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DE LA SOIF

L’eau étant la menstrue générale, l’agent de dissolution de toutes les matières qui traversent le corps, son besoin est continuel; il est grand et impérieux. La nature l’a placé sous la sauvegarde d’un instinct particulier : la soif.

Dès qu’il se produit un déficit d’eau dans les tissus et plus spéciale-

(I) Die sogcnannte Gcophagie odcr (ropischc Chlorose. Casscl, 1 852 .

ment dans le sang, alors, naturellement, les urines, les perspirations cutanée, pulmonaire et muqueuse, ainsi que les sécrétions aqueuses intérieures, notamment celle de la glande parotide, diminuent. Les surfaces muqueuses, dont l’état normal est d’être continuellement humectées, supportent le plus difficilement la tendance à la sécheresse qui en résulte, et, de toutes les muqueuses, celle de la bouche et du gosier accusent les premières l’état de soif. Pourquoi les premières?

Il y a à cela trois raisons :

D'abord, le besoin d’eau y est plus grand, puisque la nature y a placé exprès des organes dont la fonction est de les arroser sans cesse et abondamment : les glandes parotides ; ensuite la dessiccation s’y fait plus promptement que partout ailleurs, à cause du courant d’air respiratoire qui y passe constamment; enfin, la muqueuse de la base de la langue et celle du voile du palais sont douées de nerfs spéciaux agissant comme de véritables hygromètres.

Phénomènes. — Au premier degré de la soif on sent simplement la sécheresse de la langue, du gosier et des lèvres. Cette sensation se développe surtout quand on met la langue en contact avec le palais et quand on applique les lèvres l’une à l’autre; elle a quelque chose des sensations tactiles que donneraient des corps visqueux, âpres ou sablonneux interposés entre ces organes.

Au deuxième degré , la sécrétion de la salive parotidienne cesse entièrement ; le mucus buccal devient épais ; la langue se colle au palais et, par conséquent^ la parole articulée éprouve de l’embarras.

Au troisième degré , la soif ne borne plus ses effets à la bouche et au pharynx. Non-seulement les lèvres, la langue et le voile du palais deviennent rouges et se gonflent, leur épiderme se fendille et se détache, et le sentiment de sécheresse fait place à des douleurs vives, brûlantes et mordicantes, mais la déglutition des aliments solides est bientôt rendue impossible. La voix devient rauque et éteinte, la respiration courte et anxieuse, l’haleine chaude et sèche; la circulation s’accélère considérablement en imprimant en même temps au pouls radial le caractère de dureté qui est propre aussi aux grandes inflammations.

Toutes les sécrétions sont ou supprimées ou considérablement diminuées, en même temps que la résorption est augmentée dans tous les tissus. Les larmes tarissent; la conjonctive de l’œil devient sèche et

s'injecte de sang; les urines sont rares, chaudes, denses et répandent une odeur pénétrante; il y a constipation.

Les sens sont mis dans l'état d'hyperesthésie, surtout les yeux; il y a photophobie. Les muscles s’affaiblissent et perdent leur tonicité.

La souffrance devient immense, l'anxiété excessive; le désespoir et la fureur alternent avec un état d'abattement profond. Tout ce qui est liquide : l’eau sale, l’eau de mer, un élixir dentaire, et même la propre urine du patient, est bu avec avidité.

A la fin, il se déclare une véritable inflammation de la bouche et du pharynx, accompagnée de tous les accidents de la fièvre inflammatoire; quelquefois cette inflammation aboutit promptement à la gangrène de la bouche.

La mort se présente sous deux formes différentes, comme dans la faim ; tantôt elle est convulsive et précédée d’un délire furieux, tantôt elle est calme et syncopale.

La soif n’est jamais une sensation agréable, comme l’appétit ; elle ne souffre pas les délais dont ce dernier s’accommode ; au moment même où elle se déclare, elle veut être satisfaite. Toujours elle constitue un besoin impérieux dégénérant promptement en une véritable torture. Les malheureux qui ont résolu de se donner la mort par la faim, n’ont jamais résisté à la soif.

On ne peut rien dire de certain à l’égard du temps pendant lequel l’homme peut supporter la soif. Haller a recueilli des observations indiquant six, huit, dix, quinze jours et plus.

Nécropsie. — Dans le corps des sujets morts de soif on constate une sécheresse remarquable de tous les tissus, la rareté et la concentration de tous les liquides, notamment de la bile et des urines. Le sang est tellement pauvre en eau qu’il semble partout concrété en masses solides. La muqueuse de la bouche, du pharynx, de l’œsophage et de l’estomac est hyperémiée et tuméfiée. Le péritoine est injecté et parsemé souvent de taches livides, gangréneuses. Le cerveau et ses membranes sont hyperémiés et recouverts de matières exsudées.

Siège et cause prochaine . — S’il est vrai que le besoin de boire naît de l’état du sang, on ne saurait pourtant méconnaître que la sensation de la soif ait son siège dans certains nerfs particuliers, ou, en d’autres termes, qu’elle soit localisée.

Le besoin de boire peut être apaisé, chez l’homme et chez les animaux, par un bain, par l’injection de liquides dans le rectum, et sur-

tout par l’infusion de l’eau dans les veines; mais, d’un autre côté, on peut tromper la soif en se remplissant la bouche seule de liquides, surtout de liquides acidulés, ou en ingérant de la glace, des pastilles de citron, des quartiers de pommes ou d’oranges. Et, dans les états morbides, tantôt la soif est nulle, malgré la dessiccation de la bouche et de tous les tissus, tantôt elle est très-vive, malgré la parfaite humidité de la muqueuse buccale et pharyngienne.

Les fibres nerveuses dont un mode particulier d’excitation provoque le sentiment de la soif, font partie des nerfs pneumogastrique et trijumeau, et peut-être aussi du nerf glosso-pharyngien. L’excitation est ordinairement produite à leurs extrémités périphériques, à la base de la langue, au voile du palais et au pharynx ; mais elle peut exceptionnellement atteindre aussi leurs extrémités centrales ; il existe une soif cérébrale. Romberg place le siège de la soif dans l’estomac; Valentin dans les branches œsophagiennes du nerf pneumogastrique; Funke et Vierordt semblent croire que le sang épaissi agit principalement par l’intermédiaire des centres nerveux.

La cause ordinaire est la dessiccation de la muqueuse buccale et pharyngienne; mais l’hyperémie et toute autre irritation de cette muqueuse peuvent en tenir lieu, c’est-à-dire que les nerfs en question peuvent être affectés de la même manière par des causes diverses.

La sécrétion parotidienne, qui entretient un courant d’eau constant autour de la base de la langue et dans le pharynx, n’est généralement pas assez appréciée dans ses effets ; c’est elle surtout qui empêche la dessiccation par les courants d’air respiratoires et dans les actes de parler et de chanter.

1° Soif irritative.

Nous appelons ainsi la soif provoquée par des causes purement locales, en l’absence de tout épaississement du sang ou, en d’autres termes, de tout besoin réel de boire. C’est la soif qu’on éprouve quand, par l’exercice de la parole ou par l’action de chanter, la provision de salive parotidienne est épuisée; quand on séjourne dans un air très-sec ou chargé de poussière et quand, en dormant, on a respiré pendant quelque temps par la bouche. Dans ces cas elle est passagère et s’éteint promptement par l’ingestion de liquides.

Mais la soif est persistante et plus difficile à apaiser quand les nerfs qui la produisent et la muqueuse où ils se terminent sont excités par

le passage d’aliments ou de médicaments salés, aromatiques, piquants, ou par des processus morbides tels que l’hyperémie et l’inflammation de la bouche, du pharynx, de l’estomac, des intestins.

11 est remarquable que l’irritation de la muqueuse gastro-intestinale crée une soif plus intense que celle de la muqueuse bucco-pharyngienne même. Ce fait peut s’expliquer de deux manières : d’abord, un léger degré d irritation de cette dernière muqueuse provoque un écoulement plus abondant de salive parotidienne et par conséquent l’extinction de la sensation ; ensuite, quand l’irritation est plus forte, elle émousse promptement la sensibilité spéciale des nerfs, en suspendant l’acte de leur nutrition.

La soif est un des symptômes prédominants dans l’indigestion et dans le simple état saburral ; elle devient pénible dans la gastrite proprement dite. Dans l’entérite elle est d’autant plus vive que l’inflammation siège plus près de l’estomac.

2° Soif fébrile .

La soif est un accident aussi constant et peut-être plus caractéristique encore de la fièvre et des grandes phlegmasies que l’anorexie. Elle s’y déclare dès le début et avant que le sang ne soit visiblement altéré dans sa composition; elle persiste pendant toute la durée des maladies aiguës, et sa cessation est considérée comme le premier signe précurseur de la convalescence. Elle est excessive surtout dans le stade du froid de la fièvre intermittente, ainsi qu’au début de la pneumonie, de la pleurésie et de la péritonite.

Une soif qui persiste dans la convalescence des fièvres fait craindre que des inflammations latentes ne continuent d’exister dans l’estomac ou dans les intestins.

Une soif excessive avec collapsus et conservation de l’humidité de la langue annonce souvent l’approche de la mort.

3° Soif dyshémique.

Tout ce qui diminue le chiffre de l’eau du sang, tout ce qui épaissit le sang, est une cause de soif; donc, déjà à l’état de santé, son défaut d’ingestion et sa déperdition ; puis, toute accélération de la circulation, toute augmentation de la rénovation organique et des sécrétions ; par conséquent, les exercices du corps et les efforts ; enfin, la diminution absolue du volume du sang, en ce qu elle crée un besoin extraordinaire de replétion des vaisseaux et en ce qu’elle tend à dessécher les tissus.

Tout le monde connaît l’effet produit par les fortes transpirations, par la diarrhée et la diurèse excessive. Les épanchements de sérosité dans les cavités intérieures, les hydropisies, agissent de la même manière ; quelquefois aussi la simple action d’un vésicatoire. Parmi les maladies où la soif est particulièrement intense et signalée par conséquent au nombre des symptômes pathognomoniques, nous citerons la suette,le diabète sucré, le choléra morbus, la dysentérie.

Outre les flux séreux, la soif est excitée aussi par les fortes suppurations et, ainsi qu’il vient d’être dit, par les hémorrhagies abondantes. Même la sécrétion du lait donne soif; les nourrices l’éprouvent souvent au moment de mettre l’enfant au sein.

Il va sans dire que l’abstinence forcée de boissons agit de la même manière, par exemple, dans le cancer de l’œsophage ou de l’orifice cardiaque.

4° Soif toxique.

Les poisons et les médicaments produisent la soif tantôt par l’action locale et irritative qu’ils exercent sur la muqueuse du canal alimentaire, tantôt par les altérations qu’ils déterminent dans la composition chimique du sang, tantôt, enfin, par les inflammations graves qu’ils provoquent; souvent de deux ou trois manières à la fois. Nous citerons,, sans entrer dans des détails explicatifs , le sel marin , les sels purgatifs et les sels diurétiques, les médicaments sudorifiques, les médicaments drastiques.

Les empoisonnements aigus s’annoncent pour la plupart par une soif ardente, insatiable, à laquelle la gastrite ne semble pas être étrangère comme cause. Cette même soif ardente est propre à l’empoisonnement chronique par le seigle ergoté, l’arsenic, le plomb, le sublimé corrosif, le cuivre, et par d’autres substances métalliques.

5° Soif cérébrale.

Si l’opinion des physiologistes qui placent le siège de la soif en général dans le centre nerveux ne peut être admise, il est cependant certain que, exceptionnellement, le symptôme est provoqué dans ce siège, d’après un mécanisme qui a encore besoin d’être étudié.

Les veilles prolongées, les émotions vives, l’anxiété, la frayeur, la colère, le travail intellectuel prolongé, les grands efforts de l’esprit causent de la soif. Un grand besoin de boire se déclare aussi après de violentes secousses communiquées au centre cérébral, par exemple à

l’occasion d’opérations chirurgicales, après la réduction des luxations, après la cautérisation au fer rouge. La soif si connue des blessés sur les champs de bataille semble devoir être expliquée par les émotions du combat autant que par les pertes de sang et par la douleur.

Une soif insatiable est souvent un accident de la manie aigue.

6° Soif nerveuse .

La soif des hystériques, des hypochondriaques et des femmes enceintes ne provient évidemment que d’une perversion d’activité des nerfs correspondants, sans lésion soit du centre nerveux, soit des organes périphériques.

Une soif intense accompagne aussi toute douleur très forte : l’odontalgie, la prosopalgie, les névralgies en général, et souvent même l’application d’un sinapisme. A l’époque où l’on se servait encore de la torture comme d’un moyen judiciaire, on signalait ce symptôme parmi les plus grandes souffrances propres à cette procédure barbare.

Nous avons dit tout à l’heure que la soif des blessés doit s’expliquer par la douleur autant que par l’hémorrhagie et par l’exaltation cérébrale.

Enfin, l’élément douleur nous semble jouer aussi un rôle considérable dans l’altération qui accompagne le volvulus^ l’étranglement interne, la péritonite suraiguë et les perforations gastrique et intestinale.

ARTICLE VI

DE LA POLYDIPSIE.

C’est la soif inextinguible , le besoin irrésistible de boire, tourmentant le malade jour et nuit.

Ce symptôme s’accompagne d’un dégoût pour toute espèce d’aliments solides. La langue et le gosier sont secs et rouges ; il s’écoule très-peu de salive. L’urine est très-abondante, mais, sauf une densité moindre, elle ne diffère guère des urines normales.

On a vu des personnes qui buvaient jusqu’à douze et quinze litres par jour. Fourcroy parie d’une femme qui ingérait tous les jours deux à trois seaux d’eau, et Ware a observé un jeune homme qui buvait vingt-quatre litres dans le même espace de temps; ce jeune homme était

pris de vertiges quand il n avait pas bu suffisamment; il avait un oncle atteint de la même infirmité (1).

Il y a deux espèces de polydipsie. L’une a sa cause dans des conditions générales de l’économie que nous sommes encore incapables de définir; l’autre est, à proprement parler, une manie ou une mauvaise habitude.

1° Polydipsie constitutionnelle.

Les auteurs la désignent généralement sous le nom de polydipsie idiopathique ; c’est dire qu’on n’y constate aucune lésion. Elle est accompagnée de diabète insipide ; mais on discute encore sur la question de savoir si la polydipsie est la conséquence du diabète ou si celui-ci est la suite de celle-là.

L’enfance, depuis l’âge de trois ans jusqu’à la puberté, y est le plus exposée; mais on en rencontre aussi des exemples remarquables chez les adultes (2).

Le mal est excessivement pénible et tenace. On ne connaît qu’un petit nombre de guérisons, quoique dans ce cas la vie soit rarement compromise.

2° Polydipsie cérébrale.

Dans la polydipsie constitutionnelle le malade recherche l’eau, et de préférence l’eau froide. Dans la polydipsie cérébrale ou dipsomanie, il préfère la bière, le vin et les liqueurs.

Dans l’immense majorité des cas, la dipsomanie est le résultat de l’habitude jointe à une absence de tenue morale. Le malade, entraîné d’abord par l’exemple et par l’insouciance, finit par devenir la victime du penchant qui le subjugue.

Exceptionnellement, cependant, le mal se développe sans qu’il y ait de la faute de l’individu ; il est véritablement l’effet d’un trouble cérébral, d’une véritable aliénation mentale.

(1) Voyez Tiedemann, Physiol. T. III, p. 71, et Moleschott, Physiologie der Nahrungsmitlel. 1850, p. 104.

(2) Des observations de polydipsie constitutionnelle ont été publiées par les auteurs qui suivent : Muhrbeck, dans Hufeland Journal. 1820, mai; Martini, dans jR ust Magazin der ges. Heilkunde . 1827, p. 149; Brodie, Lectures illustrât . ofcert . nervous affections , p. 50; J. Frank, Praxeos medicœ prœcepta. P. III, V. I, Lipsiæ, 1855, p. 299*515; Fleury, dans Archiv. gén. T. XVII, 1848, p. 69; Rayer, dans Annales de thérapeutique , 1848, avril; Lacombe, De la polydipsie. Paris, 1840; Romberg, Lehrbuch der Nervenkrankheiten. T. I, p. 150; Wittmaack, Pathologie und Thérapie der Sensibilitaets-Nevrosen. Leipzig, 1861, p. 524.

Fletcher a fait ressortir qu’il existe une prédisposition individuelle à ce vice ou à cette manie, prédisposition qui atteint la femme aussi bien que l’homme. 11 a constaté aussi que l’hérédité joue un rôle manifeste dans la production de cette perversion de l’instinct, et qu’il y a véritablement des générations de buveurs (1).

ARTICLE VIL

DE l’aDIPSIE.

La simple absence de soif est rare. Elle est, en outre, peu importante comme symptôme.

De même qu’il y a des animaux tels que la souris, la caille, le perroquet, qui ne demandent jamais à boire, il existe des exemples d’hommes qui ont vécu pendant longtemps en bonne santé sans prendre d’autres liquides que ceux contenus dans les aliments (2).

Les vieillards et les personnes qui se nourrissent exclusivement de végétaux, boivent peu. Des hommes hypochondres et des femmes hystériques peuvent rester pendant des semaines entières sans éprouver le besoin de se désaltérer.

Dans le cours des fièvres continues, ladipsie se présente souvent sans avoir une signification particulière. D’autres fois cependant elle indique un trouble profond des fonctions cérébrales ; c’est le cas lorsque la soif disparaît tout à coup avec persistance de la fièvre ainsi que de la sécheresse de la langue et de la peau. Hippocrate a dit : Sitis prœter rationem soluta in acutis malum. Ladipsie, dans ces circonstances, est souvent le symptôme précurseur du délire, du coma, de paralysies ou d’évacuations colliquatives.

Les praticiens considèrent ladipsie comme un signe prognostique défavorable particulièrement dans les cas suivants : les fièvres exanthématiques notamment la variole, la pneumonie, le vomissement violent et continu, la méningite des enfants, la dysentérie.

(1) Britisch med. Journ. 1864, janv. — Journ. de la Soc. des sciences méd. et nat. de Bruxelles. Vol. 58, 1864, févr., p. 211.

(2) De pareils exemples se trouvent dans Sauvages, Nosol. method. T. I, p. 770, 4e édit.; Blumenbach, Physiol. , sect. 21 ; Medical transactions. Vol. II, p. 265; Dict. des sciences med. T. LI, p. 465 ; et ibidem à l’art. Cas rares par Fournier.

ARTICLE VIII

DE l’hYDROPHOBIE .

Le malade a en horreur toute espèce de liquide, et même tout ce qui le lui rappelle à la vue ou à l’esprit. L’hydrophobie est néanmoins accompagnée communément d’une soif intense; à ses degrés supérieurs, elle prend une forme convulsive.

Tout essai de boire, le seul aspect de l’eau, la vue d’un miroir, d’une surface métallique luisante, et parfois même la sensation d’un léger courant d’air provoquent une anxiété syncopale, du crachottement, une constriction violente du pharynx, un délire furieux et des convulsions tétaniformes générales.

L’hydrophobie est le principal symptôme de la rage ; elle se montre cependant aussi dans d’autres maladies très-diverses.

1° Hydrophobie non rabique .

Déjà la stomatite, le muguet, l’angine pharyngée et la pharyngite varioleuse occasionnent parfois de l’aversion pour les liquides.

Dans les fièvres graves, une véritable horreur des liquides peut se présenter comme symptôme terminal ; il s’y joint, dans ce cas, un délire violent, des convulsions, la sputation et la constriction pharyngienne; même l’envie de mordre peut apparaître, comme dans la rage canine.

Puis, dans des cas exceptionnels, la frayeur, surtout la peur d’avoir été mordu par un chien enragé, la colère, et même d’autres émotions non violentes, comme la nostalgie, peuvent provoquer l’hydrophobie à ses divers degrés.

D’autres fois, la cause en est dans une perturbation générale de l’innervation, telle quelle a lieu parfois dans la grossesse, dans l’hypochondrie, dans l’hystérie, dans l’épilepsie et dans le tétanos. Dans l’hystérie elle constitue quelquefois à elle seule tout l’accès.

Enfin, l’hydrophobie est le symptôme de plusieurs empoisonnements. On l’a observée après l’ingestion de fortes doses de belladone, de stramoine et de jusquiame; à la suite de grands excès en boissons alcooliques, et dans l’intoxication aiguë par l’arsenic.

2° Hydrophobie rabique.

Les me'decins qui rencontrent ce que Chomel a appelé la rage spontanée ou Y hydrophobie rabiforme ont de la peine à la distinguer de la rage canine véritable, tellement les symptômes se ressemblent.

La première cependant n’est que l’effet de l’imagination. On connaît des cas authentiques où elle n’a éclaté que plusieurs années après la morsure d’un chien enragé, et d’autres où elle s’est développée à la suite de la morsure d’un chien non enragé ou après avoir communiqué avec une personne atteinte d’hydrophobie non rabique. L’hydrophobie rabiforme se termine souvent par la guérison ou se prolonge pendant des semaines et des mois, tandis que la rage canine amène la mort, du troisième au cinquième jour.

L’hydrophobie rabique éclate subitement ou après des symptômes précurseurs, parmi lesquels la tristesse, les frayeurs, les cauchemars et divers troubles digestifs sont les plus fréquents. L’horreur des liquides est excessive et invincible. De l’agitation et une inquiétude extrême se déclarent déjà au contact de l’air frais et à la vue de corps brillants. La gorge se resserre, le malade crachotte; il est pris de convulsions et d’une envie irrésistible de mordre.

Les nécropsies pratiquées jusqu’ici sur des hydrophobes, tant réels qu’imaginaires, n’ont rien fait découvrir pour ce qui concerne le siège de l’affection. Quelques observateurs signalent cependant l’existence d’une méningite rachidienne.

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