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SYMPTOMES DE SENSIBILITÉ ABDOMINALE

Les troubles de la sensibilité abdominale se résument dans le phénomène la douleur. Ils siègent dans les parois et dans les viscères.

La douleur des parois, ou douleur abdominale superficielle , n’a rien qui la distingue de celle qu’on observe à la poitrine ou dans toute autre région animée directement par les nerfs rachidiens. Au point de vue clinique, nous aurons néanmoins à signaler particulièrement la douleur épigastrique et la douleur lombo-abdominale. Le péritoine qui, à l’état de santé, est insensible, devient le siège d’une douleur excessive lorsqu’il est hyperémié.

Parmi les douleurs profondes ou viscérales , nous n’aurons à nous occuper dans ce chapitre que de celles qui occupent l’estomac et les intestins. Or, celles-ci présentent de telles différences d’intensité et de forme qu’on serait embarrassé de les décrire complètement. Presque nulle à l’état normal, la sensibilité gastrique et intestinale devient excessive dans les maladies. Cette modification est-elle due à des changements dans l’appareil nerveux conducteur , ou dépend-elle, comme dans le péritoine, de l’état d’hyperémie, ou en général des conditions d’impressionnabilité périphérique? C’est ce que nous devrons abandonner à la décision des physiologistes.

L’observation simple nous fait connaître que les douleurs les plus vives se présentent, dans l’estomac et dans l’intestin, sous la forme d’accès, tandis que les douleurs ordinaires sont continues. Les observations des praticiens nous apprennent, en outre, que les premières s’accompagnent de contractions énergiques de la tunique musculaire, tandis que les secondes ont leur siège dans la tunique nerveuse exclusivement. On a considéré les premières comme des crampes, en les comparant aux douleurs provoquées par les contractions de l’utérus enceint, ou à celles qui sont propres à la crampe des mollets. Et, bien qu’il soit difficile de

décider actuellement, au point de vue de la science rigoureuse, si la contraction musculaire n’est qu’un effet direct de la violence du sentiment, ou si c’est elle au contraire qui exaspère ce dernier, nous nous conformerons à l’usage en étudiant à part la simple douleur gastrique et la cardialgie, la simple douleur intestinale et la colique.

ARTICLE PREMIER

DE l’ÉPIGASTRALGIE'.

On confond généralement ce symptôme avec la gastrodynie, et cette confusion, impardonnable en théorie, est en effet difficile à éviter au lit du malade. C’est que la douleur gastrique proprement dite se fait sentir également à l’épigastre ou se complique d’épigastralgie.

Cette dernière est, ou une hyperesthésie, une exaltation de la sensibilité, ou une douleur réelle siégeant superficiellement dans la peau du creux épigastrique, et secondairement dans les muscles de celte région, mais surtout dans le diaphragme. Le malade éprouve un sentiment de pesanteur ou de serrement pénible accompagné d’une gêne de la respiration ; le contact des vêtements, le plus léger attouchement, provoquent des douleurs véritables dont l’intensité peut aller jusqu’à faire pousser des cris., à provoquer des convulsions ou la syncope.

L’épigastralgie' a une tendance à remonter le long du sternum et à se prolonger vers le côté gauche du thorax. Elle gêne les mouvements respiratoires et, quand le diaphragme y participe, la dilatation verticale de la poitrine devient impossible. La toux provoque ou exaspère la douleur, et le malade se tient dans une attitude plus ou moins courbée en avant.

On distingue l’épigastralgie de la gastrodynie en ce quelle n’est pas influencée soit par l’ingestion des aliments, soit par le travail de la digestion. Mais celte distinction devient impossible dans le cas, assez fréquent, ou les deux symptômes se combinent et se compliquent l’un par l’autre.

L’épigastre et le front, dit Budge, sont les deux nosomètres les plus sensibles. Il y a peu de maladies qui n’intéressent point la sensibilité de ces deux régions. Aussi l’épigastralgie figure-t-elle avec la céphalalgie parmi les symptômes les plus communs des fièvres, surtout des fièvres exanthématiques.

La moindre émotion morale, une contrariété, une frayeur, le chagrin se portent à l’épigastre. La simple tristesse peut y faire naître un sentiment d’oppression ; elle peut a serrer le cœur, » comme on dit communément. Quand la tristesse dure, alors l’épigastralgie se développe en symptôme permanent. Le symptôme se déclare aussi par sympathie ou rayonnement des maladies du cœur et du péricarde, des poumons et de la plèvre, du foie et du diaphragme.

Nous venons de dire qu’il se joint fréquemment aussi à la gastrodynie, et dans ce cas il persiste même parfois avec opiniâtreté quand les causes de cette dernière ont cessé depuis longtemps.

L’appauvrissement du sang, les hémorrhagies, l’aménorrhée, la grossesse et diverses autres affections utérines le produisent à leur tour. Les attaques d’épilepsie et d’autres névroses générales en sont précédées. Il appartient à l’hypochondrie, à la nosomanie, à la catalepsie. Enfin, l’épigastralgie est un symptôme important des affections de la moelle épinière et de l’hystérie, maladies où nous devons l’étudier particulièrement.

4° Êpigastr algie spinale.

Chaque fois qu’une maladie de la moelle épinière, organique ou simplement irritative, siège dans la portion dorsale inférieure, il y a douleur dans le creux épigastrique; cette douleur s’étend de là le long des côtes et remonte souvent dans la poitrine jusqu’au cou. Elle est contusive ou compressive et crée une sensation pénible de raideur et de serrement, accompagnée de gêne dans la respiration et d’anxiété.

La forme et le trajet de la douleur, bien connus sous le nom de douleur de ceinture ou de barre , indique assez que, outre la peau, elle occupe les rameaux épigastriques des nerfs intercostaux. Lorsqu’on exerce une pression sur les septième et huitième vertèbres dorsales, on trouve cette région très-sensible en même temps qu’on occasionne une augmentation de la douleur du creux épigastrique.

Pour le diagnostic, il est utile de se rappeler que l’épigastralgie spinale s’exaspère quand le malade se baisse et surtout quand il essaie de soulever un poids, tandis qu’elle est diminuée quand il est couché sur le dos.

2° Êpigastr algie hystérique.

M. Briquet a placé dans les muscles le siège des douleurs vives que les hystériques éprouvent si constamment dans la région de l’estomac.

Il suffit cependant de pincer ou de soulever la peau pour se convaincre qu’elle n’y est pas étrangère, sans parler du fait que ces douleurs cèdent aux frictions et à la faradisation de la peau mieux qu’à tout autre moyen.

Du relevé qu’a fait l’observateur que nous venons de nommer, il conclut que les neuf dixièmes des hystériques sont atteintes d’épigastralgie et que, sur ce nombre, un peu moins de la moitié n’a que cette douleur. Il attribue donc au symptôme une valeur pour ainsi dire pathognomonique.

L’épigastralgie existe en dehors des attaques et pendant leur durée. Elle les précède aussi, et la douleur doit être bien vive, toujours d’après le même observateur (1), puisqu’il est très-commun de voir les hystériques, au plus fort de leurs convulsions, chercher à se frapper ou à s’arracher l’épigastre, ou bien indiquer par leurs gestes et par la gêne de la respiration, qu’il existe une forte souffrance en cet endroit. La succession des attaques rend l’épigastralgie permanente.

ARTICLE II

DE LA CŒLIALGIE.

Ce mot, tiré de xoiXîct, ventre, intestins, a été proposé par M. Briquet. Néanmoins, contrairement à l’opinion de ce pathologiste, nous devons placer le siège de ce symptôme ailleurs que dans les muscles. Pour nous la cœlialgie est une hyperesthésie ou une douleur de la peau du ventre et des nerfs lombo-abdominaux. Elle est comprise dans ce que Valleix et Notta avaient appelé la névralgie lombo-abdominale. Il est utile de la signaler à part, parce que souvent elle en impose pour des douleurs péritonitiques.

La douleur cœlialgique ou abdominale proprement dite occupe différents points de l’abdomen, le plus souvent cependant les côtés de l’hypogastre; elle s’exaspère sous une pression légère exercée sur un point circonscrit, tandis que le malade est soulagé quand on presse profondément, longtemps et largement à l’aide de la paume de la main.

Le malade confond aisément cette douleur avec la colique intestinale ; il la décrit comme une sensation de torsion et de chaleur très-pénibles, reprenant de temps à autre et laissant après elle chaque fois un senti-

(1) Briquet, Traité de V hystérie, p. 2 17 .

ment de pesanteur ou de contusion. Souvent elle rayonne dans laine, dans les organes génitaux et les membres inférieurs. Les grands mouvements du corps, les efforts qu’occasionne la toux, ceux pour aller à la garde-robe l’exaspèrent communément.

Un caractère souvent utile, qui peut cependant manquer, est que la pression provoque une contraction violente des muscles abdominaux, notamment des muscles droits qui paraissent alors rigides comme des planches et deviennent un obstacle à l’exploration ultérieure des organes du ventre.

Un autre signe diagnostique consiste dans la présence de points ou foyers névralgiques près de la colonne vertébrale, aux points d’émergence des nerfs correspondants, le long d'une perpendiculaire abaissée sur la partie moyenne de la crête iliaque, et sur une autre perpendiculaire correspondant à l’anneau inguinal.

Son siège superficiel et, la plupart du temps, unilatéral, ainsi que l’absence de fièvre, la feront distinguer de la douleur péritonitique et des véritables coliques.

La cœlialgie est un accident fréquent de la chlorose et de l’hystérie. Elle a sa cause parfois dans une irritation de la portion lombaire de la moelle épinière; elle peut aussi être provoquée sympathiquement par une lésion des intestins, de l’utérus et des ovaires.

1° Cœlialgie hystérique.

Selon M. Briquet, près de la moitié des hystériques souffrent de douleurs abdominales superficielles. Ces douleurs occupent rarement la totalité de la paroi antérieure de l’abdomen; elles sont deux fois plus communes à gauche qu’à droite et siègent le plus sonvent dans les régions sus-pubienne, sus-ombilicale, colique et iliaque. Dans ce dernier endroit, elles se rattachent presque toujours à des troubles aigus de la menstruation.

La cœlialgie hystérique gène parfois les fonctions de défécation et de miction; elle peut entraver aussi les mouvements respiratoires, et, dans des cas exceptionnels, on l’a vue assez forte pour rendre doulouj reux tous les mouvements du corps et forcer les malades à garder le lit.

2° Cœlialgie spinale.

Indépendamment de la douleur de ceinture qui est propre à la myélite et occupe parfois un niveau inférieur à l’épigastre, les parois du

ventre sont douloureuses, sur un ou plusieurs points, dans l'hyperémie et l’irritation de la portion lombaire de la moelle épinière. Les douleurs s’accompagnent de temps à autre de coliques ; elles rayonnent dans les membres inférieurs ; la pression sur les vertèbres lombaires est douloureuse.

3° Cœlialgie sympathique.

L’engorgement des ovaires, et même la simple congestion de ces organes et de l’utérus, provoque et entretient des douleurs cutanées dans les régions iliaque et hypogastrique sur lesquelles il importe donc de fixer particulièrement l’attention. Spontanées ou provoquées par la pression, elles guident le praticien dans bien des cas obscurs.

Andral a signalé aussi l’hyperesthésie de l’abdomen comme un accident de la fièvre typhoïde. On la confond communément avec la sensibilité excitée par les ulcères intestinaux. Qu’on se rappelle cependant que cette dernière a son siège dans la région iléo-cœcale, tandis que la cœlialgie sympathique s’étend également sur tout l’abdomen et même au delà.

Enfin, les engorgements du foie et de la rate donnent lieu à des douleurs dans les hypochondres, que nous sommes tentés d’expliquer également par une sympathie de niveau.

ARTICLE III

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