ET DE PLACEMENT
Le secours de voyage a été complété par une statistique du travail, qui devait permettre aux secrétaires des Bourses du travail d'indiquer aux chômeurs les cen-
très où la main-d'œuvre était rare, pour s'y rendre, et ceux où la main-d'œuvre était surabondante, pour s'en écarter. Avec ce système, le voyageur n'était pas envoyé à l'aventure sur les grandes routes, à la recherche d'un travail aléatoire, mais il pouvait être dirigé à coup sûr vers l'atelier où il devait trouver de l'ouvrage.
Les Bourses du travail ont déjà groupé 1 000 syndicats et 250000 ouvriers syndiqués (65 p. 100 des syndiqués français). Le rôle de faire évoluer l'armée du travail sur l'échiquier industriel semblait donc leur revenir de droit.
Pour une semblable organisation, il était nécessaire que chaque Bourse fît connaître, une fois par semaine, le nombre d'emplois vacants dans les divers métiers représentés chez elle. — Ces chiffres devaient permettre au comité fédéral de dresser un tableau complet de tous les emplois vacants. Une reproduction de ce tableau hebdomadaire serait immédiatement envoyé à chaque Bourse du travail.
Ainsi devait être empêché le gaspillage des fonds du viaticum^ prévenu l'afflux de main-d'œuvre inemployée qui déprécie les salaires.
Il fallait en outre que les indications fournies par les Bourses le fussent avec une absolue exactitude, de telle sorte qu'un ouvrier de la petite mécanique, par exemple, sût si l'emploi vacant concernait les instru ments de chirurgie ou d'optique, que les dénominations d'emplois fussent exactement précisées pour éviter des confusions fâcheuses, lorsqu'un métier possède des appellations différentes suivant les localités, ou lorsque l'ouvrier spécialiste des grandes villes doit être remplacé par un ouvrier apte à plusieurs travaux, comme le plâtrier-peintre ou le ferblantier-zingueur. — Une
nomenclature précise fut donc dressée et communiquée à chaque Bourse, qui sut ainsi à quelle catégorie rattacher les emplois disponibles.
Chacun de ces métiers reçut une numérotation, de façon à permettre les communications faciles.
On obtint de la sorte des tableaux numériques, dans le genre de celui-ci :
dans lequel le chiffre supérieur représentait le numéro d'ordre de la profession cataloguée. Un tableau explicatif donnait à côté la définition précise de la profession qui se rapportait à ce numéro d'ordre.
Ainsi la correspondance était simplifiée et la confection des tableaux devenait plus rapide. Il fallait en effet que la communication de ce tableau fût, le plus rapidement possible, portée à la connaissance des intéressés.
Le comité demanda pour la création de ce service de statistique, une somme de 10000 francs au ministère du Commerce.
Sur ces entrefaites, le gouvernement, préoccupé de procurer du travail aux quelques milliers d'ouvriers, que la clôture des travaux de l'Exposition de 1900 allait réduire au chômage, s'enquérait des chantiers sur lesquels il pourrait diriger cette armée du travail. Il chargea de cette mobilisation le comité fédéral des Bourses du travail et lui accorda une subvention de 5 000 francs pour le deuxième semestre de 1900. En môme temps il donnait aux chômeurs des facilités de communication pour se rendre sur les chantiers où le comité fédéral les envoyait.
Le conîîté fédéral profita de cet avantage pour favoriser les grèves t en faisant le vide autour des champs de bataille ». C'est ainsi qu'il vint au secours des grévistes du Havre (juin 1900), en ajournant l'admission des demandes qui lui étaient faites pour cette ville.
Le comité avait cru que la subvention annuelle de 10 000 francs lui serait renouvelée pour 1901. Il fut absolument déçu, et l'Office du travail manifesta l'intention de se charger de ce service de statistique ouvrière.
La fédération des Bourses ne se laissa pas décourager par ce refus de crédit et elle continua, mais de façon modeste, à faire fonctionner ce service. Le congrès de Nice, tenu en 1901, nous donne même à ce sujet l'état d'opinion des ouvriers sur le placement des leurs qui ne seraient pas syndiqués, ou bien appartiendraient aux syndicats jaunes. L'opinion du comité fédéral était de ne placer que des ouvriers syndiqués; mais cette opinion fut combattue par plusieurs délégués.
€ Il y a une différence, dit entre autres le délégué de la Bourse de Limoges, et une différence très marquée entre les jaunes et les non syndiqués. Ceux-ci sont des ouvriers inconscients parce qu'ils sont malheureux. On peut espérer les amener à d'autres sentiments ; mais les jauneSy comme les sarrazins, sont des renégats qui démolissent notre œuvre. » D'autres pensaient, par contre, que la nuance qui distingue les jaunes des non syndiqués est tellement vague qu'elle ne se reconnaît pas dans la gamme des couleurs. Et donner du travail aux non syndiqués, c'était donner une prime à ceux qui ne voulaient pas se syndiquer. Il fut, en fin de compte, décidé que € le fait de placer quelquefois un ouvrier non syndiqué peut être un excellent moyen d'amener au syndicat des
ouvriers réfractaires ». Lorsque tous les ouvriers syndiqués seraient placés, on pourrait donc procurer du travail aux non syndiqués, en les engageant à se rallier sans retard sous le drapeau syndical.