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CHAPITRE I

Historique.

l'unification des forces syndicales

Les ouvriers, enfermés dans les organisations politiques, mirent un temps assez long à recouvrer leur indépendance et à se séparer des politiciens; c'est vainement que les socialistes parlementaires ont essayé d'accoupler les deux idées de « conquête des pouvoirs publics » et de € révolution sociale », et qu'ils ont voulu faire de la première le moyen et de la seconde le but, sans apercevoir, sans vouloir comprendre la contradiction radicale qui existe entre celui-ci et celui-là.

Pousser les foules à la conquête des pouvoirs publics, c'est briser en elles les ressorts de la révolte, c'est les éloigner de la révolution.

Tandis que pousser les multitudes à la révolution, c'est étouffer en elles le respect des pouvoirs et, par suite, les éloigner de leur conquête.

C'est ainsi que parlent les socialistes syndicaux. Pour eux un seul moyen subsiste : la révolution par la grève générale.

La haine que les socialistes syndicaux portent aux socialistes parlementaires^ est déjà ancienne. Soumis au début à l'influence des doctrinaires du parti socialiste, les syndicaux ont eu de la peine à rompre le joug si lourd qu'ils avaient accepté.

Tout d'abord, ces doctrinaires se montrèrent révolutionnaires forcenés. Ils laissaient t aux hémorroïdes des bourgeois les sièges électoraux ». L'émancipation politique du prolétariat était une duperie, et toute intervention électorale de la classe laborieuse tournait fatalement au profit de son ennemi : la bourgeoisie.

M. Jules Guesde, dans une de ses brochures, passait en revue les résultats du suffrage universel et concluait ainsi :

« Quelle démonstration plus éclatante de la stérilité, au point de vue ouvrier, de ce suffrage universel, dont la plupart, hélas ! encore dupes de la sophistique radicale, persistent à attendre leur émancipation graduelle et pacifique ! »

Mais plus tard, lorsque le scrutin eut réussi à ces messieurs, leur langage se modifia, et le 25 juin 1896, le même M. Guesde disait, au Palais-Bourbon :

€ Rien que par l'armée légale du suffrage universel, l'armée collectiviste deviendra fatalement, et avant peu, maîtresse du pouvoir, maîtresse de la République! »

On conçoit qu'après de telles variations, le peuple ouvrier se soit détourné de ces chefs, dont les idées changeaient au gré des circonstances.

Il n'est pas inutile de raconter comment la rupture définitive se produisit. Pour cela, il nous faut remonter à l'origine de l'organisation du parti ouvrier.

Depuis la chute des corporations, les ouvriers essayèrent, à maintes reprises, de grouper leurs intérêts et d'associer leurs forces.

Les uns s'enfermèrent dans le compagnonnage *, forme archaïque et stérile de l'association, les autres créèrent des sociétés secrètes et conspirèrent contre le pouvoir, qu'ils réussirent parfois à renverser, au profit... de la bourgeoisie avancée.

D'ailleurs, les gouvernements n'ayant pas à escompter les suffrages populaires dans les élections, puisque le suffrage universel n'existait pas, semblaient se préoccuper vaguement du sort des ouvriers.

Ce n'est qu'en 1848 que le droit de suffrage est conquis, mais cette conquête du pouvoir politique rend plus évidente encore, pour les ouvriers, leur sujétion économique.

Ils réclament alors le droit d'association, et la forme d'association qui les tenta d'abord fut l'association de production, qui devait les délivrer du joug du patronat.

Suprême désillusion! Ces hommes ne songèrent pas que l'association de production est le terme le plus élevé de la coopération, terme auquel on n'accède que par la coopération de consommation qui s'adresse aux besoins immédiats du ménage pauvre, et la coopération de crédit qui procure des fonds à ceux qui n'en ont pas.

L'échec de ces braves gens fut pitoyable !

Cependant ils se ressaisissent bientôt et songent à s'instruire de l'expérience des autres. On leur dit qu'à

1. Voir à ce sujet le livre si documenté de M. Et. Marlin- Saint-Léon, bibliothécaire du Musée Social. — A. Colin, édit.

Tétranger, des ouvriers ont réussi là où ils ont échoué. Les expositions industrielles internationales attirent leur attention et ils y envoient, grâce à des subventions, ou bien des souscriptions, de nombreux délégués.

La première tentative est faite par la chambre de commerce de Lyon, qui envoie douze chefs d'atelier, contremaîtres et ouvriers, visiter l'Exposition de 1849.

A l'Exposition internationale de Londres, en 1851, le conseil municipal de Paris délègue d'abord quatre-vingts ouvriers choisis par leurs patrons ; puis des souscriptions permettent l'envoi d'une seconde délégation absolument indépendante. Le secrétaire de cette délégation, M. Pierre Vinçard, publie les rapports des délégués dans le journal la Presse.

En 1862, nouvelle Exposition internationale à Lyon et nouvel envoi de délégation ouvrière, patronnée par le prince Napoléon, président de la commission française de l'Exposition.

C'est à cette occasion que fut fondée V Internationale. Le 5 août 1862, le comité du journal ihe Working man organisa une fête de fraternisation internationale, où les ouvriers anglais proposèrent aux ouvriers français un véritable pacte d'alliance. .

€ Espérons, disaient les Anglais, que, maintenant que nous nous sommes serré la main, que nous voyons que, * comme hommes, comme citoyens et comme ouvriers, nous avons les mêmes aspirations et les mêmes intérêts, nous ne permettrons pas que notre alliance fraternelle soit brisée; espérons que nous trouverons quelque moyen international de communication, et que, chaque jour, se formera un nouvel anneau de la chaîne d'amour qui unira les travailleurs de tous les pays.

€ Frères de France, nous ne regardons plus les

hommes comme étrangers ou comme ennemis, parce qu'ils sont nés sous d'autres climats, ou parce qu'ils parlent un autre langue, ou parce que leur peau n'est pas exactement de la môme couleur que la nôtre. »

Ce discours passé inaperçu, c'était la constitution effective de V Internationale , dont la première manifestation fut la publication d'un manifeste connu sous le nom de Manifeste des soixante.

En 1867 s'ouvre à Paris le quatrième Exposition internationale. La commission impériale, chargée de son organisation pour la France, arrête qu'une commission d'encouragement pour les études des ouvriers sera chargée de provoquer, dans les différents corps de métiers, la formation de délégations ouvrières à cette Exposition.

A cette commission, présidée par M. Devinck, des offres officieuses furent faites en termes peu voilés :

€ Nous sommes de pauvres diables, dit M. Chabaud, délégué des maçons, de pauvres diables sans crédit, impuissants à nous tirer d'embarras. Une personne que vous connaissez et qui est constamment occupée du sort des ouvriers, veut nous venir en aide. Elle nous offre quarante et une maisons comme capital fondatif, évalué à 500 000 francs. Nous emprunterons, sur la garantie de ces quarante et une maisons, 250 000 francs au Crédit foncier, et nous souscrirons 100 000 actions, qui nous procureront de quoi loger cent vingt-trois ménages... Il ne faut, pour cela, qu'accepter la main qu'on nous tend. »

Il se forme, à ce moment, dans les grands centres comme Paris et Lyon, quelques sociétés qui s'intitulent nettement Sociétés de résistance et de solidarité^ ou bien Chambres syndicales, et leur ceatre est I'Union fédérale.

Mais, en 1870, V Union fédérale est disloquée par la force des événements, pendant que V Internationale, à qui la guerre laissait complète liberté de propagande et d'action, répand ses doctrines parmi la classe ouvrière.

Avec la Commune, toute l'organisation syndicale est brisée.

M. Barberet essaie alors de réformer les chambres syndicales, dans le but de contrecarrer les velléités de grèves, dont il redoutait l'action funeste à l'égard de la République, à peine affirmée.

En 1873, se tient une Exposition à Vienne. M. Tolain demande à l'Assemblée nationale un crédit de 100000 francs pour y déléguer des ouvriers. Le crédit est refusé, mais des souscriptions dans les journaux réunissent 80 000 francs en trois mois, et la délégation est envoyée.

A l'Exposition de Philadelphie, en 1876, une nouvelle délégation est envoyée, grâce à un subside de 50 000 francs voté par la Chambre et à un crédit de pareille importance offert par le conseil municipal de Paris.

Les délégations, qui avaient été organisées depuis 1871 par les chambres syndicales, alors mutualistes et d'opi. nion modérée, avaient été violemment attaquées par les réfugiés politiques de Londres, Genève et Bruxelles.

UNinCATION DES FORCES SYNDICALES 255

Plus violemment encore sont attaqués les premiers congrès corporatifs, où l'on ne se préoccupe pas, il est vrai, de l'organisation de la société idéale, que les prophètes nous annoncent comme très prochaine, mais tout simplement de l'amélioration du sort de l'ouvrier.

Les deux premiers congrès qui se tiennent en France, celui de Paris en 1876 et celui de Lyon en 1878, sont remarquables par l'intérêt des rapports présentés en séance *.

Le règlement du congrès de Paris portait que : En vue d'éviter des abus que tout le monde devine, nul ne pourra prendre la parole, s il n'est ouvrier et recommandé par sa chambre syndicale.

Les récriminations des communeux de Londres sont des plus violentes contre cette modération qui les étonne. Elles sont formulées dans une brochure intitulée : Les syndicaux et leurs congrès.

€ Le congrès ouvrier, est-il écrit au début de cette brochure anonyme, vient de terminer ses séances comme il les avait commencées, au milieu des bravos bourgeois. Journaux de droite et journaux de gauche rivalisent d'éloges. La presse réactionnaire de l'étranger fait chorus ; elle s'écrie qu'en France, « l'ère des révolutions est close ».

€ Dans la ville de la Révolution, cinq ans après la lutte de la Commune, sur la tombe des massacrés, devant le bagne de Nouméa, devant les prisons pleines, il semble monstrueux que des hommes aient pu se trouver, osant prendre le caractère de représentants du prolétariat, pour venir en son nom faire amende hono-

1. Voy. Les Congrès ouvHers de 4876 à i897, chez Armand Colin.

rable à la bourgeoisie, abjurer la Révolution, renier la Commune.

€ A Tombre protectrice des conseils de guerre bonapartistes, les syndicaux sont venus insulter à ce Paris révolutionnaire, qu'ils tententvainement de déshonorer, ils ont fait hommage aux lois qu'ils* savent respecter, alors même qu'elles ne sont pas conformes à la justice. Nous ne sommes pas les révolutionnaires, ont-ils dit, nous sommes les pacificateurs.

€ Pour nous, communeux, ajoute le manifeste, nous n'avons qu'à nous féliciter de ce que ces hommes aient ainsi produit au grand jour leurs idées réactionnaires. Par là même, ils ont cessé d'être un danger. Ce n'est pas au prolétariat révolutionnaire, qui a déclaré une guerre sans mefci à la bourgeoisie, qu'il faut parler d'entreprises de détail, de coopération, de suffrage et autres farces réactionnaires. Il n'y voit qu'un procédé hypocrite d'escamotage de la Révolution. >

Les journaux « réactionnaires » eux-mêmes manifestèrent de l'étonnemeht pour la sagesse des délibérations du congrès. € Cette séance est presque terne, à force de modération ! » disait le Moniteur,

Le règlement du congrès de Lyon déclarait également : « Il est nécessaire que le congrès soit imposant par la sagesse et le calme de ses délibérations. »

C'est cependant à ce congrès que, pour la première fois, la théorie collectiviste est prônée en France par MM. Dupire, Ballivet, Calvinhac et Thierry, de Reims. Mais que de protestations ! Huit délégués votèrent seuls la motion collectiviste.

Le congrès de Lyon avait donné mandat aux chambres syndicales parisiennes d'organiser un congrès international en septembre 1878, à Toccasion de l'Exposition universelle.

Le congrès était préparé et annoncé, lorsqu'un avis de la préfecture de police vient informer les organisateurs que la réunion ne sera pas tolérée. La commission s'arrête intimidée.

C'est alors que les collectivistes, et celui qu'ils considéraient déjà comme leur chef, M. Jules Guesde, entrent en scène. Le mandat qu'abandonnent les chambres syndicales, ils le reprennent à leur compte, soutenus par six chambres syndicales seulement. Ils reçoivent les délégués étrangers et passent, à leurs yeux, pour les représentants officiels des ouvriers français.

Cette audace les servit. Les chambres syndicales parisiennes demandent, pour leurs délégués, des cartes d'invitation au congrès et se rallient aux révolutionnaires audacieux.

Mais lorsque les congressistes veulent pénétrer au siège du congrès, qui est le domicile particulier de M. Isidore Finance, 104, rue des Entrepreneurs, ils trouvent la porte fermée. Les organisateurs sont arrêtés et poursuivis.

C'est ce que demandait M. Jules Guesde.

Devant la dixième chambre, où il comparaît le 22 octobre, il présente la défense collective de ses coaccusés, et cette défense a un retentissement énorme, que n'eût certes pas obtenu le plus brillant congrès.

Sa plaidoirie est merveilleuse d'adresse, étincelante d'ironie.

€ Le premier usage, dit-il, que fît de sa victoire le tiers état, de rien devenu tout, ce fut d'abolir le droit

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d'aînesse, ce fut, pour me servir d'une expression de Gambetta, de faire disparaître cet attentat qui consistait à dépouiller les uns au profit d'un seul, dans les familles, pour satisfaire l'orgueil de la race, et d'appeler tous les membres de la communauté à une part égale dans le patrimoine commun.

€ Or, nous ne poursuivons pas autre chose.

« Nous voulons, à notre tour, faire disparaître cet attentat plus énorme, qui consiste à dépouiller dans la société le plus grand nombre au profit du plus petit, pour satisfaire l'oisiveté de quelques-uns.

€ Si la substitution de la famille égalitaire à la famille féodale d'autrefois était commandée par l'équité, comment la substitution de la société égalitaire à la société féodale d'aujourd'hui pourrait-elle ne pas l'être? »

Le troisième congrès national réuni en France est le congrès de Marseille (octobre 1879). C'est à ce congrès que, pour la première fois en France, le collectivisme est acclamé.

On voit que le procès intenté sottement aux guesdistes avait porté ses fruits.

Avant leur condamnation, ils étaient impuissants. Après, ils se relèvent grandis et vainqueurs.

A Marseille, 73 voix contre 27 consacrèrent le principe du collectivisme. Aussi les guesdistes ont-ils coutume de ne compter que de ce congrès la série des congrès ouvriers.

M. Isidore Finance défendit vainement, mais avec éloquence, le principe de la propriété individuelle.

« La propriété impersonnelle, anonyme, dit-il, est la

pire des propriétés. Le propriétaire-individu peut encore se montrer accessible à la pitié, à la justice, à la honte; le propriétaire-corporation est sans entrailles, sans remords. C'est un être fantastique, inflexible, dégagé de toute passion et de tout amour.

€ Le système collectiviste aboutit à la négation la plus complète de l'indépendance personnelle ainsi sacrifiée au concours forcé de tous, au but fixé par la majorité opprimant la minorité. Si, dans un moment d'aberration, nous abdiquions notre individualité pour l'enterrer dans ce système, espèce de sépulcre social, l'air venant bientôt à nous manquer, nous nous révolterions contre la majorité pour reconquérir la liberté, condition indispensable du progrès.

< Ce n'est pas une série de décrets qui peut réaliser le progrès social. On ne décrète pas la moralisation de la richesse. »

Malgré cette vigoureuse défense d'une cause perdue d'avance, la résolution suivante fut votée ;

€ Le congrès adopte comme but :

« La collectivité du sol, sous-sol, instruments de travail, MATIÈRES PREMIÈRES, DONNÉS A TOUS ET RENDUS INALIÉ- NABLES PAR LA SOCIÉTÉ, A QUI ILS DOIVENT RETOURNER. »

Après les violences du congrès de Marseille et l'intransigeance des résolutions qui y furent adoptées, les quelques chambres syndicales qui existent alors se promettent de ne pas se laisser entraîner dans l'orbite des groupements révolutionnaires. Ceux-ci, pour se donner une apparence régulière, s'intitulent cercles â^études sociales et préludent au quatrième congrès qui

devait se tenir au Havre, par un congrès régional, qu'ils convoquent à Paris.

Ce congrès régional eut un certain relent d'opinions anarchistes. MM. Jean Grave, Lemale et Jeallot sont les leaders de cette subversive doctrine. On proclame présidents d'honneur : Trinquet, Louise Michel et Nourrit. On préconise l'abstention électorale et l'on entend d'audacieuses affirmations, telles que celle de M. Fournière :

« La femme qui ne se contente pas de l'homme auquel la loi l'a livrée, n'est pas une courtisane. On l'a obligée à conclure un marché avec un inconnu, elle le trompe. Quel homme de sens pourrait la blâmer? »

Le grand acte du congrès régional de Paris est d'accepter le programme du parti ouvrier, programme longuement préparé par Karl Marx, Jules Guesde, Lafargue et Lombard. Ce programme sera le drapeau autour duquel s'engageront les luttes futures dans les congrès français*.

Nous arrivons au moment de la rupture violente entre les violents du socialisme et les syndicaux modérés.

La rupture se produit au Havre en 1880.

Dès le début, le congrès se dédouble. Les révolutionnaires, qui ne représentent aucun syndicat, se voient fermer la porte du cercle Franklin, où l'on ne reçoit (jue les représentants des syndicats. Ils ouvrent un congrès à part, dans la salle de l'Union lyrique, et finissent par y attirer le plus grand nombre des délégués. Comme ils ne représentent que des cercles d'études sociales, créés pour la circonstance et formés d'un nombre réduit de

1. Voy. ce programme dans Les Congrès ouvriers de Wi à f897, — A. Colin, édit.

membres, on les appelle plaisamment « les représentants de la délégation mutuelle ». Peu importe, Télan est donné, leur violence attire peu à peu autour d'eux les représentants des syndicats des grandes villes, qui ont peur d'être traités de modérés.

Les représentants modérés des syndicats ne tiendront plus que deux congrès sans importance, à Paris et à Bordeaux. On les appelle vendus, gouvernementaux, barberettistes. Ils ne se laveront pas de semblable « flétrissure » ; et cependant à leur tête sont des hommes intelligents, ISnergiques, dévoués. La calomnie aura vite raison de leurs efforts.

Seul reste le parti révolutionnaire, mené par des gens ambitieux. Mais attendons quelque temps, et nous verrons ces chefs se perdre par leur ambition.

De 1880 à 1886 s'étend, en effet, une période pendant laquelle on n'entend parler que de manifestations politiques. M. Jules Guesde prend d'abord la tête du parti, mais en 1882 il en est expulsé par M. Brousse qui, à son tour, est renversé par M. Allemane.

Aussi se forme-t-il trois partis, trois tronçons du parti socialiste-politique :

Les Guesdistes;

Les Broussistes ;

Les Allemanistes*.

Il faut attendre jusqu'à l'année 1886 pour que les ouvriers se reprennent et reconstituent le parti syndical. Les partis politiques Içur ont pris jusqu'à leur nom. Parti ouvrier, c'est le nom du corps d'armée que

1. Voy. sur ces difTérents parlis> Le Monde socialiste, chez Armand Colin.

conduit M. Guesde. L'armée syndicale n'a plus le droit de le r(^clamer.

Cependant la loi de 1884 venait de permettre aux syndicats ouvriers de s'organiser. Ces syndicats à peine créés convoquèrent un congrès. Ce congrès se tient à Lyon en octobre 1886. Tous les délégués doivent être ouvriers et représentants de syndicats. Leur but est la fédération de tous ces syndicats.

Mais ce congrès, convoqué par les modérés, ne tarde pas à tomber au pouvoir des violents. On y crie bientôt : « Vive la révolution sociale ! » Les drapeaux tricolores sont lacérés et la partie rouge de l'étendard national est convertie en oriflamme révolutionnaire.

La loi de 1884, qui était certainement de toutes les lois votées depuis longtemps la plus libérale et la plus favorable à la classe ouvrière, est qualifiée de loi de police, qui assimile les ouvriers aux femmes de trottoirs, et l'acceptation de cette loi bienfaisante est repoussée par 74 voix contre 29 et 7 abstentions.

Une fédération nationale est constituée, ayant à sa télé un conseil général fédéral uniquement composé de l'élément guesdiste, qui était l'élément révolutionnaire... alors.

Le deuxième congrès de la nouvelle fédération se tient en 1887, à Montluçon, fief guesdiste.

€ C'est sous le drapeau tricolore, dit en débutant le président du congrès, M. Dormoy, que la bourgeoisie a commis toutes ses trahisons envers la patrie, tous les crimes et les assassinats envers la classe ouvrière...; c'est avec le drapeau rouge que l'on a, en France, relevé deux fois la République >.

Et le drapeau rouge, largement déployé, présida ces assises du quatrième Etat.

Le troisième congrès se tient en 4888, à Bordeaux, mais il est dissous par le commissaire de police, à cause du drapeau rouge qu'on y avait, là aussi, déployé. L'assemblée se voit obligée de se réfugier au casino du Bouscat, dans la banlieue de Bordeaux.

Le congrès déclara :

« Que seule, la grève générale, c'est-à-dire la cessation complète de tout travail ou la révolution, peut entraîner les travailleurs vers leur émancipation. »

Qu'on veuille bien remarquer ici ce vote en faveur de la grève générale, émanant de guesdistes avérés. Eux qui, plus tard, deviendront les plus fougueux adversaires de ce moyen d'action, verront s'effondrer, sur cette question même, cette fédération des syndicats qu'ils avaient su accaparer.

Ce vote sera durement reproché plus tard à la fédération, dont la teinte guesdiste s'accentuede jour en jour. Même les congrès de la fédération et ceux du parti guesdiste se tinrent par la suite dans les mômes villes, à quelques jours d'intervalle, les congrès corporatifs précédant les congrès politiques. Ces errements durèrent jusqu'au congrès de Marseille, qui eut la mauvaise inspiration de voter à nouveau le principe de la grève générale, que répudia deux jours plus tard, il est vrai, le congrès politique du parti guesdiste. Il fut convenu dès lors que les congrès politiques précéderaient les congrès corporatifs, pour leur montrer la voie à suivre et leur dicter leur ligne de conduite.

Une autre résolution intéressante fut votée par le congrès de Bordeaux, décidément bien imprudent. En voici le texte :

264 UNfFIGiLTION DES FORCES OUVRIÈRES

c Considérant

€ Qu'il est impossible à des citoyens de croire que la reprise de possession pourra jamais s'opérer du consentement de la boui^eoisie;

€ Le Congrès

c Engage les travailleurs a se séparer nettement des

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