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Des troubles dépendant du grand sympathique

2. Ou bien, des troubles dépendant du système cérébrospinal ;

5. Ou enfin, des troubles dépendant de la composition du sang.

Ces troubles peuvent se montrer isolés ou associés entre eux.

i . Troubles dépendant du grand sympathique.

Sans compter beaucoup de fonctions qu’il est inutile de mentionner ici et auxquelles le grand sympathique préside, c’est ce dernier qui régit l’innervation des vaisseaux; celte vérité a été démontrée par des expériences. Tandis que les

nerfs spinaux dilatent les vaisseaux, le grand sympathique les contracte , et c’est ainsi que la circulation et la nutrition sont garanties. Quand le grand sympathique ne fonctionne pas normalement, on observe dans les organes affectés une dilatation vasculaire accompagnée d’un ralentissement dans la circulation capillaire , d'une diminution dans la nutrition et d'un dégagement plus considérable de calorique.

A part l’action centrifuge dont il vient d’étre question, le grand sympathique a aussi une action centripète, car comme le système nerveux cérébro-spinal, il conduit les impressions de la périphérie vers le centre, avec cette seule différence qu’elles ne sont pas perçues comme des sensations nettes, distinctes. I! mérite d’ailleurs, h juste titre, le nom de système nerveux des sensations vagues, et la maladie qui nous occupe en est un reflet psychique. L’hyperesthésie du grand sympathique (1) produit donc un état de dépression, de tristesse, comme l’hyperesthésie du système nerveux cérébro-spinal détermine la douleur.

Les états morbides suivants se présentent habituellement dans les organes qui sont sous la dépendance du grand sympathique.

a. Les organes digestifs sont souvent gravement troublés ; on y trouvera fréquemment des désordres de l’innervation accompagnés d’inappétence, de digestions et de défécations difficiles et parfois de modifications matérielles ou organiques. Le catarrhe de l’estomac et des intestins joue un grand rôle chez ces malades; et il est souvent la cause la plus directe des désordres psychiques.

(1) Il faut joindre à ces réflexions les lignes suivantes de Claude Bernard: Bref, nous pouvons affirmer que le système nerveux du grand sympathique possède sans contredit de la sensibilité. Bichat avait déjà soupçonné cette sensibilité qu’on peut facilement uc pas remarquer dans l’état normal, et lui avait donné le uom de sensibilité insensible. Magendie, qui apprit à la connaître

L’hyperhémie du foie et l’atrophie secondaire de sa substance, les calculs biliaires , l’hypertrophie de la rate (la pléthore abdominale accompagnée d’hémorrhoïdes) appartiennent encore aux lésions les plus fréquemment observées.

b. Les organes de la circulation sont également troublés. Le cœur, sans être matériellement lésé, n’accomplit pas ses fonctions d’une manière physiologique; il est de temps en temps le siège de battements tumultueux ; l’innervation des grandes et petites artères est troublée; ces dernières sont dilatées et cette dilatation est accompagnée d’une activité plus grande, de pulsations plus fortes dans les vaisseaux plus considérables et cela au point qu’on découvre les pulsations dans toutes les artères superficielles (aux tempes, etc.) et que le malade lui-même les perçoit dans les grosses artères (pouls épigastrique, abdominal). Comme conséquences de ces désordres de l’innervation et de la dilatation artérielle qui en résulte, on observe la rougeur et la chaleur de la tête, symptômes, qu’on remarque presque toujours, et qui se manifestent aussi par la section du grand sympathique. Une autre conséquence est la tendance à des stases fréquentes dans différents organes, stases qui finissent par produire des épanchements et même des gangrènes. C’est à ces phénomènes qu’il faut encore rapporter les catarrhes, les épanchements séreux dans le crâne, la tendance au décubitus, etc., etc.

c. Comme conséquence des désordres énumérés sous les lettres a et b, on observe souvent des troubles dans la nutrition. La plupart des malades maigrissent plus ou moins et leur faiblesse suit les progrès de la maladie. Une alimentation forte

plus tard, l’a désignée sous le nom de sensibilité ignorée, et il l’a comparée aux manifestations de la sensibilité générale, quand cette dernière produit des actions réflexes chez les animaux décapités.

et abondante n’a d’autre résultat que de produire une amélioration lente dans la nutrition. Il est incontestable que le cerveau subit l'influence de ces désordres.

d. Les organes sécréteurs sont également le siège de certains troubles, mais ordinairement ils sont secondaires. On voit, à la suite de maladies des reins, se développer des paralysies (toujours des paraplégies) plus souvent que des affections mentales. Ordinairement l’urine est plus pâle, plus limpide et plus abondante. Ses éléments fixes diminuent. Les éléments azotés ont une tendance à la dissolution; il en résulte que l’urine devient bientôt alcaline et présente un précipité très abondant.

e. Les organes de la reproduction sont affaiblis; chez les hommes, la faiblesse est accompagnée d’une augmentation dans les désirs et de pollutions fréquentes. Chez les femmes, on observe beaucoup d’anomalies dans la menstruation.

/'. C’est dans les organes de la respiration qu’on découvre le moins de lésions; cependant, il n’est pas rare de rencontrer des tubercules, l’emphysème, l’asthme, ou au moins, une certaine difficulté de la respiration, ou bien, une sensation de poids sur la poitrine; mais comparativement aux symptômes que nous avons exposés précédemment, ces cas sont assez rares.

2° Troubles dans les autres parties du système nerveux.

Ces troubles, au commencement des maladies mentales, et surtout dans la forme que nous décrivons ici, ne sont pas h beaucoup près aussi fréquents que ceux du grand sympathique. S’il est vrai qu’un état morbide de la sensibilité morale peut être accompagné de changements matériels et même de lésions organiques des organes centraux, du sys-

tème nerveux, on doit avouer cependant que ces lésions sont rares, et qu’on ne rencontre ordinairement que de simples troubles de la nutrition cérébrale et des états morbides des membranes. On observe souvent une vive impressionnabilité dans tous les organes des sens. Le malade ne peut supporter la lumière ni le bruit; toutes les odeurs, toutes les saveurs lui semblent trop tories, etc. Généralement la peau est le siège d’une hypéresthésie, qui se manifeste parfois par des douleurs, des secousses, des tiraillements, des fourmillements, etc. Cependant, ces derniers symptômes se présentent plus souvent dans d’autres formes morbides. Enfin, des névralgies bien dessinées se développent quelquefois, et elles disparaissent avec les progrès de la maladie mentale.

Dans la plupart des cas, le sommeil est troublé longtemps avant le début des troubles des sentiments. Le malade ne peut s’endormir le soir, il ne se sent pas délassé le matin et prolonge son séjour au lit pour réparer le temps perdu. Le sommeil est troublé et même interrompu par des rêves qui ont le plus souvent un caractère triste et anxieux ; les rêves deviennent surtout très-prononcés le matin; ils éveillent le patient, qui passe son temps à réfléchir sur de tristes sujets.

On remarque chez beaucoup de malades une sensation de fatigue corporelle; ils se couchent la plupart du temps sur un lit ou sur un sofa et ne peuvent se décider à entreprendre une occupation régulière, ni même à faire le moindre mouvement, car ils s’en croient complètement incapables. D’autres malades, qui ne se sont pas laissé envahir par cette propension à l’inertie et au repos, s’efforcent de réagir par des stimulants contre cette tendance de plus en plus forte à l’inactivité et à la tristesse ; ils s’adressent au café fort, au thé et plus souvent encore aux alcooliques, car, dit-on : «le vin adoucit les peines.» Il n’est pas rare de voir des personnes fort sobres tomber dans l’ivrognerie en se lais-

sant guider par ces considérations, et les moyens mêmes qu’ils employaient d’abord cbmme remèdes, devenir plus tard une cause déterminante de la folie.

5° Anomalies dans la composition du sang.

Le sang joue un rôle très-important dans le développement des maladies mentales. Certains symptômes, tels que battements du cœur, fortes pulsations artérielles, rougeur et chaleur de la tête, tirent croire à des observateurs antérieurs que le sang était trop riche en éléments. Beaucoup d’auteurs anciens partageaient cette opinion; ils s’imaginaient que le sang était noir, riche en globules et pauvre en eau.

L’auteur de cet écrit ne possède point d’analyse chimique du sang au début des affections mentales; c’est à peine si la littérature médicale nous offre quelques analyses opérées quand la maladie avait acquis un développement complet; il est plus que probable que la composition du sang des dernières périodes est la même que celle du début de l'affection et qu’il n’y a là qu’une différence du plus au moins. Nous n’avons aucune raison qui nous fasse douter de cette opinion. Quand donc nous nous plaçons à ce point de vue pour connaître la composition du sang au début d’une affection mentale, nous devons admettre que ce liquide a une tendance à la dyscrasie séreuse, puisque, jusqu’à présent, les analyses chimiques ont démontré qu’il y avait une prédominance de la sérosité dans les cas de folie complètement dessinée.

C’est dans ce sens que se prononcent les auteurs les plus instruits et les plus récents; nous pouvons donc admettre avec raison que, quoique certains symptômes initiaux des maladies mentales semblent résulter de la pléthore, il serait cependant peu rationnel de les attribuer à un état pléthorique, car, déjà à cette époque, le sang est pauvre et présente une diminution dans ses éléments principaux. Cette

opinion se justifie par les états morbides qu’on rencontre chez ces malades et par la longue durée des désordres des organes digestifs que nous avons décrits plus haut, désordres qui ont pour conséquence une nutrition défectueuse, suivie de l’appauvrissement secondaire du sang; il faut y ajouter d’autres causes, telles que les hémorrhagies, les couches, l’allaitement et la période de puberté.

L’anémie s’accompagne fréquemment d’une hyperhémie locale, et ce cas n’est pas rare, surtout chez les malades en question; car on trouve souvent la tète et surtout la face rouges et chaudes par suite des troubles du grand sympathique, décrits plus haut.

La disposition morbide à la tristesse, que nous venons de dépeindre et dont nous avons démontré la relation avec des symptômes somatiques, augmente ordinairement peu à peu et se transforme en une maladie mentale bien définie, la mélancolie; cette forme morbide n’est que l’exagération des symptômes que nous venons de décrire.

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