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CHAPITRE m. EUR

La terminaison eur, dans les mots où nous l'examinons ici, vient du latin or, tor, ator, finales qui peuvent être considérées comme des abréviations de actor, auteur, agent. Les mots qu'elle sert à composer sont proprement des substantifs, représentant dés sujets d'action, et revêtus à-peu-près des mêmes caractères parmi les qualificatifs, que parmi les noms abstraits les substantifs enzon, auxquels ils correspondent exactement, comme nous l'avons déjà remarqué

ailleurs. Employés ensuite adjectivement, ces sortes de qualificatifs conservent toujours l'idée de l'action marquée par leur verbe radical. Il ifous semble indifférent, pour faire ressortir la valeur de cette désinence, de la considérer dans ses applications substantives ou adjectives. C'est pourquoi, sans avoir égard au titre de cette section, nous commencerons par placer ici des substantifs qualificatifs en eur^ que nous comparerons avec des substantifs qualificatifs de même radical, mais sans terminaison significative.

Les qualificatifs en eur peuvent être dits verbaux tout comme les qualificatifs en ant^ car ils tiennent, ainsi qu'eux, du verbe qu'ils rappellent p9r leur radical. Ils doivent donc différer à-peu-près de même des qualificatifs sans terminaison significative, unis à eux par des liens de synonymie. Tandis que ces derniers représentent les choses comme des sujets d'inhérence, c'est-à-dire comme douées ou en possession de certaines qualités, les mots en eur les représentent comme des sujets d'action, c'est-à-dire comme réalisant, comme mettant en exercice cette même qualité. En d'autres termes, les qualificatifs sans terminaison qualifient le sujet par rapport à ce qu'il est, à sa nature; les qualificatifs en eur le qualifient par rapport à ce qu'il fait, à ce qu'il a l'habitude de faire, ils le montrent à l'œuvre;

1 . Patelin^ patelineur. Ils se disent également pour caractériser nu homme souple et artificieux qui gagne les antres en les trompant, qui les fait consentir à ce qu'ilveut. Mais le patelin est l'homme souple et artificieux qui fait venir les antres à ses fins, et Xepatelineur est celui qui, par des manières souples et artificieuses, travaille à faire venir les autres à ses fins. « Pa^^/m,^ajoute*Roubaud, marque la qualité, le défaut, le vice; patelineur marque l'action de faire \t patelin, l'habitude du patelinage. Ouest j^a/^/m par caractère, et par un caractère souple et artificieux; on esX patelineur par le fait et par les manières propres du patelin, »

2. Escroc, escroqueur. Fripon, voleur qui emploie, au lieu de la force, la fourbe et l'artifice. La distinction est absolument la même. Escroc et escroqueur présentent la qualité, l'un comme appartenant au sujet, l'autre comme étant exercée par lui. Le sujet apparaît, dans le premier, comme il est; et dans le second, comme il agit. Ves-croc est fin et artificieux ; en cela il se dislingue du brigand: Vescroqueur se conduit avec finesse et artifice; il n'agit pas comme le brigand. Escroc sert à former le verbe escroquer, loin de lui devoir son origine, comme escroqueur-, et ce dernier rappelle si bien l'action de son verbe radical , qu'il est tout relatif et ne s'emploie guèrç qu*avecnn complément ; ^^cro^w^wr de livres.

4^ TKÂIXÉ

a* Énmle, émulateur. Cas deux mots correspondeni parfaiteneot aux mots latioâi œmulus et œrmdalor^ d'où ils som tirés. lU qualifient uae p^soane par rapport ù nue aiitre^ dont le mérite, It sang ou la gloire ^ sont pour la première ua objet d'enîie el excitem soA activité et ses efforts. Mais^ comme le patelin et Vesûroc oat positirement^ ai»soUimeat, aaas restricUou, la qualité exi^imèe par leur radical; a« lien que Xepaielmeur et Veser^^ieur ue i'^nt qm» relativement, c'est-à-dire eu raisoa d'actions plus ou moins nom* tireuses, at plus <» «oins marquées du caraclère du ^teliuage et de l'escroquerief de même Vémule est alMsolnment ce que Vémulateur est relativement^ 4hi plutôt, l'ua est ce que l'autre dierche à être ou est ea train de devenir. £a employant le mot à' émuler vous quaiiOex qœLqu'ua par rappoit à ce qu'il est; en employant celMi d'^V/ta^teuTf vous le qualifiez par rapport à ce qu'il fait, et ce qu'il fait le nontre l»ea en arriére de VémiUe dans la voie suivie par u>n» les deux. Vémudé est un concurrent; Vémulateur, un imitateur. L'ua a des émule* f l'autre des modèles, a On est énmle de ses pairs, dit Boutoud j on est émuIaUur de quelque personna^ distingué. Votre émule marcbe en concurrence avec tous; votre émulateur maLTcha car vos traces. Votre émulateur voudrait acquérir un n^te égal, on fuéme supérieur an v^^tre ; votre ^mule a un mérite pareil au vôtre, et tâdie d'acqaérir un mérite supérieur.» Une autre différence, particulière à e^es deux mots, consiste en ce ({n'émule se dit dans^ Umt genre de travail et de concurrence, tandis (^'émula^ur ne se ditquedans le grand m dans un ordre de choses distingué; soit qu'en latin la terminaison aior fût pins noble que la terminaison u$, soit parce qu'en français émulateur ressemble plus au latin œm^lator^ Qjà'émule m latin œmulus^ dont il ne ri^oduit en aucune sorte la désinence. Des écoliers, des ouvriers, des liommes de lettres, ont des émules; Thésée fut V émulateur d'Hercule, Lycurgue celui de Minps y Charles XII l'a été d'Alexandre*

4. Chantre, chanteur. Us qualifient cetui qui chante. Mais le chantre se considère commeayant telle qualité, comme occupant telle place; le chanteur ^ comme faisaait telle action, comme exerçant tel métier. On ne dit chantre isiue pour le chant d'église, parce que ceux qui chantent dans l'église sont chargés par état de le faire. On dit chômeur de tous ceux qui font l'action de chanter, même par habitude 011 par métier, mais qui ne peuvent être regardés comme ayant une qualité ou une fonction qui les oblige à chanter : tels sont les chanteur* éès rues; tels sont aussi, dans certaines réunions d'amis> ceux d'entre eux qui ml contun^e de obanter. Si on appelle chan^

DES SYNONYMES O^MMATICAUX. 4$$

teurs, SX noo pas chantres, ceux qui cïm^f^mà l'Opéni, c^stqu'îài exercçju im état temfK)raire, ar ito seuiks^^sm, et ^B'^^oiAsidltev en ejix plutôt la manière ilont iJs efaanteal , que lenrq naliiéi leur eut, leur rang* Les chantres d'une paroisse ^nt pl«s m moins nosH breuxy reçoivent des appointejfientâ plus ou moins forts, «ont «a fonction depuis tant d'années; parmi te$ chanteurs àt l'O^a «a distingue des bautes-contre, des ténors et dûs fcasses-tailic^ : en dit même en parlant d'un acteur de l'Opéra, c'est un ehanieur, ^e$^ à-di^e un ae^eur qui chante l)ien, tant le mot ehantmrtsi rda^ à l'action et à la manière de ch^i^ter. C'est, au eontram, jptrcequ^il est dépourvu 4e cette nuance, que le mot ch€mtre$e prend, dans pt sens large et yague, pour désigner iSgurémeat et i^oiHiquesMttl: ui poète : le chantre à^ la Tbrace, Orphée : le chantre d'Ilion, Home». 5« DocU^ docteur. Qui a de la science et de l'haWleté. Le doetê e$i savant et habile intrinsèquement, en soi; le docteur fait fj^rakfh sioa de i^cience et d'habileté. Le premier est instruit, k second esl instr^it et applique son instruction* Docteur se dit 4.'un «avant quî^ promu dans une Capuité au grade le plus élevé, a acquis le dreti d'exercer une profession savante ou d'enseigner sa science ; par exf* tension, U signifie un homme docte, mais qui donne, et en tant qu'il donne des preuves 4e sa science ou de «on savoir-^faire.

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