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MOYENNE

PAR FÉDini

1. Ces chiffras indiquent le nombre des fédérés ayant pa^é lears cotisations dans le cours de l'année et non celui des fédérés inscrits.

Soit, en l'espace de seize années, une somme de 131 358 fr. 50 distribuée au titre de viaticunny avec une moyenne par sociétaire de 20 fr. 988 pour les seize années, soit 1 fr. 312 par an.

Et qu'on ne croie pas ces sommes considérables perdues pour la fédération. Bien au contraire.

Non seulement elles ont soulagé des ouvriers dans le besoin, les ont aidés à se tirer quelquefois d'un mauvais pas, mais elles ont contribué puissamment à la propagation de Tidée d'association syndicale et à l'amélioration des salaires. Et cela se conçoit; le voyageur, n'ayant pas d'attaches dans les villes où le hasard du travail l'amenait, sentant qu'il avait un soutien

FÉDÉRATION DES TRAVAILLEURS DU LIVRE lOi

assuré, résistait plus facilement aux tentatives d'abaissement de salaire, que l'ouvrier obligé par ses relations de demeurer dans le pays. C'était un propagandiste de premier ordre et bien des sections ont été formées par ces trimardeurs.

Il n'a pas été fait de statistique du nombre de voyageurs aidés. Cependant nous avons pu faire le relevé du nombre de syndiqués ayant touché le viaticum à Paris, depuis le l®** juillet 1896. En voici le détail :

Nombre Années. de voyageurs.

1896 (du r' juillet au 31 décembre) 65

1897 (du 1" janvier au 31 décembre)........ 81

Le nombre des voyageurs a été augmenté par l'Exposition; sur les 218 typographes* secourus, 19 seulement étaient français. Les fédérations étrangères avaient facilité à leurs adhérents le voyage à Paris; mais leur ignorance de la langue française les empêcha de trouver du travail sur la route, de sorte qu'ils touchèrent le viaticum à l'aller et au retour, la plupart étant venus par l'Est et repartis par le Nord.

Des conventions de réciprocité ont été conclues avec l'Allemagne, l'Au triche-Hongrie, la Belgique, l'Italie, la Suède et la Norvège.

Le comité central se compose de vingt-cinq membres nommés par les sections et de deux membres de chacun des syndicats similaires (conducteurs, fondeurs en carac-

tères, relieurs, correcteurs, stéréolypeurs) adhérents à la fédération.

Les élections ont lieu tous les trois ans, dans la première quinzaine de décembre.

Il n'y a d'élections complémentaires que lorsque, par suite de démission ou de décès, le nombre des membres est réduit à vingt.

Les fonctions du comité central consistent à veiller à l'exécution des statuts, à diriger les grèves, à pourvoir aux intérêts matériels et moraux de la fédération. Il s'occupe du placement des fédérés sans travail, de la gestion de la caisse fédérale, de l'établissement du bilan, de la fixation de la date et de l'ordre du jour des congrès.

Le comité central nomme un délégué permanent, qui est en réalité le secrétaire général de la fédération. Il est la personnification de l'autorité directrice.

A côté du comité central, nommé au scrutin de liste et à la même époque que le comité, siège une commission de contrôle, dont les attributions sont limitées à la surveillance de la gestion des fonds fédéraux.

La commission de contrôle est composée de sept ouvriers typographes et d'un membre de chacune des parties similaires fédérées. — Lorsque la commission de contrôle, que l'on pourrait assimiler à la commission du budget dans nos parlements, est réduite à cinq membres, par suite de démissions ou de décès, on appelle, à la suite de la liste des candidats, ceux qui ont obtenu le plus de voix. En cas de refus, il est procédé à des élections complémentaires.

Sur les cotisations versées par chaque sociétaire à son syndicat, il est prélevé une somme de fr. 40 par mois, qui forme le fonds ordinaire de la caisse fédérale. Ce fonds suffît à payer les impressions, les frais généraux,

le service du journal La Typographie Française, les .j

premiers secours de grève. Si une grève se prolonge ou prend une grande importance, le comité central peut décréter un impôt exceptionnel de grève.

Le budget du comité central est établi tous les trois mois. Voici le résumé d'un de ces budgets :

Il se trouvait 7 000 fédérés payant leurs cotisations. Ils avaient versé dans le trimestre 8 478 francs. Les sections devaient encore à la fédération, au commencement du trimestre, 19050 francs, plus 4 213 francs de frais de grèves pour le trimestre précédent, ce qui, avec les remboursements du trimestre courant, faisait une dette totale de 38 551 francs, que la fédération avait à recouvrer sur les sections. Cette opération se fait régulièrement dans le trimestre qui suit.

De son côté, la fédération avait à solder 1 250 francs de viaticum avancés par les sections, et 8 365 francs qu'elles réclamaient pour frais de grève.

L'encaisse de la fédération est actuellement de 90000 francs, déposés à la Banque de France et à la Caisse d'Épargne.

On ne peut songer à fixer d'avance les frais de grève, car il est impossible d'en connaître le nombre, la durée, non plus que la quantité d'ouvriers sans travail, aux besoins desquels il faudra subvenir. ■— La fédératiotx fait donc l'avance des fonds de grève et, si le cas devient grave, elle Vntc un quantum; mais la répartition des frais au prorata des membres dont se composent les sections, ne peut se faire que dans le trimestre suivant, lorsque les dépenses sont connues et arrêtées.

SYNDICATS OUVRIERS. *à

Le comité central publie un journal chargé de soutenir les intérêts de la corporation : La Typographie Française, organe officiel de la Fédération Française des Travailleurs du Livre, Une partie officielle donne les procès-verbaux des séances, une seconde partie indique les mises à l'index, les annonces de grève et les offres de travail.

Le nombre des fédérés est de 8 000 environ, dont 3 700 pour Paris.

On compte à Paris 5 500 à 6 000 typographes et 5 à 600 femmes. Pour tout le reste de la France, on compte 513 à 1 000 ouvriers typographes environ et 1 000 à 1 500 femmes, qui sont répartis dans les villes de Poitiers, Mayenne, Laval, Limoges, Châteauroux, Tours, Angers, Vannes, Saint-Brieuc, Le Havre, Saint-Amand, Bar-le-Duc, Rodez, Saint-Dizier, Bordeaux, Besançon, Montluçon, Dijon, Lyon, Périgueux, Le Mesnil, Clichy, Sceaux, Gorbeil, Villefranche-de-Rouergue, Châteaudun, etc.

La fédération tend de plus en plus à prendre une haute autorité morale. Cette autorité est à peine contestée aujourd'hui par les patrons, qui furent jadis ses adversaires les plus déclarés.

Le rôle de la fédération, son but, serait évidemment de rapprocher l'ouvrier du patron, d'obtenir justice, non point par des grèves qui ruinent les deux parties, mais par la conciliation. Et cette conciliation se produirait facilement si l'entente pouvait être résolue entre les patrons.

Mais c'est entre ces derniers qu'existe la concurrence la plus désastreuse et la plus effrénée. Certains acceptent des travaux à prix coûtant ou à perte et n'ont d'autres ressources que d'abaisser les salaires et d'employer les

ouvrières. C'est à qui pourra accaparer les commandes. Des petits patrons dans les villes de province acceptent les travaux de la préfecture à 75 p. 100 de rabais, pour avoir le droit d'être appelés imprimeurs de la préfecture.

Cette concurrence entre les patrons aura les plus déplorables résultats, et si les intéressés eux-mêmes n'y mettent un terme, elle se terminerait par des ruines bruyantes, qu'il est peut-être encore temps de prévenir.

Un des imprimeurs de Paris voulut faire cesser cette concurrence. Il fit appel à tous ses confrères, qui tous promirent d'exiger le tarif pour les commandes qui leur seraient confiées. Quelques jours plus tard le maîtreimprimeur en question demanda les factures de ses confrères, il ne put en obtenir une seule.

Un commencement d'accord est cependant intervenu entre les patrons et les ouvriers imprimeurs, et ce commencement d'accord indique suffisamment que nombreux sont les patrons et nombreux les ouvriers qui comprennent quel serait l'intérêt de tous.

En 1895 se tinrent en même temps, à Marseille, les deux congrès des maîtres-imprimeurs de France et de la Fédération des travailleurs du Livre, le congrès patronal et le congrès ouvrier. Le 12 septembre, à la séance d'ouverture du premier de ces congrès, M. Barthelet donnait lecture de la lettre suivante, qu'il recevait de M. Keûfer:

Monsieur,

Je viens vous accuser réception de l'aimable invitation que vous avez adressée au directeur de La Typographie française, à assister aux séances du congrès des maîtres-imprimeurs.

C'est avec une entière sincérité que nous vous remercions.

...En môme temps, je viens vous informer que j'accepte bien volontiers l'invitation faite au nom du comité patronal, à assister au déjeuner de samedi prochain; c'est un honneur sensible pour moi.... Enfin je suis heureux de vous annoncer que le congrès typographique ouvrier a décidé, à l'unanimité moins sept voix, de prendre part à des réunions mixtes, par l'intermédiaire d'une commission qui sera composée de cinq membres choisis parmi les représentants des villes groupées et de deux membres du comité centrai. Nous espérons que le congrès des maîtres-imprimeurs répondra dans le même sens au vote du congrès ouvrier.

Le congrès patronal applaudit à cette proposition et choisit immédiatement sept de ses membres pour s'entendre avec les ouvriers :

€ Patrons et ouvriers, jusqu'ici séparés, disait M. Barthelet au banquet de clôture, quoique vivant côte à côte, nous avons nourri bien des illusions sur nos droits et aussi sur nos devoirs respectifs. Nous avons seuls fait notre compte, et un vieux proverbe dit : c qui compte sans son hôte, compte deux fois ». Nous allons être en présence de l'hôte et il faudra compter avec lui, car si l'hôte pour vous c'est nous, l'hôte pour nous c'est vous. Au lieu de monologuer, ce qui est un moyen d'avoir toujours raison, il va falloir dialoguer. — Il n'est pas de difficultés dont on ne puisse venir à bout entre braves gens, avec de la loyauté et du bon sens — et j'ajoute avec l'esprit de tolérance et le respect des convictions de ses adversaires. >

A Limoges, en 1898, les statuts de la commission mixte furent votés.

Une sanction était portée aux arrêts de cette commission :

« La décision prise par la commission de conciliation

OU par l'arbitre désigné par elle sera communiquée officiellement aux parties, sur les soins du juge de paix; la partie qui refusera de se soumettre à cette décision, malgré l'engagement pris, ne devra, d'aucune façon, être soutenue par ses pairs. »

Le premier souci de la commission fut de régler la question de l'apprentissage i. Un questionnaire fut adressé à tous les patrons imprimeurs et à tous les syndicats ouvriers de la Fédération du livre. 270 maîtresimprimeurs et 51 syndicats répondirent. « Ce n'est plus à l'État, dit M. Em. Rivière, qu'on ira désormais demander l'étude des lois sociales, mais bien à des groupements professionnels où se trouvent en contact les deux éléments de la production, patrons et ouvriers, avec leurs intérêts opposés en apparence, simplement distincts en réalité. »

Depuis, la commission mixte a adopté les deux projets du contrat d'apprentissage et de la création de commissions mixtes d'arbitrage.

Le congrès patronal de Bordeaux les a acceptés et M. Mille rand, ministre du Commerce, en ouvrant le congrès des maîtres-imprimeurs de France, à Paris, en 1900, put féliciter ceux-ci de leur louable initiative et leur demander l'autorisation de s'en inspirer pour la création des conseils du travail.

1. Voir tous les détails concernant le fonctionnement de la commission, dans Vingt ans de vie sociale, d'Emmanuel Rivière, imprimeur à Blois. Librairie Emmanuel Vitte, 14, rue de l'Abbaye, Paris,

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