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CHAPITRE XXI. EIL

Cette désinence, très rare en français, semble avoir été faite du la- Un, ilium, ilia; car conseil vient de consilium, Marseille de Massilia, éveil de evigilia, comme radjeclifpor^iY àeparilis. Or, on peut sans témérité trouver à ilium et à ilia quelque afr de ressemblance avec les terminaisons illus et ilia, eltus et ella^ dont le caractère diminutif apparaît clairement^ par exemple, dans les mots, lapillus (de lapis ^ pierre), petite pierre, furcilla {defurcaj fourche),

petite fonrche, cuUellm (de culter, couteau), petit couteau, j)a^e//a {àe pagina, page), petite page^ comme il apparaU en français dans les mots, flottille, croustille, faucille, parcelle, tourelle. Il en est de même de la terminaison ilis dans les adjectifs : /^ar signifie égal, ^parilis, pareil, c'est-à-dire presque ou à-peu-près égal; regius se dit de ce qui appartient au roi ou de ce qui en vient, regalis de ce qui lui convient, mais d'une manière moins directe, de ce qui est digne d'un roi. Et pour les verbes, on ne saurait douter que vigilare, veiller, ne soit le diminutif dernière, élre en vigueur. La terminaison française eil doit donc être diminulive, comme la terminaison ilium Ou ilia, d'où elle dérive ; ce qui ne veut pas dire qu'elle le soit pour le sens dans tous les mots français, à la fin desquels elle se trouve placée, et, par exemple, dans soleil, oreille, corbeille. Ensuite, n'y eût-t-il qu'invraisemblance dans toute cette conjecture, il suffirait, pour distinguer les synonymes suivants, desavoir, d'une part, que la terminaison eil est significative et ne fait point partie du radical des mots où elle se trouve, de l'autre, que, bien que d'une origine probablement latine, elle est dans le fait presque toujours française, Ja plupart des noms en eil ne correspondant point à d^s noms latins en ilium ou en ilia.

Somme, sommeil. Grand assoupissement, état de quelqu'un qui repose et dort. Beauzée, Roubaud et Condillac reconnaissent d'une manière plus ou moins explicite et nette ^que le premier de ces mots est objectif et absolu, le second subjectif et relatif; que l'un représente l'acte , l'autre Faction ; que l'un se qualifie en lui-même, et l'autre par rapport à la situation et aux circonstances. C'est en effet la différence qui doit se trouver entre deux mots synonymes, dont l'un est privé et l'autre pourvu d'une désinence significative. Somme représente l'assoupissement absolument et objectivement, comme un acte de la vie que tous les hommes accomplissent, les uns d'une façon, les autres d'une autre; mais toujours en général : un bon somme, un somme léger, lé premier somm£; on dit, faire un somme, un petit somme. On ne dit pas, faire un sontmeil, parce que le sommeil n'est pas, comme le somme, un objet, une tâche commune à tous, mais un état passager et tout relatif à celui qui dort. Le sommeil est tranquille, doux, inquiet, fâcheux, à raison des circonstances extérieures ou intérieures, qui sont propres au dormeur. Aussi sommeil a beaucoup plus d'usage et d'étendue que somme, Somm,e fait abstraction de toutes les circonstances qui conviennent particulièrement au sujet ; il ne comporte que des qualifications générales et intrinsèques; il montre l'assoupisse-

ment comme nne chose faite ou à faire, mais non pas pendant qu'elle se fait et se fait de telle ou telle manière. C'est pourquoi t)n ne peut pas employer avec somme, comme avec sommeil^ les verbes troubler, rompre, interrompre, respecter. On dit également, un long ou profond somme, et un long ou profond sommeil. Mais les deux adjectifs sont des épithètes de nature dans la première expression, et des épithètes de circonstance dans la seconde. Rien ne repose mieux des fatigues d'un voyage que de dormir d'un long^t profond somme / comme j'étais fatigué, j'ai dormi cette nuit d'un long et profond sommeil.

Dans son abstraction, le terme général somme désigne une tâche, un tout indivisible; tandis que «omm^tV indique un ensemble de plusieurs parties. « L^action de dormir étant interrompue, ditRoiibaud, le somme est achevé, on ne peut faire qu'un nouveau somme; le sommeil interrompu se reprend, vous rentrez par un nouveau somme dans le sommeil; et le sommeil d'une nuit est composé de tout le temps que vous avez dormi même à différentes reprises. »

Enfin, somme exprimant la chose comme étant , comme un objet, sommeil comme se faisant, comme un événement, l'uu touche an passif, l'autre à l'actif, l'un serait plutôt l'effet, l'autre représenterait plutôt la cause. « Le dormir, suivant Roubaud, est l'effet du «ommf 2*// le^omm^est le résultat du dormir. Nous invoquons le sommMl, et non le somme : nous invoquons la cause, le dieu bienfaisant qui nous fait dormir; nous n'invoquons pas Teffet, l'acte que nous faisons de dormir. Le sommeil nous fuit, nous presse^ nous tourmente, nous tient dans ses bras. >>

Sommeil signifie quelquefois particulièrement quelque chose d'imparfait, un assoupissement qui commence, l'envie de dormir. Rien de plus naturel, vu son caractère de relativité.

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