‹ Synonymes françaisChapitre 105 sur 218 · CHAPITRE XVI. lE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. lE

La terminaison féminine ie est en grec, en latin et en français, l'une des plus communes ; ce qui fait que sa valeur générale est très difficile à déterminer. Nous no.us bornerons à dire qu'elle rend abstraits les substantifs à la fin desquels elle se trouve, et leur imprime un sens analogue à celui des substantifs en té. Butet les appelle abstraetifs-absolutifs, parce qu'ils présentent l'abstraction poussée jusqu'au plus haut point, parce qu'à force d'abstraction ils deviennent absolus et ressemblent fort aux substantifs sans terminaison significative* Mais parmi eux il en est dont on peut réduire la terminaison à celle du participe passé : tels sont, bouillie, saisie, repartie, rôtie. Or cette observation nous parait suffire pour mener à caractériser précisément les deux seuls noms de cette désinence qui aient pour synonymes des substantifs sans terminaison significative, savoir partie et garantie.

1. Part, partie. Ce qui entre dans la composition d'un tout. Pari vient du latin 2?ar*, gén. partis, qui correspond au mot français pobr le sens comme pour la ïovme. Partie dérive du participe passé, partitus, du verbe partire,Aïmtt, partager \ partie, partUa,

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sous-entenda reg, c'est-à-dire^ chose divisée, ou plutôt chose qui résulte d'une division, ce qui provient d'un partage. En conséquence,

partie rappellera toujours spécialement qu'il y a eu division, soit effective,' soit mentale, et que la chose a été détachée d'un tout. De son c6té, part sera absolu; mais, comme la partie se rapporte davantage au tout d'où on l'a tirée, l'usage sera de donner à la part

' plus de rapport au possesseur, à celui qui l'obtient. Cette distinction a été très nettement établie par Girard dont voici les propres termes .* « L2L partie est ce qu'on détache du tout; la part est ce qui en doit revenir. Le premier de ces mots a rapport à l'assemblage; le second, au droit de propriété. On dit, une partie d'un livre et une partie du corps humain ; une part de gâteau, et une part d'enfant dans la succession. » ha part n'est pas distributive comme Impartie; elle se considère en elle-même , comme formant un tout indépendant entre les mains du possesseur.

3. Garant, garantie. Ces mots se disent des choses qui en rendent d'autres sûres, qui les font attendre avec confiance : sa conduite passée est un garant, ou une garantie de sa sagesse à l'avenir. <;arant, dans les anciennes langues du nord warrant , signifie d'abord la personne qui répond d'une chose;* c'est le radical pur du verbe garantir, d'où àériye garantie. Garantie désigne proprement ce qui résulte de l'action de garantir et rappelle expressément cette action. De là il suit que garant exprimera une chose qui a par elle-même ou à qui l'on trouve la vertu de garantir, tandis que garantie signifiera un ^aran^donné à dessein. On dira donc mieux*, sa conduite passée est un ^aran^ de sa sagesse à l'avenir; et: il donne sa conduite passée pour une garantie de sa sagesse à l'avenir. On a ou l'on prend pour garant; on donne une garantie ou pour garantie, £n termes de jurisprudence , on ne se sert que du mot garantie, parce qu'en matière d^affaires et de procès il ne s'agit que ûe garants v(^ontaires, formellement donnés, qui reçoivent expressément la destination de garantir. De sorte qu'entre garant et garantie la différence est analogue à celle qui existe entre indice eiindication(i).

(x) On peut ajouter à ces deux tm^m^leA chapelle tt chapelUnU ^ traités comme synonymes par Beausée, et qui signifient, l'un et Tautre, un édifice sacré avec un autel où Ton dit la messe. J^b ne sont synonymes que dans la jurisprudence canonique ; hors de là, le mot chapellenie est inconnu, on se sert toujours de celui de chapelle. Or, dan* le langage des canonisles, chapelle a un sens absolu, et chapallenie eu a un relatif ; le premier donne l'idée d'une église particulière et inûépendaule, d'un édifice isolé, entièrement détaché et séparé

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tÈy ISBIE.

Néologie, néologisme. Invention ou emploi de fermes nouveaux, ou nouvelle application de termes usuels. Deux mots grecs^ vsoc, noaveau, et Xc^oç, discours, servent à composer le radical commun. Dans néologie la terminaison simple ie étant peu significative par elle-même, c'est à la terminaison composée /0/71V qu'il faut s'adresser pour avoir la valeur précise du mot entier. Or, « logie, dit Roubaud, sert ordinairement à désigner un genre de science, de connaissances, de traité, comme dans théologie^ chronologie, astra^ logie, et souvent une qualité du discours , comme dans amphibologie, battologie. Ce mot, par lui-même^ ne se présente pas sous un mauvais aspect, puisqu'il signifie parole. » Dans néologisme la terminaison simple isme est assez significative pour indiquer à elle seule le caractère qui distingue le mot entier de son synonyme. Isme exprime un système, une doctrine que l'on professe, et quelquefois l'affectation, l'abus, l'excès de la chose, comme dans fancUismey sophisme, purisme. De là la distinction établie par Roubaud entre néologie et néologisme, a Lsl néologie, dit-il, annonce nn genre nouveau de langage, des manières nouvelles de parler, l'invention ou l'application nouvelle des termes. Le néologisme marquera l'abus- on l'affectation à se servir de mots nouveaux, d'expressions et de mots ridiculement détournés de leiir sens naturel ou de leur emploi ordinaire. Il y a une /i^Wo^tV louable. Utile, nécessaire, opposée au néologisme, CMe distinction observée, du reste, par l'Académie dans la définition des deux mots dont il s'agit ici, n'est pas d'une grande fécondité. On ne peut guère s'en servir qu'à l'égard des mots, philosophie ei philosophisme, dont le second signifie, comme tout le monde sait, l'abus de la chose marquée par le premier. Nous ajouterons une remarque, c'est que néologie devrait donner Vdià- ^ecXiî néologue, lequel se prendrait en bonne part, comme philologie éonne philologue /tànàis que néologisme donnerait néologiste, auquel serait réservé le sens défavorable : c'est ainsi que de purisme on a fait puriste. Il n'en est point ainsi. Nous n'employons

de toute autre église; le secoud désigne une partie d'église qui a élé faite c/mpelle^ qui a reçu la destination à^nue chapelle : telle est, dans Tcglise paroissiale de Saittl-Sulpice^ derrière le chœur, la cftapelie de la vierge ; c'est proprement une chapellenie. Ensuite, chapellenie se prend seul, à cause de sa signification passive, pour ce qui est donné ou attribué à un chapelain connue bénéfice attaché à la chapelle. En quoi il ressemble à chanotnîe, chaieîlenie et haronnie*

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gaère que le mot néologtie, et presque toujours nous le prenons en mauvaise part. A ce propos^ nous signalerons une inconséquence de notre langue. Elle appelle^ et avec raison^ psuehologues les sa« vants qui cultivent la psychologie, elphynologUtes ceux qui s'occupent de physiologie. Il faudrait évidemment donner au second mot la même terminaison qu'au premier, sauf à appeler des noms de psychologùtes et àe physiologistes les psychologues et lesphysiologues qui feraient abus de leur science^ qui s'en préoccuperaient excessivement. Ainsi le veut l'analogie.

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