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DE LA DYSPEPSIE

Nous désignons par dyspepsie l’état habituel de digestion difficile ou laborieuse : « Lenteur, difficulté, état pénible des digestions (2). »

Ce mot a d’ailleurs pris un sens très-élastique et même arbitraire. Tandis que certains auteurs appellent ainsi un trouble quelconque de la digestion, d’autres y comprennent principalement la gastralgie et la pneumatose ; d’autres encore prennent ce mot pour synonyme d’embarras gastrique, et même de catarrhe gastrique ; enfin, il en est qui le limitent aux états auxquels on ne peut assigner pour cause aucune lésion matérielle manifeste.

Siège. — La dyspepsie a son siège dans l’estomac, dans l’intestin ou dans ces deux organes à la fois. On distingue par conséquent : 1° la dyspepsie stomacale ou gastrique; 2° la dyspepsie intestinale , et 5° la dyspepsie gastro-intestinale . Corvisart parle spécialement d’une dyspepsie duodènale ; c’est ce que d’autres pathologistes ont appelé la dyspepsie hépatique.

Plus les recherches physiologiques se multiplient, plus on s’aperçoit que le rôle de l’intestin grêle n’avait pas été jusqu’ici apprécié à toute sa valeur. Les actes intestinaux ne le cèdent réellement pas en importance à ceux qui s’accomplissent dans l’estomac même. Non-seulement la digestion des aliments non azotés a lieu presque exclusivement dans l’intestin grêle, mais encore celle des matières azotées y continue de se faire à l’aide du suc entérique.

On rapporte néanmoins à l’estomac, au point de vue pratique, la dyspepsie intestinale elle-même. C’est que le travail de l’estomac est le pre-

(1) Aux exemples de répugnance idiosyncrasique cités par Chomel ( Loc . cit ., p. 28), nous pourrions en ajouter un grand nombre d’après notre propre observation. Une dame, traitée par cet illustre médecin, digérait le beurre frais et non le beurre fondu. Nous avons un ami qui, au contraire, digère très-aisément le beurre roussi au feu, mais vomit le beurre frais étendu sur du pain.

Ç2) Jolly dans le Dict. de méd. et de chir. Vol. VI, p. 587.

mier dans l’ordre de succession, et par conséquent la condition de celui de l’intestin ; les aliments y séjournent d’abord longtemps, et l’organe gastrique souffre secondairement alors même que le mal principal siège dans l’intestin, sans parler de l’importance prépondérante qu’il a comme foyer d’innervation. L’instinct des malades et la croyance commune qui résument dans l’estomac l’ensemble des actes digestifs, ne reposent donc pas seulement sur un simple préjugé.

Phénoménologie. — I. Dyspepsie gastrique. Quand la cause siège réellement dans l’estomac, le trouble digestif se déclare immédiatement ou peu de temps après le repas, et cesse au bout de quelques heures pour se reproduire au repas suivant.

Le malade éprouve un malaise général, de la pesanteur et une sensation de plénitude, quelquefois de chaleur incommode à l’épigastre et dans l’hypochondre gauche. La bouche est mauvaise et sèche, c’est-àdire que la saveur est désagréable, la salive épaisse ; l’appétit est faible ou nul ; la langue, lorsqu’elle n’offre pas les signes de l’irritation, est couverte d’un enduit inégal, mince au milieu, plus épais sur les côtés où il forme deux lignes blanches convergentes vers la pointe. La séj cheresse s’étend de la bouche au gosier. Dans l’estomac même on con- | state en même temps les signes ordinaires de la pneumatose et de la gastralgie.

A ces phénomènes locaux il vient se joindre des troubles cérébraux et thoraciques : la céphalalgie, la somnolence, l’insomnie, la torpeur j de l’intelligence et des sens, du cauchemar, de la dyspnée et des palpi- | tâtions.

II. Dyspepsie intestinale. Quand la cause est dans l’intestin, alors le trouble se déclare plus tard et dure plus longtemps. Il consiste dans des souffrances sous la forme de coliques d’abord sourdes, mobiles, passagères, ensuite plus vives, s’accompagnant de borborygmes et que termine par moments l’expulsion de gaz fétides et de matières fécales mal élaborées. Toutefois, lorsque la dyspepsie se borne aux parties supérieures de 1 intestin grêle, il y a constipation plutôt que I dévoiement.

Les effets secondaires se font sentir ici principalement sur les fonctions de circulation et de calorification ; ce sont des palpitations, des défaillances, du refroidissement et des sueurs; les urines sont sédimenteuses et chargées d urâtes.

L appétit et le goût se conservent souvent assez bien dans la dys-

pepsie intestinale. Parmi les aliments, ce sont surtout les fécules qui donnent du malaise et des troubles, tandis que les viandes sont bien supportées. Nous ne savons si le dégoût invincible des viandes qu’on observe si souvent est réellement le signe que la dyspepsie dépend de l’estomac.

III. Dyspepsie g astro- intestinale. Quand la cause occupe en même temps l’estomac et l’intestin, alors les phénomènes se combinent et se confondent. Il n’y aurait aucune utilité à les décrire sous cette forme complexe. Naturellement les troubles gastriques ou intestinaux prédominent selon que c’est l’un ou l’autre organe qui souffre primitivement.

Pathogénie et causes prochaines. — L’étude des formes de la dyspepsie nous conduit à distinguer trois conditions qui peuvent se confondre dans les cas particuliers, il est vrai, mais dont l’une néanmoins l’emporte toujours sur les autres et indique par conséquent le traitement. Ces conditions sont :

1° L’absence ou l’altération des ferments digestifs;

2° Les anomalies du mouvement de l’estomac et des intestins;

3° Les défauts de l’absorption.

Qu’on nous permette de les examiner plus en détail :

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