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DE LA PROSOP ANESTHÉSIE

L'affaiblissement et l’abolition complète de la sensibilité tactile et dolorifique du visage portent communément les noms d 'anesthésie faciale et d 'anesthésie de la cinquième paire.

L’anesthésie de la face est générale ou circonscrite. Elle peut être limitée à un ou deux filets seulement du nerf trijumeau. Le plus souvent elle est hémiplégique ou bornée à l’une des moitiés de la face et tranche alors nettement, sur la ligne médiane, avec l’autre moitié où la sensibilité est conservée.

L’anesthésie frontale envahit toujours la paupière supérieure et la partie antérieure de la région pariétale ; elle est sous l’influence du rameau sus-orbitaire du nerf frontal.

L’anesthésie malaire dépend du rameau temporo-malaire du nerf maxillaire supérieur. Les tumeurs occupant la profondeur de l’orbite atteignent ce rameau plutôt que le nerf sous-orbitaire qui est protégé par le canal osseux.

L’anesthésie sous-orbitaire se fait remarquer à la paupière inférieure, à la peau du nez, de la joue et de la lèvre supérieure.

L’anesthésie temporale s’étend au delà de la région de ce nom, sur l’oreille externe. Elle dépend du nerf temporal superficiel.

Enfin, l’anesthésie mentonnière se constate à la région du menton et à la lèvre inférieure. A l’article Anesthésie de la bouche , nous avons déjà dit que quand la sensibilité tactile est absente aux lèvres, le verre qu’y porte le malade lui semble ébréché.

Phénomènes concomitants. — L’anesthésie faciale s’accompagne presque constamment d’un affaiblissement de l’odorat, du goût et de la vue, et même d’une certaine paresse des muscles masticateurs. Il s’y joint, en outre, des troubles de la nutrition, tels que l’œdème et l’hyperémie de la peau, la tuméfaction et le saignement des gencives, l’hyperémie et la chémose de la conjonctive de l'œil et l’obscurcissement de la cornée.

Lorsque l’anesthésie est complète, les traits sont immobiles, non qu’il y ait en même temps paralysie du nerf facial, mais faute d’impulsion aux mouvements. Le seul mouvement qui persiste est celui des ailes du nez, attendu qu’il fait partie de l’acte respiratoire.

1° Prosopcinesthêsie périphérique .

La cause siège dans la peau même ou dans les fdets périphériques du trijumeau; elle consiste dans des lésions sous-cutanées, telles qu abcès, induration ou cicatrice.

L’anesthésie périphérique est essentiellement partielle et circonscrite, et son extension correspond rarement à la distribution anatomique des nerfs. La muqueuse qui se trouve au niveau de la partie anesthésiée conserve sa sensibilité.

2° Prosopanesthésie névropathique.

La cause siège dans les gros troncs du nerf, le plus souvent aux points où ils passent à travers les canaux et les ouvertures du crâne. C’est tantôt une lésion traumatique du nerf ou de l’os qui le contient, lésion accidentelle ou chirurgicale : balle ou grain de plomb, contusion, commotion ; tantôt le nerf est comprimé par une tumeur ou à la suite d’une ostéite ou périostite ; d’autres fois il est atrophié à la suite d’une inflammation du névrilème ayant laissé des exsudats ou de la sclérose; enfin la cause est souvent de nature rhumatismale.

Une cause occasionnelle qui mérite d’être signalée spécialement, c’est l’extraction des dents. Le nerf perd la sensibilité dans ce cas, soit par la commotion qui lui est communiquée, soit consécutivement à une névrite qui des nerfs dentaires se propage aux autres branches du trijumeau.

On conclut à la nature névropathique de l’anesthésie :

1° Lorsque son extension correspond exactement à la distribution anatomique d’une ou de plusieurs branches du trijumeau;

2° Lorsque des troubles analogues existent aussi dans la muqueuse qui tapisse les cavités correspondantes, et

3° Lorsque l’insensibilité de la face, bien qu’hémiplégique, ne s’accompagne pas de troubles dans d’autres nerfs cérébraux.

3° Prosopanesthésie cérébrale .

Elle est la conséquence de foyers hémorrhagiques, de ramollissements ou exsudations circonscrites, de tumeurs tuberculeuses ou autres détruisant les portions intracrânienne ou intracérébrale du nerf trijumeau. L’anesthésie, dans ces cas, est toujours unilatérale générale ou hémiplégique, et s’accompagne de troubles dans d’autres nerfs

cérébraux voisins, notamment dans l’oculo-moteur commun, le facial et l’acoustique.

Les effets du trijumeau ne sont jamais croisés, bien que les anato* mistes aient reconnu un entrecroisement au moins partiel du nerf dans la moelle allongée. L’extirpation des noyaux^gris, pratiquée sur des animaux, en arrière de la protubérance annulaire, produit encore l’anesthésie en question. Quand la lésion siège dans la protubérance annulaire ou en général en avant du noyau gris, alors, selon Valentin (1), la paralysie est précédée d’hyperesthésie; tandis quelle s’établit d’emblée quand la lésion concerne le noyau gris même ou des parties situées plus en arrière.

Les tumeurs de la base du crâne qui compriment le ganglion de Gasser, ou les troncs nerveux voisins, produisent l’anesthésie et la paralysie du nerf trijumeau avec tous les troubles de nutrition dans l’œil, dans la muqueuse nasale et les gencives que la physiologie expérimentale a fait reconnaître, depuis longtemps, à la suite de la section du nerf au même niveau (2).

(1) Versuch ciner physiolog. Pathologie der Ncrven. Leipzig et Heidelberg, 1864, t. II, p. 100.

(2) Voyez Schiff, Untersuchungen zur Physiologie des Ncrvensystems. Francfort-s/^!., 1855, p. 51-79. On y trouve une série d’observations relatives à ce fait. Les observations les plus instructives concernant l’anesthésie faciale en général ont été recueillies aussi par Romberg, Lchrbuch der Nervenkranhheitcn , 1. 1, p. 215-225.

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