DU TREMBLEMENT DES LEVRES
A l’état de santé, la lèvre inférieure tremble chaque fois qu’il se livre dans l’âme un combat entre des sentiments opposés. Elle tremble aussi sous l’influence de la colère, de la frayeur, de la douleur.
Gomme symptôme morbide, le tremblement des lèvres, joint à la difficulté de mouvoir la langue, précède fréquemment les attaques d’apoplexie, d’éclampsie, d’épilepsie, de tétanos et de convulsions hystériques. Dans les fièvres il annonce l’imminence du délire ou d’un autre accident nerveux grave. Il accompagne aussi les névralgies de la face. Chez les enfants, il passe pour un signe de coliques ou de convulsions imminentes.
On ne doit pas confondre le tremblement des lèvres avec le mouvement continuel de la bouche qui est propre aux idiots et aux fous soliloques.
ARTICLE IV
DE LA BRADYMASÉSIE.
On a appelé bradymasésie, de fipœèvg, lent, paresseux, et pxrqo-iç, mastication, la mastication troublée et difficile. Son degré supérieur, la mastication absolument impossible, a reçu le nom d 'amasésie.
La mastication est un acte volontaire dont le mode est cependant réglé par l’habitude et par les sensations. Elle se fait donc mal quand il y a anesthésie de la muqueuse buccale ou des muscles masticateurs; les aliments s’engagent entre les arcades dentaires et les joues ou en dessous de la langue. Le même embarras existe naturellement à un haut degré quand toute la portion sensitive du nerf trijumeau est paralysée.
Mais les troubles les plus fréquents de la mastication dépendent, au contraire, de sensations douloureuses de la bouche, telles que les font
naître la stomatite, la glossite, le scorbut, le muguet et l’exulcération des gencives. Les dents aussi, par leur mauvaise conformation, par leur destruction partielle et par leur sensibilité douloureuse, peuvent donner lieu à ce symptôme, sans parler, en outre, de l’inflammation des muscles masticateurs ni de la luxation et de lankylose de la mâchoire. Un autre genre de bradymasésie est propre à la paralysie du nerf facial. Nous en avons parlé dans l’article Cheiloplégie.
Un autre genre encore, qu’on pourrait appeler ataxique, dépend de troubles passagers de l’innervation. Ce genre précède souvent le trismus, la névralgie faciale et les accès de migraine.
Enfin, le cas qui nous intéresse le plus au point de vue clinique, c’est l 'amasésie paralytique ou la paralysie masticatoire , dont Charles Bell a le premier recueilli des observations et à laquelle Romberg (1) a consacré depuis une étude dont nous allons reproduire les principaux traits.
Amasésie paralytique.
Les mouvements de mastication sont nuis dans l’une ou dans l’autre moitié de la mâchoire, très-rarement dans les deux à la fois. Quand le malade mâche, il pousse instinctivement les aliments sous les dents du côté non paralysé, et imprime à la mâchoire une position oblique qui se redresse cependant à l’état de repos.
La cause du mal siège dans la petite racine du nerf trijumeau, soit dans sa partie libre, soit dans sa partie intra-cérébrale. Dans le premier cas, elle consiste en une tumeur de l’os sphénoïde, de la dure-mère ou du ganglion de Gasser lui-même, ou enfin en un épanchement sanguin comprimant les fibres motrices. Il est immanquable, dans ce cas, qu’un nombre plus ou moins grand de fibres de la racine sensible ne soient comprimées en même temps ; l’amasésie s’accompagne donc d’une anesthésie plus ou moins étendue. Cette espèce est pourtant rare, d’abord à cause de la situation profonde et bien abritée de la portion motrice de la cinquième paire, ensuite, parce que les lésions du sphénoïde à travers lequel elle passe, sont elles-mêmes très-rares.
Dans le second cas, où la lésion occupe la partie intra-cérébrale du nerf, l’amasésie s’accompagne de la paralysie d’autres nerfs, spécialement de nerfs de la face, de la langue et des membres, et ses effets sont presque toujours croisés. Cette paralysie centrale est plus fré-
(1) Lehrbuch dcr Ncrvenkraîikheitcn. Berlin, 1846, p. 669.
quente ; elle est due ordinairement à un épanchement sanguin apoplectique. Lorsqu’elle dure pendant quelque temps, elle amène à sa suite l’atrophie des muscles masticateurs, Dans un cas décrit par Ch. Bell le muscle masséter était tellement réduit qu’on pouvait sentir la branche de la mâchoire presque immédiatement à travers la peau.
Dans l’agonie, la paralysie masticatoire est bilatérale ; la mâchoire devient pendante comme chez les animaux à qui l’on a coupé la cinquième paire.
Lorsque l’amasésie se joint aux symptômes d’adynamie dans les fièvres, elle est du plus mauvais augure.
, ARTICLE V
DU MACHONNEMENT.
La mastication à vide n’est souvent autre chose qn’une habitude mauvaise, acquise par des personnes nerveuses, agitées ou préoccupées ou par celles qui ruminent.
Dans d’autres cas, cependant, notamment chez les vieillards, elle est due à un état semi-paralytique, à une espèce de paralysie agitante des muscles masticateurs. Elle accompagne aussi les accès de tic douloureux de la face et l’état de soif intense.
En dehors de ces exemples, le mâchonnement se présente dans des affections cérébrales graves; il précède parfois les attaques d’apoplexie, et accompagne la méningite, la périencéphalite et devient alors un signe prognostique très-grave.
Le mâchonnement des petits enfants, quand il n’est pas le simple signe d’une sécheresse de la bouche, indique la présence d’une irritation cérébrale, tendant à l’épanchement; il est considéré comme un signe léthal.
ARTICLE VI