TRAITEMENT DIT PERTURBATEUR
Los secousses (Erschiitterwigen) auxquelles on soumet le malade sont de deux espèces : physiques (somatiques), cl morales (intellectuelles); les secousses ou révulsifs somatiques étaient appliqués encore, il y a une dizaine d’années, dans certains établissements; les révulsifs intellectuels jouissent d’un grand crédit chez les charlatans (volksarzten) .
Parmi les agents physiques du traitement perturbateur, il faut signaler en premier lieu le tartre émétique; on l’administre quelquefois dès le début de la maladie, d’autres fois on ne le donne que quand le sujet a été affaibli par un traitement débilitant énergique; l’usage de ce médicament est si vanté et si répandu, qu’un auteur de psychiatrie le nomme un remède souverain contre la folie.
On l’administre de deux manières :
1° A grandes doses , pour produire des évacuations abondantes par le haut et par le bas; ces doses sont répétées souvent en peu de temps, jusqu’à ce que le malade soit convenablement affaibli.
2° A petites doses , par lesquelles on maintient le patient dans un état de nausées continuelles. Les partisans
de l’émétique se louent également de ces deux modes, ils préfèrent l’émétique à tous les autres agents, qu'ils n’emploient qu’accidenlellement.
On doit le reconnaître, le tartre émétique produit des effets étonnants dans certains cas déterminés; le malade se calme et ses idées délirantes disparaissent; mais il arrive encore plus fréquemment que son état s’aggrave par les complications organiques qui ne tardent pas à se produire et auxquelles viennent se joindre différentes conceptions erronées, surtout l’idée d’empoisonnement. Cette idée, rare au début des maladies mentales, a des conséquences très-fâcheuses, car elle est suivie du refus de manger; enfin , les désordres intellectuels qui existaient antérieurement chez le patient s’enracinent, et des difficultés nouvelles se présentent pour le traitement et pour la guérison.
En général, on peut dire de cette méthode thérapeutique ce que nous avons déjà dit des précédentes : elle n’est utile que dans quelques cas particuliers; on doit donc se garder de l’appliquer sans discernement à tous les malade», et de la considérer comme une espèce de traitement spécifique contre les maladies mentales.
Il est impossible d’expliquer comment les secousses déterminées parles vomissements produisent la guérison ; dans tous les cas, immédiatement après l’action brusque et forte produite sur le système nerveux (et particulièrement sur le grand sympathique), il ne faut pas négliger le concours efficace que l’excitation des organes glanduleux peut prêter au praticien. Les sécrétions abondantes du foie, de la peau, des intestins ont indubitablement une influence heureuse sur une maladie qui a pour conséquence d’entraver l’action de ces organes, puisque les troubles de l’intelligence sont liés d’une manière intime avec la diminution de leur activité (catarrhe de l'estomac, etc.).
Les secousses psychiques ou morales, très-diverses sous le
rapport Ou degré et des nuances, sont rarement employées par des médecins; elles jouissent d’un grand crédit chez les personnes du vulgaire, les ecclésiastiques et les charlatans. Cette méthode de traitement, est basée sur un fait expérimental incontestable, que nous développerons plus tard, savoir : que, dans certains cas d’aliénation mentale, une forte secousse morale, telle que celle qui est produite par une nouvelle triste, par des craintes, des terreurs, etc., détermine une dérivation intellectuelle qui entrave l’affection mentale, si ce n’est d’une manière durable, au moins d’une manière passagère. Il faut rapporter à l’emploi de ces moyens le traitement dit sympathique , par lequel on se propose d’éveiller fortement la présence d’esprit du malade en le forçant à se servir de choses repoussantes ; on prétend le guérir de la folie par ce procédé. C’est ainsi qu’on oblige le patient à boire du sang de guillotiné, à manger une tartine couverte d’insectes, etc. Il faut encore rapporter au même ordre de moyens le procédé de certains charlatans, qui ont acquis un t^rand renom en excitant des émotions fortes chez les aliénés, par exemple, en les querellant pour les mettre en colère, en les jetant à l’eau pour les effrayer. Enfin, il faut encore rapporter à cette méthode de traitement les sermons de pénitence employés systématiquement par certains ecclésiastiques: on veut chasser le démon de la folie; celle méthode cul tant de vogue entre les mains d'un prêtre de l’Allemagne du Sud que des familles princières n’hésitèrent pas îi lui faire visite.
Les moyens que nous venons d’énumérer ne sont pas les seuls qui aient été employés pour exciter des émotions fortes chez les aliénés: il en est d’autres encore, que nous passerons sous silence. Il est évident que le traitement perturbateur a été utile dans certains cas; mais ce n’est pas un motif pour l’employer partout et toujours. Nous nous opposons à une manière d’agir qui a les conséquences les plus désastreuses.
L’action psychologique des émotions fortes n’est point encore suffisamment connue pour que nous nous permettions de l’employer comme agent modificateur dans le traitement des affections mentales.
Une autre méthode thérapeutique très-répandue et employée par certains médecins comme spécifique, est le traitement par les distractions.