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PREMIÈRE PARTIE

ÉTUDE DES HORMONES PRÉHYPOPHYSAIRES À ACTION GÉNITALE

Historique.

Le rôle de l’hypophyse comme glande endocrine déjà entrevu par Brown Sequard, était tombé en oubli jusqu’à une époque relativement récente. Ce n’est qu’à la fin du siècle dernier que V. Harsley (1886) et Marinesco (1894), par des hypophysectomies, effectuées respectivement sur les chiens et sur les chats, ont donné un fondement solide à la théorie endocrinienne.

Cushing, en 1910, est un des premiers à préciser expérimentalement le rapport entre l’hypophyse et les glandes génitales ; il constate la dégénérescence et l’absence de formation de spermatozoïdes chez les animaux ayant subi une hypophysectomie.

A cette époque on tend à attribuer à l’hypophyse plusieurs fonctions qui ne lui appartiennent pas, entre autres, on la croit la cause d’obésité et de diabète insipide.

C’est à Camus et Roussy qu’on doit le grand mérite de corriger lcs notions acquises par une série de mémorables expériences datant de 1912. Ces auteurs ont démontré que certaines fonctions, jusque-là considérées comme hypophysaires, étaient d’origine hypothalamique.

Evans, en 1921, fait connaître qu’il est arrivé à produire expérimentalement des rats géants par injections d’extrait antéhypophysaire alcalin.

La découverte du rôle considérable joué par le lobe antérieur de l’hypophyse dans la régulation du système génital vient lui redonner un intérêt puissant.

Cette fonction, soupçonnée par Cushing en 1910, a vu son déterminisme bien précisé depuis les travaux de Zondek et Ascheim qui ont publié en 1927 une étude complète du test qui leur a permis de démontrer les rapports antéhypophysoovariens. Ils déclanchèrent la puberté chez une souris femelle impubère de 7 gr. par l'implantation d’un fragment d’antéhypophyse de bovidé mâle ou femelle. Cette étude fut précédée par les travaux de Zondek et Smith qui, presque simultanément, montrent une accélération de développement du système génital femelle à la suite d’implantations antéhypophysaires.

À partir de 1927, les recherches sur les actions du lobe antérieur de l’hypophyse se sont multipliées, et ont donné naissance à de nouvelles découvertes.

Brouha, Simonnet, Hinglais et Guy Laroche, en France et Belgique; Smith et Engle, en Amérique; Zondek et Ascheim, en Allemagne, se sont particulièrement attachés à la question.

Ces travaux ont permis à Brouha et Simonnet de conclure de l’existence d’un système hypophyso-génital, le lobe antérieur étant le moteur du cycle ovarien.

Ascheim et Zondek, en juillet 1927, démontrent l’existence, dans les humeurs d’une femme enceinte, d’une hormone douée de propriétés physiologiques analogues à l’hormone du lobe antérieur de l’hypophyse. Elle serait formée de deux principes dont l’un assure le phénomène de maturation folliculaire (prolan A), l’autre le phénomène de lutéinisation (prolan B).

Brindeau et Hinglais, en 1934, ont admis l'existence d’un

troisième principe qui prépare le follicule à subir l’action du prolan B.

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Cette opinion n’est pas unanimement admise, certains auteurs avec Champy, Courrier et Aron persistant à penser qu’une seule hormone, agissant à des doses ou suivant des modalités différentes, peut provoquer les deux effets distincts.

Ascheim et Zondek, en 1927, proposent le test, basé sur l'injection d'urine à la souris impubère, comme moyen de diagnostic de la grossesse.

Brouha, Hinglais et Simonnet emploient le souriceau mâle. Friedmann perfectionne ces méthodes biologiques en vue du diagnostic de la grossesse par l'emploi d’une lapine. Cette réaction permet le diagnostic précis et précoce, facile à poser par le simple examen macroscopique des ovaires.

Ascheim confirme, en 1931, qu’il existe dans les urines des femmes ménopausiques ou atteintes de cancer de l’utérus une substance capable de provoquer seulement la maturation folliculaire. La clinique vient confirmer les faits acquis par l’expérimentation.

Goldstein, déjà en 1913, a signalé des acromégalies consécutives à la castration.

D’après les observations, publiées par Eidelsberg, l’insuffisance hypophysaire s’accompagne très fréquemment d’oligoménorrhée.

Vignes reconnaît que la céphalée menstruelle peut parfois être la conséquence d’une congestion hypophysaire.

Jentzer, en 1924, a observé un adénome éosinophile qui a entraîné de l’aménorrhée pendant huit ans. Après l’opération il remarque la régression des symptômes acromégaliques et la réapparition des règles.

Fandler et Gross, en 1908, ont fait remarquer que certaines femmes enceintes présentaient à la fin de la grossesse un faciès et des extrémités à caractères acromégaliques. Marek et Fruhinsholz citent des cas d’acromégalie chez la femme enceinte, qui disparaissent en quelques mois après l’accouchement.

Les rapports entre l’hypophyse et l'ovaire étant ainsi établis, on a recherché si l’hypophyse ne serait pas liée aux autres glandes endocrines de l’organisme.

Aron, Houssay, Crew et Wiesner démontrent l’existence d’une hormone antéhypophysaire à action thyroïdienne.

Aron l'appelle thyréostimuline et décrit en 1929 un test histologique qui permet son étude.

D'après Aron et Benoit il y aurait un certain balancement réciproque entre les quantités de thyréostimuline et les quan-

Ne

tités de folliculine présentes dans le sang, ce qui prouve que le corps thyroïde serait susceptible d'intervenir dans les équilibres hormonaux du système préhypophyso-ovarien.

L’ablation totale du lobe antérieur, comme elle était pratiquée par Allen, Adler et plusieurs autres auteurs, entraîne chez l’animal une cachexie progressive avec une atrophie générale du système endocrinien : glandes génitales, thyroïde, parathyroïdes, cortex surrénal et thymus. Des injections répétées d'extraits antéhypophysaires provoquent la stimulation de ces glandes avec une hyperplasie marquée.

Rivoire conclut que c’est par l'intermédiaire de l’hypophyse que se font les corrélations glandulaires.

D'après les travaux récents, le lobe antérieur de l’hypophyse nous apparaît comme facteur général de la régulation d’activité endocrinienne.

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Lobe antérieur de l'hypophyse et mécanisme régulateur d'activité ovarienne.

La fonction sexuelle du lobe antérieur est devenue, en l’état actuel de nos connaissances, la plus importante, peutêtre, des fonctions hypophysaires. L’hypophyse et l’ovaire sont liés par une solidarité remarquable formant ensemble un appareil physiologique étroitement coordonné.

Le lobe antérieur intervient en tout moment de la vie génitale de ia femme Ce fait est prouvé par l’effet provoqué par l’hypophysectomie chez les animaux, par les méthodes d’implants et d’extraits injectables.

Smith remarque l’atrophie ovarienne après l’ablation de l’antéhypophyse. Jones fait connaître que le poids de l’ovaire diminue rapidement chez les rates hypophysectomisées.

D'une manière générale on observe l’atrophie de tout le tractus génital chez les animaux des deux sexes. Chez la femelle impubère, qui a subi l’ablation de l’antéhypophyse, La croissance est inhibée, il n’y a pas d'apparition des caractères sexuels secondaires, les organes génitaux externes ne se développent pas. L’ovaire reste petit et ne contient que des follicules de de Graaf dégénérés, des follicules primor-

diaux et des cellules interstitielles. L'absence totale de corps jaune indique qu’il n’y a pas eu d'ovulation. L'’utérus et la muqueuse vaginale ne se développent pas.

Chez la femelle pubère, on observe la régression du tractus génital. Les cycles œstraux cessent de se manifester, l’appétit sexuel disparaît, l’ovulation s’arrête, les follicules et les corps jaunes dégénèrent. La dégénérescence utérine est plus marquée que celle qui suit la simple castration ; Brouha et Simonnet en déduisent que l’action pituitaire est au moins en partie spécifique.

Chez une rate, qui a été fécondée, l’avortement se produit dans les trois jours qui suivent l'intervention.

Pour corriger les troubles dus à l’ablation de l’hypophyse, on fait des implants qui éveillent l’activité génitale chez les animaux impubères hypophysectomisés et restituent ad inltegrum les organes génitaux des animaux adultes.

Les extraits antéhypophysaires administrés par la voie parentérale ont donné à Crew, Cushing et Homans des résultats presque analogues.

À la suite du traitement antéhypophysaire par les implants, le tractus génital des rats femelles impubères atteint précocement la structure anatomo-histologique et la valeur fonctionnelle qui caractérisent l’âge adulte. Chez la souris encore très jeune, loin de l’âge du premier rut, l’implantation d’un fragment de préhypophyse fraîche est suivie, environ au bout de quatre jours, de l’apparition du cycle œæstral.

Les expériences ont porté particulièrement sur les souris (Zondek et Ascheim) et les rats (Evans et Engle) parce que le rut se manifeste chez eux par des modifications faciles à reconnaître sur le frottis du mucus vaginal. Zondek démontre que l'injection d’urine de femme enceinte, contenant des fortes quantités d’une substance analogue aux extraits antéhypophysaires, peut déterminer chez la souris impubère trois types de réactions :

I. Réaction de maluralion folliculaire. — Les follicules grossissent, deviennent kystiques ; en général ce processus n’est pas suivi d'ovulation et le follicule ne se rompt pas, il reste «atrésique ».

II. Réaction hyperémique et hémorragique. — Tout organe, et surtout l'ovaire, est hyperémique ; les vaisseaux dilatés et parfois les follicules lutéinisés sont le lieu d’une hémorragie, contrairement à ce qui se produit à l’état normal. Le folli-

Et Ve

cule hémorragique, qui nous apparaît comme une saillie violacée à la surface de l'ovaire, fut nommé par Zondek « point

hémorragique ».

III. Réaction de luléinisation. — Des corps jaunes se forment non seulement au niveau de follicules rompus, mais aussi au niveau de ceux dont la thèque ne s’était pas déchirée (corps jaunes atrétiques).

Nous avons repris les expériences d’'Evans et Engle sur les rates impubères. À un lot de rats femelles impubères nous avons injecté l’Antéparsine Grémy (1) ; des prélèvements du mucus vaginal ont été faits deux fois par vingt-quatre heures, matin et soir.

Nous avons constaté les modifications successives de la muqueuse vaginale et ce n’est qu’à la fin de la phase de maturation folliculaire qu’on remarque que sa desquamation fournit uniquement des cellules kératinisées dénonçant l’œstrus. Zondek injecte à des rats femelles adultes l’extrait antéhypophysaire et obtient des effets différents à mesure qu’il intensifie son administration.

Une dose relativement faible entraîne l’œstrus prolongé avec kératinisation vaginale continue; les ovaires sont hyperémiés, avec formation de grands follicules et parfois de corps jaunes.

Avec une dose plus élevée et longuement répétée on obtient un cycle œstral irrégulier avec caractère variable de l’enduit vaginal ; les ovaires volumineux montrent des corps jaunes et des points hémorragiques. Une dose très grande, administrée en plusieurs fois, provoque la suppression des cycles œstraux avec enduit vaginal caractérisé par l’apparition de mucus, la disparition des cellules kératinisées et la persistance des leucocytes ; les gros ovaires présentent de nombreux corps jaunes et des points hémorragiques.

. Friedmann a réalisé des expériences particulièrement intéressantes chez le lapin adulte. Dans cette espèce, l’ovulation exige un coït préalable, subi par la femelle en période du rut. Friedmann obtient chez le lapin l’ovulation même sans coit, par injection d'urine de femme enceinte, tandis que l urine non gravidique n’a pas cet effet. Le même auteur, dans d’autres expériences sur le lapin, a démontré que la formation de COTpS Jaunes après ovulation est subordonnée normalement à la sécrétion de la préhypophyse. La rupture expérimentale

(1) Extrait de lobe antérieur d’hypophyse standardisé par titrage biologique.

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