CHAPITRE III
STNOITYMIB DES ADJECTIFS DOITT LES UNS SEBYEITT A FORMER DBS SUBTAV- TIFS ET DOKT LES AUTRES SOKT FORMES DE CES SUBSTANTIFS.
Dévot, dévotîeux. Avare, açaricîeux. Doux , doucereux^ Chaud , chaleureux. Vain, vaniteux. Difficile , difficidtueux.
Leurs différences résultent de deux circonstances principales : l'une, c'est que les adjectifs primitifs n'ont pas ou peuvent être considérés comme n'ayant pas de terminaison significative; la seconde, c'est que les adjectifs nominaux ou dérivés sont tous revêtus de la terminaison ez^, laquelle jouit d'une valeur particulière. Etant dépourvus de terminaisons significatives, les adjectifs primitifs désignent un état abstrait, une qualité possédée sans rapport au temps, au lieu, au degré, aux actes de détail qui en émanent et en prouvent l'existence ) tandis que leurs synonymes sont analytiques, distribulifs et concrets, c'est-à-dire se rapportent à toutes ces circonstances, à toutes ces particularités étrangères aux premiers, et peignent les points de vue, les effets divers de la qualité. £n deux mots, les uns sont absolus et simplement énonciatifs de la qualité , les au-
D.igitized
très sont relatifs oa propres à rappeler cette m^me qualité avec di^ lerentes modifications et dans le détail. D'autre part^ en vertu de sa valeur propre, la terminaison eux donne aux adjectifs dérivés le sens de plénitude , de surabondance , souvent même d'excès j t\, comme tout excès est condamnable^ elle les fait prendre en mauvaise part. Que si déjà le primitif entraînait une idée défavorable, elle renchérit et montre le défaut poussé jusque dans les plus petits détails, elle le peint s'appliquant aux plus petites choses, aux moindres cir* constances.
1. Dévot, dévotieux. Qui pratique exactement les devoirs de la religion. Dévot exprime la chose d'une manière abstraite et synthétique, et dévotieux d'une ^«[lanière concrète et distributive : on est dévot par caractère et toujours ; on est dévotieux quand on montre de la dévotion par de certaines pratiques déterminées et dans des circonstances particulières. «Epicure, dit Roubaud, n'était pas dévot; mais dans les temples il était fort dévotieux. » « Le dévo^ tieux, ajoute-t-il, se distingue du dévot , surtout par rhabitiide extérieure, rair,1eton, l'accent, la contenancp propre à la chose. » Ensuite, le dévot a de la dévotion, et le dévotieux t^x, plein de dévotion; ceiui^i pousse la dévotion jusqu'à l'excès , il s'attache avec l'attention la plus minutieuse^ et la recherche la plus affectée dans les manières, aux plus petits détails et aux plus petites pratiques da culte. Aussi, le mot dévotieux entralne-t-il presque toujours un sens défavorable. S'il est pris en bonne part, comme il arrive quelquefois, il supposera la dévotion la plus scrupuleuse, s'adonnant aux pratiques du cuite avec une rigoureuse exactitude.
2. Avare y avaricieux. Qui aime trop l'argent, qui y tient trop/ Avare caractérise ce défaut intrinsèquement et en générai, avarieietix le dépeint extérieurement et dans les cas particuliers, ce II me semble, dit fort bien Girard, qn^ avare convient mieux lorsqu'il s'agit de l'habitude et de la passion même de l'avarice, et qu'avaricieux se dit plus piloprement lorsqu'il n'est question que d'un acte ou d'un trait particulier de cette passion. Un homme qui ne donne jamais passe pour un avare ; celui qui manque à donner dans l'occasiqn s'attire l'épithète ^avaricieux, » Plante et Molière ont mis Vaiyare sur la scène, et Tout placé dans diverses situations où il se VELon\xiQ,varicieux,Avarey terme abstrait et absolu, exprime plutôt ea elle-Wme la passion de posséder, de retenir, de garder, sans aucun dessein de faire usage ; avaricieux , terme concret et relatif, représente la même passion dans ses effets particuliers, refusant de donner et se faisant sentir aux autres. D'un autre ç6té, avaricieux
154 TâAIÎÉ
eipriflte «ne idée plwl tniniitieusa d'avarice : VMùHtnmt est avare à. l'excès^ Il lient à des rieo^; il lésine sur les plus petites dé^ penses^ il étend sa parcimonie jusqu'aux plus petites choses. Dans Tilt^ar» de Molière, Harpagon demande à la Flèche: «Etqui sont-ils efAQvarieieuxPti a Des vilains et des ladres, » répond la Flèche. C'est pourquoi le mot avarioieua ne se prend jamais en bonn« part, comme son synonyme: on est avare du temps, de louanges \ un général est af>ûre du sang de ses soldats. .
3. Doux, doucereux. Qui a de la douceur. Doux est opposé à amer, aigre, âpre, et se dit d'une chose agréable au goût Ce qui est doucereux a tant de douceur qu'il en devient fade et rebutant ; car le mot doucereux indique surabondance , excès de douceur, et par suite saveur désagréable: «Ce vin rouge et vermeil, mais fade et doucereux, n'avait rien qu'un goût plat et qu'un déboire affreux.» BoiL. Même différence an figuré. L'homme dotix dit des choses ou tient Une conduite qui charment; l'homme doucereux dit des fadeurs qui lassent et ennuient. On est doux, et on fait le doucereux; c'est* à4ire que le premier mot marque une qualité naturelle, et le second une qualité factice, affectée , exagérée , chargée.
4. Chaud, chaleureux. Qui a de la chaleur. Chaud est l'expression pure et simple de cette qualité , et signifie l'opposé de froid ; chaleureux se dit de ce qui est plein de chaleur. Mais ces deux mots ne sont guère synonymes qu'au figuré, lorsqu'on parle do style et des discours. Alors chaud marque moins de force d'entraînement et de véhémence; il exprime la qualité plutôt comme concentrée dans le sujet que comme se manifestant par des effets éclatants : une chaude dispute caractérise la dispute sans que la chaleur des disputants frappe beaucoup, comme elle frappe, par exemple, quand on dit qu'un général encourage ses troupes par de chaleureuses paroles. Chaleureux enchérit donc sur chaud, et même quelquefois jusqu'à l'exagération, car il semble indiquer une sorte ^'animation qui n'est pas toujours naturelle > et tient de l'emphase.
5. VatHj vaniteux. Fier d'avantages frivoles ou chimériques. Vain exprime le défaut d'une manière générale et indépendamment des circonstances de temps^ de Heu^ ainsi que des objets et du degré; il fait Cimnaltre un trait de caractère. Vamteux se dit de celui qui est ou a été vain dans un certain cas et pour certaines chosej déterminées. Ce mot d'ailleurs est plus concret, cl la vanité du vaniteux consiste davantage dans la montre et dans les airs. Mais la différence la [rfus importante, c'est que vaniteux présente tous les détails ettotties les nûnnties de ia vanité poussée à l'excès. Le vamteux
DES STNONTMES G&AMMATIGAUX. IM
en «flméea choses les plus InsignifinBtesi qiu en talettt le mms la petne ; c'est une Taaité solte ei puérile»
6» JHffimle^diffteullueu». Peu acconmodtat, qu'on n'amèac pas sans peine à conclure certaines aUîaires. Un homme habitueltemeni difficile on difficile par caractère se mmitté^miltueu» dans ini cas parUculier. Ensuite » difficulkteus enchérit sur difficile: Vhmmt diffieuHueux est difficile snr tontes choses y soulère des difficultés à tout propos, où il n'y a pas lien. ^ Décile, snitrant Condillac^ se dit des caractères qu'on a de la peine à contenter , des esprit qnî condamnent tout, et qu'on ne sait comment prendre pour avoir leur approbation ou pour en obtenir ce qu'on leur demande; et un homme difficultueu» ^ï celui qui, dans les affaires ^ util naUre difficultés sur diffieultés, mais ordinairement de manfaiset dUnei^iés, auxquelles on ne devait pas s'attendre. »
Me9Har^^, Bu» s^iôe proprement pl^tude, abondance » H quelquefois excès de la qualité exprimée par i'adjeetif. Si dans apurideum^ démUeux, f^niteuse, difficultueuxy elle semble y sùouter une idée de minuties^ de petites choses^ ce n'est pas que cette signification lui soit essentielle^ car elle ne l'a pas dans doucereux eic/taleuretéjpfmmi^^esi que la manière d'être avare, dévai,^.y à l'excès consiste k l'être jusque dans tes plus petites choses. La désinence latine ^iuê n'emporte pas non plus nécessairement cette seconde Idée, Ainsi, ^rrolMa sigoifie agréable» bien venu près de quelqu'un; ^raiiomey favori , qui jouit près de quelqu'un d'uon grande faveur^ qui est dans ses bonnes grâces. Il ne raudrtit donc pas non plus en latin se laisser abuser, sur la généralité de cette idée, par des mots tels que perfkliomê ei induêirieeuê , qui désiguent, l'un une perfidie plus subtile, plus artificieuse que per* fidusi l'autre . une industrie plus adroite , plus soigneuse , plus at« taehéeaux petites choses que indmkiue.