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DE L’ANESTHÉSIE DES VOIES RESPIRATOIRES

L'anesthésie de la muqueuse respiratoire se manifeste plutôt par l’absence de la toux ou, ce qui revient au même, par l’abolition de la sensibilité réflexe, que par la suppression de la douleur. Le malade respire des vapeurs irritantes, du chlore, de l’ammoniaque, les mucosités s’accumulent dans les bronches, sans qu'il y ait réaction des nerfs qui opèrent soit l’occlusion de la glotte, soit l’expectoration.

L’anesthésie du larynx et des bronches est un des symptômes de la paralysie du nerf pneumogastrique et de la moelle allongée. Elle complique généralement les états de dépression grave des centres nerveux et se montre dans la dernière période des fièvres à caractère adynamique.

Elle s’établit aussi vers la fin des maladies pulmonaires aiguës et constitue l’accident que les praticiens appellent à tort la paralysie des poumons. Dans les maladies chroniques il se développe également une certaine insensibilité des bronches qui fait que certains malades atteints, par exemple, de bronchite chronique, supportent aisément l’accumulation de grandes quantités de mucus, sans tousser souvent.

Enfin, une forme particulière d’anesthésie bronchique est celle qui appartient aux états asphyctiques, spécialement à la période asphyctique du choléra.

ARTICLE VII

DE I.A CARDIODYNIE.

L'existence de douleurs, siégeant dans le cœur meme, a été longtemps révoquée en doute par les physiologistes. Haller avait été jusqu’à refuser toute espèce de sensibilité à cet organe. A présent il est démontré, entre autres par les expériences de Goltz (1), que le cœur est réellement susceptible de fortes douleurs , que sa sensibilité va en diminuant de la base à la pointe, et quelle dépend exclusivement du nerf pneumogastrique. Quant au péricarde, on savait depuis longtemps qu’il était de toutes les membranes séreuses la plus sensible à la douleur.

La cardiodynie, de KapSi’a, cœur, et tâwvj, douleur, qu’elle procède du cœur même ou de son enveloppe, s’accuse à la région précordiale, à la région sternale ou à la région sous-claviculaire gauche. Elle a une tendance à irradier, d’une part à l’épigastre, et d’une autre part à l’épaule et au bras gauches.

Tantôt sourde et compressive, comme si line barre était placée en travers de la poitrine, la douleur est très-vive dans d’autres cas, et s’accompagne d’anxiété dite précordiale , de dyspnée et de tendance à la syncope. Pour la reconnaître on remarquera, en outre, qu’elle est indépendante des mouvements respiratoires, mais quelle coexiste

(1) Vagns und Herz, in Virchow’s A rchiv., t. XXVI. 1863, p. 1.

avec des palpitations et des inégalités ou intermittences des battements du cœur.

4° Cardiodynie pcricardilique.

La douleur est le symptôme le plus important de la péricardite. Bornée parfois à un sentiment de malaise , elle est vive et lancinante dans d’autres cas. Généralement moins violente que la douleur pleurétique, elle peut néanmoins offrir aussi un haut degré d’intensité. Il s’y mêle toujours un sentiment de constricfion ou de poids.

Son siège est à la région précordiale, exceptionnellement au côté gauche de l’épigastre ou dans la région interscapulaire d’où elle irradie sur une partie plus ou moins grande de la poitrine. On la provoque et on l’augmente en percutant la région du cœur ou en exerçant une pression profonde sur l’épigastre dans la direction de bas en haut et de droite à gauche.

Quand la douleur péricarditique est très-vive et spontanée, il est parfois malaisé de la distinguer de la douleur pleurétique. Les signes physiques décideront de la question; on remarquera, en outre, que la cardiodynie ne s’exaspère pas dans les inspirations profondes ni lors des changements de position du malade.

2° Cardiodynie organopathiqae.

Nous donnons ce nom à la cardiodynie causée par une lésion de la substance du cœur, de sa membrane interne, ou de ses orifices et valvules.

La douleur de la cardite proprement dite ou myo-cardite suppurative est très-vive. Celle de l 'endocardite, au contraire, est sourde; elle se réduit communément à un sentiment de chaleur ou de pesanteur; il semble au malade que son cœur est trop gros. Souvent même,, dans l’endocardite simple, la douleur est nulle et ne peut être provoquée par la pression.

Dans les vices valvulaires récents, alors que l’auscultation et la percussion ne donnent encore que des signes incertains , on observe fréquemment une douleur très-vive, lancinante ou pongitive, mêlée d’un élément qui lui communique un cachet particulier. Son siège est variable ainsi que sa durée. Elle s’étend parfois dans le bras et rappelle ainsi l’angine de poitrine, surtout quand elle s’accompagne d’anxiété et constitue des espèces d'accès ou paroxysmes. 11 est remarquable que la douleur dont il est question se déclare de préférence dans les moments

où le cœur bat tranquillement, et qu’elle disparaît dans les moments d’excitation. On serait porté, d’après cela, à la considérer comme de nature névralgique.

Stokes a observé la même forme de douleurs dans l’ hypertrophie simple du cœur; il se dit porté, même dans les cas où des vices valvulaires existent en même temps, à faire dépendre les douleurs uniquement de l’hypertrophie qui en est la suite (1).

Dans les lésions valvulaires anciennes la cardiodynie est rare.

3° Cardiodynie aortique.

La douleur est un des symptômes les plus importants de l'anévrysme de l’aorte. Elle se montre sur différents points, savoir à la région précordiale, à la partie supérieure du sternum, à l’épaule, aux régions axillaire et sous-axillaire du côté droit. Souvent elle s’étend aussi sur le bras droit ou remonte le long du cou jusqu’à la tête.

Elle est due à la compression ou traction que la tumeur anévrysmale exerce tantôt sur des nerfs intercostaux, tantôt sur le plexus trachéal. Elle prend la forme d’accès névralgiques et épuise promptement les forces du malade.

4° Cardiodyjiie rhumatismale .

Les praticiens signalent, toujours de nouveau et malgré les objections qui leur sont faites au point de vue de la théorie, le rhumatisme du cœur et la goutte remontée. On leur objecte que ce sont là des endocardites et des péricardites, ce qui, selon nos propres observations, est vrai pour certains cas mais non pour tous. La cardiodynie rhumatismale et goutteuse a une forme et une marche spéciales ; elle n’est pas accompagnée des signes physiques de la péricardite, et fait penser, sous tous les rapports, à une névralgie plutôt qu’à une inflammation.

La douleur, qui est vive, déchirante et paroxystique, a son siège à la région précordiale ou sous le sternum. Elle est accompagnée d’anxiété précordiale et parfois de palpitations. Les accès durent quelques minutes et reprennent après des intervalles plus ou moins longs. Un effort, un courant d’air, un saisissement, peuvent les rappeler accidentellement. A la longue, la douleur devient persistante, sourde, ron-

(U Die Krankheiten des Ilerzens und der Aorta f traduit par Lindwurm. Wuerzburg, 1855, p. 148.

géante ou brûlante dans les intervalles. Il est parfois très-difficile de distinguer la névralgie rhumatismale du cœur d'avec la douleur intercostale ordinaire.

5° Cardiodynie nerveuse .

Chez les personnes à tempérament ou à diathèse nerveuse, mais surtout chez les hystériques et les hypochondriaques, il se déclare des douleurs au cœur, à chaque émotion, à chaque contrariété, même à la suite de rêves. Ces personnes sentent le cœur comme s’il était serré dans un étau, et cette sensation vive, accompagnée d’anxiété, est suivie d'un malaise qui peut persister longtemps. La régularité des battements n’est ordinairement troublée en rien.

ARTICLE VIII

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