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DE L’ASTHME

Nous définissons l’asthme, une détresse respiratoire occupant l’appareil broncho-thoracique, survenant par accès nettement limités et se terminant par une expectoration plus ou moins abondante (2).

(1) Sludium der Medicin , l. I, p. 501.

(2) On a dit avec raison que l’histoire de l'asthme est un vrai chaos scientifique. Nous ne nous flattons pas de l’avoir débrouillé entièrement. Les principaux travaux à consulter sont les suivants : Ainédée Lcfevrc, Mcm. couronné en 1854 et réédité

Description. — L’accès se déclare le plus souvent dans les heures matinales, de trois à six heures, en interrompant brusquement le sommeil. Il est rare d’en observer le soir, au moment où le malade se met au lit, ou dans le courant de la journée, sous l’influence d’une cause occasionnelle.

Une difficulté de respirer, de plus en plus grande, rend d’abord le sommeil pénible et finit par le chasser tout à fait. Le malade est en proie à une oppression et à une anxiété extrêmes; il lui semble que sa poitrine est serrée comme dans un étau; il se met sur son séant, et, après avoir lutté machinalement pendant quelque temps encore contre le sommeil, il appuie les bras sur ses genoux ou sur les bords du lit ; il élève les épaules et renverse la tête en arrière afin de pouvoir employer tous ses muscles à attirer l’air dans les poumons. Néanmoins, quelque grande que soit sa soif d’air, surtout d’air frais, il est incapable d’aller au devant de ce dernier; il reste immobile, accroupi, incapable même de proférer aucune parole.

A chaque inspiration, la tête se porte en arrière, les épaules se relèvent, la bouche s’ouvre et hume l’air. Les yeux sont proéminents, fixes, vitreux; la face est pâle et anxieuse ; à la longue elle devient bleue et se couvre d’une sueur froide. L’expiration est accompagnée de sifflement ou de râlement; elle est notablement plus longue que l’inspiration.

La souffrance et les accidents vont en augmentant pendant trois ou quatre heures ; alors le pouls se relève; il se déclare une petite toux de plus en plus fréquente. Sèche d’abord, elle devient humide ensuite et ramène de rares crachats spumeux, visqueux. Enfin, l’expectoration devient plus facile, plus abondante; des flatuosités passent et le sommeil revient.

plus tard sous le titre : De V Asthme. Recherches médicales sur la Nature , les Causes et le Traitement de cette Maladie , Paris d 847. De Crozant, De l'Asth?nef Paris J 851 . Beau, excellents articles dans les Archives générales de Médecine , 1840, oct.3 et 1848, nov.; reproduits dans son Traité d' Auscultation , Paris 1856. De la Berge et Monneret, Résumé de V Histoire de V Asthme dans le Compendium de Médecine. J. Bergson, Das krampfliafte Asthma der Erwachsenen , Nordhausen, 1850. Jean- Pierre Théry, DeT Asthme ; ouvrage couronné par l’Académie impériale de médecine, Paris, 1859. Hyde Salter, On Asthma , ils Pathology and Trealment, London, 1860. Trousseau dans sa Clinique médicale. L. Merckel , Die neuestcn Leistungen auf dem Gebiete der Lelire vom Asthma , dans Schmidt’s Jahrbuecher , t. CV1 , 1861 , p. 225-247. Bamberger, Ueber Asthma nervosum dans Wuerzburger medicin . Zeitschrift , 1864, t. VI, p. 102. ’ *

Du malaise et de l’inquiétude persistent, la plupart du temps, pendant la journée qui suit, et indiquent d’avance qu’un nouvel accès se prépare pour la nuit suivante.

Faits particuliers. — I. Malgré la lutte dans laquelle le malade épuise ses forces, l’air ne se renouvelle que dans un nombre assez restreint de vésicules pulmonaires. Les poumons sont gonflés outre mesure et refoulent le foie et le cœur. 1 1 y a ampliation générale permanente du thorax qui, par conséquent, paraît immobile dans ses parties, tandis qu’il s’élève et s’abaisse dans sa totalité, — « en masse » comme on dit. L’ampliation inspiratoire n’a lieu ni dans le sens transversal, ni dans le sens antéro-postérieur, précisément parce que le thorax se trouve déjà dans l’état qui est propre à l’inspiration profonde. Il est évident qu’il contient un grand volume d’air que le malade ne parvient pas à renouveler.

IL La poitrine est très-sonore à la percussion ; vers la base, il y a souvent du tympanisme. D’un autre côté, on découvre ça et là des places où la sonorité est moins claire qu’à l’état normal et presque vide. Le souffle vésiculaire est diminué, supprimé entièrement ou remplacé par un souffle tubo-vésiculaire rude et précipité, quand par moments l’air parvient à pénétrer dans une partie des poumons. On entend, en outre, des râles ronflants et sibilants, changeant fréquemment de place. Les râles sibilants sont aigus, fins, et manifestement plus intenses et plus longs à l’expiration qu’à l’inspiration. Plus tard, lorsque les bronches recommencent à sécréter du mucus, les râles deviennent humides, à bulles de plus en plus grosses.

III. Ileurtaux (4) a soumis à l’analyse chimique l’air expiré pendant l’accès asthmatique. 11 a trouvé il volumes d’acide carbonique sur 89 volumes d’azote. L’oxygène manquait complètement, c’est-à-dire qu’il avait été employé à l’hématose jusqu’à la dernière molécule.

IV. Le travail des muscles inspirateurs est aidé et soutenu par le concours de tous les muscles du cou, du dos et des bras. Les veines du cou s’engorgent énormément, puisqu’elles sont comprimées de cette manière et puisque la stase de la circulation pneumo-cardiaque les empêche de se vider. Les points douloureux du thorax et du cou, dont le malade se plaint pendant l’accès, sont évidemment des points myodyniques, des douleurs de fatigue. Ils sont distincts du sentiment de

(1) Voyez Viaud-Grand-Marais, de Nantes, dans la Gazette des Hôpitaux , 4859, n° 69.

constriclion qui s’étend sur toute la poitrine et même jusqu’au creux jugulaire et au pharynx.

V. Le diaphragme est abaissé et reste immobile, malgré les efforts des muscles antagonistes. L’immobilité s’étend même parfois sur toute la moitié inférieure du thorax, de sorte qu’en y appliquant l’oreille, on n’entend plus là aucun bruit respiratoire. Les viscères abdominaux refoulés font paraître le ventre saillant. Les muscles abdominaux s’épuisent en vains efforts pour resserrer la base de la poitrine. L’ampliation transversale de la circonférence du thorax, qu’on remarque surtout au niveau de l’appendice xiphoïde , malgré l’immobilité complète du diaphragme, n’est autre chose, si l’on y regarde de près, qu’une conséquence de l’inutilité des efforts des muscles qui tendent à la reserrer et à l’abaisser.

VL Les battements du cœur peuvent s’exécuter sans altération; toutefois, quand l’accès augmente d’intensité, ils deviennent ou tumultueux et désordonnés, ou faibles et irréguliers. Le pouls radial est accéléré, petit, faible, irrégulier; mais vers la fin de l’accès il se relève et reprend de l’énergie.

VIL La température du corps s’abaisse en raison de l’oxygénation insuffisante du sang. Les extrémités et, à la fin, le corps tout entier, deviennent froids. Une sueur abondante les recouvre. 11 est évacué souvent, avant ou pendant l’accès, un grand volume d’urines pâles, tandis que vers la fin, ce liquide devenant coloré et trouble, rappelle les urines que dans les fièvres on appelle critiques.

VIII. Le moral du malade est très-affecté. Il est inquiet, impatient et irritable ; mais l’oubli est prompt; la bonne humeur revient dès que l’accès a cessé. Par une longue durée, la détresse respiratoire peut déterminer de la céphalalgie, des troubles de l’imagination et même du délire mélancolique.

Marche. — L’accès débute avec sa pleine intensité, ou par degrés; rarement il s’annonce par des prodromes : de la lassitude générale, de la pneumatose gastrique avec éructations, bâillements, etc. II peut cesser subitement, quoique d’ordinaire il diminue peu à peu avec toux et expectoration d’un mucus épais, ainsi qu’il a déjà été dit.

II laisse après lui une grande lassitude, de la brisure et de la douleur des membres et des articulations,, de la chaleur du corps en général et une grande abondance des urines. Selon que la cause prochaine siège dans l’une ou l’autre des grandes cavités, les intervalles sont trou-

blés par des accidents respiratoires, gastriques ou cérébraux. Les premiers consistent dans de la dyspnée et dans des picotements au larynx et le long de la trachée-artère; les seconds, dans de la plénitude épigastrique, de la pneumatose, de la dyspepsie^ de la salivation et de la constipation; les derniers, dans de la pesanteur de la tête, de la lenteur des idées et de l’excitabilité de l’humeur ; on remarque, en outre, chez les uns une somnolence invincible , chez les autres, au contraire , une animation extraordinaire.

Chaque accès dure depuis quelques minutes, jusqu a plusieurs heures, et même pendant des journées entières, avec quelques rémissions. S’il s’est déclaré la nuit, la rémission a ordinairement lieu au lever du soleil.

Il est des cas qui se terminent par un accès unique. Mais la règle est que plusieurs se succèdent et constituent, pour ainsi dire des périodes d'asthme, se composant chacune de 3, 4, 5, 10, 20 et 50 accès simples. Ce n’est qu’après la période accomplie que le soulagement est complet et qu’il survient un sommeil vraiment réparateur. Le malade jouit alors d’une santé parfaite pendant des mois et des années. Le retour des périodes dépend, soit d’influences atmosphériques, soit de troubles accidentels des grandes fonctions, soit d’affections du moral, de souvenirs, d’appréhensions, etc. II est des cas où le retour de l’asthme est régulier et correspond à des périodes de sept jours, de quatre semaines ou d’un an.

En général, plus les accès sont longs et violents, plus les intervalles sont durables.

Conséquences cl terminaison. — L’asthme guérit souvent spontanément, cessante causa.

D’autres fois il détermine des lésions matérielles des poumons ou du cœur : l’emphysème pulmonaire dans toutes ses formes et à ses divers degrés, la bronchite habituelle avec dilatation des bronches ou hypertrophie des muscles bronchiques et contraction permanente de ces canaux, des stases sanguines et de l’œdème des poumons, l’hypertrophie du cœur et la dilatation du ventricule droit. Les praticiens parlent d’un habitus asthmatique qui se caractérise, entre autres, par l’engorgement des veines superficielles des membres et de celles du cou, et s’accompagne fréquemment d’incurvations spinales.

La mort, quand elle arrive, ce qui est rare, dépend d’une congestion ou d'une infiltration séreuse des poumons, d'une asphyxie ou

anhématosie, d’une rupture du cœur ou d’un gros vaisseau ; elle peut aussi être amenée par une hémorrhagie cérébrale, mais dans les cas seulement où les artères cérébrales sont altérées dans leur texture sous l’influence soit d’une maladie antérieure, soit de celle qui produit l’asthme. Il est extrêmement rare de voir un accès d’asthme dégénérer en convulsions générales.

Prédispositions et occasions. — L’asthme se déclare à tout âge, à partir de celui de trois ans. II est cependant rare de le rencontrer avant la période de l’évolution sexuelle. C’est après l’âge de trente ans qu’il est le plus fréquent. Les hommes en sont atteints en plus grand nombre que les femmes. Les diathèses hémorrhoïdaire et goutteuse y prédisposent particulièrement. xWais, la plupart du temps, la prédisposition est héréditaire et inconnue dans ses autres conditions. Le premier accès éclate ordinairement à l'âge où le père ou le grand-père en ont aussi souffert pour la première fois.

Les causes occasionnelles qui provoquent le plus fréquemment les accès résident dans l’atmosphère. Ce sont : les changements de temps ou de la direction des vents, les changements de lieu ou d’habitation. Quant aux brouillards, il existe des différences individuelles remarquables; si la plupart des malades prédisposés ne supportent pas l’air humide, il en est d’autres dont les accès ne se déclarent que sous l’influence d’un air sec.

Nous avons déjà mentionné les émotions morales; nous ajouterons ici les impressions fortes des sens, notamment les odeurs qui agissent tantôt par leur intensité, tantôt par des qualités particulières inexpliquées ou idiosyncrasiques. La fatigue et la contention prolongée de l’esprit rappellent également les accès. Enfin, chez beaucoup d’individu la cause occasionnelle est purement mécanique : elle consiste dans une trop grande réplétion de l’estomac.

Diagnostic. — On confond parfois l’asthme avec la dyspnée, avec l’angine de poitrine, avec le cauchemar et avec la suffocation.

Pour ce qui regarde la dyspnée, la distinction est facile quand on se place au point de vue théorique. L’asthme se présente essentiellement sous la forme d’accès nettement limités, tandis que la dyspnée est une détresse respiratoire plus ou moins permanente et rattachée à une lésion constante. Au point de vue pratique, on fera attention, en outre, à l’apyrexie, à l’intermittence, à l’immobilité de la base du i borax, à l’abaissement persistant du diaphragme, enfin, à l’existence de râles

sibilants et d'une toux qui, de sèche qu’elle est d’abord, finit par devenir humide.

Dans la dyspnée intermittente qui accompagne les maladies du poumon et du cœur, il y a absence de râles sibilants et l’exploration méthodique des organes fait découvrir la lésion. Ces maladies, il est vrai, ainsi que la plupart des autres causes de la dyspnée, sont en même temps des causes prédisposantes de l’asthme. Dans les cas ordinaires la distinction est facile; dans certains cas extraordinaires elle cesse d’avoir de l’importance pratique. Personne ne sera embarrassé, par exemple, auprès d’un emphysémateux, de distinguer les accès d’asthme d’avec la dyspnée qui persiste dans l’intervalle des accès.

Les accès d'angine de poitrine se déclarent de préférence le jour, à l’occasion de la marche ou d’un effort. Le phénomène qui domine la scène, c'est la douleur et non la détresse respiratoire ; c’est la douleur précordiale ou sous-sternale, irradiant le long du plexus brachial gauche et de ses nerfs. Le malade sent très-bien lui-même que la respiration n’est empêchée que par la douleur. Il y a plutôt apnée avec sentiment de mort imminente, que dyspnée avec anxiété. Les mouvements du cœur sont fortement troublés. L’accès ne se termine pas par la toux ni l’expectoration.

Les accès de cauchemar surviennent la nuit, comme ceux d’asthme, et s’accompagnent d’un sentiment d’angoisse et d’étouffement; mais le malade ne se réveille qu’à demi; il est en proie à un rêve, à une hallucination. Il conserve l’attitude couchée, et, malgré l’oppression violente qu’il éprouve, il respire profondément, régulièrement et même tranquillement.

La confusion de l’asthme avec la suffocation sera évitée si l'on observe bien la forme de l’un et de l’autre, et si l’on explore les organes dans l’intervalle des accès. La suffocation procède du larynx, delà glotte. Le malade désigne le cou comme le siège de l’obstacle à la respiration ; il présente l’aspect de quelqu’un qu’on étrangle et ne peut proférer une parole. L’air est poussé péniblement à travers la glotte avec un sifflement rappelant celui du croup. Au point de vue de la synonymie, nous rappellerons que notre asthme porte les noms d’asthme bronchique f asthme spasmodique , asthme des adultes , noms proposés par divers auteurs pour le distinguer de l’asthme laryngé ou asthme des enfants.

Palhogcnic. — Il est peu de symptômes sur lesquels la sagacité des

pathologistes se soit exercée autant que sur l’asthme. Sans reproduire ici la fameuse question de l 'asthme essentiel qui a servi pendant trop longtemps, selon nous, de champ de bataille aux doctrines médicales exclusives, nous aurons à nous étendre plus longuement que de coutume sur les différentes théories émises par les auteurs. Elles sont nombreuses, mais nullement équipollentes , c’est-à-dire que les unes ne correspondent qu’à une partie des phénomènes, tandis que les autres ont la prétention d’épuiser le fond du sujet. En cet état des choses nous * croyons mieux éviter des malentendus, en les coordonnant selon le trouble que chacune d’elles considère soit comme principal, soit comme initial :

1° Obstruction des bronches.

Laennec, tout en affirmant que dans un très-petit nombre de cas les signes du spasme pulmonaire existent en dehors de toute complication catarrhale (1), considéra néanmoins l’asthme comme un catarrhe sec , déterminant la sécrétion d’un mucus très-dense et collant, dans les petites bronches. L’accumulation de ce mucus donnerait lieu à la dyspnée et aux râles, en agissant à la manière de soupapes ou de corps étrangers mobiles.

Beau (2) s’opposa encore plus décidément à la théorie du spasme. Il ne vit dans l’asthme qu’une bronchite à râles vibrants , et expliqua également la dyspnée par une obstruction des bronches causée par les produits de l’inflammation. C’est ainsi, selon lui, que l’air rencontrerait un obstacle tant à son entrée dans les petites bronches qu’à sa sortie des vésicules pulmonaires qui se dilateraient en conséquence.

On objecte à cette manière de voir: 1° que dans la bronchite humide l’obstruction des bronches est bien plus complète que dans le catarrhe sec et que, pourtant, il ne s’y passe rien qui ressemble à l’asthme; 2° que l’invasion de ce symptôme a lieu brusquement, avant que la sécrétion visqueuse ne puisse avoir lieu ; qu’il suffit pour cela d’une émotion ou d’un grain de poussière d’ipécacuanha; 3° qae le catarrhe sec existe souvent sans asthme et même sans dyspnée; enfin 4° qu’il y a des asthmatiques qui ne présentent aucun signe de catarrhe, ni pendant, ni après les accès.

(1) Traité de V auscultation médiale, Paris, 1826, t. Iï, p. 86.

(2) Traité d’auscultation, Paris, 1856, p. 126.

2° Bronchite capillaire ; Emphysème ; Cardiosténose.

Corvisart, Lacnnec, Rostan et Louis ont soutenu que l'asthme ne serait qu’une manifestation symptomatique de la bronchite capillaire, de l’emphysème pulmonaire et des maladies du cœur. Budd, plus tard, a dit qu’il dépendait exclusivement de ces lésions. Les rares cas, désignés encore comme asthme nerveux, finiraient, selon lui, par disparaître devant les progrès de l’investigation anatomique.

Cependant, les faits sont là. Le nombre n’est pas si petit des cas où il n’y a aucune trace de lésion anatomique, où les accès se déclarent brusquement et disparaissent sans laisser des suites. D’un autre côté, on se demande pourquoi l’emphysème qui pourtant s’accompagne toujours de dyspnée, ne donne lieu à l'asthme que par moments et dans certaines occasions? Pourquoi ce symptôme reste étranger à la trèsgrand majorité des maladies du cœur? Comment il se fait que son intensité n’est jamais en rapport avec la lésion quand elle existe?

Le fait est que l’emphysème est plus souvent la suite que la cause de l’asthme. La bronchite elle-même, ou, pour parler exactement, les râles sibilants et ronflants qui semblent en dévoiler la présence, et la sécrétion muqueuse qui termine les accès, ne sont autre chose que des accidents spasmodiques ; car, le plus souvent, ni les râles ni la sécrétion ne continuent dans les intervalles, et chez les sujets jeunes ils peuvent manquer absolument même pendant les accès. Considérons enfin que les émotions morales peuvent incontestablement provoquer des accès d’asthme; qui oserait soutenir que c’est en créant une bronchite?

Alors même que l’asthme dépend réellement d’une lésion matérielle, il n’est qu’un accident ou, pour ainsi dire, une maladie à part, ayant sa forme, ses causes et sa marche propres et exigeant un traitement particulier, indépendant de celui qu’on pourrait opposer à la lésion matérielle.

5° Congestion.

Tout en reconnaissant la nature nerveuse de l’asthme, Bretonneau pensa qu’il était l’effet d’une congestion violente des poumons, congestion du genre de celle qui, à la suite d’une émotion, couvre de rougeur les joues. Elle aurait pour conséquence immédiate la compression des vésicules pulmonaires et des bronchioles; la sécrétion catarrhale terminant l’accès ne serait elle-même qu’une suite de l’hyperémie.

Mais, ainsi que M. Trousseau la objecté à son ancien maître, la congestion pulmonaire, quelle quelle soit, 11e produit jamais l’asthme par elle-même; puis, le son clair qu’on entend à la percussion pendant l’accès, prouve que si elle existe, elle ne saurait être considérable.

4° Humeurs morbides.

Todd admet l’intoxication des nerfs respiratoires ou de leur centre par une maleries morbi particulière. Il naîtrait de là une soif morbide d’air, impossible à satisfaire. Le spasme des bronches serait un accident de la détresse respiratoire et non sa cause ; il ne serait même pas essentiel à l’asthme, puisqu’il manque évidemment dans les cas où la respiration est puérile. Todd compare les accès d’asthme à ceux de la goutte qui est également une maladie de nature humorale.

Tout est conjecture dans cette manière de voir. L’existence d’une humeur morbide ne saurait être admise que dans quelques cas particuliers, et ici, évidemment, elle agit comme irritant, plutôt sur les nerfs moteurs que sur les nerfs sensibles. Puis, Todd a manifestement confondu la dyspnée avec l’asthme proprement dit. Enfin, il suffit de citer les troubles de l’hématose et de la calorification, la cyanose notamment, pour démontrer que dans l’asthme la détresse respiratoire n’est pas purement subjective.

Avant Todd, Brachet avait déjà soutenu que l’asthme était simplement une exagération du besoin respiratoire ou de la soif d’air, siégeant dans le nerf pneumogastrique. Pour lui répondre, nous nous contenterons de rappeler les expériences de Volkmann (1), desquelles il résulte que les plus grands efforts respiratoires continuent d’être faits par les animaux à qui l’on a coupé les deux nerfs pneumogastriques.

Malgré toutes ces objections, nous confessons que l’hypothèse d’une cause dyscrasique a été grandement en faveur autrefois parmi les médecins, et que des succès thérapeutiques incontestables tendent toujours à nous y ramener.

5° Rétention de l'air désoxygéné.

Plusieurs pathologistes modernes renversent les faits. Au lieu d’obstacles à l’entrée, l’air en éprouverait, selon eux, à sa sortie des vésicules pulmonaires. L’asthme serait dû à la rétention, dans ces vésicules, de l’air désoxygéné et surchargé d’acide carbonique. Cette idée a été

(1) Millier’ s Archiv für Physiologie, 4841, p. 334.

développée par Skoda à propos de l’emphysème pulmonaire commun qui, comme on sait, consiste dans la dilatation des vésicules et des bronchioles, consécutive à la diminution de leur contractilité.

Pour que l'expiration soit parfaite, il faut, en effet, que l’élasticité des poumons vienne en aide aux efforts des muscles abdominaux , et cette élasticité fait défaut dans l'emphysème. La compression expiratrice ne porte que sur les parties contiguës au thorax ; elle ne saurait exercer, poursuit Skoda, une action suffisante sur les portions profondes du poumon; l’air ne se renouvelle donc plus dans celles-ci. Alors les parties saines de l’organe s’efforcent, par un redoublement d’activité, de suppléer au défaut de contractilité dans les parties emphysémateuses, mais en vain ; il y a accumulation d’acide carbonique et défaut d’air frais (1).

Un des monographistes les plus récents des maladies pulmonaires, Biermer, à Berne, explique d’une manière analogue l’asthme de la bronchite. A la suite de la tuméfaction et de l’occlusion des petites bronches, dit-il, ce qui reste d’air dans les alvéoles éprouve une tension plus forte et excite ainsi, à ce qu’il paraît, un spasme réflexe dans les muscles des bronches.

6° Paralysie des bronches.

Duncan part de l’idée qu’à l’état de santé les muscles des bronches serviraient à l’expulsion de l’air lors de l’expiration. 11 y aurait asthme quand cette action ferait défaut. Deux faits témoigneraient en faveur de la paralysie : d’abord la difficulté et la prolongation de l’expiration, ensuite l’ampliation du thorax persistant pendant toute la durée de l’accès.

Il est certain, néanmoins, que les bronches n’ont pas, dans l'acte expiratoire, l’importance qu’on voudrait bien leur attribuer. Puis on sait positivement qu’elles n’exécutent pas des mouvements rythmiques indépendants de ceux des muscles inspirateurs. Il est probable que la contractilité des bronchioles ne sert qu’à assurer la distribution uniforme et parfaite de l’air inspiré parmi les lobules pulmonaires, à peu

(1) Une analyse du mémoire de Skoda ( Allgem . Wiener medicin. Wochenschrift. 1861. N09 45-47) a etc donnée par M. le docteur Kuborn, à Seraing, dans les Annales de la Société médico-chirurgicale de Liège (1802, t. 1, p. 186). Le même médecin a soutenu avec talent, devant l’Académie royale de médecine de Belgique (1864), son opinion relative au rôle que joue l’accumulation de l'acide carbonique dans la production de l’asthme.

près comme la contractilité des petites artères régularisé la distribution du sang dans les parties auxquelles elles se rendent. En augmentant la force du courant, leur contraction favorise la pénétration de l’air jusque dans les ramuscules les plus ténus des bronches. Enfin, ainsi que Kidd l’a fait remarquer, cette contraction concourt à produire la dilatation des vésicules pulmonaires et à opérer ainsi la raréfaction de l’air quelles contiennent.

Henle (!) a voulu faire considérer l’emphysème lui-même comme la conséquence d’une paralysie des vésicules pulmonaires correspondant à celle du nerf pneumogastrique. Nous savons cependant que les vésicules possèdent bien des fibres élastiques, mais non des fibres musculaires.

D’autres pathologistes, en invoquant la loi de Stokes, font dépendre la paralysie des fibres musculaires des bronches de la bronchite qui existe en effet dans un grand nombre de cas d’asthme.

7° Paralysie des muscles inspirateurs.

Cette opinion, avancée ça et là par des auteurs peu connus, avait momentanément acquis un crédit extraordinaire quand Romberg lui avait prêté l’autorité de son nom (2). Mais le célèbre pathologiste de Berlin l’a lui-même abandonnée promptement, ainsi que nous le verrons toutàPheure. Il suffit d’observer d’une parties efforts de contraction que font les muscles du thorax dans l’accès d’asthme et de prendre en considération, d’autre part, le fait de l’abaissement du diaphragme, pour être convaincu qu’il ne saurait sérieusement être question de cette paralysie.

Quelque chose, néanmoins, reste à constater. Il semblerait, en effet, qu’il existe une forme d’asthme où les inspirations se font exclusivement par un acte de la volonté consciente, l’impulsion automatique ordinaire étant nulle. Ce serait une véritable paralysie respiratoire dépendant d’une affection du centre nerveux. On lui a attribué la cause du retour des accès pendant le sommeil où l’attention est supprimée.

8° Spasme des bronches.

Après que Reisseisen eut, le premier, démontré l’existence de fibres musculaires jusque dans les petites bronches dépourvues de

(1) Zeitschrift fur rationnelle Medicin , t. I, p. 249.

(2) De paratysi respiratoria. Berol., 1845, p. 3, 4, 12.

plaques cartilagineuses, les expériences de C.-J.-B. Williams (() ont mis hors de doute le fait que ces muscles se contractent sous l’influence de divers stimulus mécaniques, chimiques et électriques, quoique plus difficilement que sous celle des nerfs. Elles ont aussi établi que ces contractions se font lentement et graduellement comme celles des muscles de l’intestin ou comme celles des artères, mais qu elles peuvent aller jusqu’à l’oblitération presque complète des petits tubes bronchiques, tandis que le resserrement est insignifiant dans les bronches plus grosses, pourvues de plaques cartilagineuses. Elles ont fait connaître que la contractilité des muscles bronchiques s’épuise sous l’action prolongée des stimulus, mais se restitue par le repos, même dans les poumons sortis de la poitrine. Enfin, Williams a découvert que cette contractilité est affaiblie et anéantie par la stramoine, la belladone, la ciguë, la strychnine et la morphine , tandis que l'acide prussique exerce à peine de l’influence sur elle.

En présence de ces faits, on conçoit que l’hypothèse émise autrefois par Van Helmont et par Willis, relativement à la nature convulsive de l’asthme, ait rencontré un grand nombre de partisans parmi les pathologistes modernes. Nous citerons spécialement Williams, Am. Lefèvre, Bergson, Hyde Salter, Gairdner, Théry, Romberg, Trousseau et Merckel, sans nous arrêter beaucoup aux divergences d’opinions qui ne concernent que les différents modes d’après lesquels le spasme des bronches serait produit.

Lorsque les fibres musculaires des petites bronches sont contractées, l’air pénètre difficilement dans les cellules pulmonaires et, suivant Théry, le mucus s’accumule dans les ramifications bronchiques ; l’exhalation pulmonaire et l’oxydation du sang éprouvent ainsi un obstacle et le sang s’accumule dans le cœur et autour des centres nerveux. Le mucus rejeté à la fin de l’accès serait un effet de la congestion capillaire.

M. Trousseau compare l’asthme à la coqueluche. Dans l’une et dans l’autre maladie, dit-il, ce qu’il y a d’essentiel, c’est le spasme des bronches qui crée un obstacle à l’entrée de l’air et rend la respiration laborieuse.

(1) The pathology and diagnosis of discases of tlie chcst. 4e édit. London, 1840, p. 320; Report of the British association for 1840, p. 411; Gazette médicale de Paris y 1841, N° 38.

M. Fossion (1), notre collègue à l’Université de Liège, attribue les accès à une espèce de tétanos des muscles bronchiques. Quand la contraction des petites bronches, dit-il, au lieu d’être alternative et instantanée, comme à l’état normal, devient permanente, à l’occasion d'une irritation quelconque de la muqueuse, alors l’air ne peut ni entrer dans les poumons, ni en sortir, et il en résulte une grande gêne. L’emphysème pulmonaire en serait non la cause, mais la conséquence.

Merckel, à son tour, définit l’asthme un rétrécissement extrême des • voies aériennes et un effort constant d’y introduire plus d’air qu’il n’est possible. Il le compare à la dyspnée occasionnée par la présence de fausses membranes ou de corps étrangers, et signale la différence qui le sépare de la dyspnée dépendant de la tuberculose, de l’hépatisation et de l’engouement sanguin entretenu par des maladies du cœur. Dans ces derniers cas, dit-il, l’entrée de l’air n’est pas empêchée ; elle est seulement accélérée, et le chemin est abrégé sans que pour cela l’action des muscles devienne convulsive.

Nous pourrions multiplier les citations et l’on verrait que tous les auteurs qui admettent le spasme des bronches, insistent, plus ou moins exclusivement, sur un prétendu obstacle à Ventrée de l’air dans les vésicules pulmonaires. Or, dans une vigoureuse réfutation des idées d’Amédée Lefèvre, Beau (2) a déjà fait ressortir que le spasme des bronches n’est qu’une hypothèse, et qu’en tout cas il ne pourrait suffire à expliquer les phénomènes. Si ce spasme existait, dit-il, il devrait y avoir retrait de l’organe pulmonaire, tandis qu’on sait, au contraire, qu’il y a ampliation du thorax. Wintrich (3) et Bamberger (4) ont également fait voir, depuis, que l’hypothèse du spasme des bronches ne peut s’appuyer jusqu’à présent que sur le seul fait de l’existence de fibres musculaires, et que si ce fait démontre bien la possibilité du spasme, il n’en prouve nullement la réalité ni surtout ses rapports de causalité avec l’asthme.

Wintrich a fait voir, en outre, dans une série d’expériences qui, au point de vue général du mécanisme respiratoire, se recommandent à

(1) Bulletin de V Académie royale de médecine de Belgique , 1865. T. VIII, p. 514.

(2) Archives générales de médecine , 1840. Octobre.

(3) Dans Virchow, Handhuch der speciellen Pathologie und Tlierapie. 1854.

(4) Ueber Asthma nervosum , dans Wuerzburger medicin. Zeitschrift , 1864.

T. VI, p. 102.

l’attention des physiologistes aussi bien que des pathologistes, que la force de pression, tant inspiratoire qu’expiratoire, est de beaucoup supérieure à celle de tous les muscles bronchiques réunis, et que, par conséquent, une lutte manifeste et durable est impossible entre elles.

Le fait que le diaphragme est abaissé dans les accès d’asthme, a été cité ensuite comme argument décisif. Il le serait, en effet, s’il s’agissait seulement de prouver que le spasme des bronches n’est pas la cause prochaine de l’asthme ; mais nous croyons que Bamberger est allé trop loin en avançant qu’avec la position indiquée du diaphragme le spasme des bronches est absolument impossible. II nous semble, au contraire, que l’un et l’autre de ces états existent.

Les deux seuls faits que nous ne pouvons admettre sont : 1° que le spasme des bronches soit la cause prochaine de l’asthme; et 2° qu’il puisse amener un retrait quelque peu notable des poumons. Dans les grosses bronches, les cartilages y font obstacle, et pour ce qui concerne les petites, il résulte des expériences de Wintrich même (4), que la contractilité vitale des poumons est à leur contractilité physique, à leur élasticité, comme 1 est à 4. Nous croyons donc parfaitement possible que dans l’asthme les poumons augmentent de volume, malgré le resserrement des petites bronches et peut-être même sous l’influence de ce resserrement, puisqu’il a pour effet de pousser l’air en avant et de dilater ainsi les vésicules.

Du reste, le resserrement des bronches n’est ni complet ni général. S'il l’était, l’accès deviendrait promptement mortel, ce qui, heureusement, n’est presque jamais le cas. II n’occupe toujours, ainsi que Théry l’a fait remarquer (2), qu’un seul poumon ou une partie plus ou moins restreinte, souvent le sommet seulement, d’un poumon. L’auscultation fournit la démonstration du fait.

9° Spasme tonique du diaphragme.

Après avoir combattu l'hypothèse du spasme des bronches , Wintrich (3) affirme qu’en faisant dépendre la gêne momentanée et très pénible de la respiration soit d’un spasme tonique du diaphragme exclusivement, soit de ce spasme combiné avec celui des autres muscles

(1) Loc. cit . , p. 197.

(2) Williams a été d’un avis contraire. Il cite comme line rareté pathologique un cas d’asthme unilatéral observé par lui.

(3) Loc. cit., p. 201 .

respiratoires et peut-être aussi avec un spasme de la glotte, on comprendrait l’asthme nerveux et que tout cadrerait aussi bien que si l’on avait trouvé la solution d’une énigme.

Bamberger (1), à son tour, atteste que tous les signes de l’asthme qu’il avait relevés, se laissent expliquer avec précision, en admettant l’existence d’un spasme tonique du diaphragme tel qu’il avait été étudié par M. Duchenne (de Boulogne) à l’aide de l’électrisation des nerfs phréniques. Il cite spécialement l’abaissement et l’immobilisation du diaphragme, la raideur et l’immobilité de la moitié inférieure du thorax, et les efforts ou spasmes antagonistiques des muscles expirateurs. Bamberger, du reste, tout en considérant cette cause comme la plus fréquente, ne la donne pas comme cause unique^

10° Surexcitation du centre respiratoire.

Georget, dans sa Physiologie du système nerveux , avait déjà soutenu que la cause des accidents asthmatiques avait son siège dans le cerveau et la moelle épinière plutôt que dans les poumons. Théry a placé, depuis, plus explicitement ce siège dans les noyaux gris du système nerveux respiratoire. Selon cet auteur, l’asthme serait une névrose, une surexcitation de la force qui anime les nerfs respiratoires. Sans une émotion plus ou moins vive du système respiratoire, dit-il, aucune lésion organique des organes du thorax ne saurait provoquer ce genre d’accès.

Hirsch (2) dit, à son tour, que l’asthme est un accident nerveux dépendant d’une affection primaire, tantôt organique, tantôt congestive, des organes centraux de la respiration et de la circulation. Plusieurs autres pathologistes sont du même avis. L’un de ceux qui se sont le plus récemment prononcés dans ce sens,Kidd, à Dublin (3), insiste, comme Théry, sur ce que les accès sont réveillés par des impressions morales et qu’ils sont précédés soit d’une exhilaration, soit d’une tristesse soudaine et sans cause. El, à cette occasion, qu’il nous soit permis de citer une hypothèse très-ingénieuse de Valentin (4), bien qu’elle n’ait pas été créée expressément en vue de l’asthme.

(1 ) Loc. cit p. 1 J 2.

(2) Voyez Bergson, Das krampfhaftc Aslhma , p. 27.

(3) Dublin Quarterly Journ. of medical science. Bulletin de la Société de médecine de Gand. T. XXVIII, 1861, p. 343.

(4) Vcrsuch einer physiologischen Pathologie der Nerven. T. II, p. 147.

À l’état de santé, dit le célèbre physiologiste de Berne, le sang entre vermeil dans la moelle allongée, et devient noir en parcourant les capillaires de cet organe. C’est là ce qui entretient les mouvements inspiratoires. L’oxygénation que le sang subit dans les poumons agit sur les extrémités des fibres du nerf pneumogastrique. L’excitation forte de ce nerf, propagée à la moelle allongée, met fin à l'inspiration et détermine ainsi le mouvement expiratoire.

Quand donc les deux pneumogastriques ont été coupés sur un animal, et quand le sang pulmonaire contient une trop grande abondance d’acide carbonique, — dans ces deux cas, la durée et l’énergie de l’inspi ration sont augmentées ; celle-ci persiste jusqu’à l’épuisement momentané des globules ganglionnaires des centres respiratoires. Une trop grande abondance d’oxygène peut avoir l’effet contraire.

Dans le sens de cette hypothèse, si nous l’avons bien comprise, l’accès d’asthme serait donc un accident, ou de la paralysie des nerfs pneumogastriques, ou de l’accumulation de l’acide carbonique dans les poumons.

La plupart des théories qui précèdent sont basées sur des faits réels; seulement, il en est qui ne considèrent que les causes prochaines, tandis que d’autres portent plus loin le regard. Quant à nous, nous formulerons notre opinion dans les propositions suivantes :

1° L’asthme est essentiellement une attaque nerveuse , un état convulsif des nerfs de la respiration. Il est à ces nerfs ce que le tic convulsif est au nerf facial, ce que la colique est aux nerfs moteurs de l'intestin, ce que l’épilepsie est aux nerfs du tronc et des membres. Van Ilelmont l’avait déjà appelé malum caducum pulmonum.

2° Il procède toujours de la moelle allongée, c’est-à-dire des centres respiratoires qui sont mis dans un état de surexcitation, tantôt par les qualités du sang qui les traverse (action directe), tantôt par l’excitation morbide des nerfs pulmonaires sensibles ou de certaines fibres cérébrales (action réflexe).

5° La surexcitation morbide des centres respiratoires, en se propageant le long des nerfs moteurs, ordinaires et auxiliaires, met la poitrine dans un état de dilatation forcée et persistante. La forme de l’asthme est celle d’une inspiration excessive; excessive comme énergie et comme durée. L’angoisse de l’asthmatique vient de la difficulté qu’il éprouve à ramener les mouvements d’expiration. Ainsi, le diaphragme est abaissé au maximum, les muscles du thorax sont dans un état de

contraction tétanique ; les muscles antagonistes, notamment ceux de l’abdomen, luttent énergiquement.

Les fibres musculaires des bronches, qui sont sous l’influence des rameaux pulmonaires du nerf pneumogastrique, prennent part au spasme inspiratoire, mais partiellement et irrégulièrement ; il semblerait même qu’il y ait une forme d’asthme où les bronches ne sont pas du tout contractées. La physiologie expérimentale a établi que la section des deux pneumogastriques au cou n’abolit point les mouvements respiratoires, quoiqu'elle les altère considérablement. Le même fait se présentant après l'extirpation des deux poumons, on en conclut qu’en principe, les contractions des poumons (bronches et larynx) et celles du thorax et du diaphragme peuvent, dans certains cas, n’être pas d’accord.

Si l’on demande pourquoi les accès se déclarent principalement la nuit, pendant le sommeil, nous répondrons qu’il y a à cela trois raisons, peut-être même quatre.

D’abord, dans la position horizontale du corps les excursions du diaphragme sont gênées par le poids des viscères abdominaux et la paroi thoracique elle -même rencontre une résistance là où elle s’appuie ; le malade respire donc moins profondément, moins complètement; puis, selon la remarque de Hyde Salter, cette position favorise l’afllux du sang au cœur droit et la congestion des poumons.

En second lieu, on sait que pendant le sommeil l’action réflexe est en général plus aisée.

Troisièmement, la sensibilité, étant émoussée dans cet état, mesure moins bien la quantité d’air nécessaire à la respiration, et prive l’acte respiratoire du concours que lui prêtent, à l’état de veille, l’instinct et la volonté.

En quatrième lieu, la congestion passive qui atteint la moelle allongée dans la récubation sur le dos , intervient peut-être à son tour, en agissant dans le sens des autres causes occasionnelles.

d° Asthme idiosyncrasique ,

De même que la muqueuse de l’estomac à l’égard de certains aliments, boissons et médicaments, la muqueuse des bronches se comporte d’après des lois tout individuelles à l’égard de certaines qualités de l’air atmosphérique, de certains gaz, odeurs et poussières. Il est des individus où elle possède de véritables propriétés eudiométriques

et où sa sensibilité est de beaucoup supérieure à celle de tous les réactifs chimiques connus, supérieure aussi à tous les baromètres et hygromètres.

Le moindre changement de vent, d'humidité ou de densité, la plus légère contamination de l’atmosphère, provoquent des accès d’asthme chez certains sujets dits idiosyncrasiques. Un tel se trouve bien dans l’air plus ou moins stagnant et corrompu de l’intérieur d’une grande ville, tandis qu’il ne supporte pas l’air de la campagne. Tel autre respire mieux dans la plaine et les contrées basses et humides, tandis qu'un troisième n’est délivré de son asthme qu’en allant habiter un pays de montagnes.

On a vu des personnes qui souffraient d’accès fréquents en séjournant à Paris, tandis qu’elles se portaient bien dans les brouillards de Londres. On en a vu à qui certains quartiers, certaines rues, certains hôtels d’une même ville devenaient fatals. Nous avons connu une dame qui avait ses accès chaque fois quelle faisait dresser son lit dans les étages supérieurs de sa maison, tandis qu’elle en était exempte quand elle couchait au rez-de-chaussée. Des auteurs racontent des cas où le contraire avait lieu.

En général, les vents du Nord et du Nord-Est, ainsi que cet état de l’atmosphère qu’on appelle, improprement à ce qu’il paraît, l’état ozonisé, sont défavorables aux asthmatiques. Dans nos villes, les médecins sont à peu près certains d’être appelés la nuit quand il règne de ces brouillards froids et épais, bien connus, qui répandent une odeur de tourbe brûlée.

Schwartzenbach (1) a observé que les animaux qu’on fait séjourner dans de l’air ozonisé, sont promptement pris de dyspnée violente, d’une sorte d’ivresse, d’anesthésie, de titubation et de tremblement ; qu’ils font entendre un bruit particulier lors de l’expiration, et que leurs bronches se remplissent de sérosité sécrétée.

Des idiosyncrasies se révèlent aussi sous la forme d’asthme, à l’égard de certaines odeurs et poussières végétales. Telles sont l’odeur du foin, le pollen qui s’élève des champs de seigle et de maïs, l’odeur des roses, des jacinthes tardives, du mangifera, de i’helianthus, des melia, de plusieurs légumineuses, de pommes entassées, la poussière d’ipécacuanha, de valériane, d’ellébore, etc.

(1) Verhandlungen derphysic. medicin. Gcscllschaft in Wuerzburg , t. I, p. 322.

La forme la plus célèbre est Yasthme de foin , maladie de foin , hayasthma, hay-fever des Anglais, catarrhe estival idiosyncrasique , qui affecte régulièrement certains individus, en juin ou juillet, à l’époque de la fenaison. Elle est accompagnée d’une irritation catarrhale de la conjonctive, des fosses nasales, des sinus frontaux et des bronches, puis de céphalalgie et de fièvre; elle résiste à tous les remèdes et ne guérit ordinairement que par un changement de lieu, par exemple quand le malade quitte la campagne pour la ville. Les accès asthmatiques sont parfois très-violents et nullement en rapport avec l’intensité du catarrhe ; ils se déclarent la nuit et cessent aux heures matinales (J).

2° Asthme catarrhal.

Le symptôme propre de la bronchite est la dyspnée et non pas l’asthme. Cependant, pour peu que la phlegmasie atteigne les petites bronches, le malade passe des nuits déplorables : de véritables accès d’oppression., d’agitation et d’angoisse viennent interrompre son sommeil; la dyspnée devient paroxystique.

L’accident prend la forme complète de l’asthme chez les sujets prédisposés, chez les enfants, les vieillards, les emphysémateux et chez ceux qui souffrent d’une hypertrophie du cœur avec rétrécissement des orifices.

Le rapport de l’asthme avec la bronchite , Y emphysème vésiculaire des poumons et la cardiosténose a été et est encore aujourd’hui, pour ainsi dire, le champ clos où descendent les partisans des doctrines anatomiques ou, comme ils préfèrent de dire, de la médecine physiologique. Après les développements dans lesquels nous sommes entré en recherchant la pathogénie du symptôme, nous pouvons nous borner ici à insister sur les faits suivants, à savoir : que l’asthme n’appartient ni à la bronchite comme telle, ni à l’emphysème ; qu’il n’est constant ni dans l’une ni dans l’autre, et surtout que son intensité n’est aucunement en rapport avec celle des lésions.

La bronchite intervient comme cause occasionnelle et l’emphysème comme cause prédisposante; en d’autres termes : l’emphysémateux n’est pris d’asthme que lorsqu’il contracte un catarrhe des bronches,

(1) Tout ce qui a rapport à cette maladie a été réuni avec un soin extrême, par Phœbus, dans une monographie intitulée : Der typische Früh-Sommer-Katarrh, Giessen, 1862. Biermer lui a aussi consacré un très-bon article dans Virchow’s Hand buch der spcc. Pathologie und Thérapie , t. Y, p. 63 S.

tandis que ce dernier provoque aussi le symptôme chez les sujets aulremenl prédisposés, en l’absence de tout emphysème et de toute lésion du cœur. L’asthme est donc à la bronchite ce que la cardialgie est à l’ulcère perforant de l’estomac.

Après cela, on doit ne pas perdre de vue que tout accès d’asthme simule la bronchite,, par les raies sibilants, la dyspnée et l’expectoration terminale qui l’accompagnent. Le médecin qui dirigerait exclusivement le traitement contre elle ferait fausse route, ainsi que cela se voit le plus souvent dans la médecine des enfants où des soi-disant bronchites capillaires, ou broncho-pneumonies, disparaissent comme par enchantement sous l’influence d'une médication antispasmodique.

Quant à la manière dont l’emphysème pulmonaire prédispose à l’asthme, on peut, tout en s’écartant en général de l'école anatomique, admettre avec Laennec et Louis, que la disette d’oxygène y est pour beaucoup; ensuite quelle doit être bien plus sensible quand l’air est chargé de brouillard ou de poussières solides.

La tuberculose , particulièrement la tuberculose circonscrite et celle qui se développe avant lage de la puberté, occasionne aussi parfois des accès d’asthme, d’abord, à la manière de l’emphysème, en diminuant l’étendue de la surface respiratoire, puis en entretenant de l’irritation dans les bronches. Il y a des accès d’asthme qui se terminent par de l’hémoptysie.

En général l’asthme dépendant d'une lésion chronique des poumons ou du cœur, diminue d’intensité avec les progrès de cette lésion. C'est pourquoi on l’observe plus souvent chez les sujets encore jeunes où la respiration est fréquente et profonde. Avec lage les accès s’affaiblissent et se transforment en dyspnée ordinaire et permanente.

5° Asthme sympathique.

Les organes dont la sympathie peut, chez les sujets prédisposés, provoquer des accès d’asthme, sont : l’estomac, les intestins, la peau du thorax, de l’abdomen et des lombes, sans parler de l’utérus qui intervient dans l’asthme hystérique. Les anciens parlaient aussi d’un asthme hémorrhoïdaire, et d’asthmes procédant du foie, de la rate, des reins ( asthma urinosum). L’existence de ces derniers est très -douteuse.

Nous nous proposons de revenir plus loin sur l’asthme hystérique, nous ne dirons spécialement quelques mots ici que de l’asthme gastrique.

Il n’est pas rare de voir les accès se déclarer immédiatement et chaque fois après l’ingestion de certains aliments ou boissons, après des repas trop copieux ou à la suite d’indigestions. Les boissons alcooliques sont signalées particulièrement (4). On doit attribuer évidemment cette relation à une idiosyncrasie, mais à une idiosyncrasie gastrique. La surexcitation des nerfs sensibles de l’estomac se propage jusqu’aux centres respiratoires et se réfléchit là sur les nerfs moteurs du diaphragme et des muscles du thorax.

Plusieurs observateurs sérieux, parmi lesquels Joseph Frank (2), ont vu aussi disparaître des accès d’asthme après l’expulsion du ténia.

4° Asthme spinal.

Il existe ici une lésion de la moelle allongée ou de la portion cervicale delà moelle épinière. Parry a guéri des accès d’asthme occasionnés par l’inflammation des vertèbres cervicales supérieures. Bright (3) et Ch. Bell en ont vu qui étaient des accidents de la spondylarthrocace cervicale. Ollivier, à son tour, dit avoir rencontré, chez plusieurs asthmatiques, des exsudais, du ramollissement et de l’induration dans certains points de la moelle épinière. Enfin, Celse et Arétée signalaient déjà la rachialgie (dolor in scapulis) comme compagne de l’asthme, et plusieurs modernes, Lefèvre entre autres, confirment cette coïncidence et cherchent à rattacher certains asthmes à l’hyperémie et hypéresthésie de la moelle, c’est-à-dire à ce que les Anglais ont appelé l’irritation spinale (4).

5° Asthme cérébral.

Les affections cérébrales agissent tantôt positivement, en provoquant la surexcitation de la moelle allongée, tantôt négativement, en permettant à l’activité spinale de prendre le dessus, comme cela ariive aussi dans le sommeil et le narcotisme.

Willis a déjà expliqué par la présence d’épanchements séreux dans les ventricules du cerveau, le fait que les asthmatiques ne peuvent se coucher horizontalement sans rappeler l’accès. Selon Marshall Hall (5^,

(d) Voyez, entre autres, John Floyer, On the asthme . London, 1698, p.119; trad. franc. Paris, 1761 et 1782 ; et Lefèvre, loc. cit .

(2) Prax. med., t. IL 2,1, p. 722.

(o) Guy’s Hospital reports. Vol. II, p. 296.

(4) Voyez Bergson, Das krampfhafte Asthma, p. 110.

(5) Diseuses of the nervous System; trad. allem. de Behrend, 1842, p. 514.

l’asthme est frequent chez les vieillards atteints d'atrophie ou de ramollissement du cerveau.

La surexcitation du cerveau par des veilles prolongées, des agitations morales, des fatigues de la pensée ou des impressions des sens, agit d’une manière semblable. Il y a particulièrement à signaler le rapport qui semble rattacher les centres respiratoires aux centres visuels. De nombreuses observations tendent à prouver que l’obscurité de la nuit favorise singulièrement le développement du symptôme. Laennec raconte le cas d’un vieillard qui était pris d’un accès chaque fois que sa lampe de nuit s’éteignait. Lefèvre a constaté sur sa propre personne que les accès étaient plus violents dans l’obscurité. La même observation a été faite par Kohlschütter (1), également sur lui-même.

6° Asthme dyshémique.

Il est des fièvres exanthématiques qui débutent par des accès d’asthme et ces accès se répètent parfois dans la convalescence. Telles sont notamment la rougeole et l’urticaire.

L’accident ne saurait dépendre de l’irritation de la muqueuse des bronches, puisqu’il se montre soit avant la localisation de la maladie, soit après la guérison de la bronchite. On doit admettre qu’ici le sang en fermentation porte directement son action sur la moelle allongée.

Les écrits des praticiens abondent en relations d’asthmes compliquant les accès de fièvre intermittente, ou se substituant à ces accès et guérissant sous l’influence du quinquina. C’est la febris intermitlens asthmatica des anciens. Bergson (2) en a réuni quelques exemples remarquables.

7° Asthme toxique.

Tanquerel des Planches (3) a publié plusieurs observations d’asthme dépendant de l’intoxication saturnine. Plus récemment, Lauer (4) a décrit un cas de cette espèce en donnant des détails circonstanciés. Le mal se présente aussi parmi les ouvriers des fabriques de glaces, comme accident de l'hydrargyrose.

(1) Schmidt’s Jahrbücher, t. VIII, p. 296.

(2) Loc. cit.r p. 63.

(3) Traité des maladies de plomb. Paris, 1830. T. II, p. 61.

(4) Medicin. Vereins-Zeitung. Berlin, 1846, décembre; analysé par Bergson, loc. cit.j p. 61.

Puis, certains poisons végétaux y prédisposent. Renault (1) raconte que Delafond et lui-même ont vu souvent, après l’ingestion de la gesse chiche ( Lathyrus cicera , Linn.), cultivée dans le midi de la France, survenir chez les chevaux des accès d’asthme très-violents. Dans l’autopsie de deux de ces chevaux, ils n’ont absolument pu découvrir aucune lésion ni dans les organes respiratoires, ni dans les nerfs.

Enfin, ceux qui ont séjourné en Orient, parlent d’une forme particulière d’asthme qui saisit les fumeurs d’opium quand ils sont empêchés de se livrer à leur passion. Les accès s’accompagnent d’une sorte de fureur sauvage, et menacent promptement de mort si l’on ne rend de l’opium à ces malheureux.

8° Asthme dyscrasique.

Trois espèces de dyscrasie donnent lieu à l’asthme : le rhumatisme, la goutte et les dartres.

Pour ce qui concerne l’asthme rhumatismal, le docteur Segers, à Saint-Nicolas, le croit tellement fréquent qu’il en a fait la base d’une théorie générale. Au dire de ce praticien estimable, les accès d'asthme ne seraient jamais autre chose qu’un rhumatisme des bronches, se manifestant par une contraction morbide et désordonnée du réseau musculaire de Reisseisen, contraction qui empêcherait l’air de pénétrer dans les vésicules pulmonaires. La cause serait constamment dans des variations atmosphériques, mais plus particulièrement dans l’action de l’air froid et humide.

Après tout ce qui précède, nous n’avons pas besoin de déclarer que nous ne pouvons adopter cette manière de voir. Il n’est pas nécessaire non plus de faire voir que M. Segers a confondu l’asthme catarrhal avec celui qui dépend de la diathèse rhumatismale et affecte plutôt le diaphragme que les muscles bronchiques. Le véritable asthme rhumatismal se reconnaît à sa marche métastatique : il est tantôt la suite du déplacement d’une affection rhumatismale évidente de muscles ou d’articulations, tantôt il fait place à des douleurs de membres, pour reparaître ensuite lorsque ces douleurs viennent à cesser.

Ce qu’on appelle communément l’asthme arthritique n’est à proprement parler qu’une dyspnée entretenue par des lésions de cœur. Cepen-

(1) The Veteriîiiar, t. VIII, p. 32,

dant, à part ce cas qui est le plus frequent, la dyscrasie goutteuse occasionne aussi des accès d’asthme véritable. M. Trousseau, entre autres, a publié des exemples d’alternance de goutte et d’asthme chez des sujets où l’exploration méthodique n’a pu faire découvrir aucune maladie du cœur.

EnOn,il existe une liaison entre l’asthme et les dyscrasies dartreuses . On observe des cas où la manifestation du premier coïncide chaque fois avec la disparition d’une affection herpétique, et cesse dès que la maladie apparaît de nouveau à la peau. Nous dirons même qu’il est frequent de voir l’asthme gnérir après le développement d’une maladie cutanée. Il n’est pas rare non plus d’observer que des personnes, ayant dans leur jeunesse souffert d’un eczéma ou d’un impétigo, deviennent asthmatiques dans la seconde moitié de leur vie.

Quelques pathologistes modernes ont pensé que dans l’asthme dartreux, il se fait sur la muqueuse bronchique une pustulation ou, en général, une éruption de nature exanthémateuse.

9° Asthme nerveux.

Dans le langage ordinaire on désigne ainsi l’asthme que d’autres disent essentiel , c’est-à-dire celui qui, en opposition avec l’asthme symptomatique , ne dépendrait d’aucune lésion matérielle des organes. Quant à nous, qui nous sommes placés en dehors des controverses de l'école qui se dit physiologique, et qui considérons l’asthme comme étant essentiellement et toujours une névrose, nous réservons la qualification de nerveux à celui qui a sa cause dans une simple perturbation de l’innervation, perturbation causée par des influences intrinsèques.

On rencontre des accès qui alternent avec d’autres névroses paroxystiques, motrices ou sensitives, notamment avec la migraine (1).

Il existe, en second lieu, un asthme phrénopathique , provoqué par des émotions vives : le chagrin, la frayeur, la jalousie, les contrariétés, la surprise, la colère contenue. Ex ira , tristi nuntio, vel etiam objurgate luctuoso mox aslhmate corripiunlur , dit Van Helmont (2).

Eu troisième lieu se présente l’asthme hystérique, plus commun que les autres, mais assez variable dans sa forme. Suivant Briquet (5), il ressemble à celui qu’on attribue à l’emphysème pulmonaire; il y a

(1) Voyez Bergson, loc. cit , p. 63.

(2) Ortus medicinæ, p. 507. Bergson, loc. cit., p. 57.

(5) Traité de Thystcrie, p. 250.

orthopnée, chant sibilant laryngo-trachéal, abondance de râles sibilants bronchiques, crachats perle's, ou expectoration semblable à de l’eau gommeuse. Cet asthme peut durer des mois entiers, mais presque toujours il disparaît graduellement ou brusquement. Il apparaît après la cessation de quelque phénomène hystérique saillant, et il disparaît à son tour quand celui-ci revient. On doit se garder de le confondre avec le spasme glottiquc des hystériques.

Dans les cas que nous avons observés nous-même, le spasme des muscles inspirateurs était plutôt clonique que tonique; il variait de siège et d’étendue; la respiration était très-accélérée et très-bruyante, sans cornage ou sifflement laryngo-trachéal; les malades faisaient de grands efforts d’expiration.

10° Asthme constitutionnel.

C’est l’asthme héréditaire qui, à un certain âge, éclate à la moindre occasion et sans cause effective déterminée.

Alibert (1) cite une famille où tous les descendants devenaient asthmatiques à l’âge de 40 ans.

La prédisposition saute parfois une génération, comme c’est aussi le cas de la goutte, de l’épilepsie et de la plupart des autres névroses.

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