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I. — Congrès de Paris

Au moment où s'ouvrait le congrès de Paris, il n'y avait en discussion qu'un seul projet: le projet Lockroy. Ce projet abrogeait la loi du 17 juin 1791, permettait aux associations de patrons et d'ouvriers de se constituer sans autorisation, mais imposait l'obligation de déposer les statuts de l'association et les noms et adresses de ses membres : à Paris, entre les mains du préfet de police ; en province, entre les mains du maire de la ville ; et enfin au parquet du procureur de la République. A défaut de cette formalité, les membres du conseil syndical restaient passibles d'une amende de 16 francs à 200 francs. Ces formalités de dépôt à la préfecture de police et aux parquets, firent qualifier par les ouvriers ce projet de loi de loi de police. Et c'est sur ce point que portèrent les plus graves critiques.

Au congrès, M. Bonne, délégué de Roubaix, déclara que les ouvriers voulaient la liberté absolue d'associa-

tion et de réunion et la possibilité d'acquérir le capital par le moyen des associations.

Aujourd'hui, disait M. Daniel, nous venons pacifiquement dire à la bourgeoisie : c Jusqu'ici, par vos lois, par votre économie politique, par votre science officielle, vous avez considéré le travailleur, sa femme et ses enfants comme de vils outils, de la conservation desquels vous n'avez même pas la responsabilité. Nous venons vous demander de faire changer cet état de choses. Nous voulons pour nous, travailleurs, le droit que vous donnez à vos capitaux : le droit d'association ».

Tout le monde était donc partisan des syndicats : les uns voyaient avec candeur dans la création de syndicats à la campagne, le moyen d'arrêter l'émigration vers les villes ; les autres croyaient, par la création de syndicats dans les villes, relever l'industrie nationale, c Ne pouvant se défendre par la force, disait à ce sujet M. Vonnois, l'ouvrier se défend par la ruse et, pour être sournoise^ sa défense n'en est pas moins préjudiciable au patron. Il gâche son travail, pour arriver à gagner son existence. Si donc l'on veut voir notre industrie reprendre le rang auquel elle a droit, il faut rétribuer convenablement l'ouvrier. Tout cela montre la nécessité d'une forte organisation ouvrière, soutenue et encouragée par la loi. Tout découle des chambres syndicales, qui sont le point d'appui de la réforme sociale. Des chambres syndicales, voilà le moyen de relever notre dignité et notre industrie nationale! »

Mais tout le monde était hostile au projet Lockroy.

€ On nous offre de nouvelles chaînes, disait M. Donnay ; inutile de dire que nous les refusons. Cette loi est un nouveau traquenard, que nous pouvons comparer, toutefois avec des circonstances aggravantes, à la loi du

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22 juin 1854 sur les livrets; c'est une loi de police d'un nouveau genre, et nous ne ferons pas aux conseils syndicaux l'injure de croire qu'ils consentiront à devenir les auxiliaires de la>préfecture de police et des parquets. » Et le congrès se prononçait pour l'abrogation des articles 291, 292, 293 et 294 du Code pénal, ainsi que des lois restrictives de la liberté de réunion et d'association.

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