LES BOURSES DU TRAVAIL
de l'ouvrier, l'endroit de réunion où il retrouve ses camarades d'action. Les habitués de la Bourse se nomment les < militants ». Des conférences, une bibliothèque, des concerts, des relations entre les divers métiers, des renseignements sur l'état de crise ou de prospérité des différentes industries, les annonces de grèves, des discussions sur les sujets qui lui tiennent au cœur, des secours, un bureau de placement, l'ouvrier trouve tout cela dans les Bourses du travail, et il aime cette institution qui lui est si utile.
On ne saurait contester l'utilité pour des syndicats de même métier, de se fédérer. Il faut à toute organisation un centre moteur.
Mais il existe à côté des syndicats, nombreux pour la même industrie, des syndicats peu nombreux et même uniques dans certaines autres professions : les syndicats de gantiers par exemple, ou le syndicat des abatteurs de porcs, ou le syndicat des ouvriers de l'acétylène, ou encore celui des ouvriers constructeurs d'automobiles, ou enfin celui des ouvriers fabricants de bougies.
Ces syndicats devaient-ils rester isolés, parce qu'ils ne pouvaient former de fédération de métiers? Nullement. Et c'est une des raisons d'être des Bourses du travail, qui ne sont que des fédérations régionales de tous les métiers. Ces syndicats se groupent avec d'autres syndicats, n'ayant avec ceux-ci d'autre connexité d'intérêts que celle qui résulte de la cohabitation dans le même lieu. Et alors, s'ils ont à supporter une grève ou de longs chômages, ils sont aidés à les supporter par
les autres syndicats, quittes eiix-mêmes -à les aider à leur tour, dans les mêmes circonstances.
L'organisation ouvrière se fait donc sous toutes les formes. Si elle est impossible d'une façon, elle se crée d'une autre manière. Les travailleurs n'ont plus qu'une devise < Unis, nous serons forts ! » Et ils s'unissent, ils resserrent entre eux les liens de la solidarité, ils s'entr'aident, ils se sentent les coudes et marchent en bataillons serrés.