OBSERVATION V
Flandin et Aubin (Société de Dermatologie,
séance du 9 décembre 1920).
Syndrôme de Mikulicz fruste à localisation biparotidienne
chez un syphililtique secondaire.
M. R... âgé de vingt-quatre ans, caviste dans un hôtel, se présente à la polyclinique de M. Darier, salle Cazenave, le 27 novembre 1920, pour une déformation de la face ayant débuté sept semaines auparavant et ne se modifiant pas depuis que nous l’observons.
Le malade s'est aperçu, au début d'octobre, de la tuméfaction de la région parotidienne droite, sans douleur locale, sans gêne de la mastication, sans troubles généraux. Un mois plus tard, au début de novembre, la région parotidienne gauche se déforme à son tour, toujours insidieusement. Le malade consulte alors un médecin qui pose le diagnostic d’oreillons et l'envoie à l'hôpital Claude-Bernard.
En présence de l’indolence des lésions, de leur caractère de chronicité, en l’absence de tout signe général, le diagnostic d’oreillons est rejeté.
A l'examen, on est tout d'abord frappé par l’hypertrophie symétrique des deux parotides, qui donne à la face l’aspect piriforme; le pavillon de l'oreille est légèrement rejeté en dehors. Le diamètre biparotidien mesure 16 centimètres. La peau est de coloration normale; elle est souple, sans chaleur et glisse facilement sur les plans sous-jacents. II n'y a pas trace d’œdème et on limite nettement et facilement une parotide allongée de haut en bas, occupant la branche montante du maxillaire et le sillon rétro-maxillaire. La dépression normale est remplie par une tumeur nettement lobulée, ferme, ne se laissant ni déprimer, ni déformer par la pression la plus énergique.
La malaxation de la glande, de même que l'application d’une goutte de vinaigre sur la langue, fait sourdre un peu de salive normale par l'orifice du canal de Sténon. Cel orifice a son aspect normal et n’est le siège d'aucune rougeur. Les autres glandes salivaires ne présentent aucune hypertrophie; on ne saurait confondre avec les glandes sous-maxillaires les deux gros ganglions qu'on sent le long et en retrait du bord inférieur du corps du maxillaire inférieur. De même, les glandes lacrymales sont intactes.
Dans les antécédents du malade, nous ne trouvons ni intoxication — il n’y à eu, en particuier, aucune cause de saturnisme — ni de maladie infectieuse.
Par contre, la syphilis est prouvée : 1° par la cicatrice sur la verge d’un chancre induré que le malade avoue avoir eu en juin 1920 et qui à guéri spontanément en trois semaines environ; 2° par une polvadénopathie indolente généralisée, cervicale et épitrochléenne notamment; 3° par une réaction de Hecht, pratiquée par M. Tzanck, fortement positive.
Quoi qu'il en soit, nous nous proposons de soumettre le malade au traitement SUR EMNIQuE intensif que légitime sa syphilis secondaire.
Ayant écrit à M. Flandin pour lui demander quel avait été le résultat du traitement institué, celui-ci à bien voulu nous répondre fort aimablement, et nous le remercions bien sincèrement.
« Il est possible, nous écrit M. Flandin, que je représente à la Société de Dermatologie, un de ces jours, le malade dont la parotidite double à guéri sous l’action du traitement spécifique. Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous donniez dans votre thèse ce renseignement inédit. »
On peut donc établir le diagnostic de la façon suivante : syndrôme de Mikulicz fruste chez un syphilitique (chancre de la verge, polyadénopathie indolente généralisée, réaction de Hecht fortement positive), quérison par le traitement antisyphilitique.
MR di