‹ Symptomatologie, ou, Traité des accidents morbidesChapitre 96 sur 149 · DE L’ATACTOC AR DIE · texte numérisé non relu

DE L’ATACTOC AR DIE

On confond souvent avec les palpitations le mouvement désordonné du cœur dont nous comprenons les différents degrés dans le mot ütactocardie , de xtccktoç , désordonné, irrégulier, et xapKct, cœur.

A son premier degré, l’accident ne consiste que dans la suppression, plus ou moins régulièrement réitérée, de quelques contractions systoliques; il donne lieu à ce qu’on appelle Y intermittence du pouls.

A un degré supérieur, il trouble la mesure des contractions et se révèle par Yinègalitè du pouls.

A un degré encore plus élevé, il y a absence du rhythme, c’est-à-dire que la durée des diastoles ou intervalles devient inégale; il en résulte Y irrégularité du pouls.

Enfin, à son plus haut degré, l’atactocardie est le désordre même; les contractions du cœur manquent à la fois de constance, de mesure et de rythme, et souvent elles sont incomplètes et par conséquent sans effet utile; le cœur s’épuise en efforts stériles : — flallernde Herzbewegung , disent les Allemands.

L’expérience démontre que la simple intermittence du pouls n’a pas de signification déterminée. Elle peut exister dans le calme parfait de l’action du cœur, pendant toute la vie, ou jusqu’à un âge avancé, sans dommage. Dans l’enfance et à l’âge de la puberté, elle survient sous l’influence de la plus légère indisposition. Plus tard elle se rattache le plus communément à des troubles digestifs, à la pneumatose gastrointestinale, à l’helminthiase et au tempérament nerveux. Nous serions disposé à en chercher la cause dans les muscles papillaires ou, si l’on aime mieux, dans un trouble momentané apporté dans le jeu des valvules.

V inégalité et Y irrégularité du pouls sont le plus souvent combinées

l’une avec l’autre, surtout dans les maladies du cœur et dans l’agonie.

Dans l’atactocardie supérieure , les contractions cardiaques se succèdent si rapidement que les ventricules ne peuvent ni se vider, ni se remplir entièrement. Tl en résulte que le pouls radial contraste singulièrement avec l’impulsion du cœur; il est petit, facile à déprimer, inégal et même intermittent; car dans le nombre des systoles, il en est de temps à autre qui ne produisent pas de tension sensible de l’artère. Les veines jugulaires sont gorgées de sang et montrent un léger mouvement ondulatoire.

1° Alactocardie sympathique.

Nous venons de signaler la dyspepsie, la pneumatose gastro intestinale et l’helminthiase comme causes communes de l’intermittence du pouls. Les mêmes états peuvent occasionner des désordres plus grands, des inégalités et des irrégularités passagères du cœur. 11 peut même arriver que le désordre provoqué par le travail de la digestion persiste pendant plusieurs jours ; le cœur est alors parfois si tumultueux, si irrégulier, et l’on entend des bruits de souffle si variés, qu’on croirait à une maladie organique, mais, qu’en réalité, on peut faire disparaître par un vomitif.

L’intermittence du pouls précède souvent aussi l’hémorrhagie intestinale.

2° Alactocardie organopathique.

En fait de maladies aiguës du cœur, l’atactocardie appartient à celles qui affectent primitivement ou secondairement la substance musculaire. Dans la myocardite proprement dite, le pouls est petit et accéléré, mais surtout irrégulier et intermittent.

Dans les maladies chroniques de l’organe, le symptôme n’est nullement constant. J1 est étranger à l’hypertrophie et à l’atrophie simples, et dans les lésions des orifices et des valvules il dépend plus souvent des troubles nerveux que des obstacles mécaniques. Nos propres observationsnous autorisent à affirmer: d’abord, que dans le plus grand nombre des maladies du cœur le pouls est régulier, puis, que l’irrégularité du pouls indique plus souvent une affection dynamique qu’une lésion organique de l’organe central de la circulation.

3° Atactocardie nerveuse.

Les désordres nerveux du cœur se constatent principalement chez les hystériques et les hypochondriaques, et en général dans les circon-

stances qui provoquent des palpitations nerveuses avec lesquelles, du reste, ils se confondent comme symptôme. L’atactocardie nerveuse est surtout remarquable par les modifications qu’elle imprime aux tons cardiaques et par les bruits abnormes qui s’y ajoutent. L’impulsion du cœur est tantôt augmentée, tantôt diminuée; elle est irrégulière ou intermittente.

Mais, en dehors des accès de palpitations, les personnes à diathèse nerveuse sentent de temps à autre des mouvements étranges, une espèce de soubresauts, comme si le cœur sautillait ou se renversait; d’autres fois ce sont des tractions, des tiraillements.

4° Atactocarclie adynamique .

Dans les périodes ultimes du typhus et d’autres fièvres, il se présente un désordre, une sorte de délire du cœur qui est presque toujours mortel.

L’atactocardie des agonisants s’accompagne d’un pouls radial petit et vide. Très-souvent elle a sa cause dans la formation de caillots, c’est-à-dire dans des obstacles mécaniques au cours du sang.

ARTICLE VIL

DE l’aCROTISME.

Ainsi qu’il a été dit plus haut, la suppression du pouls artériel et des battements du cœur devrait s’appeler asphyxie , d’après l’étymologie du mot et le sens que les anciens y attachaient. Mais l’usage, ou plutôt l’abus du langage, a tellement altéré ce sens qu’en essayant de le redresser, à l’heure qu’il est, on risquerait de faire naître une confusion nouvelle et des difficultés hors de proportion avec le but à atteindre.

Dès lors, nous aurions eu à notre disposition le mot asystolie, employé par quelques auteurs modernes; mais il nous a paru trop spécial. Le nom à'acrotisme , de <x privatif et KpQTio-pôq , battement, dont s’est servi Mason Good pour désigner l’absence du pouls avec conservation de la conscience et des mouvements volontaires, nous a semblé pouvoir être étendu, sans aucun inconvénient, à tous les autres cas de suppression du battement cardiaque et artériel.

L’acrotisme est général ou partiel , c’est-à-dire qu’il affecte tout le système vasculaire ou seulement certains troncs artériels oblitérés par des thrombus ou comprimés par des tumeurs.

Il est complet ou incomplet ; dans le premier cas, on ne constate de

pulsation nulle part, ni au cœur, ni aux artères; dans le second, le pouls est nul aux artères où Y on a l’habitude de le palper, tandis que le cœur exécute encore des contractions périodiques lentes et faibles. Tout acrotisme incomplet tend à devenir promptement complet.

On comprend que, quand le cœur cesse de battre, il y a danger pour la vie. Aussi, dans le grand nombre des cas, l’acrotisme n’est-il que passager; il ne dure que quelques instants, en saisissant le malade brusquement, sous forme d’accès. Cependant, quand il n’est pas complet, il peut durer pendant trois, quatre et cinq jours, avant d’amener la mort (4).

La cessation de la circulation capillaire détermine d’abord la pâleur de la peau et l’abaissement de la température, puis promptement, par le défaut de sang artériel dans le cerveau et la moelle épinière, la perte de connaissance et l’affaissement du corps. Il est remarquable néanmoins et nullement expliqué encore par de bonnes raisons, que parfois le sentiment, le mouvement et l’intelligence se conservent alors qu’on constate à peine quelques rares et faibles contractions du cœur (2).

Morgagni reproduit une observation de Ramazzini où l’acrotisme avait duré pendant quatre jours. Le patient était un jeune homme robuste et actif, et il restait tel même pendant le temps où il y avait chez lui absence complète du pouls des artères et du cœur; la peau était froide au toucher, la sécrétion urinaire était supprimée ; une mort subite survint au bout du quatrième jour (3).

Généralement on considère l’arrêt du cœur comme un effet de paralysie. Cependant, il est des cas où l’accident dépend, au contraire, du tétanos, c’est-à-dire de l’état où l’organe se maintient pendant une forte contraction. Les physiologistes discutent encore, à l’heure qu’il est, à propos de la cessation des mouvements du cœur amenée par une forte excitation magnéto- électrique soit du nerf pneumogastrique, soit de la moelle allongée,, suivant l’expérience d’Ed. Weber, soit de celle qui suc-

(1) Voyez, entre autres, les exemples cités par Mason Good, Study of Médecine ; trad. allem. par Caïman, t. III, p. 541.

(.2) Kunde, d’après des expériences tentées sur des grenouilles, croit que dans l’arrêt du cœur la paralysie du système nerveux est due à l’altération de la tension du système vasculaire, notamment du système veineux, puis à la suppression des mouvements artériels ou pulsatiles du cerveau et de la moelle épinière ( Müller’s Ârchiv f. Physiologie , 1857, p. 280).

(5) De sedibus et causis morborum. Ep. XLVIII. Lugduni Batav., 1767.

cède à l'application de la strychnine ou de l’opium sur le cœur même. Ce serait un tétanos selon les uns, une paralysie selon les autres; il en est, en outre, qui n’y voient qu’une contraction idio-musculaire. Cette divergence d’opinions parmi les physiologistes doit nous consoler des doutes semblables qui existent en pathologie; elle peut même servir d’excuse, jusqu’à un certain point, à l’abus que les médecins font du mot Spasme du cœur.

On sait, d’après les expériences de Legallois et de M. Edwards, que les mouvements du cœur persistent d’autant plus longtemps, après la cessation de la respiration et des autres fonctions, que l’individu est plus jeune.

1° À crotisme volontaire.

Les annales de la science contiennent l'histoire de personnes qui pouvaient retenir leur haleine beaucoup au delà du temps ordinaire, et se mettre ainsi volontairement dans un état d’insensibilité, d’immobilité et de lipothymie. Plusieurs de ces histoires, il est vrai, ne sont pas entourées de toutes les garanties qu’on serait en droit d’exiger; il en est d’autres, cependant, dont on ne peut douter. Tel est, par exemple, le cas du colonel Townshend, raconté par Cheyne. Le colonel pouvait « se faire mourir» à volonté en retenant son haleine; il finit par succomber dans une de ses expériences (1).

Le célèbre physiologiste Édouard Weber (2) a découvert sur sa propre personne, qu’il pouvait à volonté supprimer le pouls du cœur et des artères, en empêchant l’air de sortir des poumons pendant qu’il comprimait en même temps la poitrine. L’acrotisme se déclarait subitement avec suspension de tous les bruits au cœur et aux altères; on entendait seulement « un bruit de nonnes uniforme » sur toute la poitrine, prouvant que l’activité du cœur n’était pas entièrement supprimée. Quand l’expérience se prolongeait au delà d’une demiminute, il y avait lipothymie.

Pour expliquer ce phénomène, Ed. Weber s’appuie d’abord sur le fait que le sang des veines du corps ne se rend au cœur, pendant la diastole, qu’en vertu de la pression sous laquelle il se trouve. Sa force de circulation doit donc être diminuée, dit-il, en raison de la contrepression exereée, sur les veines caves et sur l’oreillette droite, par les

(1) Les détails très-intéressants de cette observation sont reproduits dans le mémoire d’Ed. Weber que nous citerons ci-après.

(2) Müllcr’s Archiv f. Physiologie , 1851, p. 88.

poumons distendus par l’air et comprimes par l’intermédiaire du thorax. Lorsque la contre-pression devient égale à la pression veineuse au cou et à l’abdomen, ou lorsqu’elle lui est supérieure, le sang cesse d’arriver au cœur. Le pouls devient à l'instant très-petit; il se maintient cependant encore jusqu’à ce que tout le sang contenu dans le thorax ait traversé le ventricule gauche et l’aorte. Il faut pour cela trois à cinq pulsations, après lesquelles le pouls cesse d’être perceptible.

Ce mécanisme intervenant dans tout effort , spécialement dans la défécation, l’éternuement, la toux, le vomissement, l’accouchement, Ed. Weber le considère» avec raison, comme la cause de X intermittence du pouls qu’on observe dans ces divers actes. Nous dirions volontiers que chaque effort est accompagné d’un acrotisme passager.

Les plongeurs acquièrent par l’exercice le pouvoir de suspendre la respiration, et par conséquent la circulation, pendant deux, trois et même quatre minutes (1).

2° Acrotisme traumatique .

Le cœur s’arrête tout à coup, pendant plusieurs secondes, sous l'influence d’un coup porté à l’épigastre ou à l’abdomen. Quand la contusion est violente, la cardioplégie est définitive et devient promptement mortelle.

Après avoir été étudié expérimentalement chez les animaux par Marshall Hall (2), ce fait s’est plus particulièrement imposé à l’attention des physiologistes depuis l’expérience de Goltz (5). Cette expérience consiste à frapper un grand nombre de fois avec une spatule sur le ventre d’une grenouille. L’acrotisme ainsi produit, Goltz l’a bien démontré, se trouve sous l’influence du nerf pneumogastrique et de la moelle allongée; il constitue donc un exemple remarquable d'action empêchante réflexe , partant des nerfs intestinaux. Goltz a réussi aussi à produire le phénomène en excitant directement ces nerfs.

De fortes commotions de tout le corps, du thorax seul, ou de certaines parties du système nerveux central, plus particulièrement de la moelle allongée et de la moelle épinière, déterminent également l’arrêt des mouvements du cœur. C’est ainsi qu’on peut mourir en tombant

(1) Bichat avait formulé en loi, que toujours la suspension de la respiration entraîne à sa suite la suspension des mouvements du cœur. Recherches sur la vie et la mort j p. 346.

(2) On the diseases and dérangements of tlie nervous System , p. 128.

(3) Vagus und Herz , dans Virchow’s Archiv , t. XXVI, 1863, p. 1.

d’un lieu élevé, ou en essuyant un choc violent, par exemple, dans un accident de chemin de fer. À la suite des lésions de la tête, avec commotion cérébrale, les battements reprennent, ou, comme on a coutume de s exprimer, la réaction se déclare, au bout d’un temps plus ou moins long.

Enfin, le cœur s’arrête instantanément sous l’influence de lésions traumatiques graves des membres thoraciques, notamment de l’écrasement et de l’arrachement. Chez la grenouille, l’accident peut être provoqué à volonté en enlevant un des membres à l’aide d’une pince.

3° Acrotisme ectasique .

Nysten, Dupuytren et d’autres avaient déjà attribué à une extension trop forte des parois du ventricule droit la paralysie qui termine assez souvent les maladies du cœur et des poumons. Tout récemment Flint (1) a généralisé le fait en démontrant, par des expériences, qu’en effet il est un degré d’extension, qu’il soit opéré par le sang ou par l’air, au delà duquel les fibres musculaires du cœur cessent de se contracter.

Flint pense que dans la syncope et dans plusieurs cas de mort subite, l’arrêt du cœur est dû à cette cause, et non pas, comme on l’avait cru depuis Bichat, à l’afllux d’un sang insuffisamment artérialisé. Il se rend compte, par cette circonstance, du fait que, dans les maladies du cœur, la mort subite est le plus à craindre quand la lésion siège à l’orifice aortique.

Flint attribue aussi à la trop grande rèplètion du cœur, la cause de la mort dans l’apoplexie, dans l’empoisonnement par l’opium, dans les convulsions, et lors de l’entrée de l’air dans les veines, cas dans lequel de petites bulles de cet air compriment les vaisseaux dans l’intérieur des poumons.

Nos propres expériences nous ont fait voir que dans les différents états qu’on appelle asphyctiques, le cœur s’arrête dans la diastole, ou dans ce que nous appelons le présystole, et non dans la systole. Fn appliquant une ligature au tronc commun de l'artère pulmonaire, ou en comprimant les poumons sur un animal de petite taille, on obtient une dilatation excessive du ventricule droit qui s’arrête dans cet état.

( 1 ) Flint jun . Austin, Experimental researchcs on Points connecled tvith thc action of ihe Ileart and xvith Respiration, in American Journal of medical science , 18Ci, oct., p. 341 .

On peut ensuite rappeler les mouvements de deux manières differentes : ou en forçant les contractions par une excitation puissante des parois, ou en diminuant le volume du sang par une saigne'e pratiquée à la veine jugulaire. L’action salutaire que la saignée exerce sur les asphyxiés a déjà été expliquée de cette manière par J. Reid (1).

4° Acrotisme névropathique .

En théorie on doit admettre que l’acrotisme dépend plus ou moins souvent d’une affection du nerf pneumogastrique, car on sait, depuis Ed. Weber, que chez les animaux on peut arrêter le cœur en excitant ce nerf. En pratique, cependant, ce cas se présente très-rarement, du moins dans sa simplicité.

Les accès de sternalgie, ou angine de poitrine, se compliquent aisément de suppression des mouvements cardiaques. Il est même probable que la mort subite qui les termine tôt ou tard est due à cette complication.

11 n’est pas de médecin, au courant de l’histoire de son art, qui ne sache que John Hunter, vers la fin de sa vie, était sujet à des accès remarquables d’acrotisme, bien constatés par plusieurs de ses célèbres collègues, entre autres par William Hunter, Fordyce, G. Baker, Huck Saunders et Everard Home (2). Une douleur très-vive le saisissait à l’épigastre ou plutôt, comme Home s’exprime , à la région du pylore ; elle s’accompagnait d’une pâleur mortelle de la face et de suppression du pouls avec persistance de la sensibilité et des mouvements volontaires; la durée ordinaire des accès était de trois quarts d’heure.

Une observation particulièrement intéressante a été publiée aussi par le docteur Heine (3). Un homme de 36 ans se plaignait que son cœur s'arrêtait parfois subitement. En vérifiant le fait, on trouva qu’en effet, pendant les accès, quatre à six pulsations étaient absentes tant au cœur qu’aux artères. L’aspect du malade témoignait que pendant ce temps quelque chose de terrible se passait en lui; il était assis, immobile, comme sidéré ( atlonilus ), sans parole, les yeux écarquillés ; il gardait néanmoins sa pleine connaissance. Les accès se reprodui-

(1) Expériences sur l’asphyxie, dans Ànat. physiol. and patliological Researches, chap. 3.

(2) Voyez la Vie de John Hunter , placée par sir Everard Home en tète de son Treatise on Elood , etc., p. XLVI. — Voyez aussi Mason Good, Studium der Medicin, t. III, p. 343.

(o) Müller’s Archiv f. Physiologie . 1841, p. 254.

saient à des époques irrégulières : tantôt ils cessaient pendant des semaines, (antôt il s’en présentait dix ou douze en une journée. Un soupir indiquait chaque fois la reprise des mouvements du cœur qui, de meme que les bruits, étaient parfaitement normaux durant les intervalles. Le malade finit par succomber dans un état soporeux. La nécropsie révéla que le grand nerf cardiaque et des rameaux pulmonaires du pneumogastrique gauche étaient comprimés par une tumeur lymphatique.

5° Acrotisme cntéropalhiqae .

A diverses reprises nous avons fait connaître des faits témoignant des liens de sympathie qui rattachent le cœur au système des nerfs sensibles de l’intestin. Une douleur intestinale, même fugitive, un accès de colique, la distension par des gaz qui se déplacent, peuvent occasionner non-seulement une intermittence de pouls, mais un véritable acrotisme.

En général, les affections de l’intestin marchent avec une dépression plus ou moins grande de la circulation, et conduisent promptement à la prostration. Aussi l’acrotisme est-il un des symptômes les plus constants de la gangrène intestinale et du choléra-morbus.

G0 Acrotisme cérébral.

On pourrait aussi l’appeler syncopal. La plupart des pathologistes modernes considèrent même l’arrêt du cœur comme le phénomène principal de la syncope, dont la lipothymie ou perte de connaissance ne serait qu’un des effets consécutifs. Nous croyons que l’inverse est vrai. Le cœur s’arrête dans la syncope parce qu’un trouble est porté dans certaines parties du cerveau, tandis que dans plusieurs circonstances,— nous venons d’en citer des exemples , — l’intelligence se conserve malgré la suppression de la circulation.

D’ailleurs le cœur s’arrête dans toutes les lésions aiguës du cerveau et de la moelle allongée agissant dans le sens de la dépression : dans l’apoplexie, l’épilepsie, la commotion cérébrale et généralement dans les lésions traumatiques graves de la tête. Une émotion violente peut à elie-seule produire l’acrotisme.

7° Acrotisme anhèmalosique .

Il est peu de problèmes pathologiques qui aient exercé le zèle et la sagacité des expérimentateurs autant que celui relatif à la cause

immédiate de l’arrêt du cœur dans l’asphyxie ou anhématosie. La circulation s’arrête-t-elle , s’est-on demandé, parce que les mouvements respiratoires sont supprimés, ou ceux-ci font-ils défaut parce que le cœur n’envoie plus de sang dans les poumons? La paralysie du cœur dépend- elle du trouble porté dans la moelle allongée et dans les centres nerveux en général, ou de l’action que le sang exerce directement sur ses parois? Et dans ce dernier cas, cette action se porte-t-elle efficacement et principalement sur les nerfs ou sur les muscles?

CÎe ne saurait être ici le lieu de suivre ces remarquables travaux depuis Goodwin jusqu’à Virchow, ni d’apprécier en détail la valeur des arguments qui se combattent encore à l’heure qu’il est. Nous avons, du reste, touché à ces questions dans différents endroits de cet ouvrage. Qu’on nous permette donc de nous borner à résumer notre opinion dans les deux propositions suivantes :

1° La succession des troubles et, par conséquent, leur point de départ n’est nullement identique dans les diverses espèces d’asphyxie;

2° Néanmoins, dans la grande majorité des cas, l’action locale ou directe du sang non oxygéné sur le cœur, l’emporte sur celle qu’il exerce sur les centres nerveux.

Mais il reste la question de savoir comment le défaut de sang ou le défaut d’oxygène dans le sang exerce son action paralysante?

Les expériences de Wintrich et de Virchow démontrent définitivement, nous semble-t-il, que l’action ne procède pas du sang qui traverse les cavités du cœur, ainsi que Bichat l’avait pensé, mais de celui qui circule dans les capillaires des artères coronaires. Elles semblent démontrer aussi que la paralysie prend son point de départ dans les muscles et non dans les nerfs.

Ces deux auteurs ne diffèrent entre eux que sur un point secondaire, dont la distinction pourrait même passer pour une subtilité, mais qui, en réalité, a une grande importance. Wintrich (4) place la cause prochaine de la paralysie des fibres musculaires directement dans l’absence de l’oxygène, tandis que Virchow (2) la trouve dans la stase du sang dans les artères coronaires, tout en convenant que le sang en mouvement agit sur le cœur par son oxygène.

Selon Wintrich, le cœur continue de battre, même dans l’apnée,

(1) Dans Virchow, Handbucli der speciellen Pathologie und Thérapie , 1854, t. V, p. 213.

(2) Gcsammeltc Abhandlungen , 4856, p. 315.

aussi longtemps qu’il existe encore une provision d’oxygène dans les poumons, et, étant déjà paralysé, il reprend ses mouvements dès que, en établissant la respiration artificielle, on rend de l’oxygène au sang des poumons. La stase sanguine, selon lui, est une conséquence de la paralysie musculaire du cœur.

Virchow a été frappé de l’hypérémie énorme des artères coronaires qui, selon lui, existe dans tous les cas d’asphyxie. Il affirme que la paralysie du cœur précède celle des poumons, et que la simple vénosité du sang ne suffit pas à déterminer la première.

11 se peut que, suivant les circonstances, l’un et l'autre mécanisme trouvent leur application. Il se peut, en outre, que la surextension des parois, signalée plus haut, y concoure en troisième lieu, du moins pour ce qui concerne le cœur droit.

Dans Y agonie, la paralysie du cœur doit s’expliquer en partie par l’anhémalosie, en partie par l’extinction progressive directe des forces musculaires.

Les grandes et rapides perles de sang agissent comme l’anhématosie ; les fibres musculaires du cœur ne sont plus stimulées suffisammentdans ce cas. On voit parfois l’acrolisme durer pendant plusieurs jours, après de fortes hémorrhagies, surtout de la matrice; en y regardant de près, on s’assure cependant qu’il n’est pas complet, c’est-à-dire que le cœur exécute encore de faibles contractions.

8° Acrotisme toxique.

Parmi les poisons, il en est qui déterminent la mort en paralysant le cœur. Nous citerons la digitale, l’aconit, l’acide prussique, le cyanure d’ammoniaque (Schiff), l’arsenic, le sublimé, l’upas antiar, le Tanghinia venenifera (DybLowsky et Pelikan). Plusieurs auteurs attribuent la même action à la strychnine, à la jusquiame, à l’opium, à la belladone et à l’hellébore vert (Holm); enfin, si nous en croyions les expériences de Ilarlcss et Bibra, les inhalations d’éther ne deviendraient mortelles également que par leur action sur le cœur.

Il est digne de remarque, surtout après ce qui a été rappelé au numéro précédent, que la paralysie toxique est due au sang des cavités et non pas à celui qui circule dans les capillaires de la substance du cœur. Il a été constaté, en effet, par Henry, en 1852, et confirmé depuis par J. Muller, Valentin, et tout récemment par Landois (I),

(1) Die direkle Ilcrzrcizung } dans Greifawaldcr inedicin. Bcitracge, 186-i, t. Il, 2, p. 161 .

que Inapplication, à la surface interne du cœur, d’une solution d’extrait de noix vomique ou d’une teinture aqueuse d'opium arrête soudainement les mouvements, tandis qu’on peut, sans effet nuisible, présenter ces mêmes substances, pendant un temps assez long, à l’imbibition par la surface externe de l’organe. Il ne sera pas nécessaire d’insister sur l’intérêt très-grand que présente aussi ce fait pour la théorie des dyshémies.

Les expériences de Landois semblent démontrer en même temps que la cause de la paralysie du cœur n’est pas dans une action directement stupéfiante exercée par les poisons cardiaques, mais dans l’épuisement succédant à la surexcitation qu’ils provoquent d’abord.

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