DES TROUBLES DE LA SUCCION
Les mouvements de préhension et d’ingestion ne sont franchement volontaires ni chez l’adulte ni chez l’enfant. Ils sont instinctifs , ou, selon la qualification de Carpenter (I), secondairement automatiques , comme ceux de la locomotion. Nous n’avons cependant à nous occuper ici que des mouvements de préhension qu’exécute l’enfant à la mamelle.
L’acte de sucer le lait de la nourrice s’accomplit non-seulement sans volonté, mais même sans conscience. On a vu prendre le sein jusqu’à des enfants anencéphales ou hémicéphales.
Les lèvres de l’enfant nouveau-né sont relativement plus longues et disposées de façon à pouvoir former un canal dont l’orifice s’applique au mamelon. La langue, ensuite, agit par sa partie postérieure comme obturateur de l’isthme du gosier, et par sa partie antérieure comme le piston d’une pompe aspirante. Les troubles de la succion dépendent donc ou des lèvres ou de la langue. Leurs causes sont mécaniques, organiques ou dynamiques.
Parmi les causes mécaniques , nous avons à mentionner, en premier lieu, le bec-de-lièvre, la fissure palatine et la brièveté du frein de la
(1) f J aman Physiology, p. 400, § 425,
langue qui la fait adhe'rer au plancher de la cavité buccale; en second lieu, l’obstruction des fosses nasales et la contracture des muscles de la mâchoire.
Les causes organiques sont dues à l’inflammation de la bouche et du voile du palais, ou à la présence d’aphthes ou d’autres ulcérations dans ces parties.
Les causes dynamiques consistent, tantôt dans l’existence de douleurs inflammatoires et autres dans les viscères thoraciques ou abdominaux, tantôt dans une faiblesse congénitale.
Lorsque l’enfant, après avoir pris le sein d’abord avec avidité, l’abandonne bientôt en jetant des cris, la cause en est ordinairement dans la stomatite, dans des aphthes ou dans une douleur dentaire.
Lorsque l’enfant a des accès de suffocation dès qu’il commence à téter, alors la cause en est dans l’obstruction des fosses nasales ou dans une lésion des organes respiratoires.
Enfin, les enfants nés avant terme et les enfants atrophiques se font remarquer par une succion très-imparfaite et interrompue fréquemment par de la toux et par des cris rauques et plaintifs.
ARTICLE II
DE LA CHEILOPLÉGIE.
C’est la paralysie des lèvres, de %eî Ao$, lèvre et tcXyp<tsiv9 frapper, la dyscinesia labiorum ; car, à part l’inflammation et l’exulcération douloureuse, l’immobilité des lèvres est toujours un symptôme paraly- ‘ tique, accompagnant souvent la prosopalgie et la névralgie mastoïdienne. Dans la plupart des cas cependant elle fait partie de l’hémiplégie faciale et est, par conséquent, unilatérale.
Le malade ne parvient pas à retenir l’air dans la bouche pour souffler; la bouche s’entr’ouvre du côté paralysé et l’air s’en échappe malgré tous les efforts contraires. Pendant la mastication, les aliments s’accumulent dans le sillon qui sépare les joues et la lèvre inférieure de l’arcade alvéolaire, et s’échappent en partie par l’orifice buccal. La salive surtout s’écoule en dehors, lorsque le malade incline la tête en avant et lorsqu’il se couche du côté paralysé.
La paralysie des lèvres est bilatérale dans les grandes affections paralytiques de l’encéphale ; elle intéresse alors vivement le médecin
comme signe. Elle donne lieu au phénomène qu’on désigne vulgairement sous le nom de fumer la pipe. A chaque mouvement d’expiration, l’air, tendant à s’échapper de la bouche, soulève d’abord le muscle buccînateur paralysé, puis entrouvre la commissure, et s’en échappe avec un bruit court et sec, comme quand on fume.
ARTICLE III