DE LA CONTRACTURE DU VENTRE
Ce symptôme, qui ne doit pas être confondu avec le simple affaissement du ventre, est rarement isolé; il accompagne d’autres accidents, plus urgents et plus sensibles aux malades; nous pouvons donc être très-brefs à son égard.
Il consiste dans la contraction plus ou moins persistante des muscles abdominaux, excités sympathiquement, c’est-à-dire par action réflexe, ou comme manifestation d’un trouble général du système nerveux.
Ainsi, on l’observe dans l’hyperesthésie cutanée du ventre, dans les affections du diaphragme et dans la douleur intestinale où il devient un signe dont la médecine des enfants surtout fait son profit. On a remarqué cependant que la contracture du ventre correspond plutôt à une irritation vive d’un point circonscrit de l’intestin qu’aux irritations diffuses, et qu’elle se joint plus souvent aux spasmes toniques, également circonscrits, de ce viscère qu’aux spasmes cloniques.
La rétraction soudaine du ventre dans le cours des maladies aiguës annonce l’approche de convulsions générales.
Dans l’intoxication aiguë par l’arsenic et dans l’entérite aiguë, une rétraction persistante de l’abdomen se joint à une douleur très-vive. Cette rétraction est propre aussi à la colique rénale et à la colique in-
testinale provoquée par les acides, entre autres à la colique que donne en automne l'usage imprudent du cidre.
Mais de tous les cas spéciaux, celui qui a acquis le plus de notoriété c’est la colique de plomb. Le ventre est ici rentré au point de former une excavation ; il est dur comme une planche.
ARTICLE V
DE L’ASCITE.
La cavité péritonéale peut être distendue par des liquides de diverse nature. C’est souvent un épanchement aigu, séro-fibrineux ou purulent, produit de la péritonite ; c’est rarement le liquide de l’estomac, des intestins ou d’un kyste ovarique, répandu à la suite d’une perforation. Le nom de ascite est toutefois communément réservé aux épanchements chroniques. Il vient de <xary,6q, outre. La terminologie moderne propose comme synonyme le terme hydro-péritonie.
Fidèles au plan que nous avons adopté, nous devons d’autant moins exclure ici les épanchements aigus, qu’il reste douteux, dans nombre de cas, à quelle catégorie on a affaire et qu’il serait peu rationnel de séparer entièrement l’une de l’autre la péritonite aiguë et la péritonite chronique.
A l’exemple de plusieurs pathologistes modernes (I), nous faisons donc abstraction de la marche aiguë, ou chronique, en étendant le mot ascite à tous les épanchements liquides du péritoine, à tous les cas d’hydropisie du ventre. L’ascite chronique, néanmoins, nous servira de type dans la description générale des caractères.
Phénomènes et conséquences. — L’ascite se manifeste d’abord par une tuméfaction du ventre progressant peu à peu et également.
Au commencement on ne remarque, lors de la station debout, qu’une saillie plus considérable de la zone sous-ombilicale et une augmentation de la distance à laquelle l’ombilic se trouve du pubis. Chez le malade couché sur le dos, la saillie est plus forte aux flancs, mais peu à peu elle remonte vers la région mésogastrique; tout l’abdomen devient bombé, rénitent, luisant; le nombril fait saillie; des éraillures blanches se dessinent à la peau et les signes fournis par la palpation et la percussion ne laissent plus de doute sur la présence du liquide.
Par le refoulement du diaphragme d’une part et par l’immobilisation
(1) Par ex. Ilenoch, Klinik der Untcrleibskrankheiten. T. III, p. olL
des muscles abdominaux d'autre part, la respiration devient courte et difficile. Outre la dyspnée, il y a des palpitations, de l’engorgement des veines jugulaires et une coloration cyanotique de la face.
Toutes les sécrétions sont diminuées. La peau est sèche; les urines sont rares et saturées, sauf dans les cas d’ascite dyshémique où elles sont pâles et ternes ou bien renferment de l’albumine. Il y a antagonisme entre les sécrétions et l’ascite. Celle-ci diminue avec l’augmentation de celles-là, c’est-à-dire avec l’apparition de la diarrhée, de la diaphorèse et de la diarrhée, et vice-versâ. Malgré la rareté des urines, il peut y avoir un besoin fréquent d’émission, ce qui s’explique par l’obstacle que l’ascite oppose à l’extension de la vessie.
La constipation et la pneumatose intestinale qui accompagnent également l’ascite, sont dus, outre la sécheresse de la muqueuse, à la compression des intestins et à la paralysie des muscles abdominaux et intestinaux. La dyspepsie et le vomissement, qui sont fréquents, s’expliquent par la pression que le liquide exerce sur l’estomac.
La veine-cave étant également comprimée, il y a cyanose, refroidissement et infiltration séreuse des membres inférieurs; les veines abdominales se dilatent; à la fin, l’infiltration gagne les organes sexuels externes; il se développe une anasarque des régions sacrée, lombaire, et même de toute la paroi abdominale.
Le liquide épanché dans le péritoine est clair ou trouble, opalin, jaunâtre ou verdâtre, ténu ou de consistance huileuse. Il est parfois teint en rouge par de l’hématine dissoute ou par les globules du sang. Sa quantité peut s’élever jusqu’à vingt litres et au delà.
Il contient quelquefois de petits flocons de fibrine ou une substance appelée parafibrine qui se coagule au contact de l’air. L’analyse chimique nous autorise à le considérer comme du sérum du sang modifié plus ou moins par l’endosmose.
Il est rare que, par suite de l’agglutination ou de l’adhérence des intestins, du mésentère ou des épiploons, le liquide soit contenu dans des espaces circonscrits. Dans l’immense majorité des cas, il s’épanche librement dans la cavité péritonéale. Ce que les anciens ont appelé hydropisie enkystée , hy drops saccatus , n'est autre chose que les kystes séreux de l’ovaire.
1° Ascite irritative.
C’est l'ascite sthénique de certaines écoles.
Dans la péritonite aiguë, la tuméfaction du ventre est due avant
tout à la distension des intestins par des gaz; c’est un météorisme plutôt qu’une ascite; l’abdomen est sonore à la percussion. L’exsudât contribue cependant jusqu’à un certain point à le soulever.
On sait que l’exsudât de la péritonite aiguë franche est albuminofibrineux et contient relativement peu de sérosité. Et comme, en outre, il se forme de bonne heure des agglutinations et des adhérences entre les anses intestinales et les parois abdominales, le liquide ne peut se répandre en suivant uniquement les lois de la pesanteur; il est plus ou moins retenu entre les anses intestinales et le palper ne donne qu’une fluctuation incertaine.
Mais dans les péritonites puerpérale et pyémique où le liquide prédomine sur les matières plastiques et coagulables, il se porte aux points les plus déclives : le bassin, les flancs et le dos, tandis que les intestins surnagent.
Dans la péritonite tuberculeuse, tant des enfants que des adultes, la quantité de liquide épanchée n’est pas très-considérable. Cependant, on s’assure de sa présence en percutant l’abdomen dans des positions différentes qu’on fait successivement prendre au malade.
Les épanchements de la péritonite chronique qui accompagnent le cancer du foie, de l’estomac, des intestins ou des glandes mésaraïques, sont, au contraire, abondants et de nature séreuse. Ils se portent aux points les plus déclives. Néanmoins, le diagnostic se règle d’après la maladie principale.
2° Ascite sténotique.
Tout obstacle au progrès du sang dans la veine-porte peut déterminer l’ascite. La pression que subit le sang dans les troncs vasculaires s’étend jusqu’aux capillaires du péritoine, qui cessent de bien remplir l’oflice de vaisseaux absorbants et se prêtent en outre à une transsudation excessive à cause de la dilatation et de la macération qu’ils subissent.
Aussi, l’ascite est elle un des symptômes constants de la cirrhose, de la dégénérescence amyloïde et des tumeurs du foie, ainsi que de l’oblitération et de la compression de la veine-porte. « Je n’ai jamais, dit Cruveilhier, rencontré de foies déformés, ratatinés, ayant perdu la moitié de leur volume, sans épanchement dans la cavité du péritoine. »
L’ascite se développe aussi dans les cas de sténose de la veine-cave inférieure, lorsque celte sténose se trouve plus haut que l’insertion des
veines sus-hépatiques. Dans le carcinome du foie, le symptôme est inconstant, le néoplasme pouvant comprimer ou non des troncs veineux considérables.
Enfin, l’ascite s’observe dans la dernière période des maladies du cœur et de certaines maladies des poumons. Elle est postérieure à l’œdème des pieds et à l’anasarque universelle.
3° Ascite dyshémique.
L’ascite qui dépend d’une altération du sang est toujours précédée d’une anasarque plus ou moins considérable. Il faut distinguer les états hydroémiques et les états albuminuriques.
Parmi les états hydroémiques qui donnent lieu à l’ascite, nous mentionnerons celui qui succède aux grandes pertes de sang, notamment aux métrorrhagies habituelles; puis l’hydroémie qui est propre à la chlorose grave, aux affections chroniques de la rate, au scorbut, à la cachexie paludéenne, à la mauvaise alimentation et aux diverses maladies d’épuisement.
Dans la néphrite albumineuse aiguë , telle qu’elle se présente à la suite de grands refroidissements ou dans la convalescence de la scarlatine, l’ascite et l’anasarque se développent presque en même temps, rapidement et avec des symptômes fébriles. Dans l’albuminurie chronique, l’ascite ne survient que lorsque depuis longtemps il y a œdème ê de la face, du cou et des membres.
J. -P. Frank a publié des observations d’ascite survenue à la suite de la suppression du flux menstruel ou du flux hémorrhoïdaire. Ces observations correspondent assez avec ce que d’anciens médecins avaient décrit sous le nom d liydropisie sthénique , ou avec ce que des médecins modernes appellent Yascite par irritation sécrétoire. Il est plus probable encore, ainsi que le fait remarquer Henoch (I), qu’elles rentrent dans le cadre de l’albuminurie aiguë, c’est-à-dire que la suppression des flux menstruel et hémorrhoïdaire aurait produit d’abord une néphrite albumineuse analogue à celle qui succède parfois à de grands refroidissements.
Nous avons observé nous-mêmes un cas d’ascite aiguë avec albuminurie comme conséquence, non de la suppression des menstrues, mais d’une aménorrhée initiale. L’ascite et l’albuminurie guérirent avec l’apparition des règles.
(1) Ktinik der Untcrlcibsliraiikhciten. T. III, p. oôi.