‹ Syndrome de Mikulicz et Syphilis: Contribution à l'étude des déterminations de la Syphilis sur les glandesChapitre 21 sur 41 · THÉORIES NOUVELLES · texte numérisé non relu

THÉORIES NOUVELLES

Comme nous l'avons déjà dit, on admet généralement aujourd'hui que la maladie de Mikuliez doit perdre sa dénomination d’entité clinique et qu’on doit la considérer comme un syndrôme, comme la manifestation d'une infection générale.

Quelles sont les grandes infections générales chroniques qui peuvent reproduire le syndrôme de Mikulicz ?

On a surtout incriminé la tuberculose, et plus récemment la syphilis.

Que savons-nous de la tuberculose des glandes salivaires et des glandes iacrymales ?

La tuberculose de ces glandes est encore mal connue. C'est une affection rare.

Le premier cas de tuberculose des glandes salivaires fut decrit par de Paoli de Pérouse, en 1893.

Ainsi que le fait remarquer M. Bourgeois, dans l’article qu'il consacre à cette affection dans le Manuel des neuf Agrégés, il n'existe qu'un petit nombre de cas publiés vérifiés par l'examen histologique et bactériologique. Nous verrons, d’ailleurs, que l’examen histologique seul est insuffisant et que c’est seulement la constatation de bacilles de Koch ou l’inoculation positive qui peuvent permettre d'affirmer la tuberculose.

Nous n'avons pas ici à étudier en détail l'infection des glandes par le bacille de Koch. Notons, avec les auteurs qui l’ont étudiée, qu'elle est fréquemment une tuberculose locale, primitive, survenant chez des sujets indemnes de toute autre localisation tuberculeuse.

Elle affecte deux formes principales :

1° Une forme diffuse, la plus fréquente; elle se caractérise par une induration générale de la glande, qui est parsemée de petits foyers caséeux ou d'abcès miliaires, irrégulièrement disséminés ;

4° Une forme circonscrite, à foyer unique, plus rare; elle aboutit à la formation de collections assez volumineuses ; dans le cas de Legueu et Marien, c'était un véritable abcès froid; dans celui de Stubenrauch, une sorte

de kyste salivaire, à liquide transparent, mais à parois

lomenteuses, irrégulières, parsemées de tubereules. (Bourgeois.

Dans ces cas, on le comprend facilement, l'affection se distinguera sans peine du syndrôme de Mikuliez.

Indépendamment de ces formes qui ne peuvent prêter à confusion, on à rapporté à la tuberculose certaines hypertrophies symétriques aboutissant à la sclérose, atteignant les diverses glandes et revêlant les caractères du syndrôme de Mikuliez.

Il est à noter que, dans ces cas, il s’est toujours agi d'inflammations que l’on a qualifiées de tuberculeuses de par l'histologie, sans qu’elles se soient manifestées cliniquement comme telles.

Ces cas, d’ailleurs rares, posent la question du rôle de la tuberculose dans la pathogénie du syndrôme de Mikuliez.

Fleischer, dans les cas qu'il a étudiés, a constaté l’existence de nodules formés de cellules épithélioïdes avec cellules géantes; ces nodules avaient subi un commencement de dégénérescence fibreuse.

Est-ce là une preuve suffisante pour affirmer que l’on se trouve en présence de lésions tuberculeuses ? Les plus expresses réserves s'imposent à ce sujet.

Nous ne citerons, pour montrer la nécessité d’une erande prudence dans l'affirmation, que le cas observé par MM. Savy et Favre. Il a d'autant plus de portée qu’il s’agit d’un tissu glandulaire.

Ces auteurs ont publié le compte rendu de létude qu'ils ont faite d'une thyroïdite syphilitique certaine, dont l'observation clinique a été par ailleurs publiée par MM. Poncet et Leriche.

Ra

MM. Savy et Favre signalent qu'ils ont trouvé dans le parenchyme thyroïdien des cellules géantes, des foyers nodulaires d’épithélioïdisation, en un mot des formations qu'il est impossible de distinguer à l'analyse histologique, de celles que l’on observe communément dans la tuberculose.

Ils attirent l'attention sur ce fait, et ils coneluent que le diagnostic entre syphilis et tuberculose thyroïdienne ne saurait être fondé avec certitude sur l'examen histologique seul.

De nombreux cas de tuberculose thyroïdienne ont été publiés, particulièrement en Allemagne, et diagnostiqués tels par le seul examen histologique. C’est là un critérium insuffisant et la revision de ces faits s'impose.

La même observation est nécessaire en ce qui concerne les cas de tuberculose lacrymale, de tuberculose des glandes salivaires.

Nous ne rencontrons pas, dans nombre de cas publiés. des constatations qui entraînent la conviction : présence de bacilles de Koch, inoculation positive au cobaye.

En somme, nous voyons que la tuberculose des glandes salivaires et lacrymales est une affection rare, qui dans les cas qui ont fait leur preuve, évolue sous le type d’une inflammation localisée, unilatérale et ne présentant aucun des caractères des syndrômes glandulaires que nous étudions.

Quant aux cas, rapportés à la tuberculose, de certaines hypertrophies symétriques, de certaines seléroses qui sont tuberculeuses histologiquement sans l'être de par la biologie et la clinique, le doute sur leur interprélation persiste, élant donné ce que nous savons de la valeur du critérium histologique.

Les relalions entre la syphilis et le syndrôme de Mikuliez sont heureusement beaucoup mieux connues, ce sont elles que nous voulons spécialement étudier.

Nous montrerons qu'un ensemble déjà fort imposant d'observations cliniques prouve sans contestations que la syphilis peut être une cause des hypertrophies glandulaires symétriques qui nous intéressent. Leur développement chez des syphilitiques, leurs relations intimes avec l'infection, l'absence de toute autre cause suscepüble de les expliquer, leur guérison par le traitement spécifique imposent la notion désormais certaine de l’origine syphilitique de certains cas de syndrôme de Mikuliez.

Nous nous proposons tout d’abord de rapporter les observations que nous avons recueillies et de les discuter ensuite, pour en montrer toute la valeur probante. Il est, en effet, parmi les cas observés, un triage à faire.

Certaines observations sont très complètes, ont une valeur absolue : syphilis certaine, évolution parallèle du syndrôme de Mikuliez et d'autres manifestations syphilitiques, examen sérologique positif, guérison par le traitement, rien ne manque à ces cas.

D'autres sont moins riches et moins complètes. Il en est où nous n’apportons, en faveur de la syphilis, que l'épreuve positive du traitement, mais (ous ces cas se font valoir les uns par les autres, apportent leur contingent à la constitution du syndrôme de Mikuliez d’origine

syphilitique.

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