‹ Synonymes françaisChapitre 13 sur 218 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

STROHYMIB DES VERBES lîBUTRES AVEC Z.ES MÊMES VERBES DEYEKUS ACTIFS ET ACCOMPAGNÉS DU PROlîOM PERSOniTEL.

Passer, se passer. Mourir^ se mourir. Pâmer, se pâmer. Noircir, se noircir. Amender^ i amender,

- Beaucoup de verbes, dans notre langue, ont à-peu*prèsla même sipification, employés sous la forme neutre et sous la forme pronominale. Nous disons presique indifféremment , par exemple^ que la beauté jpa««^ et se passe; qu'on meurt et qu'on se meurt; qu'on Vàme et qu'on se pâme; que le lait épaissit et s' épaissit} que les animaux engraissent et s^ engraissent; que la campagne embellit tift embellit; que l'heure approche et s'approche. De là autant d'expressions synonymiques pour la distinction desquelles une règle générale est nécessaire , afin d'éviter les redites et de confirmer les déterminations par le rapprochement des exemples.

Le verbe neutre , ainsi que le verbe pronominal , exprime qu'un phénomène ou un fait a lieu, par lequel le sujet paâse d'un état à un autre. En cela consiste la synonymie des deux verbes; mais elle ne s'étend pas au-delà. Leur différence résulte de leurs noms mêmes. Le verbe neutre n'est ni actif ni passif, mais simplement énonciatif. 11 ne présente point d'agent, de cause; il ne rappelle ni la manière

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dligir y ni les 4egrés , ni les progrès de ration. Ce n^t *point une action qu'il marque, mais un acte abstrait/ inqualifiable, sans durée^ H indépendant de tonte circonstance.

Le Terbe pronominal, au contraire, acquiert par le pronom oné signification qui tient de celle du ?erbe actif : au lieu d'énoncer le fait simplement, en lui-même, il le montre s'accomplissant; il le représente dans tout^ son étendue, dans ses détails, dans sa manière, ses degrés^ ses circonstances. Il est concret, descriptif, représentatif, analytique, circonstanciel ; il fait voir la chOBC ou la personne occupée à devenir ce qu'elle doit être, pendant qu'elle va ou est en train d'aller à un état notiveau^ Il peint l'opération successive , le travail, les efforts, la révolution qui doit amener cet état, Paction reçue et les changements, éprouvés par le sujet dans le temps de l'épreuve. Purement énonciatifs ou qualificatifs, synthétiques, et abstraits^ leurs synonymes ayant des caractères tout opposés , les verbes neutres se distinguent encore des pronominaux en ce qu'ils conviennent dans les propositions absolues et générales , leurs synonymes n'étant de mise que dans les propositions relatives et particulières. On dit bien, ionipâêêe cl tout meurt ici-bas ; on ne dirait point, tout sepcLsse et tout se meurt. L'homme meurt, c'est-à-dire est mortel, proposition absoltie et générale; et il en est de même de beaucoup d'autres dans lesquelles entre le verbe neutre : la beauté ou le tem]^s passe. Mais en disant d'une personne qu'elle ëe meurt ou que sa beauté se pcisse, j'applique le fait général à un cas particulier. Et lors même que les deux verbes font partie de propositions particulières, le verbe neutre conserve toujours quelque ^ose de son caractère de généralité. Dn homme meurt, pâme, apancs, c'est-à-dire que le phénomène de la mort, de la pâmoison et de l'avancement a lieu en lui comme il a lieu ches les autres , comnne il arrive d'ordinaire. Si on dit qu'il se fneurt, qu'il sspâme ms'ehi^anee, alors, les verbes étant relatifs à la manière font concevoir le fiii comme ayant dans le sujet où il se passe quelque chose de spécial.

1. Passer, se passer. Se perdre, s'écouler, ne pas continuer à demeurer dans le même état, avoir une existence bornée. En disant qu^une chose />a«9^^ vous énonces simplement, d'une manière abstraite et synthétique, qu'elle est passagère, qu'elle a une courte durée ; c'est sa qualité on son sort de finir bientêt. En disant qu'elle se passe, vous la représentez d'une manière anaisrtique et concrète, allant à sa fin, pendant sa décadence ou sa dégradation. Les flenrs et les fruits, les plaisirs, les biens de ce monde, la beauté, le temps, les couleurs, les saisons, les moà^t passent, c'es^•àHlire, «a

DES SYNONYMf» OEAMMATICAUX. l«0

sAotruI et ifma fixer l'altention sur la manière et ta dtorée 4e Tofié* mtioDOO du cbai^emeiit> que toutes eea cheses eut pour qaalité de ^''all aller, de finir, de cesser d'être. Quand on dit qu'elles sepoê^ sent, on les montre pendant leur dédin, en train de s'ea aller^ se flétrissant, s'effaçant, perdant leur lustre^ leur forme, en un mot faisant l'action on subissant les épreuves qui doivent amener leiû* fin. Avec le teme abstrait paner ^ qui fait abstraction delà durée, on emploie souvent les adverbes promptement, rapidement; et, au contraire^ 9e passer faisant voir la chose pendant sa dégradation, comporte d'autres modificatifs, comme, insensiblemcait et peu-à^peq. La vaine impasse comme un éclair; la peine se passe avec le temps et la réflexion* « Il y a, dit Bouhours, des maux qui passent et des maux qui durent ; les maux qui durent se passent à la lon«gne, » £n second lieu, passer convient mieux dans-les propositioas générales, et se passer dans les propositions particulières; le beauM passe bien vite, et la beauté de cette femme commence à se passer. Les mmn passent, et votre mal se passe; le temps passe, et le temps de semer ou de recueillir se passe. Enfin, la relativité de se passer apparaît avec évidence quand on se sert de cette a^presslon eo parlant du temps. Si on veut seulement exprimer la rapidité avec laquelle il s'échappe, on dit le temps passe, les jours, les années passenf; mais on dit qu'il se passe, quand on en parle avec rapport à l'usage que nous en faisons. La m passe comme un songe, et poqr la plupart la vie se passe à former des projets de bonheur, ou elle se passe laborieusement et longuement dans l'ennui.

^.Mourir, se mourir. Subir l'événement de la mort. L'un exprime cet événement d'une manière gêné raie et eommeun acte abstrait; l'autre peint l'action de motirir avec tout ce qui l'accom^ pagne; il fait assister, en quelque sorte, à l'agonie du mourant; il retrace l'image de ^es mouvements, de ses efforts, de la lutte qu^il soutient pour échapper. Un homme que la foudre ou un boulet prive toatd'uncoup delà vie m6i«r/, et ne se meurt pas. Unphthisique qu'on voit et qui se voit approcher, chaque jour, du terme fatal se meurt, tt Mon cceur se mourait sous le poids de la volupté. » J.-J.

3. Pâmer, se pâmer. Tomber en pâmoison. Pâmer est énonciatil et abstrait, «^p4mer concret et descriptif. L'un sert à exprimer que \e fait a lieu, mais sans indication de la manière et des circonslance9; l'autre fait qu'on est témoin d'une scène ; il montre la crise dans son cours, dans ses progrès, il représente le st^jetse débattant, pour ainsi dire, avant que de tomber.

4. Pa««?Aer, *^jpan«<?A^.« Des fleurs, des oiseaux jMwaeAewJr

liO TEAITÉ

c^Mt leor propriété qae de prendre les conleors on les formes d'an panache. Les oiseaux^ les fleurs i^/^anacA^^^lorsque^par le déve* loppement et l'énergie de cette propriété^ ils prennent en effet ces couleurs ou ces formes. » Roubaud.

6. Noircir y te noircir, « Les choses, sujettes à devenir noires noircissent: le teint noircit au soleil. Les choses se noircissent lorsqu'elles perdent leur blancheur et qu'elles deviennent noires: le temps se noiroit à mesure qu'il se couvre de nuages épais et som^ bres. Un objet pourrait noircir tout d'un coup ; il ne senoircit que par degrés. » Roubaud.

6. Amender, s'amender,ciEn disant qu'une terre amende,YOtiS la présentez dans un état d'amélioration^ vous considérez l'effet produit: en disant qu'elle «'am^ncf^^ vous la présentez dans le travail de l'amélioration^ vous considérez ses efforts et ses progrès. )>;Rou- BAUD. On distinguera de même, 7nutatis mutandis , empirer et s'empirer, « Il ne faut pas s'étonner si les choses empirèrent après la mort de Henri Y III.» Ross.» Les maux du corps s'invétèrent, «^^mptr^n^ en vieillissant^ et détruisent enfin cette machine mortelle. » J. J.

7. Pourrir, chancir, moisir,- se pourrir, se chancir, se moi' sir, a La viande pourrit, les confitures chancissent, le pain moisit; ce sont des accidents que ces objets doivent éprouver^ ou même qu'ils éprouvent actuellement. La viande se pourrit, les confitures se chancissent, le pain se moisit : ces objets sont alors dans la crise on fermentation qui produit la pourriture> la chancissure ou la moisissure» Roubaud.

8. Engraisser, s^engraisser.Deyfemr gras. iBw^ram^ signifie simplement et d'une manière abstraite le fait de la substitution de l'embonpoint à la maigreur; il est relatif au résultat. S'engraisser est relatif à la cause^ au temps, au lravail,'aux*efforts, à tout ce qui est nécessaire pour amener le résultat; il vous peint à l'œuvre, vous engraissant; il représente l'action continue, constante d'engraisser,et tous les changements successifs qui remplissent l'intervalle entre la maigreur et l'embonpoint. Les animaux engraissent dans certains pâturages, et on les envoie s'y engraisser.

0. Épaissir, s^épaissir. Devenir épais, plus épais. Tous deux marquent le fait de l'épaississement, mais chacun à sa manière. En employant épaissir, vous ne faites qu'énoncer le fait; en employant s* épaissir, vous le dépeignez, vous montrez le sujet en travail ou sans cesse occupé à prendre de la consistance. Un instant peut quelquefois suffire à une chose pour épaissir; il lui faut du temps pour

#'^atm>. Il semble ensuite qne l'un exprime un épaississement ordinaire, naturel ou périodique^ qui n*a rien de s))écial, et l'autre un épaississement accidentel, dont on remarque particulièrement la cause ou la manière. Le lait épaissit en se caillant; il ^épaissit quand on le bat pour en extraire le beurre.

10. Rougir j se rougir. Se disent également de ce qui prend une couleur rouge. Rougir signifie le fait d'une manière abstraite; «e rougir montre la chose en train de devenir roùge. Ensuite, c'est dans les choses plutôt une propriété de rougir, comme de noircir, ti^^ épaissir, et un accident de se rougir, comme de se noircir tl de s^ épaissir. Certains fruits rougissent à certaines époques de l'année, mais ils se rougissent avant, si des maladies ou des insectes les attaquent.

11. Embellir y s'embellir. Une campagne, une ville embellissent et s'embellissent, c'est-à-dire deviennent belles ou plutôt^ d'une part, deviennent belles et de l'autre se font belles. Embellir est relatif à l'effet^ s'embellir à l'action. Le premier signifie l'espèce de changement opéré. Le second le montre s'opérant; celui-ci se rapporte au temps, aux détails, aux efforts successifs, aux progrès de la chose. Âa printemps la campagne embellit; la campagne la plus ingrate et la plus mal située finit par s'embellir à force de culture et de travaux.

12. Approcher , s'approcher. Devenir proche. Approcher* n'exprime que le fait du rapprochement par l'abréviation et la diminution de la distance : ce qui est loin approche. Approchez, c'està-dire, soyez proche ou plus près; c'est en faisant du bien aux hommes qu'on approche le plus de la divinité. S'approcher désigne, non le simple fait d'une plus grande proximité, mais surtout l'action par laquelle ce fait est produit, c'est-à-dire l'action de franchir l'espace intermédiaire, sa manière, sa durée, sa difficulté. Aussi est-il sasceptible de beaucoup plus de modifications. « En approchant du bosquet, j'aperçus.... En y entrant, je vis avec surprise ta cousine 1^ approcher de moi, et, d'un air plaisamment suppliant^ me demander un baiser.» J.-J.En approchant, énonce un fait accessoire, sor lequel on n'insiste point ; je vis s'approcher, exprime un fait principal qu'on fait voir s'effectuant, dont on veut représenter la manière. D'ailleurs, approcher ^sX général, s'approcher particulier : la mort approche pour tous et s'approche pour chacun ; l'un est absolu, et l'autre relatif : je l'ai prié ^'approcher, et il n'a pas osé s'approcher.

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