‹ Syndrome de Mikulicz et Syphilis: Contribution à l'étude des déterminations de la Syphilis sur les glandesChapitre 25 sur 41 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

De Massary et Tockmann (Société Médicale des Hôpitaux, séance du 21 juin 1918).

Syndrôme de Mikulicz à début rapide simulant les oreillons chez un syphilitique.

Ahmed A. est un jeune Arabe de vingt-six ans, qui entra à Andral le 18 avril, avec le diagnostic d’oreillons; il était malade depuis six jours : céphalée, courbature générale, gonflement douloureux très prononcé des deux parotides.

La tuméfaction des parotides est d'une consistance très ferme, beaucoup plus que celle que nous sommes habitués à trouver chez nos ourliens (les exceptions sont pourtant possibles).

EN

La tuméfaction. parotidienne, au lieu de régresser et de se résoudre, comme c’est la règle dans les oreillons, resta stationnaire; elle devient de plus en plus dure, puis, vers le commencement du mois de mai, elle devint nettement lobulée, restant toujours bien limitée, sans aucune adhérence aux plans sous-jacents, ni à la peau qui conserva son aspect normal.

Pas d’engorgement ganglionnaire dans les régions voisines.

Les glandes sous-maxillaires, les sublinguales sont indemnes.

La courbe thermique se maintint aux environs de 38 degrés pendant un mois entier. L'état général resta bon.

On essaya presque tous les matins d'exprimer, à l’aide de massages sur la glande, le produit qu’elle pouvait contenir; le plus souvent, il sortait par l’orifice du canal de Sténon de la salive pure; parfois, les manipulations restaient sans effet; mais, deux ou trois fois, nous avons vu sourdre une gouttelette jaunâtre de muco-pus; malheureusement, nous n'avons pu en profiter pour faire un examen cyto- et microbiologique. En tout cas, la tumeur n’a jamais manifesté aucune tendance à la suppuration.

Les doutes sur la valeur du diagnostic primitif d’oreillons devenant de plus en plus fondés, nous avons eu recours, assez tardivement il est vrai (c'est-à-dire vingt et un jours après le début de la maladie), à notre cytodiagnostic, et nous avons trouvé une lymphocytose moyenne, mais nettement pathologique, du liquide céphalo-rachidien; la numération nous donna neuf éléments à la cellule de Nageotte.

Au début de juin, apparut un œdème des paupières, sans cause connue, les urines étant abondantes et ne contenant pas d’albumine.

Puis cet œdème se résorba et laissa percevoir une tuméfaction dure des deux glandes lacrymales; cette tuméfaction, qui s'installa rapidement, en quelques jours, comme s'était installée la tuméfaction parotidienne, persiste encore sans aucune modification.

Rien à noter dans les différents organes qui sont tous

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sains; le sang est normal, pas de leucocytose, l'équilibre cellulaire n'est pas modifié.

Seule la rate est pathologique, elle est notablement hypertrophiée et donne une matité de 14 centimètres. Aucune atteinte de paludisme n’est révélée dans les antécédents.

Enfin, point très important, des plaies et des cicatrices suspectes sont relevées sur les membres inférieurs. Les plaies guérissent avec une extrême lenteur, elles s’accompagnent d’adénites inguinales. Les cicatrices ont le centre blanchâtre, mais la périphérie est très pigmentée : cet aspect fait penser à la svphilis. Ahmed nie naturellement, comme tous les Arabes, toute affection de l'appareil génital, et on ne trouve aucune trace de chancre sur la verge.

Le Wassermann dans le sang est fortement positif. La syphilis paraît bien probable.

MM. de Massary et Tockmann instituèrent le traitement antisyphilitique, qui dura un mois. Au cours de ces trente jours, le malade reçut douze injections de biodure de mercure de 2? centigrammes chacune, et quatre injections intraveineuses de novarsénobenzol, donnant un total de 3 gr. 20. Il ingéra, en plus, 30 grammes d’iodure de potassium.

A la suite de ce traitement, l'amélioration fut, chez le malade, rapide et nette. Six semaines après le début de la thérapeutique, les glandes lacrymales étaient redevenues normales, ne montraient plus aucune saillie, et une palpation minutieuse permettait à peine de les sentir.

La tuméfaction des parotides avait également disparu, mais elles restaient dures et lobulées.

Nul doute, disent ces auteurs, que, si nous avions pu persévérer, les parotides auraient encore bénéficié du traitement. Mais le malade exigea sa sortie de l'hôpital et ne fut plus revu.

En résumé, syndrôme de Mikuliez à installation rapide chez un syphilitique (Wassermann positif, lymphocytose du liquide céphalo-rachidien, cicatrices à périphérie très pigmentée el à centre nacré), notable amélioration avec le traitement spécifique.

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