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V. — Action sur le paysan et sur le marin

Les syndicaux réussirent-ils mieux dans la conquête qu'ils ont entreprise du paysan et du pêcheur? Il est permis d'en douter.

Les ouvriers connaissent peu le paysan et professent même à son égard un certain dédain, comme si le travail de la terre n'était pas la source même de la vie. Les Bourses du travail songèrent à former des propagandistes spéciaux, initiés aux conditions de l'existence paysanne et à mettre ces propagandistes en rapport, non pas directement avec les cultivateurs qu'une défiance pourrait écarter, mais avec les ouvriers des professions annexes à celles de l'agriculture (charrons, menuisiers, maréchaux-ferrants), qui vivant au village, ont l'oreille du paysan.

Ce projet ne semble avoir reçu qu'un faible commencement d'exécution, dans la Loire- Inférieure par exemple, où subsiste le régime des vignes à complant.

Le pécheur, exploité par les marchands d'hommes, dont la demeure est une véritable maison de débauche, pouvait être attiré, croyait-on, par les Bourses des villes maritimes. Le parti syndical essaya de créer des maisons de marins, en concurrence avec celles qu'ont établies les armateurs et les chambres de commerce. Il faut bien peu connaître le pêcheur pour le croire susceptible de se laisser influencer par la propagande la plus habile. Indépendant, insouciant, il ne s'inquiète même pas de son intérêt propre. Imagine-t-on qu'il va comprendre les sentiments de dévouement et d'aide mutuelle que les socialistes vont essayer de lui inculquer? Nous le croyons peu, pour notre part, et les syndicaux semblent déjà désabusés de l'espoir qu'ils avaient fondé sur les populations maritimes. Ces maisons de logeurs, où on l'exploite de toutes les façons, où on l'entoure de

prévenances, tant qu'il a quelque argent, d'où on le chasse, dès qu'il s'est ruiné avec les filles et la bouteille; le marin les aime et s'y complaît. Il les préfère à celles où il est entièrement libre et où on l'excite à la vertu. A plus forte raison les préfère ra-t-il aux sailor's homes socialistes, où, toute la journée, il se verra entouré de pro^ agandistes zélés et bavards.

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