‹ Syndicats, ouvriers, fédérations, bourses du travailChapitre 64 sur 86 · RÉOUVERTURE DE LA BOURSE · texte numérisé non relu

RÉOUVERTURE DE LA BOURSE

Le 7 décembre 1895 était promulgué un décret autorisant la réouverture de la Bourse du travail. M. Mesureur était alors ministre du commerce, et il ne pouvait oublier qu'il avait signé le manifeste de protestation contre sa fermeture.

{. Pendant la fermeture de la Bourse, une Bourse indépendante se forma et sHnstalla dans la cité Riverin, vivant de ses propres ressources et n'ayant qu*un fonctionnaire : M. Baume.

L*article 2 de ce décret portait cependant que seuls les syndicats professionnels d'ouvriers ou d'employés, légalement constitués et fonctionnant suivant les prescriptions de la loi du 21 mars 1884, étaient admis à occuper un local dans la Bourse du travail.

L'article 3 stipulait que les syndicats devaient adresser leurs demandes d'admission au préfet de la Seine, qui statuait sur l'admission, en se conformant aux dispositions du règlement général délibéré par le Conseil municipal.

L'article 4 admettait que les syndicats admis à la Bourse du travail s'administraient librement et prenaient telles dispositions qui leur paraissaient utiles, pour tout ce qui concernait l'organisation de leurs bureaux, de leurs réunions ou assemblées, de leur service de placement gratuit.

L'article 10 instituait une commission consultative composée de vingt membres : dix membres délégués par les syndicats admis à la Bourse, six membres du Conseil municipal de Paris nommés par cette assemblée, deux représentants de la préfecture de la Seine désignés par le préfet, deux représentants de l'office du travail désignés par le ministre du Commerce.

Dans la séance du 7 janvier 1896, le Conseil municipal élabora le règlement général, qui lui était demandé par l'article 3 du décret du 7 décembre. Ce règlement régissait les rapports entre les syndicats et les services publics.

Ce règlement chargeait un régisseur d'assurer les services financiers de la Bourse, de payer les allocations pour permanence, de contrôler les dépenses. — - Ce régisseur était le représentant du préfet.

Enfin le rapporteur M. Champoudry, proposait le

projet suivant : Tous les ans un annuaire, toutes les semaines un bulletin officiel devaient être publiés, sous le contrôle de la commission du travail du Conseil municipal. Ce qui faisait dire à M. Caron que le Conseil municipal se transformait en journaliste, en censeur devant empêcher les polémiques. Mais alors les comptes rendus des syndicats ne pouvaient être publiés! — Si l'on veut en faire un recueil de statistique, répondait M. Escudier, il faut ajourner cette question jusqu'à l'organisation du Bureau de statistique. Il faut en effet des spécialités pour éclairer le langage des chiffres ; et les syndicats commettent une erreur en croyant que n'importe qui peut faire de la statistique.

Devant ces objections sérieuses, M. Champoudry abandonna son projet.

La Bourse n'a encore ni journal, ni annuaire.

M. Dumay, ancien député socialiste, était nommé régisseur de la Bourse.

Le 8 mars 1896, le comité fédéral des Bourses du travail se réunit à la Bourse provisoire du travail, pour discuter sur l'opportunité de la réintégration des syndicats à la Bourse officielle de la rue du Château-d'Eau.

La discussion fut des plus animées. M. Baume, secrétaire de la Fédération, prit la parole pour donner lecture du résultat du plébiscite ouvert auprès de tous les syndicats adhérents ou non adhérents à la Bourse provisoire.

Deux questions étaient posées aux syndicats :

1** Votre organisation est-elle d'avis de rentrer à la Bourse du travail de la rue du Château-d'Eau, en acceptant le décret du 7 décembre 1895 et le règlement du Conseil municipal du 6 janvier 1896?

!2o Votre organisation est-elle d'avis que, quel que soit le résultat de la consultation des syndicats, la minorité devra se ranger à l'avis de la majorité?

Sur 297 organisations auxquelles le questionnaire fut adressé, 118 répondirent. Ce chiffre se composait de 65 syndicats, sur 76 appartenant à la Bourse du travail provisoire, et de 53 syndicats indépendants.

Le nombre des syndicats adhérents favorables à la réintégration ou disposés à suivre la majorité, était de 51 sur 64 votants (un syndicat s'était abstenu sur les deux questions).

Le nombre des syndicats non adhérents, favorables à la réintégration ou disposés à suivre la majorité, était de 39 sur 53 votants.

Le plébiscite avait donc retenu une majorité de 90 voix pour la rentrée à la Bourse officielle.

La réunion se termina par le vote d'une proposition faite par M. Baume, invitant les syndicats qui rentreront à la Bourse à être très prudents et à ne laisser aucune pièce administrative dans leurs bureaux, c Après le départ des administrateurs, disait M. Baume, les policiers auraient, pendant la nuit, tout le loisir de prendre connaissance de documents intéressant le mouvement ouvrier. »

Le samedi 11 avril 1896, avait lieu, sous les auspices de la municipalité de Paris, la réouverture solennelle de la Bourse du travail.

M. Landrin, secrétaire et délégué du bureau du Conseil municipal, présidait la séance, assisté de M. Lucipia, président du Conseil général, et de M. Navarre, président de la commission du travail.

M. Landrin déclara, au nom du Conseil municipal, qu'il remettait « aux mains des syndicats ouvriers le bâtiment qui leur appartient ».

€ La situation des syndicats après la fermeture de la Bourse, dit M. Navarre, est restée très précaire. Pour venir en aide à ceux qui s'occupaient du placement de leurs membres, le Conseil municipal vota un crédit de 50000 francs. Cette fois encore, M. Dupuy, génie malfaisant, interdit le versement de toute subvention aux chambres syndicales qui n'avaient pas opéré le dépôt de leurs statuts, poussant jusqu'à l'odieux l'arbitraire du gouvernement... Le décret du 7 décembre 1895 n'est qu'un acte de réparation et de justice, justice tardive, réparation incomplète... Cette Bourse du travail sera, entre vos mains, un instrument d'affranchissement, une arme de combat avec laquelle vous tiendrez en échec la puissance scandaleuse des capitaux coalisés ».

Depuis, la situation de la Bourse a été modifiée. Elle était, jusqu'en 1900, administrée par une commission mixte composée de 20 délégués, dont 10 ouvriers, 6 conseillers municipaux, 2 membres désignés par le préfet et 2 choisis par le ministre du Commerce. Jamais les syndicats révolutionnaires n'avaient voulu reconnaître cette autorité, et à côté de la Bourse officielle, ils avaient formé une Bourse indépendante, sous le nom d' Union des syndicats de la Seine,

Le 17 juillet 1900, M. Millerand signa un décret qui, tout en laissant au régisseur, M. Dumay, le soin de représenter le préfet de la Seine pour la conservation des immeubles, la direction administrative et le paie-

ment des dépenses, transformait la commission, qui devait être, dès lors, uniquement composée de délégués des syndicats. Cette commission administrative restait chargée de prononcer sur l'admission ou l'exclusion des syndicats, la distribution des locaux et la participation des subventions accordées aux chambres syndicales.

Ces subventions pour le placement et les frais de permanence qui s'imposaient aux syndicats, s'élevaient à 410000 francs environ, mais elles étaient votées par le conseil municipal de Paris. Le conseil municipal, qui était en conflit avec le ministère Waldeck-Rousseau, vit dans cette exclusion de ses membres de la commission administrative, un acte d'hostilité de M. Millerand, ministre du Commerce. 11 supprima dans le budget de 4901 ce crédit de 140000 francs et le porta à une réserve spéciale, qui devait servir à subventionner les syndicats, installés ou non à la Bourse du travail, — qui consentiraient à adresser une demande d'allocation au conseil municipal.

Cette décision causa un certain émoi à la Bourse. Même sous l'empire du décret de 4895 rendu sur la proposition de M. Mesureur, alors ministre du Commerce, les syndicats étaient à peu près tout-puissants pour la répartition du crédit de 440 000 francs qui leur était alloué en bloc. Cette répartition incombait bien, d'après le décret, à la commission consultative composée d'ouvriers, de conseillers municipaux et de fonctionnaires, mais, en fait, cette assemblée ne faisait guère que ratifier les propositions d'une commission purement ouvrière, la commission du budget. Il n'y eut du reste jamais de protestations et, le nombre des syndicats adhérents à la Bourse du travail ayant sensiblement augmenté au cours des années dernières, les ouvriers

avaient d'eux-mêmes réduit le maximum des allocations afin d'en attribuer à un grand nombre de syndicats.

Sur les 300 syndicats inscrits à la Bourse du travail, 120 syndicats seulement, ayant un délégué permanent pour le placement de leurs adhérents, étaient subventionnés. Les syndicats qui ont un nombreux effectif, ceux des employés et ouvriers de la compagnie du gaz, des employés de la compagnie des omnibus et tramways, la fédération du livre, etc., recevaient l'allocation maxima, c'est-à-dire 176 francs par mois. Les autres percevaient, suivant leur importance, de 176. francs à 8 francs. Avant le décret rendu sur la proposition de M. Millerand, le 17 juillet 1900, la commission consultative, après avoir pris l'avis de la commission ouvrière du budget, envoyait son projet de règlement au préfet de la Seine, qui le ratifiait. Depuis le nouveau décret, la commission consultative ayant été remplacée par une commission administrative composée exclusivement d'ouvriers, cette commission soumettait directement ses propositions au préfet de la Seine. M. de Selves remettait les mandats ordonnancés à M. Dumay, régisseur de la Bourse du travail, qui en distribuait le montant aux syndicats portés sur la liste d'émargement.

Les syndicats refusèrent de « s'abaisser à demander l'aumône aux nationalistes du conseil municipal >.

€ Le décret du 17 juillet 1900 est formel, dit M. Baume, secrétaire de l'Union des syndicats de la Seine, il ordonne que les subventions doivent être proposées par la commission administrative. Le conseil municipal n'a pas le pouvoir de subventionner directement les syndicats. Il doit passer par l'intermédiaire des administrateurs de cette institution, reconnue d'utilité publique, qu'est la Bourse du travail. Le ministre a ainsi voulu

éviter l'intrusion de la politique dans les syndicats et empêcher les marchandages électoraux auxquels pouvaient donner lieu l'attribution des subventions par le conseil municipal, suivant son bon plaisir. Nous espérons donc que le gouvernement saura faire son devoir et rétablira le crédit. Mais, s'il ne le fait pas, il n'est pas ici un seul syndicat qui sollicitera l'aumône des nationalistes. Nous ne faisons pas de politique. Tous nos congrès l'ont proscrite, mais nous ne pouvons pas être avec les ennemis des travailleurs. »

Au commencement de l'année 1902, les syndicats de la Bourse se sont cependant résolus à s'aboucher avec les représentants du conseil municipal pour obtenir les subventions, sans lesquelles leurs bureaux de placement ne pouvaient plus fonctionner.

A la Bourse centrale du travail de Paris, il existe donc actuelleijient deux organisations distinctes : 1** la Bourse officielle qui est dirigée par un régisseur, M. Dumay, et par une commission administrative jadis composée de délégués du conseil municipal et du ministère de l'Intérieur et des syndicats ouvriers, aujourd'hui composée seulement de délégués des syndicats ouvriers ; 2® l'Union des syndicats de la Seine, qui a pour secrétaire général M. Baume et comprend les syndicats les plus importants du département et les fédérations importantes installées à la Bourse; elle est absolument autonome et n'admet pas l'intrusion de l'autorité préfectorale dans son 'fonctionnement. C'est l'ancienne Bourse indépendante, qui s'était constituée pendant la fermeture de l'immeuble de la rue du Château-d'Eau, et qui

a dû changer son titre *■ et prendre celui d'Union des syndicats de la Seine. Elle est composée d'une centaine de sjrndicats, et son budget est alimenté par une cotisation qui varie de 1 à 10 francs^ suivant l'importance des syndicats adhérents. LTnion est administrée par un comité central formé d'un délégué par syndicat, qui nomme lui-même une commission executive de douze membres , chargée de l'expédition des affaires courantes.

4. L'Administration lui a refusé le droit de porter le nom de Bourse de travail.

Page 1