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II. — Congres de Lyon

Le projet Lockroy n'était pas venu en discussion devant la Chambre, par suite de la dissolution de celle-ci en 1877. Le gouvernement annonçait son intention de déposer une nouvelle proposition. C'est ainsi que se présentait la question, lorsque s'ouvrit le congrès de Lyon en 1878. La plupart des orateurs ne comprenaient pas l'importance du syndicat, ou bien ils en exagéraient la valeur. L'un d'entre eux, M. Marchandon, voyait dans les syndicats des débouchés où, réciproquement, les travailleurs de France et les travailleurs de tous les pays pourraient écouler leurs produits, alors qu'ils se seraient formés en autant d'associations de consommation et de production. Ce devait être encore des créateurs d'écoles professionnelles où les enfants, tout en s'appliquant à devenir de bons ouvriers, apprendraient à devenir de bons citoyens, c Les syndicats, concluait l'orateur, ne sont pas le dernier mot du socia. lisme, mais la clé qui nous ouvrira cette armoire de fer, où sont enfermées toutes nos espérances. »

€ Les syndicats, disait à son tour M. Lombard, sont un levier naturel pour soulever ce vieux monde. Pour cela, il est nécessaire de fédérer tous les syndicats et de

créer la coalition des ouvriers unis par leurs intérêts. Mais une chose nous entrave : ce sont les lois qui restreignent la liberté du travail et de réunion. Nous demandons que Ton brise nos chaînes. Nous sommes assez grands pour nous passer de lisières ; nous ne sommes pas des enfants. »

M. Boyet, délégué des bijoutiers de Lyon, répondait à l'objection que Ton fait aux associations de ne pas posséder de capital :

€ Puisque nous ne le possédons pas, que devons-nous faire? Une seule chose : l'acquérir, non pas en nous en emparant, en le faisant passer des mains des capitalistes dans les nôtres par la violence, le vol, la spoliation, mais en cessant de l'alimenter et de l'engraisser.

€ Par exemple, au lieu de s'assurer à des compagnies d'assurances contre l'incendie, les travailleurs peuvent fonder des assurances mutuelles, où ils paieront moins et n'auront pas à solder les dividendes d'actionnaires inutiles.

« La liberté d'association doit être réclamée pour tous, sous une condition : la déclaration préalable. »

Cependant quelques délégués continuaient à prôner l'association de production et à soutenir l'inanité de l'action syndicale.

« A quoi pouvait-elle servir? avançait un délégué; à faire augmenter le prix de la journée? Mais le coût de la vie hausse en proportion. En Amérique la journée est de 15 à 18 francs. Les ouvriers y sont-ils plus heureux? Non, car pour le loyer ils payent trois fois plus cher qu'ici. Ils gagnent trois fois plus, mais ils dépensent trois fois plus.

« Il n'y a qu'un remède à la situation des ouvriers, et ce remède est l'association de production. En 1869, la cor-

poration des mégissiers avait une chambre syndicale, qui déclara la grève pour obtenir une augmentation de salaire. La grève dura six mois, pondant lesquels la chambre syndicale vida ses caisses de résistance et les caisses des autres corporations, qu'elle entraîna à la ruine ; quand il n'y eut plus d'argent, on décida que la mégisserie serait mise en association coopérative. Excellente idée qui avait le défaut de naître six mois trop tard! >

Enfin un délégué des maçons de Lyon recommandait également l'association de production, comme le meilleur moyen de faire cesser le^ grèves, c Les ouvriers ne peuvent pas se révolter contre eux-mêmes ! » .

Ces discussions se terminèrent par le vote de l'abrogation pure et simple de toutes les lois restrictives de la liberté de réunion et d'association et par le vote d'un amendement acceptant provisoirement la reconnaissance légale des syndicats.

Ce vote ne fut pas ratifié par l'ensemble des chambres syndicales, et le 30 mars 4878, une commission fut nommée par les délégués de 62 chambres syndicales ouvrières de Paris, pour élaborer un projet.

Ce projet exigeait l'abrogation des articles 414, 415 et 416 du Code pénal et le droit de posséder et d'ester en justice, d'ouvrir des offices de renseignements, d'exercer les fonctions d'arbitre et d'expert et d'établir les clauses des contrats d'apprentissage. La déclaration ne devait porter que sur les statuts et le nombre des membres adhérents et, à Paris, devait être faite, non à la préfecture de police, mais à la préfecture de la Seine, et dans les départements aux mairies et préfectures au lieu de l'être € entre les mains » des maires ou préfets, comme le demandait le projet Lockroy.

Ce nouveau projet * fut accepté d'un commun accord entre la commission syndicale et les députés de Textréme gauche et il devait être opposé au projet que s'apprêtait à présenter le gouvernement.

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