‹ Syndicats, ouvriers, fédérations, bourses du travailChapitre 76 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

lie programme des syndicaux français.

Résumons rapidement les parties du programme aujourd'hui réalisées par les syndicaux français, ou en voie de réalisation.

L — Le Viaticum.

Le viaticum est une allocation donnée à l'ouvrier qui cherche du travail. Il lui permet de séjourner dans une ville, le temps nécessaire pour visiter les ateliers de sa profession, et de gagner la ville voisine s'il ne réussit pas à trouver un emploi.

L'institution du secours de route a pour but de faire

la guerre au vagabondage, d'apporter un réconfort

matériel et moral aux ouvriers condamnés à se mettre

en quête de villes peu encombrées où ils trouvent à

louer leurs bras, — et enfin de protéger les ouvriers

occupés, contre la concurrence d'une main-d'œuvre

surabonciante et partant dépréciée, tout en empêchant

les chômeurs de succomber à la tentation du travail au rabais.

Si Ton suppose une petite ville où se trouve une industrie florissante, où les travailleurs gagnent des salaires suffisants, où la vie est à bon marché, on verra tous les ouvriers sans place, qui traînent sur les routes, se diriger vers cet Eden, pour disputer leur situation aux ouvriers de cette industrie. Le patron est satisfait de ses ouvriers, et il n'écoutera pas les supplications de ceux qui demandent à les remplacer; cela se peut! mais que ces nomades lui fassent entendre qu'ils travailleront aux deux tiers du salaire qu'il paie à ses ouvriers habituels, et voilà le patron hésitant. Il est si agréable pour un industriel de réduire ses frais d'exploitation et d'augmenter son bénéfice !

Admettons cependant qu'il n'ait pas cédé à cette tentation et qu'il ait conservé sa main-d'œuvre intacte, sans vouloir seulement entendre les propositions des ouvriers rouleurs ; mais qu'une grève éclate tout d'un coup chez lui. Bien que les salaires soient 'élevés, il peut se produire des dissentiments entre patrons et ouvriers. Le renvoi d'un ouvrier, par exemple, dont ses camarades embrassent la cause, la grossièreté d'un contremaître, que le patron se refuse à congédier. Au premier signal de la grève, les nomades sont revenus faire leurs offres de service, et souvent le patron, désireux de donner une leçon — souvent bien dure! — à ses ouvriers, acceptera ces offres de service, et voilà ces ouvriers stables dépouillés de leur métier, obligés à leur tour de prendre la besace et de courir les grandes routes à la recherche d'un emploi.

Comment empêcher une semblable catastrophe? Il n'y a qu'un moyen ; l'enrégimentement de tous ces vagabonds, la fixation de leur itinéraire et leur éviction des villes où des crises ont éclaté. C'est ce à quoi pour-

voit le viaticum. On ne peut obliger à se syndiquer ces malheureux qui sont sans ressources, on essaie de les tenir par les droits de la bienfaisance, par la reconnaissance des services rendus, par l'obligation d'avoir à compter avec Torganisation syndicale, dont ils senties parias. Et ainsi le marché du travail ne risquera pas d'être bouleversé par Tafflux subit d'éléments hétérogènes.

C'est 'un des effets les plus redoutables et les plus déplorables de l'industrie moderne, que cette instabilité de l'ouvrier dans l'usine où il travaille, cette insécurité du lendemain qui l'empêche d'être attaché à < sa maison ».

Ce viaticum pouvait être pour les Bourses du travail, une cause de tromperies continuelles de la part des ouvriers qui rôdent sur les routes sans rechercher du travail, des t amateurs » paresseux qui préfèrent la misère et la perpétuelle déambulation, à la vie de travail et à la claustration de l'atelier. Il a donc fallu s'ingénier pour démasquer les rouleurs incorrigibles, les chômeurs de profession, qui d'avril à octobre de chaque année battent le pavé des grandes routes. C'est pour eux l'époque de la ballade et des voyages circulaires. Si les Bourses leur fournissaient le vivre et le coucher, ils trouveraient en elles une agence de voyages économiques et un encouragement immoral. L'organisation du viaticum fédéral pare à ce danger.

Chaque ouvrier passant, pour avoir droit au secours, doit avoir trois mois au moins de syndicat, être en règle pour ses cotisations et ne quitter la localité où il résidait que pour cause de manque de travail. En arrivant dans une ville, le voyageur est muni par le secré-

taire du syndicat de sa profession, de toutes les adresses d'ateliers, qu'il doit visiter, en faisant constater son passage par un délégué d'atelier désigné pour cela. Et s'il refuse un travail normal qui lui est proposé, ou s'il accepte de travailler à un salaire réduit, ou encore dans un atelier à l'index, il perd tout droit au viaticum.

Les avantages du viaticum fédéral sont donc multiples : 1° Lés bourses régularisent l'itinéraire de chaque voyageur et ne l'autorisent pas à revenir sur ses pas; 2® La sévérité du contrôle écarte les nomades professionnels; 3<» Les avantages du viaticum amènent le voyageur à se syndiquer.

Pour obtenir ces résultats, une entente entre les organisations ouvrières était nécessaire, et il semble bien que cette entente ne pouvait se produire que par la Fédération des Bourses, coordination naturelle des divers éléments ouvriers de la ville ou de la région.

Les résultats de l'organisation du viaticum n'ont pourtant pas été brillants jusqu'ici.

A peu près toutes les Bourses font quelque chose pour les voyageurs, mais très peu ont organisé le service exact du viaticum. Les Bourses ou les syndicats dont les membres voyagent peu, ne comprennent pas l'intérêt que les unes et les autres peuvent avoir à payer la cotisation que l'on exige d'eux et qui est de cinq ou dix centimes par adhérent et par mois.

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