‹ Symptômes et traitement des maladies mentales à leur débutChapitre 3 sur 17 · TRAITEMENT HYDROTHÉRAPIQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT HYDROTHÉRAPIQUE

Ce traitement n’est pas moins répandu que le précédent. Le nombre des établissements hydrothérapiques a considérablement augmenté depuis une vingtaine d’années, et le cercle des maladies auxquels ce traitement est appliqué s’agrandit chaque jour; il ne faut donc pas s’étonner si l’application de cette méthode thérapeutique aux maladies mentales devient de plus en plus fréquente.

On se figure communément, et même beaucoup de médecins , peu au courant des modes d’application en usage dans les établissements Hydrothérapiques, ne sont pas éloignés de croire que l’eau froide, employée dans les ça-; en question , agit comme un moyen réfrigérant. Raisonnant d’après les effets ordinaires produits par les applications froides (eau, glace, mélanges réfrigérants, etc.), administrées souvent pour combattre chez les aliénés la chaleur et la rougeur de la tête, on suppose que le traitement hydrothérapique, appliqué en grand, doit produire un effet rafraîchissant sur les centres nerveux. On ne se borne naturellement pas aux linges trempés dans l’eau froide, mais on arrose souvent et largement la tête du malade; on la place sous un

courant d’eau de pluie cl on répand sur elle d’une grande hauteur une douche d’un jet gros comme le bras. Souvent, ce ne sont pas des seaux, mais des tonnes d’eau qu’on verse journellement sur la tête d’un aliéné, pour obtenir et maintenir la fraîcheur. L’alimentation en usage dans ces établissements est, en général, à peine suffisante, et cependant, on la restreint encore, de peur de réveiller les accidents morbides, et c’est par un maigre régime lacté que le malade doit récupérer le calme et la santé.

Une autre cause du prompt envoi des aliénés, au début de leur maladie, dans les établissements hydrothérapiques, se trouve dans la crainte peu raisonnable qu’inspirent les maisons de santé.

On voit qu’il n’est plus possible de soigner le malade dans son domicile; il ne suit plus les ordonnances des médecins ni les conseils de la famille; son agitation augmente chaque jour; ses idées et ses sentiments pervertis le dominent de plus en plus; le séjour de la maison devient dangereux pour lui, et il faut renoncer à l’espoir de l’y traiter d’après les règles de l’art. On est donc forcé de l’éloigner, mais on craint la maison de santé; on redoute l’impression qu’elle produira sur le malade pendant un intervalle lucide; cette impression pourrait, craint-on, le rendre complètement fou, et finalement on se décide à le placer dans un établissement hydrothérapique.

11 faut l’avouer, la maladie est souvent heureusement influencée par les premiers jours de résidence du patient dans ces établissements; il se trouve dans un milieu entièrement nouveau, avec des personnes étrangères, et tout aliéné éprouve la salutaire influence de ces circonstances, et cela à un point tel, qu’on en a vu, grâce à ce changement, se rétablir après des années de maladie.

Le malade devient donc plus tranquille; il se domine autant qu il peut; sa nutrition s’améliore par la régularité de

su vie el par l’action stimulante que les applications d’eau froide exercent sur le système nerveux de la peau; tandis qu’il ne mangeait que peu ou point jusqu’ici, on voit tout d’un coup son appétit devenir passable; enfin, l’état du patient s’améliore considérablement par suite de son séjour dans l’établissement, et cette heureuse nouvelle se répand rapidement dans la contrée. Malheureusement cette amélioration ne dure guère ; dès le moment qu’on joint à un régime insuffisant les pratiques hydrothérapiques, telles que douches sur la tête, l’état du patient empire de nouveau.

Et alors deux cas peuvent se présenter: ou bien, le malade devient plus tranquille, plus renfermé en lui-même; il s’isole dans sa chambre et après quelques mois, trompant la surveillance, il disparaît de la maison; ou bien, il devient plus agité, plus impressionnable, il s’irrite contre les garçons de bain, et un beau jour le directeur reconnaît la nécessité de le faire sortir aussi vite que possible de l’établissement.

Si nous examinons un de ces malades, après des aspersions d’eau froide sur la tête, continuées pendant des semaines et des mois, après l’épuisement déterminé chez lui par des bains et des demi-bains, joints à un régime insutlisant, nous trouvons ordinairement les symptômes suivants : Parfois, un amaigrissement considérable occasionné par la soustraction de calorique et des éléments plastiques, amaigrissement, qui s’accompagne d’une intelligence plus ou moins troublée ou excitée; ces cas sont les plus favorables, car tout espoir de guérison n’est pas complètement perdu; d’autres fois, on n’observe point d’amaigrissement ni de trouble mental bien actif ou de nature particulière; le malade n’est ni furieux ni mélancolique, et cependant, on remarque aisément que ses facultés intellectuelles sont trèsafi'aiblies. — Des congestions graves, des exsudations se sont déclarées dans les centres nerveux, à la suite des aspersions d’eau froide sur la tête, et ces modifications matérielles sont

accompagnées d’une activité moindre du cerveau; les manifestations psychiques se sont affaiblies, et le malade est tombé dans la démence.

On aurait tort de chercher le mobile de ces réflexions dans un sentiment de rivalité contre les établissements hydrothérapiques; l’opinion exprimée ici est partagée par tous les médecins aliénistes, et on peut lire plus d’une plainte à ce sujet dans la littérature médicale; les abus du traitement hydrothérapique furent poussés si loin, que des médecins proposèrent de le placer en tête des tableaux étiologiques de la folie et surtout de la démence.

On constate malheureusement, dans la plupart des établissements d’aliénés, un grand nombre de concessions au traitement hydrothérapique; elles nous forcent à élever la voix pour qu’on entende enfin la vérité et pour qu’on la prenne en considération.

Pour être juste, il faut dire que ces reproches ne peuvent être adressés à tous les hydropathes; quelques-uns d’entre eux, comprenant la force et le mode d’agir des applications d’eau froide, refusent de soumettre les aliénés à ce traitement, ou se contentent de leur appliquer ces moyens d’une manière peu active.

Quoique les symptômes de la démence ne se montrent pas promptement après ces traitements plus rationnels et fort mitigés, il n’en résulte pas moins que ces médications ne sont en définitive que des demi-mesures, qui n’aboutissent à aucun résultat, et qui, dans tous les cas, font perdre un temps précieux avant l’emploi de méthodes thérapeutiques dont on peut espérer la guérison.

Si les établissements hydrothérapiques dont il vient d’être question n’ont point de résultat nuisible, ils ne produisent non plus aucun bien, et en prenant les choses au mieux, on peut dire qu’on y donne aux malades des habitudes d’ordre cl qu’ils y sont l’objet d’une surveillance indispensable; leurs

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