L*opinion de M. Finance n*est pas une opinion isolée
Au congrès de Nîmes, en juin 1895, M. Pelloutier, secrétaire général de la Fédération des Bourses du Travail, tenait un même langage, au sujet de cette Fédération.
On parlait de changer le siège de la fédération, à chaque
L'ESPRIT ÉGALITilIRE 47
parlant avec son expérience de vieux syndiqué, qui avait passé par tous les postes de la hiérarchie syndicale.
Ces conseils n'ont pas été suivis. Toujours l'exagération de l'esprit égalitaire, toujours la jalousie ont été un des plus grands obstacles à l'organisation du syndicat.
congrès, et de changer, chaque année, les hommes qui se trouvaient à sa tête.
« La classe ouvrière, disait M. Pelloutier, ne cesse de se demander quel est le secret de la force gouvernementale, par quels artifices la classe dirigeante réussit à maintenir un édifice social étayé sur « le plus instable des moyens de gouvernement, c'est-à-dire l'arbitraire ». Mais comment ne voit-elle pas que tout le secret réside dans la centralisation? Cette centralisation, rÉtat ne la proclame-t-il pas le fondement même de l'ordre social, n*en avoue-t-il pas la force irrésistible, lorsqu*il en refuse l'exercice à ses adversaires et met, par exemple, la municipalité de Paris en dehors du droit commun?
« Quelle faute plus grave pouvait commettre le congrès de Nantes, que celle de décider que le Conseil national ouvrier suivrait le congrès annuel des syndicats ? C'était frapper à mort cette organisation, au moment où on lui donnait la vie. Les travaux statistiques ne sont pas chose facile, et on peut hardiment hausser les épaules, lorsqu'on entend traiter d'ignorants un Leroy-Beaulieu ou un Molinari. Pour recueillir le million de chiffres que nécessite une enquête sérieuse, sur le salaire et la durée du travail, il faut des mois. Or, c'est précisément à l'heure où une pratique difficile à acquérir, une familiarisation déjà longue avec les innombrables documents de leur enquête, auront rendu les membres du conseil national ouvrier aptes à dépouiller les chiffres, à les classer en minimal en maxima et en moyennes, que prendra fin leur mission et qu'on imposera à d'autres hommes le soin d'achever un travail gigantesque.
« L'expérience est d'ailleurs là. Elle a obligé le comité fédéral à renouveler chaque année les pouvoirs de son secrétaire, parce qu'il y a, dans la correspondance échangée entre les Bourses du Travail et la Fédération, une telle multiplicité de détails, que le remplacement périodique du secrétaire troublerait l'ordre des travaux «.
C'est un anarchiste qui s'exprime ainsi.
Et pourtant, une nécessité s'impose, celle d'une direction stable et précise. Que Ton fasse le sacrifice du titre, si l'on veut, que Ton appelle secrétaire général, ou délégué permanent, celui à qui incombe le soin de diriger le syndicat ou la fédération, la continuité de la fonction s'impose. Ne voyons-nous pas d'ailleurs les fédérations ou les syndicats prospères s'incarner dans un homme qui leur donne tout son temps et toute son intelligence? La Fédération des ouvriers des chemins de fer n'était connue que sous le nom de M. Guérard ; la Fédération de la métallurgie a depuis de longues années à sa tête M. Braun; la Fédération des Bourses, M. Pelloutier; la Fédération des travailleurs du livre, M. Keûfer; le Syndicat des ouvriers en instruments de précision, M. Briat. Nous pourrions continuer cette énumération. La confiance est nécessaire pour l'organisation d'un syndicat, la jalousie est stérile et ruineuse.
Comment l'esprit corporatif devait réagir contre cette obsession, comment le syndicat devait triompher de cet obstacle moral, ainsi que des obstacles matériels énumérés précédemment : c'est ce que nous verrons dans le prochain chapitre.