DES PALPITATIONS
À l’état de santé on ne s’aperçoit guère des battements du cœur même. On parle de palpitations quand, au contraire, on les sent. Ceci arrive, soit parce que les battements sont absolument trop forts, soit parce qu’ils affectent exceptionnellement la sensibilité.
En effet, si, chez certains malades, la poitrine est soulevée violemment sous l’impulsion du cœur et de façon à faire entendre à distance le bruit qui en résulte, on constate chez d’autres, qui cependant se plaignent et s’inquiètent du symptôme, un affaiblissement plutôt qu’un renforcement des mouvements, quand on applique la main à la région précordiale. Nous ne cherchons donc pas le caractère général du symptôme ni dans une exagération de l’acte cardiaque, avec plusieurs pathologistes modernes, ni surtout dans une affection spasmodique ou ataxique, mais dans une excitabilité morbide de l’organe central de la circulation. Dans notre manière de voir, le sentiment de fatigue, de malaise ou d’impatience que le malade éprouve autour du cœur, est un élément plus essentiel que la forme tumultueuse des battements. Quand M. Bouillaud a appelle' les palpitations la chorée du cœur, il a fait une comparaison plus ingénieuse que juste.
Description. — Les palpitations, la plupart du temps, se déclarent sous la forme d’accès ou de paroxysmes, dont la durée varie depuis quelques minutes jusqu'à une heure et plus. Tantôt elles surviennent sans cause appréciable, tantôt elles sont provoquées par une émotion, un effort, une fatigue, un repas, ou par une cause d’accélération quelconque du pouls. L’invasion de l’accès est subite, ou précédée de congestions, d’anxiété précordiale et d’obnubilation des sens. De la même manière, il cesse brusquement ou graduellement. Les intervalles, parfois très-courts, peuvent aussi durer pendant des semaines et des mois.
Nous avons dit, en commençant, que l’énergie des contractions cardiaques, loin d’être toujours augmentée, est, au contraire, souvent affaiblie. Nous croyons utile, au point de vue pratique surtout, de distinguer les deux formes suivantes :
Première forme : Palpitations hyperkinêtiques. Elles sont propres à la pléthore et au caractère sthénique des maladies. Le cœur bat réellement avec violence ; en appliquant la main à la région précordiale, an
sent comme des coups de marteau, et souvent on entend le choc à distance. Les mouvements sont réguliers, rythmiques, accélérés; le pouls radial est plein et dur; la face est rouge.
Deuxième forme : Palpitations hyperesthésiques. Elles appartiennent à l’éréthisme, à ce qu’on appelle la faiblesse irritable, et au caractère asthénique des maladies. Les conl raclions du cœur manquent d’énergie; les battements sont perceptibles au malade seulement, surtout quand il est couché sur le côté gauche ; ils sont précipités, brefs, sautillants ou capricants, inégaux, irréguliers; le pouls radial est petit, intermittent; la face est pâle. Au stéthoscope, on entend des bruits abnormes dépendant d’états variables de tension anomale des valvules du cœur et des parois artérielles.
Un sentiment de serrement précordial ou épigastrique accompagne l’une et l’autre forme de palpitations. Siégeant dans les nerfs musculaires sensibles du cœur, ce sentiment peut s’élever jusqua l’anxiété précordiale et rappeler plus ou moins celle de l’angine de poitrine; c’est le cas surtout quand l’irrégularité des battements est grande, et quand elle s’accompagne d’intermittences.
Les palpitations hyperkinétiques s’accompagnent, en outre, de dyspnée, de céphalalgie, de vertige, de tintement des oreilles, de tremblement des membres et de la tète, de pulsations tumultueuses des carotides. La dyspnée est encore plus forte dans les palpitations hyperesthésiques; mais au lieu des signes de congestion vers la tête, on observe ici, du moins quand l’accès dure un certain temps, que la face s’altère, que les extrémités se refroidissent et se couvrent de sueur abondante ; enfin, il y a tendance à la syncope.
Effets et conséquences. — Abstraction faite des maladies qui provoquent le symptôme, les palpitations apportent par elles-mêmes, quand elles durent un certain temps ou quand elles se répètent souvent, des troubles profonds dans la circulation. Elles donnent lieu à des hémorrhagies pulmonaires, nasales et même cérébrales. A la longue, elles peuvent déterminer l’hypertrophie et la dilatation du cœur et, certaines circonstances aidant, la formation de caillots dans le cœur et dans l’aorte. Quand ce dernier accident se présente, elles deviennent excessives et amènent promptement la mort.
4° Palpitations organopathiques .
Les praticiens ont grand intérêt à distinguer les palpitations qu’ils appellent organiques ou symptomatiques , de celles qui ne se rapportent
à aucune lésion matérielle du cœur et qu’ils appellent dynamiques ou nerveuses. Outre les signes physiques fournis par la palpation, la percussion et l'auscultation, ils font attention aux caractères suivants :
Les palpitations organises sont provoquées et augmentées par l’exercice du corps, par l’ingestion de boissons et de médicaments excitants, en un mot, par tout ce qui active la circulation; tandis que les palpitations dynamiques se déclarent de préférence quand le corps est en repos, par exemple, au moment de s’endormir, puis sous l’influence des émotions et des causes morales déprimantes, et disparaissent souvent par l’exercice modéré en plein air et sous l’action d’un régime tonique et même d’un régime excitant. En outre, il reste de la gêne et des souffrances variables dans l’intervalle des palpitations organiques, tandis que les accès de palpitations nerveuses sont nettement dessinés et leurs intervalles libres.
La péricardite s’accompagne rarement de palpitations. Cependant on doit soupçonner son existence chaque fois que ce symptôme est uni à des douleurs précordiales et à de la dyspnée. Dans ['endocardite, au contraire, les palpitations sont fréquentes; elles semblent dépendre moins de l’irritation, que de l’infiltration ou macération de la substance musculaire, ainsi que de l’hyperesthésie des nerfs du cœur.
Pour ce qui concerne les lésions chroniques, les palpitations appartiennent beaucoup plus à la dilatation qu’à X hypertrophie du cœur. On s’étonne souvent dans cette dernière maladie, où le thorax est cependant ébranlé parfois comme par des coups de marteau énergiques, que le malade en soit incommodé si peu et qu’il faille une exploration en règle pour découvrir la lésion. C’est que le symptôme, ainsi que nous l’avons dit plus haut, dépend d’un trouble de la sensibilité plutôt que d’une altération des mouvements. Dans la dilatation, le malade sent davantage la fatigue, il est plus affecté des efforts que le cœur doit faire pour suffire à la circulation du sang. C’est avec raison que Niemeyer a comparé cet état à celui qu’on constate dans la chlorose.
La même cause fait que les palpitations sont un des symptômes les plus pénibles de V atrophie du cœur, quand elle dépend d’un trouble local de la nutrition, tandis qu’elles manquent absolument quand la diminution du cœur correspond à un état de marasme général.
Dans les lésions valmdaires , les palpitations n’ont rien de constant. Elles peuvent manquer dans les cas les plus graves, et être violentes dans des cas légers.
2° Palpitations anrjincuses.
Nous n’avons pas trouvé de meilleur adjectif pour désigner les cas où les palpitations proviennent de ce que le cœur est, pour ainsi dire, à l'étroit (angere, serrer, suffoquer) dans la poitrine.
On a remarqué que l’abus du corset, la conformation rachitique et irrégulière du thorax, l’obésité, c’est-à-dire l’accumulation de la graisse autour du cœur, que les tumeurs médiastines, les épanchements pleurétiques gauches et les déplacements du cœur en général, prédisposent aux palpitations.
Nous ne savons pas si les palpitations qui accompagnent la tuberculose pulmonaire dans sa première période, doivent être expliquées par l’angustie du thorax, par l’état congestif des poumons ou par l’état contraire, savoir l’atrophie du parenchyme et l’oblitération des capillaires pulmonaires.
Un autre genre, également très-intéressant au point de vue pratique, nous semble avec plus de probabilité devoir prendre place ici. Ce sont les palpitations que Corrigan avait attribuées à la croissance rapide, et que Stokes a décrites sous le nom de palpitations des jeunes ejens. On les observe en effet fréquemment chez les adolescents de 16 à 20 ans, à conformation grêle et dont la croissance a été trop rapide, eu égard à leurs forces générales. Il importe d’autant plus d’en reconnaître la nature quelles entretiennent la crainte d’une maladie organique du cœur ou d’une tuberculose pulmonaire commençante, et que la responsabilité du médecin est fortement engagée, dans de semblables cas, visà-vis des familles. L’exploration méthodique du cœur, des poumons et du foie, l’inspection du thorax et des membres, ainsi que la connaissance des antécédents de l’individu et de la famille assureront le diagnostic. L’impulsion du cœur est trop forte, même dans les intervalles, mais la pointe du cœur occupe sa place normale. Les bruits valvulaires sont nets, éclatants, à timbre aigu ; il n’y a pas de bruit de souffle. 11 y a ordinairement de la disproportion entre la force du cœur et celle du pouls radial. Le mal n’exige que des soins hygiéniques et des précautions simples, à l’aide desquelles il guérit sûrement à l’époque du complet achèvement de la croissance. S’il nous est permis de nous en rapporter à nos propres observations, nous expliquerons ce genre de palpitations par le concours de trois causes, à savoir: un retard apporté à l’ampliation normale du thorax, une certaine disproportion entre la
capacité du cœur et celle des grosses artères, et l éréthisme nerveux propre à lage dont il s’agit.
3° Palpitations congestives.
Rien n’est fréquent comme les palpitations dans l’engorgement sanguin et dans la congestion des viscères thoraciques et abdominaux, créant un obstacle à la circulation périphérique. Le cœur semble par moments réagir contre la gêne qui l’oppresse.
Ce sont là les palpitations auxquelles les soustractions sanguines, ainsi que le régime délayant et rafraîchissant, apportent surtout du soulagement, et que, pour cela, les praticiens appellent les palpitations pléthoriques. Nous signalerons spécialement les congestions pulmonaires et la pléthore abdominale qui se relie aux engorgements du foie, de la rate, des reins et du gros intestin.
Les congestions pulmonaires et certaines pneumonies créent des obstacles à la petite circulation qui, par conséquent, cesse d’être en équilibre avec la grande. La pression du sang pulmonaire non équilibré fait ainsi culbuter le cœur à la moindre occasion.
La pléthore abdominale agit dans le sens inverse. La pression devient excessive du côté du système aortique, en même temps que les veines se dilatent outre mesure; elle occasionne ce que les praticiens ont appelé les palpitations hémorrhoïdaires. Ces palpitations cessent chaque fois qu’il s’établit un flux hémorrhoïdaire.
4° Palpitations exophthalmiques .
Tout en ignorant la vraie cause de l’affection bizarre qui, sous les dénominations de goitre exophthalmique et de maladie de Basedow , a occupé l’attention des principaux cliniciens modernes, entre autres de Graves, Marsh, Stokes, Begbie, Trousseau, Lancereaux, Oppolzer, Traube, Recklinghausen, Paul (1), nous affirmons qu’elle doit être considérée comme un symptôme complexe, et non pas comme une maladie spéciale.
Elle est constituée par le concours de trois accidents : 1° les palpitations; 2° la tuméfaction du corps thyroïde; 3° la proéminence des globes oculaires.
Les palpitations sont le symptôme principal et initial. Elles ébranlent
W Le mémoire de ce dernier a été traduit par M. Vander Donckt dans la Presse médicale belge , 1865, N° 52.
d’une manière visible la paroi thoracique et s'étendent aux carotides, aux sous-clavières et à l’aorte abdominale, mais s’arrêtent aux artères du troisième et quatrième ordre, de sorte que la tranquillité et la petitesse du pouls radial forment un contraste frappant avec les battements énergiques et tumultueux des carotides, surtout dans le voisinage de la glande thyroïde. Plus ou moins permanents, en tant qif accroissement de l’activité du cœur et des grosses artères, ces accidents ne deviennent gênants, comme palpitations, que de temps à autre, sous l’influence de causes passagères internes ou externes. A l’auscultation, on trouve les tons cardiaques normaux ou accompagnés d’un souffle systolique étendu. La percussion ne fait constater une dilatation modérée du cœur que dans les périodes avancées de l’affection.
Il a été impossible jusqu’à présent de définir le rapport de causalité qui intervient entre ces palpitations d’une part, et la tuméfaction du corps thyroïde et l’exophthalmie d’autre part. L’affection est notablement plus commune chez la femme que chez l’homme, et plusieurs auteurs, Bamberger entre autres (1), la rangent parmi les accidents anémiques et chlorotiques, ce qu’il nous serait cependant difficile d’admettre d’après nos propres observations. D'autres, Leran, Friedreich, Graefe, Remak, Peter, ont pensé à une lésion de la portion cervicale du nerf grand sympathique, en rapprochant le symptôme de ceux qu’on provoque en coupant sur un animal ce même nerf et le pneumogastrique. Tout ici reste encore à découvrir.
5° Palpitations sympathiques.
Budge (2) a réveillé les mouvements du cœur, chez de jeunes chiens, en électrisant la région du plexus solaire, et Bezold (3) a établi, dans une série d’expériences instituées exprès, qu’une excitation quelconque de la portion thoracique ou abdominale du grand sympathique peut accélérer considérablement les mouvements du cœur et augmenter la pression artérielle.
Chez l’homme, les palpitations gastriques et dyspeptiques sont d'une grande importance au point de vue du diagnostic et du traitement. Un grand nombre de malades soumis inutilement, pendant un temps plus
(1) Lehrbuch der Krankheitcn des Ilcrzcns. Wicn, 1857, p. 556.
(2) Lehrbuch der spcciellen Physiologie des Mcnschcn ; 8e édition. Leipzig, 1861, p. 531.
(5) Untcrsuchungen über die Innervation des Hcr zens. Leipzig, 1865, p. 135.
ou moins long, au régime de privations et à l’usage de la digitale, guérissent d’une soi-disant maladie du cœur lorsqu’à la fin l’on cherche les indications du traitement dans la dyspepsie ou gastralgie.
Suivant Chomel (1), les palpitations constituent parfois l’unique symptôme de la dyspepsie. Elles se reproduisent après chaque repas, et durent le temps que dure la digestion elle-même; leur intensité est proportionnée à la quantité et la qualité des aliments qui ont été pris. Les malades sont tristes et vivement préoccupés du symptôme ; ils se persuadent généralement d’être atteints d'un anévrysme du cœur.
Dans la pneumatose gastrique ou dyspepsie flatulente, la gêne est particulièrement grande; le malade sent souvent les battements du cœur dans des endroits insolites : à l’épigastre ou aux régions supérieures du thorax. Cette sorte de palpitations trouverait peut-être mieux sa place parmi les palpitations angineuses, carie déplacement et la gêne que le gonflement de l’estomac fait éprouver au cœur semblent en être la cause principale, témoin le soulagement instantané que procurent les éructations. Il est à remarquer néanmoins qu’en dehors de l’action mécanique, il revient une part d’influence au nerf pneumogastrique, ainsi qu’à l’appauvrissement du sang qui résulte de la dyspepsie. La part du pneumogastrique, c’est-à-dire la nature sympathique des palpitations dyspeptiques, est démontrée d’ailleurs par celles qui existent en l’absence de toute tuméfaction pneumatosique, dans les indigestions accidentelles ainsi que dans le gastricisme ordinaire, et dont un vomitif fait promptement justice.
La présence de vers, surtout d’un ténia, dans ï intestin, peut donner lieu à des paroxysmes de palpitations ressemblant à celles de la dyspepsie.
Stokes (2) parle de palpitations se rattachant à des maladies du foie. Au dire de ce clinicien éminent, longtemps avant que ces maladies ne troublent mécaniquement le cœur, elles y excitent un trouble dynamique. Le fait est que, dans divers troubles cardiaques mal déterminés, on a fréquemment à se louer de l’emploi de remèdes évacuants antihépatiques; mais la question reste, selon nous, de savoir si dans l’état du foie dont il s’agit il ne faut pas considérer l’engorgement sanguin plutôt que l’excitation sympathique de ses nerfs.
Remak (3) a eu l’occasion, plusieurs fois, d’observer des palpitations
(1) Des dyspepsies. Paris, 1857, p. 77.
(2) Krankheiten des Herzens ; traduit par Lindwurm. Würzburg, 1855, p. 403.
(3) Berliner Min. Wochenschrift, 1865, t. II, N° 25.
vives à la suite d’une violence exercée sur les dernières dents molaires de la mâchoire inférieure. Il pense que l’influence se transmet par l’intermédiaire du ganglion cervical supérieur, et s’appuie sur ce fait pour plaider en faveur de la réhabilitation des maladies de dentition en général, dans le sens de l'ancienne médecine.
En dernier lieu nous avons à citer les organes sexuels. S’il est vrai que les palpitations des onanistes dépendent d’un éréthisme nerveux général plutôt que d’une réaction sympathique d’organe à organe, celte dernière cause doit être invoquée indubitablement quand il s’agit d’expliquer les palpitations qui se rattachent aux troubles de la menstruation, à l’aménorrhée et à la dysménorrhée, alors même qu’elles ne se compliquent pas de chlorose, ainsi qu’aux maladies de l’utérus et à la période climatérique des femmes. On sait d’ailleurs que l’amour et l'exaltation sexuelle font violemment battre le cœur dans les deux sexes.
On attribue communément les palpitations des femmes enceintes à la compression des grosses veines abdominales par l’utérus. Celles des femmes au retour de l'âge prennent une forme particulière. Ce sont des accès de mouvements précipités du cœur accompagnés d’un sentiment de plénitude dans la poitrine et au cou, d’anxiété vive et de découragement. Les accès sont provoqués aisément plus par des émotions que par des efforts corporels; ils persistent pendant un an ou plus. Dans les intervalles, l’action du cœur et des artères est parfaitement normale.
G0 Palpitations phrénopathiques.
Les émotions et les passions font palpiter le cœur : la colère surtout, la frayeur, la crainte, la joie, l’espoir, l’attente, la surprise, l’amour. Le trouble est naturellement plus prononcé chez les personnes à tempérament nerveux; à force d’être répété, il finit par devenir morbide. Telles sont les palpitations de ceux qui se consument soit dans un chagrin d’amour, soit dans le mal du pays.
L’hypochondrie, à son tour, est une source féconde de palpitations. Il suffît de fixer l’attention sur les mouvements du cœur, pour les sentir et pour qu’à la longue cette sensation devienne pénible et inquiétante. Que l’imagination s’en mêle ensuite, et l’hypochondriaque devient nosomane; il est poursuivi par une crainte invincible d’être affecté d’un anévrysme ou d’une autre maladie du cœur menaçant de mort subite. Cette forme d'hypochondrie et de nosomanie s’observe particulière-
ment chez les élèves en médecine dans les moments où ils étudient les maladies du cœur. On raconte meme que Pierre Frank s’était persuadé qu’il souffrait d’un anévrysme à l’époque où il travaillait le chapitre des maladies du cœur pour le traité qui a rendu son nom célèbre.
7° Palpitations anémiques.
Les diverses espèces d’anémie et d’hydroémie donnent lieu aux palpitations : l’anémie véritable qui succède aux grandes pertes de sang, l’hydroémie des femmes mal réglées, ainsi que l’anémie paludéenne, alcoolique, plombique, syphilitique, cachectique, etc. Elles sont un des signes les plus constants de la chlorose. Après les hémorrhagies et dans le scorbut, elles deviennent facilement excessives et conduisent à la syncope.
On dirait qu’alors le sang n’a plus assez de qualités stimulantes pour entretenir le tonus des muscles du cœur, ou que son volume n’offre plus assez de résistance à leur contraction. L’état d’éréthisme où se trouvent les nerfs moteurs et sensibles, l’absence de contrepoids, selon le langage des praticiens, jouent en outre un grand rôle dans ces circonstances. Bamberger considère les palpitations anémiques comme cérébrales , c’est-à-dire qu’il cherche à les expliquer par l’excitation anémique du cerveau.
8° Palpitations toxiques.
Nous avons à signaler ici les boissons excitantes : les alcooliques, le thé, le café, etc., et les substances narcotiques.
L’abus du thé a été dénoncé par Edw. Percival (4) et par Stokes (2). L’influence du tabac sur les nerfs du cœur est démontrée par une supercherie à laquelle ont parfois recours des collégiens, des miliciens et des soldats mécontents; ils se donnent à volonté des palpitations violentes et irrégulières en avalant une chique ou du jus de tabac. On dit que l’hellébore, la jusquiame et la ciguë produisent le même effet. Stokes a observé des palpitations à la suite de l'administration de doses excessives de sulfate de chinine.
L’abus du tabac à fumer provoque des palpitations violentes chez les jeunes gens seulement; cet effet se produit rarement, selon Stokes, chez les paysans et les personnes ayant dépassé l’âge de 25 ans.
(1) Dublin Hospital Reports. Vol. I, 1817.
(2) Die Krankheiten des Ilerzens , etc., trad. allem. de Lindwurm. Wiirzburg, 1855, p. 425.
Du reste, il y a (les idiosyncrasies. J. Frank raconte l’histoire de personnes qui étaient prises de palpitations chaque fois qu’elles avaient mangé, les unes des fraises, les autres des pommes, celles-là des lentilles, etc.
9° Palpitations dyscrasiques.
On connaît laflinité que le rhumatisme et la goutte ont avec le cœur. S’il est vrai que, sous l’influence de ces dyscrasies, il se développe finalement des lésions organiques, la péricardite, l’endocardite, l’hypertrophie et des indurations valvulaires, il n’en est pas moins constant que souvent des palpitations pénibles existent déjà à une époque où l’exploration la plus attentive ne fait rien découvrir de matériellement fâcheux. S’il y a lésion alors, elle se trouve à l’état naissant et est encore susceptible de guérison.
Les palpitations rhumatismales , bien décrites par M. Bouillaud (1), ont peu d’importance quand elles ne s’accompagnent pas de fièvre. Dans le cas contraire, elles sont l’expression, suivant lui, meme en l’absence des signes physiques, d’une cardite actuelle ou imminente.
« Les palpitations rhumatismales, poursuit-il, coexistent assez souvent avec une douleur dans la région précordiale, s’irradiant ou non vers le membre supérieur gauche. Elles coïncident parfois avec des intermittences du pouls, et causent habituellement une inquiétude aux sujets qui en sont tourmentés bien que, sous tous les autres rapports, ils offrent pour la plupart, les signes de la plus florissante santé. » M. Bouillaud pense que le rhumatisme affecte directement les nerfs du cœur en les irritant; il ajoute expressément, « qu’il ne faut pas confondre ces palpitations avec celles qui ont lieu dans la péricardite ou l’endocardite rhumatismales, pas plus qu’il ne faut prendre une simple pleurodynie pour une pleurésie. »
Les palpitations goutteuses ou arthritiques sont du même genre. Celles des premières attaques sont purement dynamiques et étrangères à toute altération organique. Chez les hommes jeunes, on observe, selon Stokes, une forme bénigne de palpitations comme précurseurs d’attaques de goutte. L’accès se présente de préférence la nuit. Le malade éprouve une sensation comme si le cœur se retournait dans sa poitrine. Peu de douleur; les battements ne sont pas très-forts; quelquefois l’accès est précédé d’une douleur sourde ou d’un sentiment de
(4) Traité clinique des maladies du cœur. Paris, 185G, p. 534.
blessure. Le lendemain matin, au sortir du lit, le malade découvre que son pied est gonflé ; les palpitations eessenl.
Les cas rapidement mortels qu’on désigne sous le nom de goutte remontée , sont à proprement parier, des accidents de maladies organiques préexistantes du cœur; néanmoins c’est le trouble fonctionnel qui tue, et ce trouble est amené par une sorte de métastase.
Au dire de Canstatt, la dyscrasie psorique pourrait également déterminer les palpitations.
10° Palpitations érèthiques.
Toutes les causes de l’éréthisme vasculaire provoquent des palpitations.Nous citerons spécialement l’élévation de la température ambiante et de la chaleur propre du corps, la tension électrique de l’atmosphère, telle quelle a lieu par exemple à l’approche d’un orage, l’exercice musculaire, les boissons excitantes, la suroxydation et la fermentation du sang, la fièvre. Ce genre de palpitations portent communément le nom de palpitations nerveuses.
L’éréthisme vasculaire est particulièrement développé à lage compris entre 18 et 22 ans, puis chez les individus livrés au vice de la masturbation ou en général aux excès vénériens, chez les artistes et les savants, les convalescents, les sujets imprégnés de mercure et chez ceux qui se privent habituellement de sommeil. Il est plus commun chez la femme que chez l’homme, et plus dans les classes supérieures de la société que chez les gens du peuple. Enfin, il est propre à cet état d’hyperémie de la moelle épinière que les pathologistes anglais ont appelé irritation spinale. Dans toutes ces circonstances, une cause stimulante quelconque, externe ou interne, quelque insignifiante qu’elle puisse paraître, fait galoper le cœur.
Chez les hémorrhoïdaires, on rencontre fréquemment des palpitations dont Bamberger (1) cherche la cause dans l’état congestif où se trouvent, chez eux, la moelle épinière et ses enveloppes.
11° Palpitations névrosiques.
Ici, nous aurons à signaler la chorée, l’épilepsie et l’hystérie.
Les palpitations hystériques sont parfois violentes à l’excès, au point de communiquer des secousses à tout le corps et au lit sur lequel la malade est étendue. Les bruits du cœur se font entendre à distance, et quelquefois le tumulte se propage à l’aorte et aux carotides. Toutefois,
(2) Lehrbuch der Krankheiten des lier zens. Wien, 1857, p. 355.
les accès ne durent pas longtemps, à moins que l'hystérie ne soit combinée avec la chlorose ou l’anémie. Ils alternent avec des névralgies ou divers autres accidents nerveux.
Stokes distingue deux formes de palpitations hystériques. Dans l’une, les mouvements du cœur sont simplement désordonnés, sans qu'il y ait augmentation sensible de leur énergie ; dans l’autre, au contraire, la force du cœur est augmentée à un degré qu’on ne retrouve dans aucnne maladie organique ou inllummatoire.
ARTICLE VI