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IV. — Journal

Un autre objectif des syndicaux fut la création d'un journal.

En voici le budget présenté par M. Garcin au congrès de Tours, en 1896 :

c Nous sommes un million et plus de syndiqués, disait M. Garcin. Si nos syndicats prennent Taffaire à cœur, il leur sera possible de nous recruter et de nous garantir un contingent de 500 000 abonnés. Et alors, non seulement l'existence de notre journal est assurée, mais encore nous réalisons d'énormes bénéfices.

c Je vais en fournir la preuve, en vous communiquant le devis d'un journal quotidien de premier ordre, format des quotidiens ordinaires et tirant à 500 000 exemplaires :

Composition, papier, tirage, pliage. 8 612 francs (

Timbres 8 000 — J P^^ jour.

Soit par mois, en chiffres ronds 500 000 francs.

Administration, loyer, garçons, éclairage,

voitures, frais généraux, par mois 11 000 —

Rédaction, par mois 36 000 —

Soit un total par mois de 547 000 francs.

L'actif s'établit ainsi :

Vente de 500 000 journaux à fr. 05, 25 000 francs par jour, et par mois 750000 francs.

D'où ressort un bénéfice mensuel de 203 000 francs, et annuel de 2 436 000 francs.

Mais jusqu'à présent ce projet ambitieux n'a reçu qu'un commencement d'exécution. Le parti syndical, après avoir eu V Ouvrier des Deux-Mondes, de M. Pelloutier, sorte de revue ouvrière fort bien rédigée d'ailleurs, n'a aujourd'hui qu'un journal hebdomadaire : la Voix du Peuple, rédigé par M. Eugène Guérard et M. E. Pouget, ancien rédacteur du Père Peinard, et qui n'a pas obtenu jusqu'à ce jour un grand succès, ainsi qu'il le fut démontré au congrès de la confédération du travail tenu à Lyon en 1901.

Le premier numéro de la Voix du Peuple fut lancé le premier dimanche de décembre 1900.

Dans le devis soumis au congrès corporatif de Paris, pour pouvoir lancer le nouveau journal en 1900, les abonnements prévus comme nécessaires étaient fixés à 4000. Ce chiffre devait être d'autant plus facilement atteint, pensait-on, qu'il existe plus de 3300 syndicats ouvriers. Or, sur 234 organisations directement représentées au congrès de 1900, 140 seulement s'abonnèrent, bien qu'eût été votée, en séance du congrès, la résolution suivante :

Les syndicats, bourses et fédérations s'engagent à prendre un nombre de numéros déterminé, pour permettre au comité de commencer le travail.

94 organisations ne tenaient donc pas compte de la motion qu'avaient votée leurs délégués.

Sur les 296 organisations qui ont leur siège à la Bourse du travail de Paris, 92 seulement sont abonnées. — Le chiffre d'exemplaires vendus à Paris dans les kiosques ne dépasse pas 600 par semaine. C'est à peu près le même nombre qui est vendu dans les

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bibliothèques des gares. Enfin les expéditions directes en province oscillent entre 2000 et 2 300. Le tirage entier ne s'élève qu'à 8 000 exemplaires. Les frais de chaque numéro montant à 420 francs et la recette à 300 francs environ, la perte hebdomadaire est de 120 francs, après avoir été pour chacun des 40 premiers numéros, de 160 francs environ.

Cependant les syndicaux rêvaient, malgré ce début peu encourageant, de transformer leur journal hebdomadaire en quotidien. Dans ce but, ils lancèrent une souscription. Le système de cette souscription, remboursable, attribuait une part sociale à tous les souscripteurs de 400 tickets à fr. 25, ces souscripteurs devant être, non des personnes, mais des syndicats. La totalité des billets à émettre fut approximativement fixée à 10 séries de 100000 billets chacune. En prélevant, sur les 250000 francs produits par la souscription des 10 séries, les sommes nécessaires au remboursement de tous les billets et aux primes diverses (maison de campagne, machines à coudre, etc.), il devait rester un capital suffisant pour permettre la publication du quotidien.

Ce n'est guère qu'en mars 1901 que fut commencé le lancement de la souscription. Au mois de septembre de la même année, il n'y avait encore que 160000 billets en circulation, formant un total de 40000 francs, sur lesquels 8852 fr. 60 avaient été versés.

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