INTRODUCTION XI
hommes, qui n'avaient pour toute autorité que le droit absolu, semble absolument étrange. Cependant nous acceptons parfaitement qu'un fils puisse recevoir, en héritage de son père, l'autorité absolue sur plusieurs milliers d'ouvriers d'usine, la possession, pourrait-on dire, de ces milliers d'ouvriers, tant les idées reçues et non contestées ont d'influence sur notre cerveau.
Mais l'on ne peut admettre le droit absolu du patron de la grande industrie. Et nous ne pouvons, sans indignation, songer à cet industriel de Castres qui, voyant les ouvriers s'entêter dans une grève sans issue, rasa son usine et détruisit son industrie, livrant ses ouvriers au chômage et à la mendicité.
Évidemment, le patron doit être maître chez lui, car de l'unique direction découle le bon fonctionnement de l'industrie. L'homme n'a qu'une tête, l'usine ne doit avoir qu'un chef. Mais le chef d'industrie doit s'efforcer d'établir une parfaite harmonie entre les divers rouages de l'immense et délicat organisme, dont il a la direction. Les hommes qu'il emploie ne sont pas de simples machines, sans esprit, sans passion, sanspréjugé; il doit éviter d'éveiller leurs faciles susceptibilités, écouter leurs doléances, faire droit à leurs justes revendications, se souvenir qu'il est plus intelligent et plus instruit que la masse qu'il dirige et essayer de dissiper les soupçons et les colères. Il doit être juste et bon, et savoir écouter les réclamations
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qui lui sont soumises. Bien plus, il lui faut solliciter les confidences de ses ouvriers et s'entourer de leurs conseils et de leurs avis'. Un roi, même absolu, s'entoure de conseillers avisés, et ce ne sont pas les plus habiles monarques qui se laissent conduire par les caprices de leur fantaisie.
C'est par l'entente féconde entre le capital et le travail-, par l'union intime entre le cerveau qui dirige et le bras qui exécute, que pourra prendre fin l'état de crise et d'anarchie produit par la suppression trop brutale des corporations. Et les syndicats professionnels apparaissent comme l'unique base sur laquelle se puisse établir une organisation rationnelle du travail ^
1 Emmanuel Wvière. Lettres sur la direction dans VUsine
^^Tv:î^Z'lZu:tioT^' travail par les syndicats professionnels, par Raoul Jay; Larose, 1894.