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DU CRI

Le cri est la voix native. L’enfant en naissant, l’idiot, le sourd de naissance crient et ne parlent pas. Il y a des cris de joie, de douleur, de fureur, d’effroi. Le cri se rattache immédiatement à l’organisation, tandis que la parole est un résultat de l’éducation.

Le cri de Y enfant nouveau-né , qui marque le premier mouvement respiratoire, paraît être instinctif, c’est-à-dire qu’il semble avoir sa cause plutôt dans le besoin de dilater énergiquement les poumons, que dans un malaise ou dans une sorte d’effroi que l’enfant éprouverait, selon quelques-uns, en sentant pour la première fois l’action du milieu nouveau dans lequel il est plongé (I).

Dans le cinquième livre de cet ouvrage, nous aurons à nous occuper de certains cris, involontaires aussi, il est vrai, mais plus ou moins composés et influencés en outre, soit par une sensation, soit par un souvenir. Nous remettons à ce même chapitre tout ce qui concerne les cris choréiques et passionnels. Le véritable cri automatique est un effet exclusif du mécanisme ; il est simple et indépendant de toute émotion et de toute influence phrénopathique. En voici les exemples principaux :

Le cri épileptique , sur lequel nous aurons à revenir lors de la description de la grande convulsion à laquelle il appartient, est considéré par plusieurs pathologistes comme l’effet de la brusque contraction spasmodique de la glotte qui a lieu au début de l’attaque. M. Beau le regarde, au contraire, comme un cri de surprise, une interjection d’alarme de l’organisme menacé; tandis que M. Herpin y voit, en

(i) Pour le cri de l’enfant, considéré au point de vue de la séméiologie, nous renvoyons à l’excellente étude qui en a été faite par Billard, Traité des maladies des enfants nouveau-nés et à la mamelle . 3e édit. Bruxelles, 1855, p. 51.

outre, l’expression de la douleur produite par la convulsion. Brown - Sequard l’explique par une action réflexe, déterminée par la perte de connaissance qui équivaut, selon lui, à la perte du cerveau (1).

Il y a à objecter que les malades ont connaissance de ce cri et qu’ils s'en souviennent. Le fait est affirmé par Schroeder van der Kolk et par Russel Reynolds ; nous pouvons le confirmer d’après nos propres observations. Le spasme de la glotte et la brusque contraction des muscles respiratoires nous semblent seuls être en jeu.

Le cri épileptique est tantôt expiratoire, tantôt inspiratoire; il est effrayant sous l’une et l’autre forme. Cheyne (2) raconte qu’un perroquet, en l’entendant, tomba de frayeur du haut de son perchoir.

Cri hystérique. — Les femmes hystériques jettent aussi un ou plusieurs cris très-aigus et saisissants, au moment des attaques. Chez quelques-unes ces cris durent même pendant tout le temps de l’attaque et prennent alors la forme de cris de fureur, de rugissements.

Cri hydrocéphalique. — Les enfants affectés d’hydrocéphale aiguë ou de méningite tuberculeuse poussent des cris aigus, douloureux, qui ont été considérés par M. Coindet comme des cris de douleur; ils nous paraissent plutôt automatiques.

Ceux qui se sont occupé de vivisections ont connaissance d’un cri automatique particulier que les lapins poussent quand on opère sur certains points de leur encéphale. Ce cri, signalé déjà par Magendie, ressemble un peu au grognement des porcs ; il est bref, saccadé et accompagné d’un tremblement particulier de la glotte. Schiff (5) a fait voir qu’il dépend de l’excitation d’un point circonscrit , situé en avant de la couche optique, entre cet organe et le corps strié. Le même physiologiste affirme que les lapins ne font entendre ce même cri à la suite d’aucune autre lésion.

Un cri perçant précède la chute dans l’empoisonnement foudroyant par l’acide prussique, la strychnine, la nicotine, le venin de vipère.

ARTICLE VI

DE LA MOGILALIE.

Nous comprenons sous le terme générique de mogilalie , / loytXctXtœ , difficulté de prononcer, les défauts simples de prononciation, soit qu’ils

(1) Researches on cpilepsy, p. 74.

(2) Cyclopœdia of Pract. Med. Article Epilcpsy.

(3) Physiologie , t. I. p. 540.

dépendent de mauvaise habitude, soit qu’ils aient leur source dans des vices de conformation ou des altérations morbides des organes.

Dans un traité spécial on aurait à décrire un grand nombre de ces défauts. Ici nous pourrons nous borner à signaler les plus communs d’entre eux. Ce sont : le grasseyement, la blésité, le zézayement et le bredouillement.

Le grasseyement , puTccKiç/xâç, consiste dans l’emploi de IV guttural à la place de IV lingual. Selon James Hunt, le grasseyement est normal à Marseille, à Paris, dans le Northumberland et en Danemark. Chez les personnes qui grasseyent on entend souvent w au lieu de r.

Dans la blésité , blœsitas, TpœuXiç/xoç, on substitue s à sch ou che , t à A, etc., en général une consonne douce à une consonne dure.

Dans le zézayement , on prononce imparfaitement les sons sifflants, parce qu’on laisse l’air s’échapper sur les côtés de la langue.

Le bredouillement , Yataxophémie de Bouillaud, dénote un défaut de flexibilité de la langue qui fait que les sons s’embrouillent; les syllabes se précipitent les unes sur les autres, surtout quand on veut parler vite.

Ce défaut n’existe, à l’état de santé, que dans le jeune âge. Chez l’adulte on l’observe à la suite de fièvres graves, dans l’ivresse, les intoxications métalliques et parmi les symptômes précurseurs de la paralysie générale. Il est aussi signalé comme accident des lésions superficielles : adhérences, érosions, etc., des lobes frontaux du cerveau. Les idiots et les imbéciles bredouillent habituellement; leur langue est tuméfiée et pendante, en d’autres termes, elle s’avance entre les dents, surtout quand ils essayent de parler.

Il existe cependant une sorte de bredouillement qui est loin d’avoir la même importance. Il peut être occasionné par l’inflammation ou l’hypertrophie des amygdales, ou simplement par ce qu’en musique on appelle le défaut d’oreille.

ARTICLE VIL

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