‹ Syndromes intestinaux d'origine artérielleChapitre 25 sur 52 · LO · texte numérisé non relu

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mités chez une athéromateuse de soixante-huit ans, et à propos de laquelle Bouveret écrit : « En particulier chez les vieillards, au spasme s’ajoute une autre cause d’obturation très efficace, l’altération sénile des parois vasculaires. » Nous pourrions rappeler également le cas de gangrène symétrique des extrémités avec sclérodermie observé par Goldschmitt et Recklinghausen, où on lit dans le protocole d’autopsie : « La lésion anatomo-pathologique dominante et primaire était l’endartérite oblitérante. » Enfin Bret et Chaler, étudiant les rapports entre la maladie de Raynaud et les lésions cardio-vasculaires, concluent ainsi : « Dans la production de la syncope et de l’asphyxie locale, le spasme joue un rôle essentiel, quel que soit son point de départ, mais 1l est sans doute aidé, dans un grand nombre de cas, par des lésions artériolaires périphériques. Il intervient aussi dans le processus gangréneux des extrémités, mails 1l passe ici au second plan vis-à-vis des lésions vasculaires, hors desquelles, en l'absence d’une lésion nerveuse, la nécrose ne peut avoir lieu. » Cette interprétation est acceptée par le professeur G. Roque (Proc. med., 1912). D'ailleurs, se rapprochant plus encore des phénomènes que nous étudions 1c1, Potain, en 1899, note la « maladie de Raynaud des pieds » dans l’aortite abdominale, et, en 1905, Roque et Corneloup décrivent des phénomènes d’'asphyxie locale avec menace de gangrène au niveau du pied au cours d’une aortite abdominale. Avec la réserve que nous n'envisageons que ces cas de maladie de Raynaud avec lésions artérielles, les analogies avec les syn-

dromes mésentériques nous paraissent frappantes, même dans le détail :

Ænatoniquement, les lésions artérielles sont les mêmes et1l s’y ajoute un phénomène vaso-moteur de même ordre : vaso-constriction d’abord et surtout, puis vaso-dilatation; au niveau des doigts, c’est la syncope, puis l’asphyxie des extrémités; dans l’imtestim, c’est l’ischémie avec atonie, puis la phase terminale de cyanose de l’intestin qu'ont vue parfois les chirurgiens ; cette même succession se retrouve d’ailleurs dans les expériences de Lagane.

Cliniquement, la douleur mtestinale est en partie comparable à la douleur au niveau des doigts dans la maladie de Raynaud ; — la parésie des extrémités en syncope est absolument analogue à la parésie intes— tinale avec constipation et météorisme localisé.

L'évolution des deux affections est également parallèle ; même succession d’accès plus où moins rapprochés, et surtout même terminaison à redouter: la vangrène des doigts dans un cas, la gangrène ou l’infarctus de l'intestin dans lPautre. Ainsi on pourrait parler de maladie de Raynaud de Pintestin .

V. Mode d'action des causes provocatrices des accès. — Deux allérations anatomiques sont à la base du syndrome: la lésion des artères mésentériques diminuant habituellement leur lumière, et la lésion secondaire des plexus sympathiques abdominaux, mettant ces centres dans un état d’irritabilité, de sensibilité spéciale pathologique; survienne une cause de trouble vaso-moteur général, le centre vaso-

moteur abdomimal répondra plus vite et plus mtensément que les autres à cette incitation, 1l provoquera une vaso-constriction intestinale dont les effets seront considérablement aggravés par la lésion préexistante, déjà partiellement oblitérante, des artères qui vont subir lPexcitation vaso-constrictive.

Pour les accès provoqués par l'alimentation, lexcitation se produit directement dans le domaine de l’intestin ; la réaction des plexus abdominaux entraine la vaso-constriction intestinale, comme nous l'avons dit plus haut.

L’effort, le surmenage physique, nécessitent une vaso—-dilatation pulmonaire très intense; donc 1l y a par balancement vaso-constriction des autres territoires viscéraux non intéressés par effort; le pont d'appel au niveau de l’abdomen déclanche une crise démesurée de vaso-constriction. Une explication analogue s'applique aux accès provoqués par une émotion, la peur, un ennui.

Nous insisterons davantage sur la pathogenie des accès nocturnes. Max Buch en donne lexplication suivante : dans le décubitus dorsal le cœur appuie sur l’aorte descendante ; or, les plexus nerveux qui entourent l’aorte à ce niveau sont déjà enflammes ; l’irritaton se transmet aux plexus abdominaux, d’où réveil de la crise intestinale. Cette explication, trop mécanique, ne satisfait pas l'esprit, même si on ajoute que le cœur s’est dilaté sous l’mfluénce du sommeil comme l’a montré Potain. Il faudrait plutôt faire jouer un rôle aux variations de la pression sanguine générale, aux oscillations vaso-motrices qui se produisent pen-

dant le sommeil ; sous l’influence d’un trouble vasomoteur, le sympathique abdominal enflammé réagit et cette réaction provoque la crise de dyspragie au niveau de l’intestin insuffisamment irrigué.

OnsEnvarTion XIIT (personnelle,

(Recueillie chez un malade du professeur J, Teissier)

Fièvre typhoide ancienne. — Dysenterie pendant onze ans. Néphrite chronique avec galop. — Crises d°« angor abdominalis » avec ballonnement généralisé el douleurs sous-ombilicales. — Hypertension des membres infé-

rieurs.

Homme, cinquante-cinq ans, coutelier à Thiers. Rien à signaler dans les antécédents héréditaires. Personnellement : fièvre typhoïde à cinq ans: dysenterie contractée en Corse pendant son service militaire, a persisté pendant onze ans. Fumait beaucoup jusqu'en 1900.

A quarante-deux ans, le malade a eu des céphalées persistantes extrêmement pénibles, qui ont cédé après la suppression du tabac et se sont reproduites l’année suivante avec la reprise du tabac.

Depuis quatre ou cinq ans, dyspnée d'effort qui s’est accentuée depuis un an. Le malade insiste surtout sur les phénomènes abdominaux ; 1l éprouve des crises douloureuses abdominales fréquentes qui se présentent le plus souvent de la facon suivante : Le soir, il se couche, s'endort assez rapidement ; au bout d'une heure environ, il est réveillé par une sensation de douleur abdominale extrêmement vive qu'il localise très exactement au-dessous de la région ombilicale. En même temps son ventre se ballonne énormément au point, dit-il, de gèner sa respiration; il reste ainsi,

Le 154 Comp:

haletant pendant un temps variable, puis la crise cesse et il peut reprendre son sommeil. Parfois, mais non toujours, la cessation de la crise s'accompagne d’une émission de gaz abondants par l'anus. Les crises ne se produisent pas seu lement la nuit, elles apparaissent parfois à l’occasion d'un effort, d’une fatigue physique quelconque, ou au moment de la digestion, après le repas principal de midi. Ni constipation, ni diarrhée.

Les crises qui étaient très espacées au début se sont rapprochées de plus en plus ces derniers mois, et c'est leur fréquence qui décide le malade à consulter.

A l'examen : Malade au facies plutôt pâle: artères très sinueuses visibles, dilatation des veines du cou, Pas d'æœdème. Légère dyspnée.

Abdomen : Un peu volumineux mais pas très tendu ; palpation facile. Pas de péristaltisme. On réveille la douleur à la pression profonde au-dessous et à droite ,de l'ombilic. L'aorte abdominale ne paraït ni dilatée ni déviée à gauche. Petite hernie lipomateuse à l'épigastre. On est frappé par l'existence de battements très apparents au creux épigastrique, immédiatement au-dessous de l’appendice xiphoïde : ces battements qui, au premier abord, pourraient paraitre appartenir à l'aorte abdominale, semblent bien répondre au ventricule droit.

Foie déborde peu. Rate non perçue.

Cœur : Pointe mal localisable semble dans le V® espace, à deux travers de doigt en dehors du mamelon. Galop très net à l'appendice xiphoïde et en dedans du mamelon, moins net à la pointe. Pas d'éclat très marqué du deuxième ton aortique.

= Tension artérielle prise par la méthode de Riva-Rocci :

À la radiale, 14-15.

A la tibiale postérieure, 18.

Les radiales sont dures, serpentines ; les pédieuses sont très apparentes. La palpation de la radiale et surtout les tracés sphygmographiques pris avec les appareils de Marey

et de Jaquet montrent un pouls alternant très net, surtout apparent après les extrasystoles.

Poumons : Quelques râles sous-crépitants très rares et inconstants à la partie moyenne du poumon droit.

Urines pàles, petit disque d'albumine.

EXAMEN RADIOSCOPIQUE : Cœur gros un peu triangulaire ; aorte un peu large sans ectasie.

Osservarion XIV (inédite) (Due à l'obligeance de M. le professeur J. Teissier).

Uricémie — Goutte. — Légère angoisse précordiale. — Aortile abdominale. — Crises douloureuses avec météorisme, suivies d'abondantes émissions de gaz et de selles glaireuses el sanquinolentes. — [Hémorrhagie intestinale lerminale.

M. X.R., soixante-seize ans. Goutteux d'origine, ayant présenté à différentes reprises des manifestations articulaires ou nerveuses de la dyscrasie urique. Se plaint dès 1896, c'est-à-dire depuis l’âge de soixante ans, d’un peu d'angoisse précordiale, de légère dyspnée d'effort et d'un peu de perte des forces,

En 1896, on constate :

Un peu d'accentuation du deuxième bruit aortique; de la douleur sur le trajet des phréniques, mais il n'y a ni galop, ni altération des urines.

Quelques mois après, en même temps qu'on notait, dans les deux régions sus-claviculaires, le développement de pseudo-lipome, on constatait à droite du sternum, au niveau des IT° et ITTe espaces, un souffle syvstolique net avec éclat très clangoreux du deuxième ton.

A ce moment, on note comme un phénomène rare et intéressant l'existence d’un double souffle crural de Duroziez du seul côté droit : aucun artifice (changement d’attitude,

compression, etc.) ne peut faire apparaître de souffle diastolique à la base.

Pression artérielle à la radiale (au Potain), 0.

Amélioration sous l'influence d'un régime approprié iodalose, gouttes amères, alcalins, etc.

En août 1901, sous l'influence d'un refroidissement, M. X. R. éprouve pendant huit ou dix jours un ballonnement marqué de l'abdomen, généralisé, avec sensation de tension douloureuse ; abondante émission de gaz, selles glaireuses et sanguinolentes.

Ces accidents sont accompagnés d'une légère élévation de température.

Comme le patient était à la campagne, loin de Lyon, il n'est examiné par nous que quelques mois après, allant sensiblement mieux; on constate encore chez lui un abdomen tendu et sensible; la douleur devient très marquée à la palpation de l'abdomen surtout au niveau de l'aorte abdominale que l’on perçoit très déviée à gauche à deux travers de doigt de l’ombilic et sur une longueur d'un bon travers de main. Douleur aussi très marquée à l'épigastre, douleur spontanée comme à la pression.

Les accidents du côté du cœur se sont atténués : le malade est traité par le repos, les applications d'emplâtres de ciguë sur l'aorte pulsatile. À l'intérieur : iodalose, glycérophosphate, quinquina.

En 1905, poussée de gonflement avec rougeur diffuse de la jambe droite : œdème latent qui parait relever d'une manifestation goutteuse. Traces d’albumine,

En même temps qu'apparaissent ces manifestations du côté du membre inférieur, on constate que les signes d’aortite abdominale ont disparu. On ne note plus que 15 à la pédieuse droite et 18 à la radiale. Aucune sensibilité à l'épigastre, mais bruit de Derbouka très marqué et léger débordement de l'aorte (un bon travers de doigt) à droite du sternum.

Pendant sept ans, aucun phénomène pathologique notable,

Ton

grâce à une hygiène sévère, à des précautions de régime très rigoureusement observées, une médication très simple par de l'iodalose, de l'acide phosphorique et des alealins, pris par intermittences, la santé se maintient dans un état d'équilibre très satisfaisant, comme il fut possible de le constater, le malade n'ayant jamais été perdu de vue.

À la fin de 1912, à la suite de douleurs névralgiques intercostales intenses que l’on attribua d’abord à des manilestations goutteuses et que l'avenir montra relever d’une inflammation sévère de la bourse séreuse sous-scapulaire, le malade fit un état subfébrile, avec exacerbations irrégulières, alternant avec des manifestations de goutte larvée qui entrainèrent un affaiblissement régulier de sa résistance : les forces allèrent en déclinant. Un état lipothymique subcontinu se produisit : une hémorrhagie intestinale s'étant réalisée, hémorrhagie dont il est impossible d'évaluer la quantité, mais qui s’accompagna d'état syncopal, le malade mourut quelques instants après.

OBsERvATION XV (inédite) (Due à l’obligeance de M. le professeur Teissier).

Syplhuilis. — Aortite thoracique ancienne avec légère insuffisance aortlique. — Artério-sclérose généralisée. —- Hypertension (90 à la radiale). — Réflexes rotuliens autrefois disparus, retour des réflexes à partir de cinquante ans. — Aortite abdominale avec signe de la pédieuse (23). — Crises intestinales douloureuses avec ballonnement énorme, suivies parfois d'émission de glaires ou de selles diarrhéiques. — Vertiges.

Homme, cinquante-huit ans : syphilis dans sa jeunesse, bien traitée. Vient nous consulter pour un peu d'angoisse thoracique, avec douleur rétrosternale et phénomènes d’angor atténués. [1 semble qu'on soit autorisé à cette époque à faire le diagnostic d'aortite syphilitique, bien que le malade n'accuse que des troubles de la sensibilité trés atté-

nués et de légères douleurs fulgurantes. Toutefois dès cette époque les réflexes rotuliens, qui avaient été abolis, ont reparu, assez marqués pour faire rejeter l'hypothèse de tabes incipiens.

A ce moment sauf un trèsléger prolongement du deuxième bruit à la base, avec un faible débordement de la matité aortique à droite du sternum, on ne note aucune lésion artérielle, Pas de double souffle de Duroziez.

Pendant dix ans, la santé s’est maintenue à peu près bonne. Dans l'automne 1902, le malade ayant alors soixantehuit ans, présentant depuis deux mois des troubles urinaires, d'origine probablement prostatique, on trouve à la base du cœur un double souffle de va-et-vient ; le Duroziez est net ; la tension de la pédieuse est augmentée (23 pour 20 à la radiale). Le malade fut pris alors de grands vertiges, de ballonnement considérable de l'abdomen et de crises intestinales douloureuses avec émission assez rare de glaires sanguinolentes, mais surtout avec des crises diarrhéiques précédées de coliques pénibles.

Grâce à quelques semaines de repos, à un régime sévère, des applications chaudes et quelques lavements de bromure d’ammonium, le calme revint assez vite et la santé parut se rétablir.

Les accidents prostatiques ne tardèrent pas à prendre le dessus : rétention, cathétérismes fréquents. Le malade succomba cinq ans après, avec des symptômes d'infection urinaire. Mais pendant ces quelques années, 1l eut des crises douloureuses qui relevèrent plutôt d'une pleurite diaphragmatique que d’oblitération coronarienne.

OBSERVATION XVI (JT. Teissier, Bulletin Médical, 1910, p. 1071).

Entéro-colite ancienne : crise d'aortite sous-diaphragmatique avec (angor abdominalis ».

Il y a quelques mois, entrait un soir dans notre service

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une jeune femme dont l'état, en apparence éminemment grave, causait à nos assistants les plus vives inquiétudes. Prise, en effet, de douleurs épigastriques horriblement vives, présentant dans la fosse iliaque droite une sensibilité assez prononcée, menaçant à chaque instant de tomber en syncope et accusant une angoisse extrême, avec grande petitesse du pouls, sueurs profuses et froides, la première pensée qui vint à notre entourage fut qu'on se trouvait en présence d'un cas d'appendicite et peut-être même d'une perforation intestinale, d'autant que le ventre apparaissait légèrement ballonné et tendu. Toutefois la température de la malade restait aux environs de la normale, il y aviut quelques nausées, mais pas de véritable vomissement ; enfin l'urine avait ses caractères physiologiques.

En raison de l'heure tardive, on se borna à une médication purement palliative : champagne frappé, glace sur l'abdomen, injection d'huile camphrée et on remit au lendemain les résolutions définitives. À notre visite du malin, l'état de notre patiente était peu modifié. Elle souffrait peutètre un peu moins, mais présentait la même douleur revenant par crises paroxystiques et provoquant les mêmes angoisses, les mêmes sueurs, les mêmes tendances lipothymiques. Cependant la température se maintient à 37°2 et si le ventre est toujours un peu ballonné et tendu, on arrive assez facilement à constater, grâce à une série de pressions douces et progressivement graduées, qu'il s’agit surtout de cette « contracture vigilante » des droits dont nous avons signalé l'habituelle présence au cours des irritations de l'aorte sous-diaphragmatique,ce qui nous permet de nous livrer à une exploration méthodique des organes intraabdominaux. On peut alors assez aisément noter, que si le colon ascendant est un peu empâté et sensible, la région appendiculaire n'est pas le siège d'une douleur caractéristique, que le foie est normal et la région vésiculaire indemne: par contre, le gros intestin est, dans toute sa région transversale (où on le perçoit à l'état de corde singulièrement

tendue), doué d’une sensibilité très grande ; et si l'on gagne la région de l'épigastre (où l'on perçoit des battements très accentués), on trouve l'aorte abdominale déviée à gauche, mais d’un abord tellement délicat que toute exploration complète en est impossible. La douleur à ce niveau est exquise, et tout attouchement un peu profond provoque le réflexe syncopal, qui se reproduit même si l’on suit le vaisseau jusqu'aux iliaques. La pression artérielle est faible, mais au niveau des pédieuses elle égale au moins celle que l’on note au niveau de l'artère radiale,

En présence de pareilles constatations, je n'hésitai pas à éliminer l'hypothèse de la crise appendiculaire, encore mieux de la perforation intestinale,et je portai le diagnostic d’ « angine abdominale » — terme similaire à celui d’«angine de poitrine », — symptomatique d'une poussée d'aortite sous-diaphragmatique, consécutive elle-même sans doute à une entéro-colite ancienne dont l'exploration actuelle nous permettait de constater les vestiges.

Ce diagnostic ne fut pas sans surprendre quelque peu nos collaborateurs, mais l'avenir ne tarda pas à nous donner raison : une injection de morphine améliora rapidement la situation et, progressivement, les accidents s’amendèrent de telle sorte que toute crainte fut rapidement dissipée.

OBsERVATION XVII (inédite) (Due à l’obligeance de M. le D' Pallasse).

Fièvre typhoïde dans les antécédents. — Rétrécissement mitral : crise de douleurs abdominales prolongées avec constipation el ballonnement, suivie d'émission de gaz. — Albuminurie. — OEdème pulmonaire terminal. — Autopsie : thrombose de l'artère colique yauche supérieure.

B... Marie, soixante-seize ans. Fièvre typhoïde à soixante ans. Vient se plaignant de points de côté.

Malade sénile ; perte de la mémoire.

Léger œdème, oligurie, albuminurie ; au cœur, rythme fruste de rétrécissement mitral.

10 juillet 1912. — La malade se plaint de souffrir du ventre ; les douleurs sont intolérables, jour et puit; elles nesont calmées n1 par les cataplasmes, n1 par la glace. Le ventre est ballonné, la malade est constipée : un lavement et une purgation évacuent l'intestin. Les coliques sont suivies d'une émission abondante de gaz par l'anus. Pas de vomissement. La palpation abdominale n'est pas très douloureuse : elle ne révèle rien, ni tumeur, mi flot ascitique.

15 juillet. — Élévation de la température à 39°, submatité et râles sous-crépitants aux bases.

Mort.

AuTopsiE — Cadavre très putréfié.

Abdomen : Côlon distendu, resserrement au niveau de l’'S iliaque, mais il ya des matières dans l'ampoule. Dans le mésocôlon, angle gauche, on trouve un vaisseau thrombosé sur 7 à 8 centimètres, oblitéré par un caillot dur ; ce vaisseau semble être l'artère colique gauche supérieure. L'’aire intestinale ne présente pas de modifications.

Péricholécystite : 100 calculs au moins dans la vésicule.

Cœur : Rétrécissement mitral. Aorle un peu athéromaleuse.

Poumon : UEdème.

Reins : Très granuleux.

Cerveau : Lacune dans la couche optique droite et dans le putamen gauche.

OBsErvaATION XVIII (Norbert Ortner).

« Dyspragia internuttens angiosclerotica intestinalis », — Paludisme ancien. — Crises douloureuses sous-om-

bilicales avec ballonnement à droite el constipation survenant après les repas, — Dyspnée pendant les crises

— Laparolomie. — Péritonite. — Mort. — Aulopste : athérome de l'aorte abdominale el des deux artères mésentériques.

H...., cinquante-cinq ans. Paludisme autrefois. Pas de syphilis. Gros fumeur, boit modérément.

Début de l'affection actuelle il y a deux ans : douleurs abdominales brusques, violentes, siégeant au-dessous de l’ombilice et surtout dans la région iléo-cæcale, survenant très régulièrement deux ou trois heures apres chacun des principaux repas. En même temps, phénomène encore plus pénible, ces crises s’accompagnent de ballonnement surtout marqué dans le flanc droit, obligeant le malade à dégraffer ses vêtements; de plus, il est en proie à une dyspnée terrible avec malaise. Ces crises durent deux à trois heures. Constipation opuuatre, rebelle à tout traitement interne, et cédant seulement aux lavements, Selles horriblement fétides.

Cette première période de la maladie dura deux mois, puis il y eut guérison complète, pendant un an environ. Depuis, deux récidives en quelques semaines et guérison pendant trois mois. Nouvelle récidive analogue fin Janvier. Le malade remarque que les légumes et la choucroute provoquent le plus facilement et le plus violemment le ballonnement, la sensation de tension et les douleurs. Malgré un excellent appétit, le malade est obligé de ne jamais manger à sa faim.

ETAT ACTUEL. — Are sénile. Dilatation moyenne du ventricule gauche ; les deux bruits aortiques sont un peu claqués.

Abdomen : Légèrement météorisé, sensible à la palpation dans la région cæcale, Examen négatif en dehors des crises. Deux ou trois heures après le repas de midi, ballonnement considérable de l'abdomen, autour de l’ombilic, mais plus particulièrement au niveau des côlons ascendant et transverse qui, à travers la paroi, sont sentis sous forme de

boudin mou, large de 3 à 4 travers de doigt. Pas de péristaltisme. L'anse sigmoide est contractée au toucher. Le ventre entier, mais surtout la région cæcale, est sensible à la pression. Au moment du paroxysme de la crise, dyspnée considérable avec cyanose. Au bout de deux ou trois heures (c'est-à-dire quatre à cinq heures après le repas), atténuation progressive des symptômes. Dans l'intervalle des crises, persistance d’un léger degré de météorisme et d'une très légère douleur à peine remarquée par le malade, au lieu indiqué ci-dessus. Constipation; les selles, obtenues seulement par lavement, ont une odeur pénétrante.

Les crises douloureuses augmentent d'intensité; elles débutent une heure à une heure et demie après le repas.

Laparotomie exploratrice, le 1° mai : péritonite septique; mort un Jour et demi après l'intervention.

AUTOPSIE. — Gros athérome de l'aorte, surtout depuis la hauteur du tronc cœliaque et au-dessous. Les artères mésentériques supérieure et inférieure, ouvertes jusque dans leurs plus petites ramifications, sont très scléreuses.

L’estomac, l'intestin grêle, le côlon, jusqu'à la moitié de sa portion descendante, sont fortement tuméfiés. La parie inférieure du côlon descendant et l’S iliaque sont contractés. Péritonite.

Examen histologique : Montre la sclérose de l'aorte abdominale, de l'artère cœæliaque et des mésentériques. Pas d’altérations appréciables des coronaires.

OBsERvATION XIX (Lauder-Brunton et William-Edwin Williams, The Lancel, 191», tp 007) Glycosurie ancienne. Crises de douleurs périombilicales avec flatulence, provoquées par la marche. — Amélioration

par la trinitrine.

Homme, soixante-huit ans. A eu de la glycosurie depuis

= HG ——

vingt-cinq ans ; 4o grammes par litre, 1l y a six ans, avec acétone et acide diacétique. Après le traitement (D' Pavy) et un régime, disparition du sucre de l'acétone et de l'acide diacétique. Réapparition du sucre quand on permit au malade de manger deux onces de pain. Constipation opiniätre rebelle au traitement (cascara, sels de Carlsbad).

Le malade éprouve des douleurs très vives quand il commence à marcher, Ces douleurs ressemblent à celles de l’angine de poitrine, mais le maximum est dans la région ombilicale, avec irradiations à la partie antérieure et postérieure du tronc.

En mai 1911, saison à Vichy, augmentation de poids. En août 1911, les douleurs abdominales flatulentes, qui étaient supportables depuis dix-huit mois, deviennent insupportables : le malade perd le poids qu'il avait gagné depuis mu 1911. À remarquer la tendance marquée au sommeil qui a existé dans ce cas pendant deux ans.

En octobre 1911, le malade est vu par Lauder-Brunton : l'appétit est bon, la langue un peu sèche; l'abdomen est ballonné par moments ; pas de nausées. Grande constipation, selles jaune pâle.

Urines limpides, hautes en couleur : densité 1.024 le matin, 1.028 le soir; pas d'albumine : traces de glucose ; autres corps réducteurs de la liqueur de Fehling {créatinine).

Cœur : Pointe dans le V° espace. Pouls à 112, régulier (émotion). Tension systolique, 115; diastolique, 65.

Bismuth, soude, sels de Carlsbad.

Le malade, continuant à maigrir, on lui permet quelques hydrates de carbone.

25 novembre 1911. — 1 gr. 5 de glucose par litre d'urine.

Le caractère dominant est la douleur intense spasmodique, au niveau de l'abdomen, rappelant, sauf la localisa - Uon, les caractères de l'angine de poitrine. Aussi L.-Brunton pensa- il à appeler ces crises « angine abdominale » et

ro

à leur opposer le traitement de l'angine de poitrine : à donna de la trinitrine qui fit cesser immédiatement la douleur.

2 décembre 1911. — Le malade exprime une très grande satisfaction de posséder un remède {tablettes de trinitrine) pour calmer ses douleurs abdominales.

Ces douleurs survenaient deux fois par jour ordinairement, principalement après la marche, mais le jeu de billard les ramenait également.

OBsErvariION XX

(L.-Brunton, eod. loc.).

Crises douloureuses abdominales analogues à celles de l'observalion précédente, provoquées par la marche. — Amélioration par la trinitrine.

La sœur du malade précédent, âgée de soixante-quatre ans, ressent depuis sept ans des douleurs abdominales analogues à celles de son frère : ces douleurs surviennent également après la marche et sont immédiatement calmées par une demi-tablette de trinitrine.

OBSERVATION XXI (Warburg).

Crises abdominales douloureuses avec météorisme, surtout marqué au niveau du cæcum des colons ascendant et transverse. — Crises douloureuses précordiales avec angoisse. — Myocardite chez un artério-scléreux. — Athérome des artères intestinales.

Homme, cinquante et un ans, ni syphilis, ni éthylisme. Grand fumeur. À quarante-trois ans, subitement, céphalée atroce, qui disparut au bout d'un an, mais fut remplacée

par des douleurs abdominales survenant sous forme d'acces par périodes avec des rémissions quelquefois d'un mois. Ces douleurs, au début, survenaient deux ou trois heures après le repas de midi et duraient quelques heures. Plus tard, elles survinrent à d’autres moments et surtout la nuit. Pendant les périodes d'accès douloureux, consfipation presque absolue, selles très rares, dures et fétides. Les jours où le malade ne souffre pas, selles molles normales.

Météorisme abdominal apparaissant en même temps que les douleurs et la constipation : vive sensibilité dans la région sous-ombilicale et, plus tard, dans la région cæcale. Atténuation ou disparition des douleurs par la diète ; on a proposé une intervention, pensant à une affection chronique du cæcum.

A l'examen : Malade amaigri, pale, non cachectique. Radiales et temporales dures. Pouls très ralenti (40) et irrégulier. Gros cœur, sans éclat du deuxième bruit aortique. Hypertension : 125 au tonomètre. Le malade se plaint d'avoir, en se mettant au lit, de rapides accès de douleur précordiale avec angoisse, oppression, mais très peu intenses en comparaison de ses douleurs abdominales. Urines normales. Estomac fonctionnant normalement en dehors des périodes douloureuses : pas de liquide à jeun, pas de dilatation gastrique. Au cours des crises douloureuses, et seulement ces derniers temps, surviennent quelquefois des vomissements. Si on examine, non à jeun, mais vers 6 heures du soir, l'abdomen en dehors des accès, on ne réveille pas de douleur à la pression: on trouve un méféorisme {rès marqué dans la région du cæcum et des côlons ascendant et transverse, tandis que le côté gauche de l'abdomen est aplati. Le côlon ascendant, lorsqu'on recherche le réflexe abdominal, se dessine nettement, mais ne présente pas de contractions péristaltiques vraies. En période douloureuse, le météorisme est encore plus accentué. Pas de tumeur abdominale à la palpation.

Radioscopie : Ce météorisme local offre une image

toujours caractéristique : le côté droit de l'abdomen présente des trainées claires, en large bande depuis le foie ‘ Jusqu'au bassin. À jeun, on n'obtient pas aussi nettement cette image, et le météorisme local est aussi bien moins net. Après administration de théobromine pendant plusieurs Jours, le météorisme local disparait ainsi que la clarté radioscopique.

Diagnostic : Myocardite chez un artérioscléreux ; athérome des artères intestinales.

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