‹ Symptomatologie, ou, Traité des accidents morbidesChapitre 62 sur 149 · DU SOUPIR · texte numérisé non relu

DU SOUPIR

Le soupir ( suspirium ) se compose d’une inspiration ralentie, pleine et très-profonde, suivie d’une expiration tantôt lente, hésitante et tremblante, tantôt rapide, saccadée et plaintive.

Son effet est d’élargir extraordinairement le thorax et les vésicules pulmonaires, et d’imprimer ainsi une activité plus grande d’abord à l’artérialisation du sang, puis à la circulation cardio-pulmonaire. Il

répond la plupart du temps à un sentiment d’oppression. Quand il réussit , on se sent soulagé; quand il ne réussit pas, la poitrine continue de porter son poids.

Le soupir accélère le pouls et augmente la pression sous laquelle se trouve la colonne sanguine. On constate^aisément cet effet dans la saignée dont le jet augmente chaque fois de quatorze lignes et demie, selon Haies. La force agissante est dans le diaphragme.

Une respiration fréquemment interrompue par des soupirs, ou celle qui d’une manière continue est lente, hésitante et plaintive, est qualifiée de suspirieuse.

1° Soupir organopathique.

Dans les maladies, le soupir est généralement la conséquence, soit d’un ralentissement de la circulation cardio-pulmonaire, soit d’une insuffisance de l’aération pulmonaire. On l’observe dans la pléthore, dans les fortes congestions pulmonaires, dans la cardio-sténose, les distensions de l’abdomen et quand des épanchements pleurétiques, des douleurs pleurétiques, péritonéales, musculaires, ou bien des liens extérieurs (corsets, etc.), s’opposent à la contraction entière et régulière du diaphragme ou des parois thoraciques.

2° Soupir syncopal.

Le soupir est fréquent après de grandes pertes de sang ou d’autres humeurs, puis chez les scorbutiques, les chlorotiques et les cachectiques. Il précède la syncope et les lipothymies et annonce la reprise de la circulation à la suite de ces accidents, ainsi que le retour à la vie dans les cas de mort apparente.

Dans les fièvres adynamiques, nerveuses, et dans la pneumonie la respiration suspirieuse est d’un présage fâcheux.

3° Soupir convulsif .

Les convulsions générales s’annoncent par des soupirs; nous citerons spécialement l’éclampsie des enfants , celle des femmes en travail, les paroxysmes hystériques, les accès de rage chez ceux qui ont été mordus et même le frisson de la fièvre. D’un autre côté, les femmes hystériques reviennent à elles avec un soupir, comme si l’accès avait été compliqué de syncope. On a comparé l’orgasme vénérien aux accès convulsifs; il est en effet précédé et suivi de soupirs.

4 9 Soupir plirènopathique .

Même à l’état de santé le soupir est une manifestation de la tristesse, de l’affliction, de l’anxiété. Il se produit involontairement au souvenir d’impressions douloureuses et, pendant le sommeil, sous l’influence de rêves pénibles ou de cauchemar.

Dans l’ordre morbide il est l’attribut des mélancoliques, des hypocondriaques et des aliénés en général. Souvent il est l'accident précurseur d’une phrénopathie.

ARTICLE V

Page 1