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DE L’ANOREXIE

L’anorexie, de à privatif, et opsÈtç appétit, ou inappétence est produite par tout ce qui ralentit ou arrête la marche de la renovation organique; elle est, en outre, due à l’obnubilation ou à la suppression des sensations par lesquelles se manifeste le besoin de nourriture; enfin, elle peut provenir de l’habitude ou de dispositions individuelles particulières. La satiété et la simple absence du besoin ne sont pas des cas d’anorexie.

(1) Un exemple remarquable de bulimie nerveuse chez l’homme se trouve dans Swan, A treatise on discases and injuries ofthe nerves. London, 4854, p. 470.

On distingue quatre degrés d’anorexie :

Premier degré. — Il y a inappe'tence pour les viandes seulement ou pour les aliments substantiels en général, tandis que le goût pour les légumes et les fruits subsiste.

Deuxième degré. — Le besoin de manger est promptement éteint par l’ingestion de quantités minimes d’aliments; l’inappétence, dans ce cas, alterne aisément avec la faim morbide et même avec la voracité.

Troisième degré. — L’inappétence est absolue et persistante.

Quatrième degré. — Il y a dégoût ou aversion pour toute espèce d’aliments.

Dans l’anorexie absolue il y a simplement absence d’appétit pour n’importe quels aliments ; tandis que le dégoût constitue, à proprement parler, une réaction sensible contre les aliments, provoquée par la saveur, par l’odeur, et même par la seule vue. L’anorexie consiste à ne pas les désirer, tandis que le dégoût tend à les repousser. En fait, les deux degrés coexistent souvent, et la transition de l’un à l’autre est insensible. Nous reviendrons sur le symptôme du dégoût à l’occasion de la nausée et de la vomiturition.

Les effets de l’anorexie dépendent en grande partie des états organiques dont elle est le symptôme. Mais, quels que soient ces derniers, l’absence de nourriture conduit plus ou moins rapidement à l’amaigrissement, à la faiblesse musculaire, à la perte de l’énergie morale et intellectuelle; lorsqu’elle dure longtemps, elle provoque l’hydroémie, le scorbut et le marasme. Ces derniers accidents, et même l’amaigrissement et la faiblesse musculaire, tardent cependant très-longtemps à venir dans les cas où l’anorexie n’a qu’une cause nerveuse.

1° Anorexie dyspeptique .

Toute modification de la muqueuse gastrique et intestinale, toute altération des sucs digestifs, tout état de dyspepsie compromettent l’appétit. Mais les affections locales auxquelles le symptôme se rattache le plus souvent, sont les irritations gastriques et gastro-intestinales, depuis le simple embarras gastrique jusqu’à la gastrite et à l’entérite catarrhales. L’anorexie si remarquable des buveurs d’alcool s’explique plus souvent par la gastrite chronique dont ils souffrent que par l’inîoxication du sang.

Si les différentes maladies de l’estomac ne détruisent pas toutes l’in-

stinct alimentaire, c’est que plusieurs d’entre elles ne sont que partielles, c’est-à-dire qu’à côté des parties malades il s’en trouve d’autres, plus étendues, fonctionnant normalement. C’est pourquoi, entre autres cas, l’appétit peut se conserver longtemps et peut même être exagéré dans l’ulcère simple de l’estomac et du duodénum.

L’atonie de l’estomac et des intestins diminue également l’appétit, et, au point de vue pratique, il sera utile de mentionner spécialement l’inappétence propre à la constipation habituelle.

2° Anorexie dyshèmique .

Il n’est pas d’altération du sang qui ne tende à abolir l’appétit. Aussi l’anorexie est-elle un des premiers et des plus constants symptômes prodromiques des Gèvres et des maladies aiguës en général, qu’elles tendent ou non à se localiser dans l’appareil digestif. Elle persiste ensuite aussi longtemps que la composition du sang est viciée, c’est-à-dire jusqu’à l’époque des crises.

La gastrite, qui accompagne généralement les fièvres continues, est sans doute pour quelque chose dans la production de l’anorexie; mais on aurait tort d’y voir toute la cause. En règle générale, l’anorexie augmente et diminue avec la fièvre, n’importe l’état de la muqueuse gastrique.

Le retour de l’appétit vers la fin des maladies fébriles est un des signes qui font le plus sûrement bien augurer de la terminaison; tandis que l aversion pour les aliments est alors, au contraire, un signe trèsdéfavorable, les autres symptômes fussent-ils sensiblement améliorés.

En dehors des maladies fébriles, nous avons à citer les états anémiques. Toujours, à l’état de santé, l’appétit est en raison directe du chiffre des globules ou de ia puissance respiratrice du sang. Aussi se perd-il par la diminution du cruor et par tout ralentissement de l’oxydation respiratoire. De là vient l’anorexie si prononcée et si opiniâtre des anémiques et surtout celle des femmes chlorotiques.

3° Anorexie toxique.

La plupart des substances toxiques, prises même à de très-faibles doses, émoussent l’appétit : les unes en altérant la marche de l’hématose, les autres en agissant directement sur les nerfs de l’estomac.

Telle est l’action du thé, du café, du coca, etc. L’opinion qui attribue à leurs propriétés nutritives l'espèce de satiété ou de disposition

au jeûne quon remarque à la suite de leur ingèstion, ne nous semble pas suffisamment justifiée.

Telle est aussi l’action du sublime' corrosif et de tous les poisons métalliques.

Telle est, enfin, l’influence des narcotiques : de l’opium, de la belladone, de l’eau de laurier-cerise, du tabac à fumer et à chiquer. On raconte que les Boscliismen passent souvent, par nécessité, plusieurs jours sans nourriture. Ils se serrent alors le ventre et fument le dakka, qui est une espèce de chanvre.

Nous avons dit plus haut que l’anorexie bien connue des ivrognes semble devoir s’expliquer plus souvent par la gastrite chronique dont ils souffrent à la suite de leurs excès que par la dyshémie alcoolique.

4° Anorexie nerveuse.

Les grandes perturbations du système nerveux, et particulièrement celles qui tendent à concentrer l’influx nerveux dans certaines provinces du système, en le détournant des organes de la vie végétative, sont une cause fréquente et très-remarquable d’anorexie. Ces cas, où il n’existe aucune lésion appréciable, sont signalés par les pathologistes sous le nom d'anorexies idiopathiques.

Nous oublions de manger lorsque la joie ou la tristesse nous envahissent et lorsque nous concentrons notre intelligence sur des calculs compliqués ou sur des problèmes abstraits. Tel mathématicien prétend avoir mangé lorsque, en réalité, distrait par ses calculs, il a oublié l’heure du repas. Les malheureux qu’une cécité est venue frapper tout à coup passent souvent plusieurs jours sans prendre de nourriture.

C’est aussi ce qui arrive d’une manière plus permanente aux cataleptiques, aux mélancoliques et aux maniaques. L’anorexie va souvent chez eux jusqu’à une profonde aversion pour toute espèce de nourriture, malgré l’amaigrissement et l’inanition.

L’hystérie et 1 hypochondrie jouent aussi un grand rôle dans la production de l’inappétence nerveuse. Mais, pour ce qui concerne l’anorexie des femmes grosses, nous sommes incertain si elle est de cette même espèce, ou si elle doit trouver son explication plutôt dans la sympathie qui relie les nerfs de l’utérus à ceux de l’estomac.

5° Anorexie habituelle.

La quantité de nourriture que l’homme prend, dans l’état de civilisation, est fixé bien plus par l’habitude que par le besoin. Générale-

ment on mange trop, parce qu’on mange par plaisir. Mais l’habitude du contraire existe aussi, et donne lieu à des exemples d’autant plus remarquables qu’il s’y joint souvent en même temps une disposition particulière du système nerveux ou du moral tenant à l’hystérie ou à l’ascétisme. L’habitude seule, sans la coopération du moral, facilite d’ailleurs déjà le jeûne prolongé; témoins les Indiens du Canada et du Pérou.

On a des exemples d’un jeûne absolu ou presque absolu, prolongé pendant deux ou trois ans, et selon quelques-uns même pendant dix et quinze ans (I), quoiqu’il faille être très-circonspect à admettre ces faits qui offrent un champ aisé à la supercherie, à la manie et au fanatisme. Nous ne rappellerons à cet égard que la célèbre jeune fille de Copenhague dont le mensonge n’a été prouvé que longtemps après sa mort, et la jeune fille de Traunstein, en Bavière, dont l'estomac a été trouvé à l’autopsie rempli de pommes de terre, bien que, pendant sa vie, elle ait réussi à déjouer le contrôle d’une commission de physiologistes et de médecins distingués (2).

Il est remarquable d’ailleurs de voir combien peu d’aliments il faut à certains individus, et dans certaines circonstances, pour entretenir la vie. Les ermites du mont Sinaï ne vivent presque exclusivement que de dattes. Sainte Thérèse ne permit aux Carmélites qu’un régime composé d’un seul œuf, d’une soupe aux herbes et d’un peu de pain. On raconte que Newton, pendant qu’il composait son Optique, a vécu exclusivement de pain, de vin et d’eau.

6° Anorexie constitutionnelle .

L’exercice du corps stimule l’appétit ; tandis que la fatigue l’éteint quand elle va jusqu’à altérer momentanément les conditions normales de la nutrition des muscles. C’est dans l’altération de l’acte nutritif que nous cherchons aussi la cause de l’anorexie qui est propre au marasme.

Toutefois l’absence d’appétit dans les maladies chroniques dépend de causes très-diverses. Ainsi, chez les phthisiques, elle est tantôt dyshémique ou fébrile, tantôt dyspeptique; ce nest que dans les der-

(t) Voyez Mém. de VAcad. des sciences, de l’an 1761. Mason Good Study of Médecine, trad. allem. T. I, p. 125.

(2) Voyez Mcdic. cliirurg. Zcitung, publiée par le docteur Dittcrich. 1854.

nières périodes de la maladie qu on doit en accuser la prostration des forces et l’altération de la nutrition.

Mais, de quelque nature quelle soit, l’anorexie est nne chose fâcheuse dans les maladies chroniques, non-seulement parce qu’elle empêche le malade de se nourrir convenablement, mais plus encore parce quelle dénote l’obnubilation des instincts organiques et l’absence du concours des forces médicatrices de la nature.

ARTICLE IV

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