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DU BALBUTIE 31 EN T

Le balbutiement, balbuties , titubatio linguœ , dyslalia, xpsXXiçfioç, est le langage hésitant, interrompu, embrouillé. S’il arrive qu’on répète des syllabes et des mots, la répétition se fait avec calme, d’une voix grave, sans précipitation ni spasme. C’est plutôt un vice de langage que de prononciation; en faisant attention à cela, on ne sera pas exposé à confondre ce trouble avec le bégaiement.

Le balbutiement est de nature paralytique plutôt que spasmodique. Sa cause réside dans le cerveau. Il est congénial ou acquis.

Le balbutiement congénial dépend d’un défaut originel de structure de l’encéphale; il est ordinairement combiné avec l’idiotisme ou l’imbécillité mentale.

Le balbutiement acquis est un symptôme de congestion, d’hémorrhagie ou de ramollissement du cerveau. Il accompagne donc et précède souvent l’apoplexie et la glossoplégie. Dans les maladies fébriles il est un des signes de la participation du cerveau.

Les émotions et les passions, notamment la surprise, la frayeur, la colère, la honte, font balbutier.

ARTICLE IX

DE LA LALOPLÉGIE.

Les mouvements de la langue reçoivent leur impulsion de deux centres nerveux différents; aussi y a-t-il deux espèces de paralysie linguale :

1° La paralysie masticatoire, qui sera décrite plus loin sous le nom de glossoplégie ;

2° La paralysie phonétique, qui forme seule le sujet de cet article.

Quoiqu’elle soit fréquemment combinée avec l’aphonie, on ne conçoit guère comment certains auteurs classiques aient pu la confondre avec cet autre symptôme. La voix n’est pas la parole. Le malade aphone parle, sans voix il est vrai, mais il prononce de façon à se faire comprendre, tandis que le malade laloplégique ne parle plus, quoiqu’il puisse encore émettre des sons, crier même et chanter.

Une distinction plus difficile à faire est celle avec l’aphasie ou la suppression de l’acte cérébral de la parole. Ce n’est que depuis peu de temps qu’on admet qu’entre l’idée à exprimer et la parole sensible il existe une espèce de vocabulaire , et que ce vocabulaire, qui est situé dans un point déterminé du cerveau, peut se perdre comme on perdrait le dictionnaire d’une langue (1). La laloplégie est autre chose. Elle est due à la paralysie des nerfs qui président aux mouvements prononciation ou d’articulation des sons. Le malade conçoit l’idée, la mémoire lui fournit le mot pour l’exprimer, il a l 'intention des mouvements relatifs à la parole, il a le verbe, selon l’expression de M. Aubertin (2), il sait communiquer sa pensée par écrit et par des gestes expressifs; seulement il ne prononce pas, parce que l’instrument matériel, le mécanisme, lui fait défaut.

Nous avons donné la préférence au terme laloplégie , de A atéo, je parle, et^A^', coup, choc, parce qu’il nous a paru moins amphibologique que d’autres, quoiqu’il ait été lui-même employé dans le sens d’aphasie par Lichtenstein (3). Plusieurs pathologistes disent alalie ; mais ce mot, depuis l’abus que d’autres en ont fait, ne pourrait plus convenir que comme terme générique. Valleix s’est servi du tei me mutisme accidentel (4). Glossoplégie articulaloire prêterait moins à l’équivoque, mais il est à considérer que le trouble ne siège pas exclusivement dans la langue.

Description. — Le malade atteint de laloplégie continue d’exécuter tous les mouvements de mastication, de déglutition et d’insalivation; il

(t) Voyez notre Note sur un cas d'aphasie , dans le Bulletin de V Académie royale de tnédecine de Belgique, 1865, t. VIII, N° 8.

(2) Gazette hebdomadaire , 1863, t. X, N° 20.

(3) Deutsche Klinik. 1862, N° 7.

(4) Guide du Médecin praticien. Paris 1853, t. IV, p. 765.

peut porter la langue au dehors sans qu’elle dévie à droite ou à gauche comme dans la glossoplégic masticatoire où, en outre, sa position est altérée meme à l’état de repos. 11 est en état de l’appliquer successivement sur tous les points de la cavité buccale ; seulement, il ne peut s’en servir pour prononcer les mots, pour articuler les sons. Chaque fois qu’il fait un effort dans ce sens, la langue, ou reste immobile en place, ou est saisie d’un tremblement.

Presque toujours la laloplégie se complique de chéiloplégie, c’est-àdire que les lèvres prennent part à la paralysie; le malade, non-seulement est incapable de prononcer les labiales , mais en même temps il ne peut plus se servir de ses lèvres pour sucer, pour boire, pour baiser. C’est là un caractère qui, dans les cas douteux, aidera beaucoup à faire reconnaître la laloplégie. Nous répéterons, en outre, que le malade sait très-bien communiquer sa pensée par écrit, qu’il s’en rend parfaitement compte, et qu’il comprend les mots à la lecture, sauf le cas où la laloplégie serait compliquée d’aphasie.

D’ailleurs, la laloplégie est complète ou incomplète. Dans le second cas elle est bornée le plus souvent aux consonnes linguales ; le malade ne les prononce plus du tout ou leur substitue des gutturales ou labiales; il dit, par exemple, forfure pour torture, fic-fac pour tic-tac .

Pathogénie. — Le mécanisme de la parole est très-peu accessible à la physiologie expérimentale. Les questions relatives à la laloplégie ne peuvent, par conséquent, trouver leur solution au delà des domaines de la pathologie et de l’anatomie. On a émis jusqu’ici des hypothèses dont aucune ne nous semble avoir assez de consistance pour mériter d’être reproduite. Les éléments positifs de la question nous semblent être les suivants :

D’abord, pour ce qui regarde la langue, il est admis généralement que l’hypoglosse est son unique nerf moteur. Néanmoins, Ilirsehfeld a décrit un rameau lingual du nerf facial, et cette découverte mérite d’autant plus d’être vérifiée, que plusieurs pathologistes attribuent en effet au facial les mouvements de la parole, à l’exclusion du nerf hypoglosse (1).

Quoi qu’il en soit, on prendra en considération que la langue n’est pas seule en jeu, que le voile du palais, le pharynx, les joues et les

(d) Voyez Schulz dans la Wiener medicin. Wochenschrift. 1863, t. XIII, Nos 17, 18, 32, 45. — On sait que la corde du tympan sc rend aux glandes salivaires, et qu’elle donne en outre des fibres gustatives à la partie antérieure de la langue.

lèvres concourent avec elle et avec le larynx à l’articulation des sons. L’innervation suit donc des voies multiples comprises dans l’hypoglosse, le facial et le glossopharyngien. D’un autre côté, l’observation clinique nous démontre que la laloplègie dépend toujours de causes centrales, quelles soient directes ou réflexes.

Depuis les travaux de Retzius (1) et de Schrœder van der Kolk, on est porté à placer dans les corps olivaires du bulbe rachidien le centre des mouvements relatifs à la parole prononcée et à l’expression mimique de la face. D’autres, parmi lesquels M. Aubertin, accordent de l’influence, en dehors des olives, à la protubérance annulaire et aux corps mammillaires. En tout cas, s’il existe un centre principal, il n’est pas centre unique. Des lésions aux olives ont été constatées , il est vrai, sur des sujets souffrant de laloplègie, mais elles manquaient dans d’autres cas, bien caractérisés cependant; nous sommes à même d’affirmer le fait d’après nos propres observations.

Ce qu’il y a de probable, c’est que l’organe du langage forme dans l’encéphale, non pas un noyau, mais un système dont les éléments sont répandus partout, pour être en rapport avec les différents foyers intellectuels et affectifs. En tout cas, si les olives sont le centre d'émission des mouvements, elles doivent être raccordées, à l’aide de communications intra-cérébrales , avec le centre d'impulsion qui, ainsi qu’on le sait à présent presqu’avec certitude, se trouve dans le lobe frontal de l’hémisphère cérébral gauche.

1° Laloplègie bulbaire.

Nous comprenons dans cette espèce les cas où la perte de la parole articulée provient d’une lésion matérielle du bulbe rachidien. La lésion consiste en une dégénérescence granuleuse, un ramollissement, une hémorrhagie ou un exsudât plastique, affectant, soit les olives , soit le plancher du quatrième ventricule (2), soit enfin les noyaux gris qu’on attribue aux nerfs facial, hypoglosse et glosso-pharyngien.

La laloplègie intéresse particulièrement le médecin quand elle s’établit isolément et insensiblement, c’est-à-dire sans être accompagnée, au début, de lésions ni de symptômes dans d’autres parties du système nerveux. Dans ce cas le mal est presque toujours progressif ; ses pre-

(1) Müllcr’s Archiv f. Physiologie. 1836, p. 362.

(2) On en trouve un exemple bien observé, entre autres , chez Romberg, Lelirbuch der Ncrven-Krankheiteny t. 1, p, 696.

micrs effets se manifestent à la langue. On remarque que la prononciation de certains mots devient difficile, que le malade s’arrête sur certaines syllabes ou consonnes, tandis que la parole lui est encore facile dans les moments d’animation. De la langue le trouble s’étend successivement aux lèvres, au voile du palais et au larynx, jusqu’à ce qu'à la fin les sens spéciaux, les organes locomoteurs et l’intelligence y prennent part (1). La laloplégie est ainsi très-souvent le symptôme initial, et parfois le premier signe de la paralysie générale progressive .

Quand le symptôme est sous l’influence de lésions graves de l’encéphale : commotions, compressions ou hémorrhagies^ ou quand il survient par l’extension d'un ramollissement du cerveau, son importance s’efface devant l’ensemble des autres troubles. Nous devons avertir seulement que , malgré la paralysie de la langue qui ne manque pour ainsi dire jamais, le mutisme des apoplectiques ne doit que rarement être qualifié de laloplégie; il est de l’aphasie ou du mutisme véritable, car ces malades réussissent à émettre les sons et à articuler les mots, quoiqu’en bredouillant, dès que la stupeur se dissipe.

2° Laloplégie sympathique .

Il s’agit, ici encore, des influences sympathiques exercées par les organes sexuels de la femme et par la muqueuse digestive.

Les auteurs, en parlant du mutisme ou de l’alalie hystérique , n’ont pas suffisamment distingué entre la perte de la voix et celle de la parole; puis ils n’ont pas discerné ce qui, dans les faits observés, appartenait aux maladies utéro-ovariques et à l’hystérie proprement dite. Nous avons eu l’occasion d’établir avec évidence les rapports que les premiers peuvent avoir avec la laloplégie bien définie.

Une dame mariée, ayant eu plusieurs enfants et vivant dans les conditions morales et matérielles les plus heureuses, avait été envoyée à Spa pour combattre des attaques hystériques, épileptiformes et choréiques étranges. En dehors de ces attaques, elle était prise de laloplégie complète à certaine heure de la journée (2); elle ne prononçait plus une syllabe. Eli même temps, c’est-à-dire pendant la durée du mutisme,

(1) Voyez l’analyse raisonnée d’un cas, publiée par Adolphe Wachsmuth, Ucber progressive Bulbacr-Paralysic, etc. Dorpat, 1804.

(2) Suivant Vallcix (toc. cit., p. 7GG), Richter, à Wiesbaden, a également observé un cas où le mutisme se montrait tous les jours, à la meme heure, avec la régularité de la fièvre intermittente.

elle ne pouvait plus boire avec les lèvres ni embrasser scs enfants. Le liquide quelle aspirait à travers un tube était avalé facilement; les lèvres et la langue exécutaient tous les mouvements autres que ceux de l’articulation des sons; l’intelligence restait parfaite ; la malade passait son temps à lire et répondait aux questions par des phrases écrites sans hésitation sur une ardoise ou sur du papier. La laloplégie, survenue ordinairement à une heure du soir, persistait chaque fois jusqu’au lendemain matin, et cessait alors tout à coup et complètement. Une émotion cependant pouvait la faire revenir aux heures de la matinée, et dans ce cas elle persistait également jusqu a la matinée suivante.

Un jour, en procédant pendant l’accès à l’exploration de la matrice, nous fûmes surpris d’entendre revenir tout à coup la parole; la cause en était d’avoir soulevé l’utérus avec le doigt explorateur ou d’avoir exercé une pression sur le col. Depuis ce moment l’expérience fut répétée un très-grand nombre de fois par le mari de la dame, par M. le docteur Lezaack et par nous-mêmes ; jamais l’effet ne manqua de se produire; chaque fois que nous refoulions la matrice avec le doigt introduit dans le vagin, la parole revenait en même temps que la faculté de boire et d’embrasser, et souvent elle persistait ensuite pendant le reste de la journée. La malade présenta plus tard les signes d’une dégénérescence cancéreuse du col de la matrice.

Schrœter et plusieurs autres médecins ont signalé des cas de laloplégie occasionnés par la présence de vers dans le tube digestif , et H. Tvveedy (1) a observé une perte subite de la parole comme conséquence de la distension de l’estomac et des intestins par des gaz ; elle cessa à la suite d’éructations abondantes.

5° Laloplégie toxique .

La parole se perd dans l’ivresse profonde et dans l’intoxication par certains narcotiques, alors même que le patient n’est pas encore tombé dans l’assoupissement. On cite spécialement la belladone, la stramoine, la nicotine, la ciguë, l’aconit, la vératrine, la jusquiame et les champignons vénéneux.

Tanquerel des Planches signale la laloplégie parmi les accidents de l’intoxication saturnine (2).

Le mutisme qui, en 1693, se déclara subitement parmi les militaires

(1) Gazette hebdomadaire, 1856.

(2) Traité des maladies de plomb, t. II, p. 62.

de la garnison de Trêves, dans les circonstances les plus varie'cs (I), était évidemment de nature toxique, à moins d’admettre comme cause, avec l’auteur de la relation, des effluves terrestres qu’ils auraient absorbés en travaillant à la tranchée.

4° Laloplégie nerveuse .

On perd momentanément la parole sous l’influence d’une émotion très-vive, plus particulièrement sous celles de la colère, de la frayeur et de l’étonnement. La prédisposition de l’individu aidant, l’accident peut meme devenir plus ou moins durable.

Les grands accès de douleur et les convulsions auxquelles participe le système bulbo-rachidien peuvent également être suivies de laloplégie; nous citerons les attaqués choréiques, hystériques, épileptiques et éclamptiques.

Chez les femmes hystériques on doit distinguer cette laloplégie nerveuse de la laloplégie sympathique qui est communément confondue avec elle sous une même dénomination. On doit aussi se rappeler que les attaques d’hystérie produisent plus souvent l’aphonie que la laloplégie. Chez les épileptiques la perte de la parole indique souvent l’imminence d’une nouvelle attaque. Dans les fièvres elle est un accident précurseur des convulsions et du délire.

Chez les personnes à diathèse nerveuse prononcée on observe parfois un mutisme se déclarant sans cause occasionnelle connue, persistant pendant des jours et des mois, et disparaissant ensuite tout à coup pour reparaître de nouveau dans des circonstances également inexplicables. C’est là un champ où les influences psychiques et miraculeuses jouent surtout un grand rôle.

(1) « Hune in staiionc super muroSjCt vallct cxcubias agent cm, ilium somno super asscrcs sepultum, multos ad panctcs et muros mingentes, etc., » dit Eggcrdes in Ephcmerid. pliysico-mcd . naturœ curios. Dec. IIÏ, Ann. IV, p. IG.

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