DE L’OPPRESSION
Le malade éprouve un sentiment pénible, non douloureux, comme si un poids chargeait sa poitrine et s’opposait à la dilatation inspiratoire. A son degré supérieur, ce sentiment est celui de Y étouffement ; il est ce que Wintrich a appelé la dyspnée subjective.
L’oppression accompagne la dyspnée et les autres symptômes de détresse respiratoire; souvent cependant elle existe seule et a sa signification propre dans les maladies; c’est, pourquoi nous lui consacrerons un article spécial.
Suivant Henle (1), le symptôme serait dû à la contraction des petites bronches, empêchant l’air de pénétrer dans les poumons. II s’établirait une lutte entre les muscles de ces bronches et les muscles inspirateurs proprement dits. Quand ceux-ci l’emportent sur ceux-là, on entendrait des soupirs qui soulagent le malade ; dans le cas contraire, la poitrine serait comme serrée dans un étau, et les efforts qu’elle fait pour vaincre l’obstacle, lui créeraient autant de fatigue que s’ils étaient dirigés contre un poids réel.
Il s’agirait donc, à proprement parler, d’une sensation musculaire. Cependant, dans beaucoup de cas, il n’est guère probable que les muscles des petites bronches soient réellement contractés ; l’oppression nous semble n’être alors qu’un degré supérieur de la soif d’air, l’exagération de la sensation spéciale, dont la vraie nature n’a pas encore reçu d’explication.
1° Oppression anhématosique.
On se sent oppressé dans un air trop chaud et dilaté, trop sec, trop humide ou chargé de brouillard, dans un air trop pauvre en oxygène ou mêlé de gaz délétères, tels que l’oxyde de carbone, l’acide carbo-
(t) Allgemeine Anatomie , p. 758, note.
nique, l’hydrogène carbone', etc. A un faible degré, ce sentiment se déclare même dans un milieu normal chaque fois qu’on retient l’haleioe pendant quelques instants.
L’oppression qui accompagne la dyspnée, l’asthme et la suffocation est également anhématosique, c’est-à-dire qu’elle dépend d’un abaissement de l’hématose pulmonaire. Elle est produite par tous les obstacles qui s’opposent soit à la dilatation du thorax et à l’abaissement du diaphragme, soit à l’extension des poumons, soit, enfin, au passage de l’air par le larynx et la trachée-artère : liens ou vêtements trop serrés, douleurs pleurétiques ou diaphragmatiques, tuméfaction des viscères abdominaux, épanchements et tumeurs thoraciques, œdème pulmonaire, bronchite capillaire, grippe, certaines pneumonies, spasme de la glotte, présence de mucosités épaisses dans la trachée ou les bronches supérieures, etc.
2° Oppression congestive .
Nous comprenons sous cette rubrique la congestion rapide qui se produit dans les poumons, entre autres lorsqu’on entre dans un bain froid; puis l’état congestif qui, chez les pléthoriques, s’exagère à la moindre occasion ; en troisième lieu, la congestion active de la pneumonie et celle qui précède l’éruption des exanthèmes; enfin, l’hyperémie pulmonaire passive, plus ou moins permanente, qui accompagne les maladies du cœur.
3° Oppression dyshémique .
Les femmes chlorotiques sont oppressées au moindre mouvement qu’elles exécutent. La même chose arrive aux anémiques en général, car, ainsi que nous l’avons dit plus haut, l’absorption de l’oxygène est en raison directe de la quantité de globules contenus dans le sang. Le symptôme est aussi particulièrement prononcé chez les jeunes hommes qui souffrent des suites d’excès vénériens ou de perles séminales.
L’oppression si connue, qui tourmente les goutteux, à l’approche des attaques, semble être plutôt congestive que dyshémique, si tant est qu’elle n’ait pas sa cause dans un trouble du diaphragme.
4° Oppression sympathique .
Chomel (4) a particulièrement appelé l’attention sur l’influence que la dyspepsie gastrique exerce sur la respiration et sur la circulation du
(1) Des dyspepsies. Paris, 1857, p. 76.
sang dans le cœur, indépendamment de toute distension considérable de l’estomac, soit par des gaz, soit par des aliments. Il est des malades qui, après avoir pris quelques cuillerées seulement de potage, de bouillon même ou de lait, accusent une gêne de la respiration qui persiste pendant tout le temps présumable de leurs digestions ; et cette oppression dont ils se plaignent plus ou moins vivement, n’est pas toujours appréciable par le médecin ; le nombre des inspirations n’est pas augmenté ou ne l’est que d’une quantité presque insignifiante.
La nourriture végétale, le maigre , comme on dit, occasionne chez beaucoup de personnes une oppression qu’on a coutume d’attribuer à la distension de l’estomac. Il sera cependant utile à ce sujet, de rappeler les expériences de Cl. Bernard qui démontrent que cette nourriture exige 17 pour 100 d’oxygène de plus dans l’acte respiratoire, que la nourriture animale.
Les anciens signalent aussi l’oppression parmi les accidents de l’helminthiase, notamment du ténia.
5° Oppression nerveuse.
L’oppression est un accident précurseur fréquent de la migraine, des attaques de convulsions, des accès de coqueluche et du frisson de la fièvre. On la dit surtout grande dans l’hydrophobie.
6° Oppression phr empathique.
Toute dépression du moral, la tristesse, le chagrin, la colère concentrée, mais surtout l’anxiété, oppressent la poitrine. Ce n’est pas seulement au figuré qu’on dit « avoir un poids sur le cœur. » La joie, au contraire , soulage et dilate la poitrine ; elle enlève le poids qui pouvait l’oppresser.
ARTICLE II