CHAPITRE I
Les causes constitutives du syndicat.
€ Le Français n'est pas fait pour Tassociation. »
Cette affirmation rappelle ce mot joyeux de M. Prudhomme qui, revenant d'un voyage en Angleterre, morigène son fils dans les termes suivants : < Mon fils, vous êtes déjà un jeune homme et vous ne pouvez comprendre les charmes de la langue de Shakespeare. Sachez, pour votre confusion, que j'ai vu dans mon voyage de tout jeunes enfants qui parlaient déjà couramment l'anglais. >
Si les Français semblent rebelles à l'association, cela tient à des causes purement accidentelles, ainsi qu'on le verra.
Si l'on compare l'ouvrier du petit atelier à celui de la grande usine, on découvre le contraste le plus violent.
Tout lie le premier à son patron et le rend presque son égal. Il est son compagnon, il vit de la même vie, le fréquente à toute heure du jour, et souvent il a l'espoir de lui succéder. S'il le quitte, chassé de son atelier, il trouvera dans la même ville, peut-être dans la même rue, un nouveau patron qui l'acceptera sans aucune difficulté. Il ne connaîtra donc pas ces durs et longs chômages, dont souffrent, aujourd'hui, si cruellement, les ouvriers de la grande industrie.
Tel est, ou du moins tel était, le sort de l'ouvrier du petit atelier, car cette situation tend, de jour en jour, à disparaître. Le petit atelier s'agrandit, la petite industrie succombe sous la concurrence écrasante de la grande usine, où les ouvriers sont payés d'une façon presque uniforme, où la compétence et l'habileté n'existent pour ainsi dire plus, ou bien sont classifîés par équipes, et où le travail consiste le plus souvent en une surveillance intensive sur des machines qui remplacent la force musculaire inutilisée.
L'ouvrier de la grande usine ne connaît pas son patron et n'est pas connu de lui. C'est un numéro, que d'autres unités sont prêtes à remplacer. S'il abandonne l'usine, l'usine n'en va pas moins de sa marche régulière et jamais interrompue. L'armée de réserve du salariat a vite comblé ce vide.
Il ne peut se produire de perturbation que si la machine entière s'arrête tout à coup. Un arrêt brusque de tout ce machinisme si complet et si lié, que les muscles des hommes semblent se fondre avec l'acier des bielles, peut seul occasionner des désordres graves. Il y a des commandes pressées, qu'il faut livrer à tout prix à l'heure dite, sous peine d'un dédit. Le directeur hésitera avant de laisser éclater une grève générale.
C'est de cette menace qu'useront les ouvriers pour obtenir l'augmentation de salaires qu'ils désirent. La coalisation de leurs forces d'inertie est le seul moyen qu'ils auront d'imposer leurs conditions aux chefs d'industrie.
La grande industrie a donc poussé les ouvriers vers l'union et la solidarité, elle leur a imposé l'entente pour la défense des intérêts professionnels.
Mais aussi le lien, qui réunissait le patronat au salariat, a-t-il été rompu. L'espérance que les salariés nourrissaient jadis de devenir patrons n'existe plus, ou presque plus.
Qu'on le veuille ou non, il s'est établi deux classes bien distinctes, qui peuvent s'entendre, dont les intérêts ne sont pas nécessairement opposés, mais qui ont trop souvent l'illusion de croire que ce que l'une arrache à l'autre est une victoire dont elle doit se glorifier. — 11 est cependant facile de montrer que le chômage est une ruine pour les uns aussi bien que pour les autres, que le patron n'est pas toujours libre d'augmenter les salaires, parce qu'il succomberait fatalement sous le poids de la concurrence, de même qu'il fait une mauvaise spéculation, en les abaissant au taux le plus bas, car il décourage ses meilleurs ouvriers. Le syndicat peut être le siège de discussions, où les préjugés trop légèrement acceptés peuvent être combattus et démolis. On ne saurait donc nier qu'il puisse arriver à avoir une influence bienfaisante et même nécessaire.
Sous le régime du petit atelier, l'ouvrier capable et honnête avait la légitime ambition de s'établir un jour
à son compte. Cet espoir le soutenait et lui faisait accepter le salariat, qui ne semblait être qu'une période intermédiaire entre l'apprentissage et le patronat.
Sous le régime de la grande industrie, au contraire, pour créer un établissement industriel, il faut des capitaux que l'activité et l'économie de toute une vie d'ouvrier ne sauraient acquérir. Ces capitaux dépassent môme la moyenne des fortunes privées et nécessitent la constitution en sociétés des établissements industriels.
La poignée d'ouvriers qui deviennent patrons ne saurait donner aux milliers d'ouvriers d'une usine l'espoir de s'élever au patronat. Ils se savent au contraire voués au salariat pour toute leur existence ; et ce n'est pas sans amertume qu'ils acceptent cette triste fatalité.
Pour se donner l'illusion de la puissance et de l'indépendance, ils n'ont que le refuge syndical. Unis, ils sont puissants; le patron ne peut les atteindre individuellement, sans déchaîner leurs réclamations collectives. La grève de Carmaux n'a-t-elle pas été déclarée par suite du renvoi de deux ouvriers, que leurs camarades n'ont pas voulu abandonner?
Mais l'entente momentanée des ouvriers pour une grève n'est pas suffisante pour assurer leur succès définitif. Les concessions qu'un patron est obligé de faire dans une grève, il peut les reprendre quelques jours plus tard et remettre les choses dans l'état où elles étaient avant ; ou bien le prix de la vie aura augmenté en peu de temps et les salaires restés stables ne concordant plus avec le coût de l'existence qui a progressé, il faudra, pour l'ouvrier, reprendre les armes et essayer de rétablir l'équilibre entre ces deux facteurs *.
!• La première grève marquante fut celle des charpentiers
L'entente durable est donc nécessaire; et l'entente peut être réalisée par le syndicat, lorsque son unique but est la défense des intérêts professionnels. — D'ailleurs, cette permanence même est nécessaire pour donner confiance au patron qui traite avec ses ouvriers. Il ne peut le faire avec un Comité de grève, qui demain sera dissous. A côté des engagements qu'il donne, il réclame lui-même des engagements; s'il fait des concessions, il veut obtenir des garanties, il signe un traité de paix et il désire trouver en face de lui une partie contractante responsable. Un syndicat honnête et puissant lui donne cette certitude. Que de fois avons-nous vu, chez les tullistes de Calais par exemple, ou dans la Fédération du Livre, le patron s'en rapporter au syndicat pour juger un conflit entre lui et l'un de ses ouvriers, et le syndicat statuer avec une souveraine indépendance et donner tort à l'ouvrier, lorsque l'ouvrier avait tort. Quand le syndicat est arrivé à ce degré d'éducation, il devient un tribunal auquel recourent avec confiance patrons et ouvriers.
Nous devons envisager un autre aspect de la question : Le défaut de régularisation dans l'offre et la demande
du travail, exerce une influence désastreuse sur les
salaires.
de Paris en 1822. Ils eurent gain de cause. Dix ans plus tard, les objets de première nécessité ayant été augmentés, la situation de ces ouvriers devint aussi précaire. En 1833, nouvelle grève et mêitoes résultats; mêmes phénomènes en 1845. Et on pourrait citer de semblables exemples chez les canuts de Lyon, chez les mineurs de Rive-de-Gier, etc..
Pour l'écoulement des produits, les commissionnaires, les spéculateurs et les commerçants, dont l'intérêt est en jeu, ^ppléent à l'absence d'organisation. Ils ont des relations bien établies avec tous les chefs d'industrie et ils ne font des commandes que là où ils ont avantage à se fournir.
Au point de vue du travail, la situation est toute différente. La production n'est plus organisée, mênie de façon artificielle, et il arrive souvent, pour la même industrie, que dans une localité les ouvriers sont trop nombreux, tandis qu'ils sont insuffisants dans une autre.
Cette anarchie existe souvent, môme dans la même ville.
Lorsque les ouvriers vont demander de l'ouvrage dans une maison, on leur offre souvent un salaire, dont le taux est au-dessous de ce qu'il devrait être ; s'ils l'acceptent, on congédie les anciens ouvriers qui étaient payés plus cher et on les prend à leur place. Les ouvriers sont ainsi inconsciemment une cause de dépréciation de salaires.
C'est à la Chambre syndicale à organiser l'offre et la demande du travail et à remédier à cette situation.
Il lui suffît pour cela de tenir à jour un registre, où sont inscrites les offres et les demandes de travail. Ce registre permet de connaître le nombre des ouvriers inoccupés ; elle peut donc prendre des mesures pour empêcher la dépréciation du travail. Elle peut aussi connaître, par ces indications, le moment le plus favorable pour adresser ses réclamations aux patrons.
Si, d'autre part, les syndicats d'une môme profession sont liés entre eux par un centre fédéra tif, ils peu\«ent répartir les ouvriers inemployés dans les centres où ils trouveront de l'ouvrage. Ainsi les salaires tendent à
s'égaliser dans toutes les villes, l'équilibre rompu tend à se rétablir, le chômage, avec la misère, diminue pour ceux qui ne travaillent pas, et les ouvriers qui ont de l'ouvrage ont moins à redouter l'abaissement des salaires, que produit toujours la surabondance de bras.
M. Finance, sous-directeur du Travail, établit de la façon la plus indiscutable l'influence d'un syndicat sur tout l'ensemble d'une corporation *.
A la suite de la grève de 1893, le syndicat des mineurs du Pas-de-Calais perdit les neuf dixièmes de ses membres, et cependant les candidats recommandés par lui, pour le poste de délégués mineurs, continuèrent à l'emporter sur leurs adversaires.
Le syndicat des maçons de Lyon n'avait plus que 200 membres au mois d'avril 1896; ce qui ne l'empêcha pas d'élaborer un tarif, que n'hésitèrent pas à soutenir, en se mettant en grève, 8000 ouvriers de la corporation.
Au 15 septembre 1898, le syndicat des terrassiers de Paris ne comptait pas 200 membres, et cependant 15000 ouvriers quittèrent le travail pour appuyer la demande d'augmentation de salaire, dont le syndicat avait pris l'initiative.
Le syndicat, conclut M. Finance, apparaît comme la forme supérieure de l'association professionnelle. Les formes antécédentes et coexistantes, secours mutuels, crédit, coopération, ne visent à réaliser des bénéfices que pour les membres de l'association, à l'exclusion de
1. Les Associations professionnelles, Office du Travail, 1899.
tous les autres ; c'est la sélection des forts se désintéressant trop souvent de ce qui se passe à côté d'eux. Au contraire, le syndicat n'a dos chances de succès qu'autant que les améliorations qu'il poursuit sont destinées à s'appliquer à tous les membres de la profession indistinctement. L'intérêt même des syndiqués exige qu'ils travaillent pour ceux qui sont encore en dehors du groupement, toute amélioration n'ayant de garantie de durée qu'en raison de l'extension de son application.
On a souvent établi un parallèle entre la situation, encore précaire, dans laquelle végètent un trop grand nombre de syndicats français, et la situation vigoureuse et prospère des syndicats anglais, et on en conclut immédiatement à l'infériorité du caractère français moins assoupli, moins discipliné, ou plus égoïste.
Et pourtant, dit M. Keûfer dans son introduction à l'intéressante étude de M. Fagnot sur les Syndicats ouvriers en Angleterre^, l'étude attentive des syndicats anglais permet de s'apercevoir qu'ils ont traversé les mêmes crises et dû à plusieurs reprises modifier leur tactique. Depuis plus de quatre-vingts ans qu'existe leur organisation, les plus curieuses variations se sont produites, les doctrines les plus diverses ont agité les membres des Trade-Unions, tantôt révolutionnaires, songeant à faire la grève générale pour obtenir la journée de huit heures, tantôt hostiles à l'action politique et
1. Les Syndicats ouvriers en Angleterre (résumé historique, 1799- 1895), par M. F. Fagnot, typographe. — Cercle çles prolétaires positivistes, 10, rue Monsieur.
législative, mais proclamant toujours le droit à la résistance, à la grève, droit d'ailleurs conquis au prix des luttes les plus opiniâtres, des sacrifices les plus pénibles.
Ce qu'il y a de plus remarquable et de plus instructif dans cette évolution, souvent marquée par de violentes agitations, c'est la persistance de l'esprit syndical et la résurrection de ces groupements, renaissant après avoir sombré dans les plus terribles catastrophes.
La première cause du succès des syndicats anglais * consiste dans l'importance et la régularité du versement des cotisations hebdomadaires. Ces cotisations s'élèvent généralement à 1 fr. 25, parfois même à 1 fr. 85. Ces versements hebdomadaires constituent des fonds considérables, dont il est fait deux parts : l'une forme le trésor de guerre, pour les grèves, que le syndicat même, ou d'autres syndicats, auront à soutenir; l'autre forme une masse destinée à des allocations diverses, pour les accidents, la retraite et les maladies des syndiqués.
Nos ouvriers français méritent au contraire la critique amère que leur adressait un délégué anglais au Congrès ouvrier de Lausanne : c Toutes les fois qu'il s'agit de voter des motions, les délégués français ont la main en l'air; mais ils ne la baissent jamais, lorsqu'il faut la mettre à la poche >.
A un des derniers congrès corporatifs français, au Congrès de Lyon, M. Maynier, membre de la Chambre
1. De Rousiers, Le Irade-Unionisme en Angfleterre^ Armand Colin, édit.
syndicale des typographes, énumérait les syndiqués français et il arrivait à une constatation désolante :
Sur 3 28") 900 membres des corps de métiers, il relevait le nombre de 545 362 syndiqués; ce qui donne seize syndiqués sur cent travailleurs.
Une deuxième cause de succès chez les Anglais, c'est la part prise par chaque unioniste aux délibérations, c'est le contrôle exercé par chacun sur Tadmistration des fonds. Aussi choisissent-ils leurs mandataires avec le plus grand soin et n'auront-ils jamais l'idée, trop fréquente chez nous, de prendre, pour les mettre à leur tète, des hommes qui ne sont pas personnellement intéressés dans le débat, ou qui ont abandonné depuis longtemps la corporation, et pour lesquels parfois la grève est une excellente source de revenus. Non, les Anglais ne mettraient pas à la tête de leurs syndicats des cabaretiers ou des politiciens ; ils y placent des hommes dont ils connaissent le dévouement à leurs intérêts communs et l'élévation morale.
Une troisième cause est l'esprit pratique de nos voisins. Ne demandant rien à personne, ne quémandant aucune faveur, ils ne sont point tentés d'escompter l'intervention de l'État. Cette foi dans l'État tout-puissant est une erreur qui nous est propre, et c'est la source des plus cruelles déceptions.
Si les syndicats anglais ont écouté jadis les politiciens et les ambitieux, ils sont revenus de cette illusion et
les ont délibérément écartés. Ce phénomène commence à se produire chez nous. Et nous devons nous réjouir de ce que le scepticisme désabusé commence à pénétrer l'esprit des ouvriers français, car trop longtemps ils furent moutons de Panurge.
Les Anglais ne prétendent pas assigner à leurs syndicats une mission de transformation totale de la société, par la suppression de la propriété individuelle et de toute autorité. Ils voient dans le syndicat ce qu'il est réellement, et rien de plus : un merveilleux instrument de lutte raisonnée et de défense corporative. Qu'importe que la société soit un jour transformée et bouleversée ! Le syndicat peut essayer de l'améliorer. Pour cela il ne doit point se préoccuper de rêves utopiques et de souhaits actuellement irréalisables ; il doit faire œuvre pratique, en limitant son action aux questions purement professionnelles.
« L'ordre social, dit M. Keûfer, est, dans ses bases essentielles, au-dessus de toute tentative de renversement total. Il est puéril de croire que l'on détruise, en un moment, ou par une série de mesures violentes, des institutions et des habitudes établies, d'après les besoins réels de notre nature et à la suite de laborieux et pénibles efforts séculaires. >
A mesure que les syndicats français prendront de la force et grouperont autour d'eux un plus grand nombre d'ouvriers, nous les verrons entrer franchement dans la voie que leur ont tracée les Trades-Unions anglais.
Quand des syndicats se fondent et acquièrent une certaine force, ils veulent essayer leur puissance. Pour cela, ils profitent du premier prétexte. Et ils cèdent d'autant plus facilement à cette tentation, que le rôle éducateur du syndicat ne s'est pas encore fait sentir. De
là, des échecs, la méfiance et l'hostilité déclarée des patrons, et enfin le découragement des ouvriers.
Les Trade-Unions, au contraire, hésitent à fomenter des grèves qu'ils devront ensuite soutenir par de larges subsides. Ils ne sont pas disposés à prendre des mesures hâtives et inconsidérées, ni à compromettre, pour une cause futile ou un but incertain, les puissants intérêts dont ils ont la garde.
Mais, en revanche, une fois les grèves décidées, ils les soutiennent avec la plus ferme résolution. Dans une année *, en 1893, les Trade-Unions n'ont pas dépensé pour les grèves moins de 17 millions de francs.
Autrefois, alors qu'il n'y avait dans chaque pays que de petites armées composées uniquement de militaires de profession, les guerres étaient continuelles. Mais depuis que l'organisation militaire de chaque peuple est devenue formidable et que tous les citoyens de chaque . pays sont enrôlés sous les drapeaux, on sent que la guerre serait chose si terrible et si ruineuse, que personne n'ose plus la déclarer. C'est donc, bien que ce résultat paraisse étrange, la puissance des armements et le développement de l'organisation militaire qui maintiennent entre les peuples ennemis une paix internationale. Et de même aussi, c'est le développement de l'organisation syndicale et l'armement pacifique des travailleurs qui rendront les grèves de plus en plus rares et qui contribueront à la paix sociale entre le capital et
i. A. Fontaine, Les Grèves et la Conciliation, Questions du Temps présent, A. Colin, édit.
le travail, paix précaire sans doute, mais qui pourtant, par le respect mutuel des forces engagées et la crainte des désastres que déchaînerait le premier appel aux armes, constituera un grand progrès*.
Les ouvriers faibles, malheureux, qui gagnent de misérables salaires, ne savent, s'unir que pour une action temporaire et violente. Ainsi les paysans affamés s'arment pour la Jacquerie, les fasci de Sicile se révoltent. Pour tenter une action lente, raisonnée, persévérante, il faut n'être pas déprimé par les préoccupations du pain de chaque jour, il faut avoir le courage et la force d'agir. Ce ne sont pas les plus malheureux qui réclament le plus. Le sort des mineurs du Pas-de- Calais, dontM. Basly évaluait le salaire moyen, en 1891, à 6 francs, pour une journée de huit à neuf heures, est moins dur, évidemment, que celui de deux millions d'ouvriers des chemins de fer, de la métallurgie, du bâtiment, dés filatures qui travaillent onze et douze heures, moins dur aussi que celui des tisseurs à bras de la montagne du Lyonnais, de la Normandie, de la Flandre qui travaillent souvent quatorze et quinze heures pour 2 francs et parfois 1 fr. 50. Des milliers de clercs d'huissiers ou de notaires ne gagnent que 2 fr. 50 ou 2 francs par jour. Les cultivateurs sont souvent plus malheureux que les ouvriers mineurs. Et la preuve en est que les mineurs de Carmaux sont des cultivateurs évadés de la glèbe et fort peu disposés à y revenir.
Les mineurs du Pas-de-Calais n'ont pas trente jours de chômage par an, alors que les tisseurs, les maçons,