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DE LA PUNAISIE

On appelle punaisie, ozœna , dysodie, la fétidité des mucosités nasales et de l’air qui sort des narines. Les malades atteints de cette infirmité deviennent à charge à ceux qui les entourent, sans que, la plupart du temps, ils puissent s’en rendre compte, car le courant inspiratoire sent moins mauvais que le courant expiratoire. C’est comme dans la fétidité de la bouche.

Plusieurs pathologistes ont cru à l’existence d’une punaisie qu’ils appelaient essentielle et qui, selon eux, serait due à l’exhalation directe, par la muqueuse du nez, d’un principe odorant, ressemblant à celui que dégagent les punaises quand on les écrase. L’existence de cette affection est plus que douteuse. Nous pouvons déclarer que la fétidité du nez dépend toujours, sinon de la décomposition des tissus ou des produits sécrétés, du moins d’une altération matérielle de la muqueuse.

1° Punaisie ulcéreuse .

Cette espèce est due à l’exulcération de la muqueuse ( ozœna iilce * rosa), et particulièrement à celle qui est accompagnée de nécrose des os du nez. Elle est ce qu’on appelle communément l 'ozœna vera.

On sait que les ulcères communs du nez deviennent aisément rongeants, en prenant le caractère diphthéritique. La même chose arrive dans les ulcères scrofuleux, les ulcères syphilitiques, et le cancer ulcéré.

Exceptionnellement, l’odeur peut aussi provenir d’une fistule dentaire communiquant avec les fosses nasales.

2° Punaisie catarrhale.

Le mucus et le muco-pus sécrétés dans le nez, par exemple à l'occasion d’un coryza chronique, peuvent également, en se décomposant, répandre soit l’odeur de punaises écrasées, soit l’odeur fade de la sueur des pieds, et donner lieu à ce qu’on appelle communément la fausse punaisie ( ozœna spurid).

Les produits de la sécrétion sont retenus par les croûtes dont nous

avons parlé à l’article précédent, par des corps étrangers : calculs, noyaux de cerises, etc., ou par un rétrécissement organique (punaisie des camards ).

Quoique nous ayons nié l’existence de la punaisie essentielle, nous devons convenir néanmoins que la constitution individuelle et que des influences dyscrasiques sont pour quelque chose dans la promptitude avec laquelle la décomposition des liquides nasaux a lieu. Et, pour être complet, nous ajouterons que les qualités de l’air que le malade respire, c’est-à-dire son séjour et ses habitudes de propreté, exercent également de l’influence sur ce phénomène.

ARTICLE IV

de l’épistaxis .

Le mot sma-Tcc^tg veut dire stillicidium , chute ou écoulement, goutte à goutte, d’un liquide quelconque. En médecine, il n’a que le sens restreint d 'hémorrhagie nasale , saignement du nez , rhinorrhagie (1).

C’est peut-être de toutes les hémorrhagies la plus commune. Le fait s’explique, d’abord par le rapport de proximité qui unit les fosses nasales aux méninges et à l'encéphale, ensuite par la mollesse de l’épithélium qui recouvre la membrane de Schneider, ainsi que par la densité et la richesse du réseau capillaire sanguin propre à cette membrane.

Origine. — Sauf le cas d’érosion de l’artère de la cloison du nez, le sang provient du réseau capillaire. J. P. Frank, cependant, avait placé le siège de l’épistaxis habituel dans les veines de la muqueuse nasale qui, selon lui, seraient variqueuses dans ce cas. Il a été reconnu en effet, depuis, que dans l’épistaxis habituel, le sang provient le plus souvent d’une espèce de sinus veineux, très-disposés à se déchirer, et occupant des dépressions ou inégalités à la surface des cornets.

Le sang provient d’une seule narine, rarement des deux narines à la fois. Les anciens professaient la croyance que le côté malade correspondait à la situation de l’organe, en ce sens que l’hémorrhagie aurait lieu à gauche dans les maladies du poumon gauche, du cœur et de la rate, et quelle se ferait par la narine droite dans les affections du

(1) M. Gublcr, il est vrai, et quelques autres pathologistes, parlent aussi d’un épistaxis utérin , par exemple, au début des fièvres.

poumon droit et du foie. Quelque suspecte que soit cette croyance, nous ne voulons pas omettre de rappeler qu’un médecin irlandais, auteur d’une monographie de l’épistaxis, affirme récemment en avoir souvent rencontré la confirmation (1).

Phénomènes. — La quantité de sang qui s’échappe varie depuis quelques gouttes jusqu’à 1000 ou 2000 grammes et au delà. L’écoulement a lieu, goutte par goutte, avec des interruptions, rarement en nappe ou en jet continu.

Une portion plus ou moins grande s’écoule par les narines postérieures dans le pharynx; le malade ramène ce sang dans la bouche par un acte d’expuition, c’est-à-dire que le saignement du nez s’accompagne d’un crachement de sang.

L’hémorrhagie nasale peut se déclarer inopinément, sans troubles précurseurs, à l’état de santé aussi bien qu’à l’état de maladie. Le plus souvent, cependant, il y a des prodromes ou accidents prémonitoires , consistant dans des signes de congestion vers la tête : vertiges, bourdonnements ou tintements des oreilles, céphalalgie, inquiétude, rêves, rougeur de la face et des conjonctives, battement des carotides et des artères temporales. Le malade éprouve en même temps un sentiment de plénitude, de sécheresse, de chaleur ou de chatouillement dans les fosses nasales. Tous ces phénomènes disparaissent à l’instant même où le sang commence à couler.

On comprend la promptitude du soulagement, si l'on se rappelle que parmi les artérioles qui alimentent le réseau capillaire de la membrane de Schneider, plusieurs reçoivent leur sang à la fois des rameaux nasaux de l’ophthalmique et de la maxillaire interne. La muqueuse nasale est donc un point de rencontre entre le système de la carotide interne et celui de la carotide externe. Les veines, à leur tour, se jettent, les unes dans la jugulaire interne, les autres dans la jugulaire externe.

Parfois le symptôme est précédé d’un orgasme vasculaire général : de palpitations cardiaques et de pulsations artérielles énergiques, intermittentes ou dicrotes.

Le saignement ordinaire s’arrête spontanément, après quelques minutes ou au bout d’une heure. Mais il est des cas où il persiste pendant des journées entières, avec ou sans rémissions. Quand le sang ne jaillit pas avec abondance, il se coagule en partie et la partie coagulée

(1) Rawdon Maenamara dans Dublin Journal , tome XXXIII, février 1862 page 28.

fait office de tampon en arrêtant l’hémorrhagie. On comprendra que l’acte de se moucher, l’éternuement, la toux, etc., la fassent ensuite revenir, en détachant les caillots.

Marche. — On distingue l’épistaxis accidentel dépendant de causes occasionnelles, et l’épistaxis habituel entretenu'par des causes prédisposantes ou constitutionnelles. Ce dernier peut même devenir une nécessité ou un moyen préservateur de la santé, comme le flux hémorrhoïdaire.

Le retour de l’accident a lieu à des intervalles irréguliers ; rarement on constate une marche typique. Millet (1) a observé un épistaxis à type quotidien, se réitérant tous les jours à la même heure. Taunton (2) a cité un cas où, pendant un grand nombre d’années, le nez saignait régulièrement tous les mois, et où la suppression du flux faisait naître chaque fois des accidents cérébraux.

Effets et conséquences . — Le sang qui s’écoule dans le pharynx peut arriver sur la glotte et provoquer une toux plus ou moins violente. C’est ainsi qu’on est exposé parfois à confondre la rhinorrhagie avec l’hémoptysie.

Chez les personnes endormies et les malades privés de connaissance, le sang peut descendre dans l’estomac et donner ainsi lieu à de la dyspepsie, à de l’hématémèse et même à une fausse entérorrhagie. Les malades assoupis sont exposés aussi à ce que le sang pénètre dans les voies respiratoires et détermine la suffocation.

Par suite de la quantité de sang qui se perd en une ou en plusieurs fois, même après des intervalles assez longs, l’épistaxis peut, comme toute autre hémorrhagie, amener l’olighémie, l’hydroémie, l’épuisement et la mort.

1° Épistaxis traumatique .

Les vaisseaux de la muqueuse nasale peuvent éprouver une solution de continuité à la suite de violences extérieures, telles que piqûres, incisions, contusions. Dans le cas de prédisposition particulière, le saignement est même provoqué par la simple introduction d’un doigt dans les narines, par l’action de se moucher, ainsi que par les secousses de

(1) Journal des connaissances méd. chir., août 1844; selon Friedreich, dans Virchow, Handbucli der spccicllen Pathologie und Thérapie , t. V, p. 588. Note.

(2) London mcd. and surgic. Journ.j 1850. Vol. IV, p. 489; d’après Friedreich

ihida

la toux et de 1 eternuement. La fragilité ou friabilité extraordinaire des parois vasculaires en général, qui constitue Y hémophilie ou diathèse hémorrhagique, se manifeste le plus souvent dans le nez.

2° Épistaxis atmosphérique .

Quand la densité de l’air atmosphérique est diminuée jusqu a un certain point, les parois vasculaires sont impuissantes à retenir le sang. Aussi, l’épistaxis devient-il fréquent, épidémique même, quand le baromètre descend à son niveau le plus bas.

Ceux qui font des ascensions en ballon et les voyageurs qui gravissent les sommets des hautes montagnes sont affectés, entre autres, d’hémorrhagie nasale qui ne s’explique cependant pas exclusivement par la raréfaction de l’atmosphère ; la sécheresse de l’air, le froid et les efforts que l’ascension exige contribuent à déterminer l’accident.

3° Épistaxis organopathique .

Beaucoup de rhinorrhagies habituelles ou profuses ont leur cause dans des lésions organiques de la muqueuse nasale : hyperémies, engorgements vasculaires ou fongueux, ulcères. Un des épistaxis les plus graves est causé par l’érosion ulcérative de l’artère de la cloison du nez. Les polypes jouent, sous ce rapport, dans le nez, le même rôle que dans le rectum et dans l’utérus.

4° Épistaxis vicariant.

Les anciens médecins font mention, sous le nom à' Épistaxis vicaria, d’un saignement du nez qui, selon eux, tient lieu de certains autres flux du sang, normaux ou pathologiques, notamment des flux menstruel et hémorrhoïdaire. Après la suppression ou rétention de ceux-ci, il se déclare des phénomènes congestifs à la tête, des troubles cérébraux et sensoriels à des degrés parfois inquiétants; ils sont dissipés promptement lors de l’apparition d’un flux nasal. On a vu des femmes non réglées saigner du nez régulièrement tous les mois. Fabrice de Hilden mentionne un cas où des hémorrhagies nasales se sont déclarées après la guérison de pertes subies par des veines variqueuses.

5° Épistaxis congestif.

Le flux nasal est un des symptômes les plus ordinaires de la pléthore et des congestions cérébrales. Il est toujours précédé, dans ces cas,

des troubles énumérés plus haut : vertiges, maux de tête, bourdonnements des oreilles, rougeur de la face, battements des carotides et des artères temporales, dicrotisme du pouls radial, etc., troubles disparaissant dès que le sang commence à couler. C’est l’espèce que les praticiens appellent l’épistaxis actif.

Elle est commune dans l’adolescence et vers l’époque de la puberté, plus chez les garçons que chez les filles. Elle s’observe parfois à la suite d’émotions vives, sous l’action d’un bain chaud, après un repas copieux, après le coït, etc. Elle se présente comme accident habituel chez certains sujets dits pléthoriques, où, sans qu’on puisse découvrir aucun processus morbide local, soit au cœur, soit dans les viscères présidant à l’hématopoièse, le sang paraît se produire à l’excès. Elle est propre au début des maladies fébriles, surtout de la fièvre typhoïde (épistaxis initial du typhus). Enfin, elle constitue l’épistaxis critique qu’on observe au déclin des hyperémies cérébrales, des fièvres typhoïdes, des pneumonies, etc.

6° Épistaxis phlèbostatique .

Le saignement du nez que les praticiens appellent passif ou asthénique a sa cause dans un obstacle passager ou permanent qui s’oppose au retour du sang, ou, si l’on veut, dans un engorgement des veines efférentes. On l’observe donc dans les maladies organiques du cœur droit, dans les épanchements pleurétiques volumineux, dans l’emphysème pulmonaire, dans le goitre, et même dans les grandes tuméfactions de l’abdomen (hypertrophies du foie, ascite, kystes ovariques), où le diaphragme est refoulé vers la cavité thoracique et favorise la stase veineuse en rendant incomplets les mouvements d’inspiration.

Cette espèce d’épistaxis est souvent aussi précédée d’accidents céphaliques et cérébraux : de céphalalgie obtuse, de vertiges, de tintements des oreilles, mais jamais d’orgasme vasculaire ni de battement des carotides ou des artères temporales, ni enfin de rougeur et de chaleur de la tête. L’écoulement du sang fait cesser les symptômes et procure un soulagement immédiat.

L’hémorrhagie nasale qui survient chez les personnes prédisposées, quand elles font des efforts, par exemple, en soulevant des poids, en chantant, en pérorant à haute voix, quand elles portent des vêtements qui serrent le cou, ou même quand elles sont en proie à des affections morales déprimantes, est également de nature phlèbostatique.

7° Épistaxis dyshémique.

De même que les autres hémorrhagies, celle du nez se rattache aux diverses maladies générales qui se caractérisent par une trop grande mollesse ou perméabilité des parois vasculaires. Ce sont : l’hémophilie ou diathèse hémorrhagique, le scorbut, le morbus maculosus de Werlhoff ; ce sont les hypinoses qui se développent dans le cours de certaines chloroses, de leukémies, de fièvres intermittentes et de maladies de la rate ; c’est, enfin, la dyshémie typhique.

La fièvre typhoïde présente donc trois espèces de rhinorrhagie : d° l’épistaxis initial; 2° l’épistaxis critique, qui sont tous deux congestifs; et 3° l’épistaxis dyshémique, qui peut se déclarer accidentellement dans le cours de la fièvre et dont la signification est toujours fâcheuse.

ARTICLE V

de l’éternuement.

L’éternuement (, stermitalio ) consiste dans l’expulsion violente, explosive, de l’air par le nez. 11 a pour effet de déplacer en même temps les matières liquides contenues dans les fosses nasales.

Mécanisme. — L’éternuement est essentiellement un mouvement réflexe succédant à l’irritation des nerfs tactiles de la muqueuse du nez. Il débute par une sensation de chatouillement ou de picotement dans la partie antérieure des fosses nasales, sensation qui augmente rapidement. Parvenue à un certain degré, elle est interrompue par une inspiration involontaire, profonde et rapide, pendant laquelle les lèvres s’écartent et les narines se dilatent.

Les poumons ayant ainsi fait une large provision d’air, il survient précipitamment une expiration très-énergique, explosive et bruyante, qui constitue, à proprement parler, l’éternuement et communique une secousse à tout le corps. Les muscles de l’abdomen prennent la plus grande part à cet acte, tandis que les narines sont reserrées pour accélérer encore le courant qui les traverse.

Le passage de la bouche est intercepté, soit par la fermeture des lèvres, soit par l’application de la langue à la voûte palatine. Le voile du palais est abaissé en même temps et les piliers pharyngo-staphylins sont rapprochés latéralement, enfin, la glotte se resserre brusquement. C’est ainsi que le courant expiratoire est forcé de suivre tout entier la

voie des fosses nasales et d’entraîner avec lui les mucosités et autres matières qui peuvent s’y rencontrer.

Le rétrécissement des narines s’opère principalement au niveau du sillon transversal de l’aile du nez, d’après un mécanisme signalé pour la première fois par Beau (1). Il se forme là une espèce d’ouverture glottique dont les vibrations font naître le bruit explosif strident qui est propre à l’éternuement.

Les trompes d’Eustache sont protégées contre la pression de la colonne d’air, par un appareil musculaire spécial, décrit par Tourtual (2).

II arrive parfois que le passage est intercepté dans l’une des fosses nasales; dans ce cas, une partie du volume d’air se fraie un chemin à travers la bouche en s’échappant des lèvres avec bruit. Dans les mêmes circonstances, la toux peut se joindre à l’éternuement et diminuer la force d’impulsion qui, sans cela, agirait sur le nez.

II va sans dire que l’éternuement est impossible quand les muscles abdominaux sont paralysés. Il est imparfait et s’accompagne d’une vive douleur à l’épigastre, quand la paralysie atteint seulement le diaphragme.

En frictionnant le nez, ou en pressant la langue contre la partie antérieure de la voûte palatine, on parvient à empêcher l’explosion expiratoire. Enfin, l’éternuement n’a plus lieu quand il y a anesthésie tactile de la muqueuse nasale ou des branches correspondantes du nerf trijumeau.

Effets et conséquences. — Tous les muscles du corps tressaillent au moment de l’éternuement. La sécrétion de la muqueuse du nez et de la glande lacrymale est activée, ou, pour parler plus exactement, le mucus contenu dans les glandes mucipares des fosses nasales et du larynx, ainsi que le liquide dont la glande lacrymale est gorgée, sont exprimés en même temps que les sinus nasaux se vident. De cette manière, une quantité notable de matières est accumulée dans les fosses nasales ou rejetée par les narines. Quand l’éternuement se réitère plusieurs fois, la muqueuse présente le phénomène du larmoiement, à la manière des bronches dans la toux irritative.

L’éternuement dégorge les veines cérébrales et rafraîchit ainsi la

(1) Traité de V auscultation. Paris, 4856, p. 42. Note.

(2) Neue Untcrsuchungcn über den Bau des menschl . Schlund-und Kehlkopfes. Leipzig, 1846, p. 61.

tête. Il accélère le cours du sang à travers les artères et les capillaires de tous les points du corps. Il peut faire naître des hémorrhagies externes ou internes : des hémorrhagies de l’utérus, des extravasations dans la rétine avec cécité consécutive, des apoplexies cérébrales. Tous les viscères éprouvent la secousse. On a recours aux sternutatoires pour faire cesser soit la syncope, soit les attaques hystériques.

La contraction brusque et violente des muscles de l’abdomen peut occasionner des ruptures ou des hernies chez les personnes prédisposées; elle peut déterminer l’avortement (I). Des anévrysmes et des vomiques peuvent se déchirer, et, en se reproduisant très-souvent, l’éternuement peut amener des congestions cérébrales permanentes. Enfin, quand la prédisposition existait, on a vu cet acte entraîner à sa suite des convulsions générales et même la mort (2).

4° Eternuement irritatif.

Quand la membrane de Schneider se trouve à l’état normal, l’irritation la plus légère de ses nerfs tactiles fait éternuer. Les occasions les plus communes sont : l’inspiration de poudres ou de vapeurs irritantes, l’usage du tabac à priser, la présence de petits insectes dans les narines, le chatouillement par une barbe de plume, etc. Le mucus épais qui s’amasse et se consolide pendant le sommeil de la nuit fait qu’on éternue le matin. En médecine, on se sert de poudres sternutatoires dont les plus actives sont l’ellébore et l’arnica.

Quand la muqueuse est hyperesthésiée, comme dans le prurit nasal ou au début du coryza, la cause la plus insignifiante, un courant d’air froid, la fumée d’une lampe, provoquent l’éternuement. C’est ainsi que le symptôme figure parmi les signes précurseurs de la rougeole et de la variole. Plus tard, quand le coryza entre dans la période véritablement inflammatoire, l’éternuement cesse.

Il est curieux de remarquer la promptitude avec laquelle le symptôme se déclare après le refroidissement. A l’instant même où la transpiration est supprimée, où les pieds sont mouillés, on commence à éternuer. En considérant ce fait, on conçoit que les anciens ont pu

(1) Hippocrate conseille d’administrer un slernutatoire aux accouchées pour favoriser l’expulsion des secondines ( Aphorism . Sect. Y, nos59, 40).

(2) Morgagni en cite des exemples. — Il ne paraît pas qu’on connaisse l’origine de l’usage de dire : « Dieu vous bénisse, » ou de donner la bénédiction à ceux qui éternuent.

croire à l’existence d’une matière âcre qui de la peau se transporterait aux narines : « Qnœ de sua in cute sede repuisa, nares indicibili quadamacrimonia sollicitât , » dit Haller (4).

L’irritation de la membrane de Schneider dépendant fréquemment de l’inflammation des muqueuses dans lesquelles elle se prolonge, on s’explique que l’éternuement figure parmi les accidents des ophthalmies au début, et mieux encore des inflammations de la caisse du tympan et de la trompe d’Eustache.

On a remarqué que l’accident survient plus aisément quand l'irritation se porte sur la cloison du nez que quand elle siège aux parois latérales et aux cornets.

2° Éternuement cérébral.

La sensibilité tactile des fosses nasales se rattache intimement à l’état de l’encéphale et plus particulièrement à celui des méninges. L’inflammation de ces membranes peut affecter directement les branches nasales du nerf trijumeau, et tout étal congestif du cerveau peut, par extension, provoquer et entretenir l’hyperémie de la membrane de Schneider.

L’éternuement accompagne souvent les contusions de la tête. Dans les fièvres à localisation cérébrale, c’est-à-dire chez les malades assoupis, il est considéré comme un signe favorable; il indique en effet le retour de la sensibilité et précède communément un épistaxis salutaire. Un éternuement subit et répété, chez les vieillards, fait craindre l’imminence d’une hémorrhagie cérébrale.

5° Éternuement sympathique.

Les nerfs tactiles des fosses nasales sont dans des rapports de sympathie avec les nerfs ciliaires de l’œil, avec ceux de l’estomac et des intestins, ainsi qu’avec les nerfs des organes sexuels.

Un rayon de lumière vive, soit qu’on regarde le soleil, soit qu’on entre dans une place brillamment éclairée, fait éternuer.

On éternue de faim ou sous l’influence d’un état saburral de l’estomac. On attribue le même phénomène aux vers intestinaux et parfois à l’étranglement intestinal.

On le signale comme signe de la conception, quand il se déclare après lè coït. On l’observe pendant le part et dans les cas de suppres-

(1) Elementa physiologie. Edit. Lausannae, 1759, t. III, p. 505.

sion ou de retard des règles. 11 figure parmi les accidents hystériques. Dans le sexe masculin, il se présente parfois après des pollutions et même sous finfluence de la seule idée de jouissance sexuelle.

4° Éternuement spasmodique.

On donne le nom de spasme sternutatoire à des accès d’éternuement se succédant après des intervalles libres. Les exemples en sont rares, mais très-remarquables. On en a vu où l’éternuement se répétait cent et jusqu’à mille fois à chaque accès; d’autres où il continuait pendant plusieurs mois (1). Romberg cite, d’après sa propre observation, un spasme sternutatoire ayant duré pendant quatre ans; il était du à une altération du névriième de la troisième branche du nerf trijumeau avant sa sortie du crâne (2). Un cas semblable a été publié par Brodie.

Il arrive parfois que ce spasme se joint à la coqueluche. Pierre Frank a donné ses soins à une malade qui, à chaque accès, éternuait au delà de cent fois de suite. Joseph Frank fait mention d’un cas analogue (3), et Romberg a vu des accès de spasme sternutatoire remplacer des accès de coqueluche (4).

ARTICLE VI

DU NASONNEIEN T.

Certaine conformation native des fosses nasales, certaine négligence, l’imitation ou une habitude prise peuvent communiquer à la voix un timbre nasillard. Cependant, on ne se sert des mots : nasonnement, nasillement , rhinophonie , que pour désigner les cas où le défaut est très-prononcé et ceux où il se rattache à des causes morbides.

Jean Müller, le physiologiste, avait cru que le timbre nasillard se produisait par l’absence aussi bien que par l’excès des vibrations de l’air dans les fosses nasales ; mais Merkel (5), après des recherches approfondies, vient de déclarer que, selon lui, la théorie de Biot est seule vraie. D’après cette théorie, on nasillerait seulement quand la

(1) Voyez Haller Elementa physiolàgiœ, t. III, p. 302.

(2) Lehrbuch der Nervcnkrankhciten, t. I, p. 360 et Müller’ s À rchiv f. Physiol ., 1838, p. 511.

(3) Praxeos medicinœ universœ prœceptay P. II, vol. II, sect. I, p. 851.

(4) Loc. cit. , p. 561.

(5) Die Funktionen des mcnschl. Schlund-und Kehlkopfes. Leipzig, 1862, p.129.

voix s'échappe en meme temps par le nez et par la bouche. Pour ce qui nous concerne, nous admettons volontiers qu’il en soit ainsi-dans l’état d’intégrité parfaite des organes ; mais ce qui se passe quand des corps étrangers obstruent le nez nous démontre suffisamment que la rétention de la voix dans les fosses nasales doit être ajoutée comme seconde cause à la première.

4° Nasonnement pharyngien .

La voie buccale étant partiellement interceptée, la voix est forcée de passer en grande partie par les fosses nasales. Cela arrive même à l’état de santé, quand on prononce les consonnes m et n et, pour peu qu’on néglige de bien relever le voile du palais, les voyelles a, è, ê et i.

Dans l’état de maladie, le nasonnement pharyngien fera penser aux affections suivantes :

4° Une tuméfaction de la langue;

2° Le rétrécissement de l’isthme du gosier, tel qu’il a lieu dans l’inflammation et l’hypertrophie des amygdales;

3° La paralysie du voile du palais.

Cette dernière affection est une suite fréquente de l’angine diphthéritique. On se rappellera ensuite que les muscles élévateurs du voile, les péristaphylins internes et les palato-staphylins, sont animés par des filets nerveux venant du ganglion de Meckel, et que ce ganglion est lui-même en rapport avec le nerf facial par le grand nerf pétreux supercifiel.

2° Nasonnement nasal .

Ici l’on parle du nez parce que la voix est retenue dans les fosses nasales, par suite de leur rétrécissement ou de leur oblitération. Tel est le nasonnement qui accompagne le coryza, la rhinorrhée, certains polypes du nez, les corps étrangers etc. ; Schmalz l’appelle Rhinophonia narium perperam clausarum (1).

(1) Beitraege sur Gehocr-und Sprach-Heilkundc. Leipzig, 1816. Heft I, p. 123.

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