‹ Symptomatologie, ou, Traité des accidents morbidesChapitre 36 sur 149 · DE LA DOULEUR PÉRITONÉALE · texte numérisé non relu

DE LA DOULEUR PÉRITONÉALE

La douleur du péritoine n’existe que dans la péritonite dont elle est le symptôme initial et le signe le plus constant.

Dans la péritonite aiguë, elle est générale, très-intense, superficielle, continue, pongitive, tranchante, déchirante; la moindre pression, même le poids d’une couverture, l’exaspère, de même que tout mouvement du corps, les mouvements respiratoires, les efforts pour

(1) Guide du médecin praticien. T. V, p. 152. 5e édit.

aller à selle et pour uriner, etc. Elle s apaise dans la seconde période, lorsque l’épanchement s’est fait.

Dans la péritonite chronique simple et dans la péritonite tuberculeuse, la douleur est beaucoup moins intense, mais, comme dans la péritonite aiguë, elle s’exaspère sous la pression et par les mouvements du corps. De temps à autre, la douleur continue obtuse, est interrompue par une douleur spontanée plus vive, affectant la forme de coliques; ceci est particulièrement le cas dans la péritonite tuberculeuse.

Pour distinguer la douleur péritonéale de la douleur intestinale, on se fie aux signes concomitants et aux résultats de la palpation. On se rappelle, en outre, que la douleur intestinale est partout provoquée par les mouvements de l’intestin, qu’elle est plus profonde et se présente par accès sous forme de coliques; enfin, qu’elle converge vers l’ombilic.

Quand la péritonite est circonscrite dans les régions supérieures de l’abdomen, on pourrait la confondre avec l’épigastralgie. Qu’on se rappelle cependant que la douleur de la première est pongitive, continue, qu’elle s’exaspère à une pression exercée même largement avec la paume de la main, et qu’elle est ordinairement accompagnée de matité à la percussion.

ARTICLE V

DE LA GASTRODYNIE.

Nous préférons le mot gastrodynie, de yccvjYip, estomac, et c$ùvy, douleur, à gastralgie, parce que ce dernier terme a pris parmi les praticiens un sens trop général et, s’il nous est permis de le dire, trop banal, puisqu'il comprend à la fois la dyspepsie, la gastro-pneumatose et la gastrodynie, et s’emploie communément en opposition à gastrite, pour désigner toutes les affections non inflammatoires de l’estomac.

Les seules sensations par lesquelles l’estomac communique avec le cerveau à l’état de santé, sont les sensations spèciales de faim et de satiété. La sensibilité générale n’y est réveillée ni par le froid, ni par le chaud, ni par les impressions tactiles. En général, l’estomac qu’on sent est un estomac malade.

Les expériences de Beaumont nous ont cependant appris que l’introduction d’un tube ou de la boule d’un thermomètre, c’est-à-dire que l'action d'un excitant non approprié aux fonctions ou aux habitudes de

lor^ane, provoquait tantôt des douleurs vives, tantôt un malaise général allant jusqua la défaillance.

Dans l’estomac malade, alors surtout que la lésion s’étend à la couche sous-muqueuse et à la tunique musculaire, les mêmes douleurs et le même malaise se déclarent. Brinton est sans aucun doute dans le vrai quand il place les douleurs gastriques, en général, dans les nerfs du tissu sous-muqueux et dans ceux qui accompagnent les petites artères et les veines, plutôt que dans les nerfs qui se terminent dans la muqueuse même, c’est-à-dire dans l’appareil sécréteur. Nous laissons de côté les affections de la tunique séreuse qui participe à la vive sensibilité qui est propre à tous les replis du péritoine malade.

La douleur gastrique se manifeste à l’épigastre ; lorsqu’elle est forte, elle rayonne entre les omoplates et sous le sternum ; souvent elle descend en même temps le long des vertèbres lombaires.

Elle est modifiée par l’ingestion des aliments. Calmée ordinairement alors, elle reparaît à la fin de la digestion et va en augmentant pendant la période de vacuité de l’organe. D’autres fois, au contraire, elle est réveillée et augmentée par le travail de la digestion.

Il est aisé de se tromper sur le siège de la douleur. Les sensations morbides occasionnées par les organes voisins, le foie, la vésicule du fiel, le côlon transverse, [ intestin grêle et même le péricarde et la plèvre, se portent également vers l’épigastre. Il y a toutefois présomption en faveur de l’estomac chaque fois que la douleur occupe le centre même du creux épigastrique, ou semble s’y concentrer, et quelle augmente sous une pression forte exercée à l’aide de la paume de la main.

Quant aux formes, la douleur gastrique en accuse surtout trois qui ne sont peut-être que des degrés différents d’intensité. Au premier degré, elle consiste dans un sentiment de pression ou de tension; au deuxième degré, elle est rongeante ou se présente sous la forme de tiraillement et de déchirement; au troisième degré, elle est une cuisson, une brûlure ardente.

4° Gastrodynie saburralc et toxique.

Les Latins appelaient saburra le lest ou poids au fond d’un navire. En médecine, on peut donc appeler saburral tout symptôme occasionné par les matières contenues dans l’estomac, qu’elles soient irritantes ou non.

Les aliments ingérés provoquent la douleur de l'estomac par leur poids et leur volume, par leurs degrés de froid et de chaleur, ainsi que par leurs propriétés chimiques irritantes. La même action est exercée par l’altération des liquides sécrétés dans l’organe, par la déglutition d’une trop grande quantité de salive, comme il arrive, par exemple, à ceux qui mâchent du tabac; elle est exercée aussi par les produits d’une digestion abnorme, par la présence de la bile remontée par régurgitation, ainsi que par le sang, qu’il se soit épanché dans l’estomac même, qu’il ait été avalé ou qu’il y soit venu d’en bas par régurgitation. La distension de l’organe par des gaz devient aussi aisément douloureuse, ainsi que nous l’avons dit à l’article Gastro-pneumatose.

Nous devons citer, en outre, les corps étrangers, tels qu’arêtes de poissons, fragments d’os, noyaux de cerises, épingles, monnaies, etc., avalés par mégarde ou volontairement; enfin les vers ascarides et tænias, quand ils remontent de l’intestin.

Les poisons corrosifs agissent ou provoquent la gastrite; plusieurs autres cependant n’ont qu’une action simplement irritante. Parmi les médicaments, ceux qui éveillent particulièrement la sensibilité gastrique, sont le tartre stibié, le sublimé corrosif, le nitre, le sel ammoniaque et la digitale.

2° Gastrodynie organopathique.

La douleur gastrique est un symptôme de la gastrite, de l’ulcère perforant et du squirrhe. Cependant, dans aucune de ces maladies, elle n’est proportionnée à la lésion. Très-vive lorsque celle-ci est à peine visible, elle est souvent nulle dans des lésions profondes et étendues. Toutefois, on doit la regarder comme plus sérieuse quand elle est continue, fixe et circonscrite que quand elle est variable d’intensité et de siège, quand elle se déclare par accès et s’étend sur un espace considérable. 11 est bon de remarquer aussi que les lésions du cardia et du pylore donnent plus souvent lieu à des douleurs fixes que celles du corps de l’estomac.

La douleur de la gastrite catarrhale est tantôt compressive, constringente, brûlante, tantôt bornée à un simple sentiment de plénitude et de pesanteur; elle n’apparaît souvent qu’après l’ingestion des aliments ou des liquides, ou n’est éveillée que par une pression extérieure exercée sur la région gastrique. En général, il n’y a de douleur vive que quand l’inflammation s’étend au delà de la muqueuse jusque dans l’enveloppe

séreuse de l’estomac. Dans ce cas elle est pongitive, superficielle, continue et s’exaspère sous une pression même légère.

La douleur de la gastrite toxique est très-violente, brûlante; elle remonte le long de l’œsophage et s’accompagne de vomissement et de dysphagie.

Dans l’ulcère perforant, la douleur est un des symptômes les plus constants. Circonscrite parfois sur un point de l'épigastre, elle rayonne d’autres fois vers la colonne vertébrale, vers les hypochondres ou vers l’ombilic. Sa forme est constringente, térébrante, brûlante ou obtuse, continue ou rémittente. Comme celle de la gastrite, elle est provoquée ou augmentée par la compression extérieure, par l’ingestion des aliments et, en outre, par les émotions morales et par les mouvements généraux du corps. Très-souvent la gastrodynie, dans ces cas, est accompagnée de cardialgie, c’est-à-dire que la douleur continue s’exaspère de temps à autre, spontanément ou occasionnellement, sous la forme d’accès dont la durée varie depuis quelques minutes jusqu’à des heures.

Dans le cancer de l’estomac, la douleur occupe parfois toute l’étendue de l’organe et rayonne vers la colonne vertébrale et vers l’ombilic; d’autres fois elle est circonscrite dans la tumeur même. Sa forme est lancinante, déchirante, brûlante, térébrante, rongeante. Son intensité est variable, mais toujours elle a une tendance à s’exaspérer sous l’influence de la digestion, des émotions et surtout des écarts de régime. Les véritables accès cardialgiques qui précèdent parfois le développement du cancer, sont rares lorsque la maladie est confirmée.

5° Gastrodynie dyshémique.

Certaines altérations du sang, notamment la chlorose et les autres états anémiques, la convalescence, l’abus des saignées et les pertes d’humeurs, l’intoxication chronique par l’alcool, par le plomb, le mercure et par le miasme paludéen, puis l’aménorrhée, la leucorrhée, la spermatorrhée, enfin la dyscrasie arthritique, produisent un état douloureux permanent de l’estomac alors même qu’il n’y a pas de gastrite. A la moindre cause, telle qu’une émotion, un refroidissement, l’ingestion de certains aliments, inoffensifs dans toute autre circonstance, la douleur se développe avec plus ou moins d’intensité et dure alors comme telle pendant un temps plus ou moins long. Il s’y joint de l’anorexie et de la dyspepsie.

Depuis la publication de certains travaux qui avaient eu principalement pour but de combattre l’exagération de la doctrine de Broussais, relative à la gastrite, les praticiens ont pris l’habitude de donner le nom de gastralgie à cette diathèse douloureuse, ainsi qu’à toute autre affection stomacale exempte de lésions anatomiques appréciables. Ils comprennent aussi sous ce nom la gastrodynie nerveuse; en un mot, toutes les souffrances qui réclament plutôt la médication tonique que la médication antiphlogistique.

4° Gastrodynie nerveuse.

L’hystérie, l’hypochondrie, le nervosisme créent une- gastrodynie en tout semblable à celle qui est sous l'influence de la déglobulisation du sang. Les contrariétés, les affections morales tristes, les veilles prolongées et les excès de travail intellectuel semblent agir à la fois par la voie du sang et par celle des nerfs. Enfin, la gastrodynie véritable, qu’il ne faut pas confondre avec l’épigastralgie, est un des accidents de l’affection qu’on appelle irritation spinale et de quelques autres maladies de la moelle épinière.

ARTICLE VI

DE LA CARDIALGIE .

A ses degrés supérieurs, la douleur gastrique entraîne à sa suite une contraction spasmodique de la tunique musculaire qui, à son tour, exaspère la première. La cardialgie ou crampe de l'estomac diffère donc de la gastrodynie non -seulement par son intensité, mais surtout par sa forme paroxystique. Elle ressemble aux névralgies précisément parce qu’elle procède par accès, séparés par des intervalles de calme et d’anodynie parfaite.

La douleur gastrique ordinaire est provoquée ou augmentée par la pression; ceci n’est pas le cas de la douleur cardialgique ; au contraire, une pression profonde la soulage souvent, sauf le cas cependant d’une hyperémie ou inflammation de l’estomac. En outre, la cardialgie n’èst pas accompagnée de dyspepsie ni d’anorexie, et la nutrition n’en est pas compromise.

Au moment du paroxysme, l’estomac est diminué de volume, rétracté vers la colonne vertébrale; le creux épigastrique est rentré; la main y sent des contractions qui parfois même sont visibles à l’œil. La

douleur, en général plus intense que la douleur gastrique ordinaire, ressemble à une constriction violente; elle irradie vers le diaphragme, le sternum, Tcesophage, le nombril, le dos et même jusqu’à la gorge. Souvent elle se termine par le vomissement; d’autres fois elle débute par ce symptôme.

Dans ses degrés supérieurs, la douleur cardialgique est une des plus intolérables; c’est comme si l’on brûlait l’estomac avec un fer rouge, ou comme si on le déchirait en morceaux; elle donne le sentiment d’anéantissement comme la douleur de la sternalgie, et peut même se terminer par la défaillance et des convulsions.

Dans les cas ordinaires, la douleur précède la crampe qui est un effet de l’action réflexe. Ce qui est certain, en tous cas, c’est qu’elle est renforcée au moment où le spasme survient et que les malades distinguent bien la crampe et la simple douleur. L’élément spasme ne constitue donc pas toute la cardialgie.

Beaumont ayant introduit un thermomètre dans l’estomac, observa un resserrement spasmodique du pylore. Ce resserrement, ainsi que le but observer Brinlon (1), s’il a favorisé la production de la douleur, ne saurait cependant pas avoir été la cause directe de cette dernière; car il a souvent lieu, par exemple, dans le vomissement, sans être douloureux.

On doit même se garder de vouloir expliquer la forme paroxystique par l’intervention des muscles exclusivement; car cette forme est propre aux névralgies en général et se présente même parfois dans la gastrodynie simple.

La plupart des auteurs modernes ne considèrent la cardialgie que comme un degré supérieur de la gastrodynie, ou tout au plus comme une variété de cette dernière. Pour ce qui nous concerne, nous nous conformons au sentiment des praticiens en lui consacrant un article spécial. Dans aucun cas cependant nous ne pourrions adopter l’avis de Romberg qui distingue la gastrodynie névralgique et la névralgie cœliaque, en établissant le siège de la première dans le nerf pneumogastrique et celui de la seconde dans le nerf grand sympathique.

La prédisposition joue un grand rôle dans la génèse de la cardialgie. On la rencontre de préférence dans le sexe féminin, à l’époque de la puberté, dans l’âge adulte et dans le tempérament nerveux.

(1) Die Krankheiten des Magens, trad. de Bauer. Wurzbourg, 1862, p. 54.

Effets et conséquences. — Nous avons déjà dit que le vomissement complique la cardialgie tantôt au début, tantôt à la fin de l’accès. Sa présence et surtout sa violence font immédiatement soupçonner que la cardialgie est ou saburrale ou organopathique.

Des éructations, des bâillements, le hoquet, le pyrosis^ l’oppression, l’anxiété, des palpitations, la dyspnée accompagnent chaque accès.

Le pouls est rarement modifié; seulement il s’accélère et devient petit dans les attaques violentes. La peau reste fraîche ; la face exprime la douleur et l’anxiété.

Les fonctions de nutrition ne sont compromises que lorsque le symptôme est d’une violence excessive, ou quand il est l’effet d’une lésion organique de l’estomac.

La durée d’un accès ordinaire est de quinze à trente minutes ; des accès plus forts peuvent cependant remplir plusieurs heures et se succéder à des intervalles tellement courts que la souffrance ne semble pas donner de répit pendant des journées entières.

Sauf le cas de l’influence paludéenne, le retour des accès a lieu à des intervalles irréguliers et semble toujours être déterminé par des causes occasionnelles telles qu’une émotion, un écart de régime ou un refroidissement. Il est des malades chez qui l’accès ne se représente qu’au bout de plusieurs années.

Diagnostic différentiel. — Sans parler de la cardialgie qui s’associe parfois à des coliques néphritiques et utérines, on peut éprouver des difficultés pour la distinguer des coliques hépatiques et entériques.

La colique hépatique, notamment, occupe souvent exactement la région épigastrique et s’accompagne de nausée, d’éructation et de vomissement. Le diagnostic s’appuie dans ce cas sur les commémoratifs, sur la présence de calculs biliaires dans les excréments et sur la coloration ictérique des conjonctives et de la peau. Lorsque ces signes font défaut, il y a simple probabilité fournie par l’augmentation du volume du foie, par la sensibilité de l’organe à la pression et par l’appréciation des circonstances favorables à l’existence d’une maladie de l’organe hépatique.

La colique intestinale peut rayonner jusque dans la région de l’estomac; elle se concentre cependant ou vers le nombril, ou vers les régions latérales et inférieures de l'abdomen. La douleur, en outre, change facilement de place, et, au lieu de nausées et de vomissements,

il y a constipation opiniâtre, ou un besoin de défécation avec ténesme. L’inspection et la palpation font découvrir soit des rétractions, soit des tuméfactions ou ballonnements mobiles, mais occupant de préférence les régions mésogastrique et hypogastrique.

1° Cardialgie saburrale et toxique .

L’ingestion de substances rances ou corrosives, d’aliments trop acides, trop salés, gâtés et en voie de fermentation, d’aliments trop chauds ou trop froids, provoque des accès de cardialgie quand la muqueuse gastrique est déjà hyperémiée ou hyperesthésiée. L’idiosyncrasie joue également son rôle ici. Des substances alimentaires irréprochables provoquent constamment et inévitablement la crampe dans un estomac mal disposé à leur égard.

Les produits de la fermentation digestive et les qualités morbides des liquides sécrétés jouent le même rôle étiologique, de même que les corps étrangers et les substances toxiques dont il a été parlé à l’article Gastrodynie.

La pléthore abdominale, les hémdrrhoïdes et la menstruation prédisposent particulièrement à la cardialgie saburrale. Souvent des accès de crampes annoncent l’apparition de l’hématémèse ou du mélœna .

2° Cardialgie organopathique.

Les douleurs prennent fréquemment la forme cardialgique dans la gastrite des buveurs, tandis que dans les autres formes de gastrite catarrhale chronique elles sont sourdes et continues.

Les érosions hémorrhagiques et les ulcérations tuberculeuses, qui sont rares, provoquent également la cardialgie. Le plus souvent cependant elle est occasionnée par la dégénérescence cancéreuse dont elle précède parfois, pendant des années, les signes matériels. Mais la lésion qui mérite le plus d’être recherchée comme dernier mot du symptôme dont il s’agit, c’est l’ulcère perforant de l’estomac et du duodénum. Bamberger le donne comme la cause la plus fréquente des cardialgies violentes. Voici les caractères qui les feront distinguer de la cardialgie nerveuse :

Dans la cardialgie ulcéreuse, les symptômes concomitants sont constants; une douleur sourde persiste dans l’intervalle des accès et cette douleur s’accroît par la pression et par l’ingestion des aliments; il y a dyspepsie, hématémèse, vomissement saburral et amaigrisse-

ment. Dans la cardialgie nerveuse, au contraire, les symptômes concomitants sont variables, les intervalles sont exempts de douleurs; ces dernières, loin d'augmenter, sont plutôt apaisées par la pression; le vomissement, lorsqu'il existe, n'est en rapport ni avec l’ingestion des aliments, ni avec l'intensité de la douleur; il n’y a ni dyspepsie, ni liématémèsc, ni marasme.

5° Car dial g ie rhumatismale.

Depuis quelque temps on entend parler de différents côtés d’un rhumatisme de l’estomac. Scharlau, entre autres, a signalé, comme cause de la cardialgie, une irritation primaire de la tunique musculaire. Nous pensons cependant, avec Bamberger, que cette assertion a encore grandement besoin d’être démontrée.

Les praticiens insistent aussi sur le rapport sympathique qui relierait l’estomac à la peau; ils admettent des douleurs cardialgiques à la suite du refroidissement général et de la suppression de la transpiration.

Ce qui est certain, c’est que %les goutteux sont particulièrement sujets à la cardialgie qui, cependant, s'explique plus simplement dans ce cas par l'existence d’une gastrite ou d’un ulcère perforant. On observe des accès de douleurs stomacales chez les goutteux, tantôt avant la localisation du mal dans les articulations du pied, tantôt alors même que cette localisation ne se fait pas du tout. Quoi qu’il en soit d’ailleurs des opinions générales sur cette dyscrasie, et même quand on est peu disposé à croire tout ce que les anciens ont raconté des métastases arthritiques, on devra toujours reconnaître que la goutte a des affinités étroites d’élection et de localisation avec l'estomac.

4° Cardialgie sympathique.

La crampe de l’estomac qui accompagne les affections ulcéreuses du duodénum, n'est sans doute qu’un simple phénomène extension. Nous ne savons si ce même principe de pathologie rend aussi suffisamment compte de celle qui appartient aux maladies du pancréas et aux affections calculeuses du foie.

Mais un véritable lien sympathique doit être reconnu, quand on voit ce symptôme survenir à la suite de maladies de l’intestin, des reins, de la vessie, de l'utérus et des ovaires. 11 est notamment, positif

que des accès violents et persistants de cardialgie se trouvent parfois sous l’influence de troubles de la menstruation, de la grossesse, de lengorgement chronique et de déviations de l’utérus, ainsi que d’ulcérations de son col,

5° Cardialgie névropathique.

Cette espèce, dont les paroxysmes sont tellement violents qu’ils rappellent l’angine de poitrine, a été décrite par Autenrieth et par Romberg sous le nom de névralgie cœliaque, et par Mason Good sous celui de cardialgie syncopale ( cardialgia syncoptica).

La douleur resserre le creux de l’estomac, comme si les griffes d’un oiseau de proie s’y enfonçaient; elle rayonne vers le dos, sous le sternum et le long de l’œsophage, et s’accompagne d’un sentiment d’anéantissement, avec décomposition des traits, serrement et intermittence du pouls. Les muscles de l’abdomen sont contractés et une pression exercée sur le creux épigastrique, loin de les augmenter, soulage les souffrances.

Chaque paroxysme dure depuis quelques minutes jusqu a une demi-heure. Il revient à des intervalles réguliers ou irréguliers. La santé n’est ordinairement altérée en rien dans les intervalles, sauf la lassitude, les bâillements, les éructations et l’émission abondante d’une urine claire qui suivent immédiatement l’accès.

Romberg (1), qui a en souffert lui-même, considère cette forme comme une névralgie du plexus cœliaque, et trouve son caractère distinctif surtout dans le sentiment d’anéantissement, dans l'imminence de la syncope.

6° Cardialgie nerveuse.

Dans la diathèse névralgique et convulsive, chez les hypocondriaques et les hystériques, chez les sujets mal nourris et anémiques, chez les tuberculeux et particulièrement chez les hommes spermatorrhoïques et les femmes chlorotiques, il se présente des accès de cardialgie souvent violents et rebelles, dont nous avons donné plus haut les signes différentiels. Qu’on explique le fait par la dyspepsie ou par la tendance qu’ont surtout les chlorotiques à la sécrétion d’un suc gastrique trop acide, il est certain que le remède git non dans les absorbants, ni dans aucun des moyens dits antigastriques, mais que la cardialgie croît et décroît avec la dyshémie et la névrose.

(1) Lchrbuch dcr Ncrvcnkrankheitcn } t. I, p. 128.

Nous rangeons ici la cardialgie idiopathique des auteurs, où Ton ne trouve à lautopsie aucune lésion de l’estomac, quoique les accès douloureux existent parfois pendant des années, en montrant une violence extrême. Bamberger (4) en cite un exemple intéressant et rappelle des observations analogues publiées par Andral et par Budd.

La cardialgie est aussi assez fréquente dans l’intoxication paludéenne et doit sans doute être rapprochée, dans ce cas, de la cardialgie par anémie. Borsieri la décrit sous le nom de Febris inlermittens comilata cardialgica (2), et plusieurs observateurs sont disposés à l’attribuer, en général, à l’influence paludéenne chaque fois qu’il n’existe pas de lésion matérielle appréciable.

La cardialgie nerveuse est très -souvent accompagnée de faim canine et de pica,et ses accès se terminent chaque fois par l’émission d’urines abondantes et pâles.

ARTICLE VII

DE i/ENTÉRODYNIE.

La douleur est plus rare dans les intestins que dans les viscères qui reçoivent directement des nerfs du système cérébro-spinal, comme l’estomac, le foie, les reins ; ce qui n’empêche cependant pas quelle puisse être aussi vive là qu’ailleurs.

En général, elle est en rapport avec l’étendue et l’intensité de la lésion. Elle est sourde , gravative, continue, lorsque la muqueuse est seule affectée; tandis que son caractère aigu indique toujours une participation de la tunique séreuse. Dans le premier cas, elle ne se présente le plus souvent que sous la forme d’un malaise vague, ou comme un sentiment de plénitude, de gonflement, ou de tiraillement.

La douleur intestinale est rarement circonscrite; elle a une tendance à se généraliser. Le lieu où elle est ressentie trompe souvent. Elle peut être nulle au niveau où siège réellement l’irritation ou l’inflammation, tandis qu’elle affecte les points extrêmes de l’appareil qui, comme le rectum, reçoivent leurs nerfs directement du système cérébro-spinal.

Lorsqu’elle est vive, rapide et traverse le ventre sur des points variables, elle constitue ce qu’on appelle des tranchées .

(1) Krankheilen des chylopoèïischcn Systems, p. 140, note.

(2) Institut, mcd. pract ., vol. ï, p. 255.

Il faut noter si elle est permanente ou passagère; si elle augmente et diminue graduellement ou brusquement ; si elle est spontanée ou provoquée.

Au point de vue pratique on distingue l’entérodynie irritative et l’entérodynie nerveuse d’après la manière dont chacune se comporte sous la pression extérieure. La première s’accroît, tandis que la seconde est soulagée par cette pression et par les frictions pratiquées sur le ventre.

1° Entérodynie irritative .

Dans le catarrhe de l’intestin grêle, la douleur est faible et même nulle; elle consiste plutôt dans un sentiment vague, pénible, spontanément interrompu de temps à autre par des tranchées, ou exaspéré à chaque ingestion d’aliments ou de liquides; elle est circonscrite dans certaines anses intestinales, variable dans son siège et accompagnée de borborygmes. La pression du ventre l’augmente et la fait apparaître de préférence dans les régions mésogastrique et hypogastrique.

Dans le catarrhe du gros intestin, la douleur est plus vive, plus circonscrite ; elle suit le trajet de cet intestin, s’exaspère spontanément de temps à autre ou sous la moindre pression extérieure, ce qui la fait ressembler aux coliques ; la pression la fait apparaître de préférence dans les régions correspondantes au côlon. Elle s’accompagne, en outre, de borborygmes, d’épreintes ou besoins d’évacuation, et même de ténesme quand l’irritation s’étend au rectum. Du reste, quand l’intestin grêle ne souffre pas en même temps, il n’y a ni anorexie, ni même dyspepsie à un degré notable.

Dans l’entérite tuberculeuse où la tunique séreuse prend presque toujours part à la lésion, la douleur est plus vive, de même que dans les cas où le processus morbide s’étend sur les deux intestins en même temps.

Dans la typhlite et la pérityphlite, la douleur est sourde au commencement, mais interrompue par des tranchées; elle siège dans les régions iléo-cœcale ou iléo-inguinale. Plus tard, lorsque la séreuse intestinale est elle-même engagée dans le processus morbide, la douleur devient vive, lancinante et térébrante; elle s’exaspère par le mouvement, sous la pression et même lors de l’inspiration.

Les douleurs de l’helminthiase sont rongeantes, pongitives et térébrantes; elles changent souvent de place et prennent aisément la

forme de tranchées; le malade sent les mouvements de l'intestin , et le mal est augmenté par le jeûne ainsi que par l’ingestion d'aliments acides, salés ou épicés.

2° Entérodynie nerveuse.

Cette espèce fait partie du cortège des symptômes hypochon* driaques et hystériques, et se rattache en outre à l’éréthisme des organes sexuels, aux désordres de la menstruation et à la métrile chronique.

Au degré ordinaire, la douleur est continue, sourde, interrompue par des tranchées et soulagée par la pression et par les frictions. Elle s'accompagne de borborygmes et d’éructation, de constipation opiniâtre et d’une prédisposition particulière aux rétentions d’urine.

Au degré supérieur, elle se complique de cœlialgie. Alors le ventre devient tympanique et sensible au moindre toucher, au point de faire croire parfois à la métro-péritonite la plus intense, selon la remarque de M. Briquet (J). Il est des cas où elle est tellement vive que les malades poussent des cris incessants. Cet état peut persister pendant des mois et même plus d’une année, et disparaître ensuite rapidement et sans cause appréciable.

ARTICLE VIII

Page 1