DE LA PROSTRATION
On donne le nom de prostration, collapsus, symptose, de <rw et nix™, je tombe, à un trouble de l’ensemble de l’économie consistant
(i) Acad, des sciences de Paris. Séance du 10 déc. 1860
dans un abaissement, une chute rapide de tous les actes vitaux, et se manifestant surtout par rabaissement de la température des parties périphériques, par l'affaissement et la contraction des vaisseaux du corps, par la flaccidité de la peau et la diminution de toutes les sécrétions (4).
Ce symptôme se rattache intimement au symptôme précédent, avec lequel, en effet, on le confond très-souvent. Néanmoins, en les considérant bien, l’un et l’autre, on reconnaîtra aisément que l’algidilé est loin d’être toujours accompagnée des troubles qui caractérisent plus particulièrement la prostration, et que cette dernière est toute autre chose qu’un simple abaissement de la température.
La prostration est très-rarement primitive, en ce sens qu’elle surviendrait chez des individus en santé. Elle est lin accident consécutif dans toute espèce de maladies, et, la plupart du temps, un accident terminal , un accident mortel.
Son invasion est tantôt brusque, tantôt insensible. Dans le second cas elle s’annonce d’avance par des vertiges, de l’anxiété, du malaise, quelquefois par des frissons ou des convulsions légères et partielles.
La cause prochaine est inconnue. Nous serions tenté de la chercher dans une paralysie du système des nerfs vaso-moteurs dont le centre est situé dans la moelle allongée, au niveau du calamus, selon Scliiff (2). Les pathologistes de l’école de Graves considèrent la prostration comme une paralysie réflexe du grand sympathique.
11 existe une prédisposition au collapsus. Les femmes et les vieillards y sont plus sujets que les hommes adultes, les individus faibles ou affaiblis et anémiques plus que les autres. Chez les ivrognes il survient parfois inopinément dans le cours de maladies d’ailleurs insignifiantes.
Les causes occasionnelles sont : l’effort, la fatigue du corps ou de l’esprit, les émotions, les indigestions, les fortes douleurs, l’acte du part, les pertes sanguines internes ou externes. Le vomissement, la défécation, l'effort que fait le malade, par exemple, pour se mettre sur son séant, suffisent parfois pour déterminer la prostration.
(4) C’est à peu près la définition qu’a donnée Wunderlich (Archiv fur physiolog. llcilkundc , 1858, p. 207, et Archiv dcr Heilkunde , 18G1 , p. 289), qui pourtant confond le collapsus avec l’algidité ou, pour mieux dire, comprend celle-ci dans celui-là.
(2) Untersuchungcn zur Physiologie des Ncrvensy stems. Francfort s/M. 1855, t. !, p. 219.
Description . — L’aspect du malade est altéré profondément; il est pâle et affaissé, jaune ou livide ; la face est grippée (face hippocratique ), les traits sont défaits, les yeux enfoncés , éteints, le regard est comme brisé.
La peau perd son élasticité et sa turgescence ; sèche parfois, elle se couvre ordinairement de sueurs partielles, froides et visqueuses, surtout au front et aux pommettes. Les muqueuses sont décolorées. Un froid glacial enveloppe le nez, les oreilles, le front, les mains, rarement le dos.
Le pouls est petit, filiforme ou insensible, très-accéléré, inégal et intermittent ; l’impulsion du cœur est très-faible. La respiration est superficielle, souvent accélérée, parfois insensible. La voix est faible ou éteinte. Il n y a ni urines, ni selles, ni salive; toutes les secrétions sont taries, sauf la sueur qui abonde.
Tous les mouvements manquent d’énergie. Le malade est étendu immobile sur le dos, indifférent à tout et impuissant, sans volonté. La conscience semble dans certains cas être conservée intacte, d’autres fois elle est voilée.
1° Prostration traumatique .
A la suite de grandes lésions traumatiques, de certaines opérations chirurgicales, par exemple l’opération de la taille chez les enfants, à la suite de fractures comminutives des os et de grandes déchirures des parties molles, ainsi qu’après des combustions étendues (1), on observe parfois une chute rapide du pouls artériel avec algidité, pâleur, cyanose, sueurs froides, frissons, analgésie et apathie. Le pouls cardiaque est faible et très -accéléré, les pupilles sont dilatées. La conscience est libre, tout au plus un peu embarrassée; il n’y a ni anxiété ni oppression. Cet état peut durer pendant huit, douze ou vingt-quatre heures, même pendant deux ou trois jours. Quand il devient mortel, il se déclare de l’assoupissement, de la dyspnée, de la relaxation des sphincters, des convulsions.
Quelques chirurgiens anglais décrivent cet état sous le nom de prostration sans réaction (2).
(1) Voyez, entre autres, Romberg, Lehrbuch der Nervenkrankheiten,\. I, p. 7 28.
(2) Voyez Travers, An inquiry conccrning that disturbed state of the vital func fions usually denominated constitution al irritation . 2e édition. London, 1827, p. 63 et 106.
2° Prostration fébrile .
Dans les fièvres miasmatiques graves , la prostration peut survenir au début même, ou dans le cours de la première période. Dans les fièvres ordinaires, elle n’arrive que sur la fin, ou du moins à l’époque de la rémission et de l’irritation vasculaire et nerveuse, particulièrement quand l’abaissement de la température se fait rapidement. Elle est fréquente dans la pneumonie, dans le typhus et dans les fièvres exanthématiques.
3° Prostration entéropalhique.
Les lésions aiguës du péritoine et des intestins créent une tendance particulière au collapsus. Il survient de bonne heure dans la péritonite et dans l’entéro-péritonite, tellement de bonne heure qu’on ne saurait l’expliquer ni par une exsudation profuse qui aurait lieu, ni par un arrêt de l’acte de nutrition.
Nous citerons ensuite la gangrène intestinale, la diarrhée des enfants et le choléra-morbus, où le collapsus ne se confond pas nécessairement avec l’asphyxie et l’algidilé, et où il contraste singulièrement avec l’intégrité des acles psychiques. La prostration cholérique a encore ceci de remarquable, qu’elle existe avec conservation de la sensibilité cérébro-spinale et des mouvements du tronc et des membres. L’acrotisme progresse des artères périphériques, de la radiale et de la poplitée au cœur, dont les contractions , sensibles encore pendant longtemps, deviennent de plus en plus faibles, irrégulières et intermittentes.
i° Prostration dyshémique et toxique.
Les vices du sang qui amènent la prostration sont : d’abord, l’inspissation résultant d’une transsudation rapide et abondante du sérum, telle qu’elle a lieu précisément dans le choléra-nostras, dans la diarrhée des enfants et dans les grands épanchements de la plèvre et du péritoine ; puis les altérations, encore mal définies, occasionnées par l’alcoolisme chronique et par diverses intoxications aiguës dont celle par les champignons peut servir de type. Dans l’empoisonnement par l’acide sulfurique, ainsi que nous l’avons dit plus haut, la prostration semble dépendre de l’action caustique locale plutôt que de l’altération du sang.
5° Prostration nerveuse.
Nous ne savons si épuisement survenant à la suite de grandes névralgies, de maladies convulsives et parfois même d’excès de fatigue, mérite réellement le nom de prostration. En tous cas, nous croyons devoir lui réserver ici une place.