CHAPITRE PREMIER
VÉSICULE BILIAIRE ET APPENDICE ILÉO-CÆCAL. — CONNEXIONS ANATOMIQUES ET PATHOLOGIQUES
Est-il surprenant que le syndrome appendiculaire et le syndrome cholécystique aient des caractères communs et puissent être associés ? — Non, puisque les organes dont ils traduisent l’état pathologique ont des connexions anatomiques et sont soumis à des causes pathologiques semblables, communes, pouvant agir simultanément ou successivement sur l’appendice et sur la vésicule.
Qu'il nous suffise de considérer les similitudes des deux organes et leurs connexions anatomiques et de passer en revue les affections susceptibles de retentir sur l’un et sur l’autre.
La vésicule biliaire et l'appendice vermiculaire sont tous deux des diverticules de l'intestin, l’un de l'intestin grêle, l'autre du gros intestin. Embryologiquement, le foie se forme dans le mésentère ventral. Il consiste primitivement en une évagination en forme de gouttière longitudinale qui procède de la paroi ventrale du duodénum. On y distingue bientôt une partie antérieure ou ébauche hépatique et une partie postérieure ou ébauche cystique, celleci devant donner naissance à la vésicule bihaire et à son conduit excréteur. Il n’est pas besoin d'autre part d'insis-
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ter sur l'embryologie de l'appendice, diverticule de l'intestn lui aussi, dérivant du feuillet interne comme l'intestin et comme le cholécyste et développé comme ce dernier dans le mésentère.
Au point de vue anatomique, nous voyons que vésicule et appendice sont tous deux disposés en cul-de-sac. La lumière de l’appendice est étroite et peut encore être rétrécie par certaines coudures et torsions de l'organe. De même la paroi interne du canal cystique présente des saillies, valvules de Heister, très nombreuses chez certains sujets. Cette disposition est éminemment favorable à l’exaltation de virulence des infections. Remarquons en outre que l'appendice et la vésicule ont leur muqueuse en continuité avec les muqueuses cæcale et duodénale et que ces deux organes sont également recouverts d’une tunique séreuse qui n’est autre que le feuillet viscéral du péritoine.
Mais ces deux diverticules de l'intestin n’ont pas seulement une analogie de forme, ils sont de plus unis l’un à l’autre par des intermédiaires qu'il est intéressant de rechercher, car ce sont ces intermédiaires qui, logiquement, doivent être le substratum anatomique de l'affection qui pourra atteindre les deux organes.
Intestin, péritoine avec ses lymphatiques, appareil circulatoire, telles sont les trois voies susceplibles d’expliquer la communauté, la simultanéité d'infection VÉSICulaire et appendiculaire.
Parmi ces liens anatomiques, l'intestin paraît devoir être placé en première ligne. Vésicule et vermis en sont, comme nous l’avons dit, des diverticules : aussi toute infection intestinale semble pouvoir retentir sur eux, sur
l'appendice cependant plus que sur la vésicule. En effet, l'appendice déjà septique normalement est moins défendu contre l'infection intestinale à cause de Ja stagnation des matières dans le cæcum ; — et, d'autre part, la chasse biliaire contrarie la pénétration des microbes intestinaux dans la cavité de la vésicule qui normalement est aseptique. Seulement il arrive que la vésicule se trouve en état de moindre résistance contre l'infection dans les états dépressifs comme l’état typhique et dans les cas de suppression de la chasse biliaire : ainsi dans l’acholie de l’entéro-colite muco-membraneuse. Cet état de moindre résistance correspond précisément à l’exaltation de virulence des microbes intestinaux.
Nous venons de nommer la fièvre typhoïde et l’entérocolite muco-membraneuse : ce sont, en effet, les deux causes principales plus ou moins éloignées ou immédiates de la cholélithiase et de l’appendicite d’origine intestinale.
On peut, dit Gilbert, au point de vue pathogénique, diviser la lithiase biliaire en deux grands groupes : lifhiase colibacillaire et lithiase typhique.
Par l'injection de cultures du bacille d'Éberth dans le canal cholédoque du lapin, MM. Gilbert et Dominici ont réalisé l'infection biliaire et provoqué la production d’angiocholites et de cholécystites caractérisées (1). Ensuite MM. Gilbert et Fourmier ont réussi à obtenir des concrétions biliaires chez le lapin à la suite d'une infection expérimentale de la vésicule par injection d’une culture de bacille d'Eberth.Au bout d’un mois et demi,ils consta-
(1) Société de biologie, 23 décembre 1893.