôt par leur qualité.
C’est par la quantité qu’il est péché le plus souvent, c’est-à-dire que X indigestion crapuleuse est la plus commune. Quant à la qualité, il suffît de renvoyer aux Traités d’hygiène signalant spécialement les aliments dits indigestes.
(d) Des dyspepsies. Paris, 1857, p. 15. — Outre les ouvrages généralement connus, nous croyons devoir recommander, pour l’étude de l'indigestion et de la dyspepsie : Philip, A treatise of indigestion, etc. London, 1855.
Une mastication insuffisante occasionne souvent la difficulté de supporter les aliments les plus inoffensifs. C’est pourquoi les indigestions sont fréquentes chez les personnes qui mangent avec trop de précipitation.
2° Indigestion organopathique.
Même à l’état de santé parfaite, l’estomac est loin d’être toujours également disposé relativement à la quantité et à la qualité des aliments. Celui qui, dînant seul, est rassasié par un ou deux plats, peut ingérer impunément de grandes quantités lorsqu’il se trouve à une table égayée par de nombreux convives.
Le chagrin, le travail intellectuel et la fatigue du corps, sont des causes fréquentes d’indigestion, et souvent une digestion commencée dans les meilleures conditions se termine par des vomissements ou par la diarrhée, lorsqu’elle a été troublée par une secousse morale ou un ébranlement physique. Le travail corporel, la marche, la course compromettent le travail digestif en détournant le sang de l’estomac et des intestins pour le porter aux muscles, aux poumons et à la peau.
Le médecin prendra aussi en considération l’influence de 1 âge, notamment les conditions particulières de la première enfance et de la vieillesse; il songera aux effets de la grossesse, aux influences atmosphériques et épidémiques, par exemple au génie gastrique régnant. Il se rappellera, en outre, les conséquences du refroidissement, l’action perturbatrice des bains généraux et même locaux, celle des narcotiques, enfin le danger des soustractions sanguines générales et locales pratiquées pendant le travail de la digestion.
Nous mentionnerons aussi particulièrement l’indigestion dite initiale, parce quelle marque le début de la plupart des maladies aiguës. Le public est généralement porté à y voir la cause de la fièvre, quoique le contraire soit le vrai. La fièvre qui couvait ayant mis l’estomac dans de mauvaises dispositions, l’ingestion d’un aliment ou d’une boisson quelconque, même de l’eau pure, occasionne alors des douleurs, de la nausée et du vomissement.
Enfin, la répugnance idiosyncrasique pour certains aliments ne peut également s’expliquer que par un mode particulier de l’innervation stomacale. Une indigestion grave peut se déclarer à la suite de mets qui, de leur nature, ne sont ni nuisibles ni même difficiles à digérer. Tout le monde en a vu des exemples fréquents.
Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est l’espèce d’action élective que l’estomac et les intestins exercent à l’égard de certaines substances, en les expulsant par le haut ou par le bas, tout en élaborant convenablement d’autres aliments auxquels elles étaient mêlées au moment de l’ingestion (1).
ARTICLE II